dimanche 27 septembre 2020

Sauvages et beaux

 J'ai l'habitude de vivre en permanence les yeux rivés sur le bois, dès que je passe devant une fenêtre, à l'est. C'est devenu un réflexe, presque un toc !

Je sais reconnaître si les feuilles sont bercées par le vent, chiffonnées par un oiseau, chamboulées par un écureuil. J'observe, je regarde, je scrute.

Il y a une semaine, il m'avait semblé distinguer une masse brunâtre à la lisière de notre terrain, là où j'avais déposé des pommes trop gâtées me disant qu'elles pourraient nourrir des bêtes.

Et bien, trois chevreuils s'étaient invités à goûter ce déjeuner offert de bon coeur.

En janvier, un joli couple était déjà passé au même endroit mais je n'avais pas eu la chance de l'observer aussi longtemps.

Ces trois là restèrent un petit moment. Un glouton et deux inquiets qui surveillaient en permanence du côté de la maison. J'avais l'impression qu'ils me regardaient derrière ma fenêtre et c'est à peine si j'osais bouger, respirer.

J'ai quand même réussi à les filmer en pleine mastication. Je ne voyais pas grand-chose, tellement ces animaux se confondaient avec la végétation. Contrairement aux humains, ils savent se camoufler, rester dans l'ombre. C'est pour eux une question de survie.

Quelques jours après, un autre chevreuil s'est approché, très méfiant. Il regardait à travers le grillage, sans toucher à la nourriture alors que j'avais remis de belles pommes et même une bassine d'eau. 

 

Un autre l'a rejoint, pas plus intéressé que le premier par la nourriture, et ils ont vite fait demi-tour. J'ai pu vérifier en voyant leur arrière-train qu'il s'agissait bien de chevreuils et non de biches.

Avaient-ils senti une présence humaine dont ils ont bien raison de se méfier ?

 

Je suis sortie tout doucement mais cela les a fait fuir à vive allure avec beaucoup de majesté.

Cette galopade m'a fait comprendre que mes pommes étaient peut-être finalement un cadeau empoisonné. Habituer les chevreuils à venir, les apprivoiser, les rendraient plus vulnérables aux chasseurs.

Tout comme les écureuils, ils doivent rester sauvages et beaux, loin de nous, les hommes. Dans ce monde secret qui est le leur et dont je sais l'existence, à deux pas du mien.

vendredi 25 septembre 2020

Le ballet des oiseaux

Je suis loin d'avoir le talent, le matériel et la technique de Vincent Munier pour photographier les animaux. Peu importe... Je résiste rarement au plaisir de les prendre sur le vif avec mon appareil numérique. 

Ils sont particulièrement présents en ce début d'automne. Je n'ai même pas besoin de rester à l'affût. Dès que je regarde dehors, le spectacle s'invite à ma fenêtre.

Tout d'abord celui des oiseaux. 

Un vrai défilé toute la journée, autour de l'abreuvoir-piscine où le rouge-gorge familier passe son temps à surveiller les baignades, contrôler les consommations et se désaltérer, lui, sans modération.


En voilà un qui risque de faire pipi au nid, la nuit !

Souvent chacun attend son tour ou cède sa place à un plus grand, un plus déterminé, sans pagaille. 

Une petite sittelle torchepot, toute mignonne est venue s'abreuver furtivement. Vite posée, vite envolée.

C'est pas comme dame merlette qui n'en finit pas de prendre son bain. Délicate, elle ne supporte pas que l'eau soit sale et enlève les feuilles mortes qui nagent à la surface. 

 

Un mâle finit par s'agacer et lui vole sa place.

Il est rare que des oiseaux se tolèrent au point de faire leurs ablutions ensemble. 

Mésange bleue, mésange charbonnière et grive musicienne forment un joli trio. Il ne manque plus que le maître-nageur à gorge écarlate pour parfaire l'harmonie colorée !

D'autres, plus ternes, sont plus difficiles à identifier et passent presque inaperçus. Ici, peut-être une fauvette ?

Il n'y a finalement pas tant de variétés que cela et c'est plutôt triste de constater que certaines espèces tendent à disparaître de nos jardins. Comme les moineaux.

Verdiers et pinsons semblent préférer l'autre point d'eau dans le jardin, sur le banc de pierre. J'ignore pourquoi.

J'admire ce que je pense être une jeune grive musicienne quand tout d'un coup, un impressionnant pic-vert arrive.

Je l'avais déjà vu dans le jardin, pilonner le sol gazonné.

Un autre oiseau des bois, le geai des chênes, connait aussi l'adresse de ce bar à eau mais je n'ai pas réussi à le photographier.

Un pic épeiche a trop à faire sur son tronc d'arbre pour s'aventurer jusqu'ici. 

 Je ne sais pas s'il ferait bon ménage avec cette élégante palombe.

Un peu plus tard dans l'année, reviendront peut-être les magnifiques chardonnerets élégants.

 

Tous ces oiseaux sont pour moi un divertissement quotidien qui ne me lasse pas.

Mais semaine dernière, j'ai eu la chance d'assister à une spectacle plus exceptionnel, à l'orée du bois. J'en suis encore toute émerveillée ! Je vous raconte cela très vite...

lundi 21 septembre 2020

Chut !!!

 

Cela se passe au coeur de l'après-midi. Soudain, le silence. Plus aucun voisin ne manie taille-haie ou tondeuse à gazon. C'est presque exceptionnel un tel silence. J'essaie de prendre conscience de ce moment de quiétude sans me dire anxieusement que le vacarme ambiant reprendra de plus belle après cette pause providentielle. Je profite du calme. 

Pour moi, c'est cela la paix. Un jardin où personne ne s'agite à part quelques oiseaux, le vent dans les arbres. 

Et soudain, ploc. Un bruit inhabituel que je ne connais pas, m'extirpe de mes pensées.

Une pomme vient de tomber dans l'herbe du jardin. 

Un bruit de verger à l'automne qui m'enchante et que j'ai rarement entendu avant d'habiter ici. 

Pour moi, c'est cela la sérénité. Entendre le choc un peu sourd d'une pomme tombant de la branche la plus haute sur un tapis végétal moelleux. 

 

Ah comme j'aime broder à l'ombre du pommier rougi de fruits exhalant leurs odeurs sous le soleil de septembre ! 


 

Je resterais bien des heures à m'occuper ainsi, dérangée seulement par quelques plocs qui annoncent de belles récoltes.

 Il sera bientôt temps de cueillir mes pommes avant qu'elles ne soient trop mûres et d'en faire des provisions pour l'hiver, à la manière des écureuils qui s'activent actuellement à cacher leurs noix et noisettes. 

Je suis tellement silencieuse et immobile quand je brode que l'un d'entre eux ne m'avait pas vu dernièrement et s'est retrouvé à quelques centimètres de mon fauteuil. J'ai été plus étonnée que lui qui a retrouvé son chemin sans panique en passant par la véranda.

Confiant, il avait du reconnaître la silhouette familière qui dépose des colis dans sa drôle de boîte aux lettres.

Je retourne au jardin écouter d'autres chutes. 

Chut !!!! 

jeudi 17 septembre 2020

Le banc de l'amitié

D'habitude il est peuplé d'oiseaux ou fréquenté par des écureuils venant y boire après avoir glané quelques graines déposées à leur intention.


 

Mais chaque fin d'été, un drôle de phénomène se produit, une sorte d'apparition. Des visiteuses de mon passé alsacien viennent s'y assoir à mes côtés pour un furtif moment de communion, riche en émotions.

En 2019, c'était Michèle qui faisait une petite halte chez moi, sur la route des cathédrales avec son compagnon Patrice. Souriante, lumineuse, portée par une impressionnante connaissance de la nature et de ses secrets qu'elle distille d'une voix apaisante de conteuse passionnée.

En 2020, c'est Brigitte qui a fait spécialement le voyage pour venir me voir, bouleversée après la lecture de cet article qui, je ne m'en étais pas rendue compte en le publiant, avait de quoi remuer...

 Je me souviens que Michèle, après l'avoir lu, m'avait envoyé une gentille carte pour me dire de tenir bon. Beaucoup avaient pleuré comme Brigitte. Ayant partagé son chagrin avec Francis son époux, il lui avait proposé de faire le voyage pour me rendre visite et nous nous étions fixé rendez-vous, bien avant la pandémie. 

Plus forte que le Covid (qui l'a touchée après un voyage au Japon), Brigitte est venue. 20 ans que nous ne nous étions retrouvées et c'est comme si nous nous étions quittées la veille. Gracieuse, pétillante, douce : Brigitte était toujours la même !

Avec Michèle, la séparation avait été un tout petit peu moins longue car nous nous étions revues lors de réunions. Nous avions travaillé ensemble avant mon départ pour la Picardie alors que je la formais à l'administration de données. Elle avait été la complice de ma dernière année à l'Inventaire Alsace quand Brigitte avait été celle de mes apprentissages dans ce magnifique Palais du Rhin.

 Dans ma vie, Brigitte est une sorte de bonne fée, un peu comme la marraine jouée par Delphine Seyrig dans le Peau d'âne de Jacques Demy. Je lui dois d'être rentrée dans le service de l'Inventaire et d'y avoir trouvé ma place. Je lui dois l'amour d'un métier pas comme les autres, stimulée par sa passion, son énergie à toute épreuve. Je lui dois certains choix personnels, pas toujours faciles, guidée par son oreille attentive.

Comme j'ai été heureuse de constater que l'âge, la maladie n'ont aucune importance ! Ce qui compte c'est la beauté des visages qui reflète celle des âmes, la générosité du coeur, l'amitié sincère.

Alors je rêve à d'autres retrouvailles sur mon banc sacré et j'y imagine déjà certains amis lointains qui me manquent...

Un grand merci à mes amies Michèle et Brigitte pour leur visite si précieuse dont je conserve le souvenir comme un trésor.

samedi 5 septembre 2020

Une éternité

Carnet offert par mon amie Brigitte et ma photo 
de CP (je suis au 1er rang, en salopette rouge)

Les échos lointains de la rentrée des classes me donnent des envies de calligraphies soignées dans des carnets neufs, de retrouvailles avec vous, mes camarades.

Une éternité que je ne suis pas venue partager ici quelques instants éphémères...

Une éternité à me taire, à me terrer.

Une éternité à vivre le mieux possible entre deux hospitalisations. C'était la 9e en août (presque un hymne à la Joie) mais loin d'être la dernière de mes symphonies.


Une éternité à soutenir ma fille chérie. Lors de son concours d'internat dans des conditions plus anxiogènes que jamais. Lors de l'opération de ses quatre dents de sagesse. Que de force, de courage, d'intelligence, de détermination, de discernement réunis dans ma petite Madeleine. Son chemin se dessine tout doucement et je devine les paysages verdoyants qui se profilent a l'horizon, admirative et rassurée comme une mère aime l'être.


Neuvaine à Notre Dame de Bonne Réussite, brûlant dans la cheminée,
pendant le concours de Madeleine


Une éternité à me sentir utile, active, telle une efficace maîtresse de maison préparant le café aussi bien que Madame Maigret. 


Ou au contraire débordée par les travaux que nécessitent une maison, découragée par mes tentatives de jardinage anéanties par la sécheresse ou les parasites, comme la redoutable pyrale du buis. Je ferai mieux l'année prochaine... 


Une éternité comme une longue journée d'été à paresser au soleil, sans masque, dans les parfums de lavande, bien à l'abri du monde qui se covide sauvagement.


Une éternité comme un cadeau du ciel qui me donne l'impression rassurante que le temps va continuer à se dilater à l'infini. Et que le myélome, mon compagnon de mauvaise fortune, sera peut-être un peu plus clément avec moi.

J'accepte les sacrifices qu'il m'impose sans cesse si les récompenses au bout du parcours ressemblent à ces moments d'éternité.