jeudi 21 novembre 2019

A court ou à long terme


La première illustration de mon article précédent était une fenêtre semi-opaque dans la pénombre d'une chambre d'hôpital.
J'ai choisi de vous montrer aujourd'hui celle de ma chambre et le paysage tel que je le vois depuis mon lit où j'attends que mes globules blancs remontent. Vous comprendrez aisément combien il est difficile d'être privée de cette respiration là, quand je suis hospitalisée !

 

Je ne pensais pas chuter aussi bas (270 leucocytes /mm3 alors que la norme est de 4000 à 10 000). Épisode fébrile qui était quasi-inévitable et batterie d'antibiotiques pour limiter les dégâts et surtout ne pas retourner à l'hôpital avant l'heure. Aucune sortie dans la foule des magasins, aucune visite.
Je n'en souffre pas. J'ai une overdose de présences humaines après chacune de mes hospitalisations où la cohabitation (même avec la plus charmante des voisines) pèse à la solitaire que je suis, ainsi que le défilé du personnel aidant ou soignant, attentif, dévoué mais toutefois envahissant de jour comme de nuit... 

Quand j'ouvre ma fenêtre, pressée de respirer l'air du dehors, je remercie le ciel d'avoir ce cadre naturel comme décor à mon repos.

 

Les charmes ont presque perdu toutes leurs feuilles et dessinent des lignes d'encre sur le bleu du ciel.

 

J'ignore quel est l'espèce de cet arbre qui illumine de ses ors, les belles journées d'automne, à gauche du noisetier de moins en moins animé par les écureuils.
Ils étaient là pour fêter mon retour mais se font rares depuis. Ils se sont mis au diapason de mon aplasie. Plongés dans le grand sommeil un peu avant l'hiver, ils attendent le printemps. 

 

Comme j'aimerais rester ici plutôt que d'endurer une nouvelle semaine de traitement, le 2 décembre. Je sais pourtant que je ne dois pas raisonner à court terme car si c'était le cas, cela signifierait l'échec de cette nouvelle piste thérapeutique.
Je dois penser à long terme, supporter des sacrifices, me préparer à être privée momentanément des petits plaisirs quotidiens dans ma maison et comme les écureuils du bois, patienter en attendant des jours meilleurs.

 Cette magnifique prise de vue d'un écureuil en léthargie
 est celle d'un photographe animalier finlandais, Ossi Saarinen.

mardi 12 novembre 2019

6 jours, 5 nuits, 96 heures de chimio

Hospitalisation mal annoncée, mal préparée au service hématologique du CHU d'Amiens et sur lequel je n'ai pas envie de revenir en détail, si ce n'est pour me féliciter de m'en être sortie, d'avoir trouvé les ressources pour supporter des conditions de vie difficiles.
Certains souvenirs me paralysent encore comme une glus dont je dois me débarrasser au plus vite. Pour oublier, repartir plus légère.

Je remercie mes reins qui ont bien fonctionné et mon corps qui a supporté l'infusion lente durant 4 jours non stop d'un cocktail de trois chimios assaisonnées de cortisone. L'équipe médicale a été parfaite mais que c'est long une semaine à l'hôpital ! Surtout dans une chambre bâchée en raison de travaux et durant 3 jours, en compagnie d'une vieille dame de 88 ans qui, miracle, a fini par se calmer.

 

J'ai survécu grâce :
  • à la visualisation créatrice recommandée par mon amie Joëlle. Derrière la vitre, j'imaginais un monde de neige, inondé de lumière, le Tibet de Vincent Munier, peuplé de bêtes cachées dans un paysage dissous. Je n'étais plus dans une chambre d'hôpital, mais dans un igloo. La lueur du jour translucide, perçait à peine les parois de neige. Je devinais ce pays, derrière mon abri. L'oxygène de la vieille dame faisait le bruit d'une source apaisante. Pure...
  • aux messages de soutien de mes proches et amis, comme les grains de mon rosaire. Ils formaient une ronde de prières qui s'unissait aux mantras des pompes à chimio. 
  • aux visites de Madeleine et Jean-Michel qui me donnaient des ailes d'ange. Ils sont si forts à me cacher leur peine, leur inquiétude. Si je n'avais pas leur amour dans ma vie, je cesserais de me battre... 
  • aux signes, car tout fait sens à l'hôpital. Une panne électrique au moment où mon frère m'appelle. Un prénom, Régis, qui m'évoque une personne chère... Les Heures hindoues d'Etienne Daho qui sonnent au bon moment à la radio. Des artistes qui s'expriment sur les ondes et disent ce que j'ai besoin d'entendre, Jean-Louis Aubert, Francis Bacon...
  • au carré de jardin dans le patio qui durant mon séjour, a fait peau neuve. Un peu de vie et d'animation grâce au jardinier avec qui j'ai pu échanger sur les plantes et glaner des idées de fleurissement pour notre jardin. J'ai découvert les belles fleurs de muflier que je ne connaissais pas.

 
 


Je suis sortie le jour du trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin. Émue de me remémorer mon amie allemande Annegret qui à l'époque, écoutait la radio en boucle, les larmes aux yeux, dans sa petite chambre d'étudiante à Strasbourg... J'ai pris de l'âge, je suis malade et pourtant la jeune fille que j'étais à l'époque est toujours là, au fond de moi, et se souvient.


Le compte à rebours du dernier jour, sur ma potence. 
Mon pilier de lumière pour me tenir debout. 
Mon bâton de pèlerin.


Et la sortie, enfin...

Trois semaines maintenant pour vivre sans me poser trop de questions et espérer la réussite de ce traitement, en essayant de ne pas tomber malade en raison d'un risque d'aplasie. 

samedi 2 novembre 2019

L'album des grands arbres

 
La plupart des grands arbres, se situent dans la partie du jardin qui ressemble à un verger ou à un petit parc, un peu vallonné, avec la maison en contrebas, à la lisière du bois à l'est et d'un lotissement plus récent au sud.
 
 Il y a un petit muret en pierres sèches qui court le long de deux côtés de la maison. Au sud, côté véranda, avec deux marches pour accéder au verger-parc.

A l'est, côté bois et potager, avec un escalier pour monter dans cette partie du jardin. 
Un érable pourpre illumine le fond du jardin de son feuillage cramoisi. Ses feuilles se sont assombries en automne.
 
 Il voisine avec un hêtre dont j'aime beaucoup le tronc et sur lequel viennent parfois se ventouser les écureuils lorsqu'ils jouent à cache cache.


 Complétant le paysage, des bouleaux et un cyprès.

 
A notre arrivée, un second cyprès (bordant l'allée menant à l'entrée de la maison, en haut de l'escalier vers la descente du garage), ressemblait à une banane épluchée par le vent ! Le jardinier lui a fait une coupe au carré et il fait pendant à un forsythia taillé lui aussi, au cordeau.
 


Côté ouest, c'est le majestueux cèdre bleu qui occupe tout l'espace, face aux portes-fenêtres du salon. C'était à la mode dans les années 70, mais pas forcément une bonne idée de planter un tel résineux, trop volumineux en grandissant. Et produisant une abondante quantité de fruits, pénibles à ramasser et qui n'intéressent ni les oiseaux, ni les écureuils.
 Quelle galère cet automne ! Sans compter le pollen jaune safran qui s'en échappe.
 

Deux pommiers, un prunier (qui malade, a été abattu), un pêcher bien tordu mais dont j'adore la sinuosité, constituent notre patrimoine fruitier. Ces arbres qui n'ont pas été taillés depuis longtemps, ne sont pas très productifs. 

Leurs bourgeons ont subi l'attaque du gel au printemps et les arbres ont souffert de la sécheresse cet été. Dommage !
 

Et voilà comment ont fini notre prunier et quelques grandes branches de l'érable et du hêtre qui, selon notre jardinier, fragilisaient les arbres. J'en suis de moins en moins certaine et je lui ai interdit d'en couper d'autres désormais. Ces arbres qui ont un peu plus de 50 ans, comme moi, devraient pouvoir vivre encore quelques années sans qu'on les mutile, non ?