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mardi 3 décembre 2019

96 m2 de bonheur


Mon hospitalisation programmée le 2 a été reportée au 5 décembre, à ma demande, sur les conseils de mon généraliste. Non sans difficultés car arrivée hier en hôpital de jour pour faire une transfusion et discuter avec un médecin, je me suis finalement retrouvée quand même en hématologie clinique. Je ne voulais pas démarrer une cure avec un taux trop bas de leucocytes et neutrophiles et j'ai eu du mal à convaincre de me laisser encore quelques jours pour remonter un peu plus la pente. Toute la journée, j'ai eu l'impression d'un dialogue impossible avec les hématologues. Seuls les externes et internes semblaient m'écouter et me comprendre. 
Ce retour dans la chambre 12, désormais glaciale, à la fenêtre toujours occultée, m'a donné un avant-goût amer de ce qui m'attend jeudi et j'ai du mal à me ressourcer, ici, dans ma maison refuge, tant je pense au compte à rebours qui s'égraine.

J'aimerais être un escargot et emmener ma maison sur le dos pour vivre mes séjours à l'hôpital dans un cadre familier, rassurant et salvateur. Comme je ne peux pas le faire, j'ai sélectionné quelques photographies qui me permettront de me plonger dans les ambiances préférées de mon home sweet home, à distance. C'est mieux que rien...

En avant pour la visite ?

 

En face de la porte d'entrée, accès à la cuisine ou au salon à droite. 

 

Dans le séjour, qui sert aussi de salle à manger, deux grandes portes-fenêtres donnent sur la véranda au sud, de part et d'autre de la cheminée. 


Assis sur le canapé, par une grande porte fenêtre à quatre battants, nous avons une très belle vue sur la partie occidentale du jardin où trône le cèdre bleu et où les oiseaux viennent se restaurer dans les pivoines arbustives. Pas besoin d'allumer la télévision pour se distraire !


Côté salle à manger, une porte vitrée permet l'accès direct à la cuisine. 

 

Ah la cuisine ! Elle a été installée par le fabricant Comera, première marque de cuisines aménagées en France. Avec elle, on plonge directement dans les seventies : association des couleurs orange-brun, motif traditionnel du coq et de la poule (très fréquent dans les broderies au point de croix) dans une déclinaison country un peu à la sauce psychédélique qui m'évoque les pochettes de disque de l'époque ou le mobilier de mes poupées Barbie. J'ai mis un peu de temps à m'y habituer mais maintenant, je l'adore.


 La partie gauche de la maison est une zone plus "intime" : salle de bains avec douche, wc, chambre parentale et trois minuscules chambres qui étaient autrefois celles des enfants.
Ces trois pièces sont devenues mon royaume et j'aime les occuper en fonction de mes activités de la journée.

 

La chambre où je me repose, côté bois. Étagère suspendue avec une partie de ma collection d'objets religieux. Petites étagères à tablettes en verre avec d'un côté mes livres ressources et de l'autre, des décorations essentiellement florales.

 

L'endroit où je travaille, soit à mon bureau, soit sur le canapé, en compagnie d'un livre, d'une broderie. Dans ce boudoir bleu, nous échangeons bien des secrets de fille, Madeleine et moi, autour d'un café. 

 


Et enfin, la chambre où je joue de la harpe, parmi les rares livres que nous avons gardés, nos archives. 

J'apprécie de déambuler dans cette maison de plain-pied, passer d'un lieu à un autre. Même quand je ne sors pas, je ne me sens pas enfermée.
Et je ne m'ennuie jamais !

mardi 4 juin 2019

La maison qui nous a choisi

Etrange chose que les signes envoyés par le ciel ! En pleut-il réellement de là-haut comme des astéroïdes, croisant le fil des destinées humaines ? N'existent-ils que parce qu'il y a des âmes pour les lire et des êtres réceptifs à leur manifestation ?
Sylvain Tesson. Vérification de la porte opposée.
 

Alors que décontenancés par la visite d'un pavillon dans une campagne sinistre nous avions suspendu nos recherches immobilières, c'est une collègue de Jean-Michel qui nous signalé une maison à vendre à Saleux. Idéalement située à 2 km du CHU, dans un lotissement du début des années 70 (et presque de mon âge), elle semblait correspondre à notre recherche d'un endroit calme, sans voisins mitoyens, baigné de nature. Mais pas trop isolé non plus. 

La rue portait le nom d'un chanteur lyrique, né à Saleux, Numa Auguez. Il est enterré dans le cimetière communal, ainsi que sa femme, la soprano Berthe de Montalant et leurs trois enfants, Numa, Hélène et Pauline.


J'y ai vu un signe positif car cela m'a fait penser à mon père qui avait nommé les salles de l'école de musique qu'il dirigeait à Haguenau, du nom de musiciens régionaux. J'y ai entendu aussi comme une petite mélodie qui me guidait vers ce lieu. D'autant plus que la personne qui nous a signalé ce pavillon à vendre, se prénomme Elise (un prénom qui m'évoque aussitôt la fameuse lettre à Elise de Beethoven, si souvent massacrée par moi au piano...).

J'avais vécu toute mon enfance dans une maison de la même époque, au bout d'une impasse calme et la vie m'offrait à nouveau une géographie chère à mon coeur.

La maison avait été construite pour une famille qui avait trois enfants (deux filles, un garçon, comme nous). Leur père étant décédé, les enfants vendaient la maison de leurs parents... Je pensais au jour où cette décision serait aussi la nôtre.

Lors de ma première visite, bien que l'ambiance soit très différente de la maison de mon enfance, j'ai retrouvé l'émotion de rentrer par le garage, comme nous le faisons le plus souvent chez mes parents. Dans le salon avec ses grandes portes fenêtres donnant sur le jardin, j'avais l'impression d'être dans une autre maison des années 70 où nous avions des souvenirs heureux, du côté de Bar-le-Duc. Et en regardant le village et le clocher de l'église en face, je croyais être chez ma grand-mère, dans son ancienne ferme modernisée dans un village du Val-de-Villé.

Etrange comme un lieu nouveau, inconnu, accueille soudain des émotions enfouies, souterraines et nous assure que c'est bien ici que nous aimerions vivre. Depuis notre installation, sur ces strates très subjectives, nous consolidons tous les jours notre propre histoire. 

La maison à Saleux est devenue notre terre.