mardi 4 juin 2019

La maison qui nous a choisi

Etrange chose que les signes envoyés par le ciel ! En pleut-il réellement de là-haut comme des astéroïdes, croisant le fil des destinées humaines ? N'existent-ils que parce qu'il y a des âmes pour les lire et des êtres réceptifs à leur manifestation ?
Sylvain Tesson. Vérification de la porte opposée.
 

Alors que décontenancés par la visite d'un pavillon dans une campagne sinistre nous avions suspendu nos recherches immobilières, c'est une collègue de Jean-Michel qui nous signalé une maison à vendre à Saleux. Idéalement située à 2 km du CHU, dans un lotissement du début des années 70 (et presque de mon âge), elle semblait correspondre à notre recherche d'un endroit calme, sans voisins mitoyens, baigné de nature. Mais pas trop isolé non plus. 

La rue portait le nom d'un chanteur lyrique, né à Saleux, Numa Auguez. Il est enterré dans le cimetière communal, ainsi que sa femme, la soprano Berthe de Montalant et leurs trois enfants, Numa, Hélène et Pauline.


J'y ai vu un signe positif car cela m'a fait penser à mon père qui avait nommé les salles de l'école de musique qu'il dirigeait à Haguenau, du nom de musiciens régionaux. J'y ai entendu aussi comme une petite mélodie qui me guidait vers ce lieu. D'autant plus que la personne qui nous a signalé ce pavillon à vendre, se prénomme Elise (un prénom qui m'évoque aussitôt la fameuse lettre à Elise de Beethoven, si souvent massacrée par moi au piano...).

J'avais vécu toute mon enfance dans une maison de la même époque, au bout d'une impasse calme et la vie m'offrait à nouveau une géographie chère à mon coeur.

La maison avait été construite pour une famille qui avait trois enfants (deux filles, un garçon, comme nous). Leur père étant décédé, les enfants vendaient la maison de leurs parents... Je pensais au jour où cette décision serait aussi la nôtre.

Lors de ma première visite, bien que l'ambiance soit très différente de la maison de mon enfance, j'ai retrouvé l'émotion de rentrer par le garage, comme nous le faisons le plus souvent chez mes parents. Dans le salon avec ses grandes portes fenêtres donnant sur le jardin, j'avais l'impression d'être dans une autre maison des années 70 où nous avions des souvenirs heureux, du côté de Bar-le-Duc. Et en regardant le village et le clocher de l'église en face, je croyais être chez ma grand-mère, dans son ancienne ferme modernisée dans un village du Val-de-Villé.

Etrange comme un lieu nouveau, inconnu, accueille soudain des émotions enfouies, souterraines et nous assure que c'est bien ici que nous aimerions vivre. Depuis notre installation, sur ces strates très subjectives, nous consolidons tous les jours notre propre histoire. 

La maison à Saleux est devenue notre terre.