samedi 16 septembre 2017

Abbeville, 30 juin 2017

Retour sur la sortie annuelle de la direction de l’Inventaire où je travaille, à Abbeville, terrain d’étude de Léo, un jeune chercheur partenaire très attachant.
 

 Nous avons eu l'autorisation de visiter des endroits fermés au public. Une ancienne banque de France qui semblait figée dans les années 30, malheureusement vouée à disparaître faute d’entretien. Elle sert encore parfois de lieu de tournage pour la télévision ou le cinéma.
 L’envers du décor du théâtre municipal, un théâtre à l’italienne proche de celui de Haguenau où, enfant, nous naviguions dans les coulisses quand mon père y montait des opérettes. J’avais oublié combien l’univers de la scène m’était familier.
 
 Visite du Carmel enfin, qui a été pour moi une sorte de révélation. Je n’y ai pas rencontré Dieu mais tout comme ! 
Fermé depuis 1998, j’avais l’impression de deviner encore la présence des carmélites dans ses modestes cellules équipées seulement d’un lavabo.
 
 Pas du tout effrayant ce monde où la parole était interdite : la silencieuse que j’ai longtemps été aurait été chez elle ici. Avec tout de même la possibilité d’écrire un petit mot à la mère supérieure dans une boîte aux lettres spéciale en cas de force majeure (doute existentiel, maladie), de recevoir du linge à broder sans contact avec le monde extérieur (grâce à une sorte de monte charge), de communiquer avec ses proches lors de visites dans le parloir en déposant des choses dans un tiroir, sans jamais se montrer. Ma mère avait eu la tentation du carmel autrefois, avant de rencontrer mon père je pense. Où peut mener la timidité !
 
Et au carmel, j’avais aussi rendez-vous avec des anges un peu spéciaux. 
 
Œuvres de l’artiste Marie Goussé, invitée à s’inspirer de l'ambiance du lieu pour une grande exposition sur le thème de la clôture, de la piété : Chambres d'échos
 
Elle travaille beaucoup avec des plumes et aussi des tapisseries anciennes qu’elle recycle. C’est très beau, sensible, poétique, féminin, proche aussi des ouvrages de dames d’autrefois.
 
 Et j’ai eu l’occasion de lui parler alors qu’elle finissait d’installer une composition dans une des cellules. La silencieuse avait envie de parler poussée par une forte émotion esthétique. Elle a été touchée par mes mots, a repéré ma petite harpe celtique autour de mon cou et m’a demandé d’écrire ce que je venais de lui dire dans son livre d’or. J’ai essayé de me désister disant que j’étais avec un groupe donc pas très libre mais elle a insisté. Guidée par ses « Il faut l’écrire… », je suis retournée dans le cloître où j’ai trouvé une page blanche. Personne ne s’était encore exprimé sur cette installation. Je me sui lancée… Puis, troublée,  j’ai oublié mon appareil photo sur la table en repartant rejoindre les autres.
Je pense encore à cette rencontre insolite. Etait-elle une messagère pour moi ?  En tout cas, quelques semaines après, j'ai senti la nécessité de commencer ce blog personnel. Pour le plaisir d'écrire et de me souvenir à ma manière.

dimanche 10 septembre 2017

Renaissance au Touquet


J’ai envie aujourd’hui de remonter au 14 juin quand ma fille Madeleine et moi avons vécu ensemble une journée thalasso au Touquet. 

Nous sommes arrivées la veille et avons dormi sur place. C’était la première fois qu’elle faisait un long voyage avec l’ancienne voiture de mon père et la première fois qu’elle m’emmenait avec elle, loin. Et nous avions failli ne pas partir en raison d’une purge de liquide de refroidissement mal faite ! Si elle n’avait pas été vigilante, elle aurait pu endommager gravement son moteur et nous serions tombées en panne sur l’autoroute. 

Un peu inquiètes par ce départ quelque peu incertain, nous sommes arrivées au Touquet contentes de décompresser enfin après une année difficile pour Madeleine (beaucoup de fatigue, d’allergies, d’infections et tout le stress d'une étudiante en médecine). Nous avons adoré être entre mère et fille, un peu conscientes que nous allions bientôt nous quitter (Madeleine s’installe dans son propre appartement le 1er août). Quel bonheur de nager dans la même direction dans une piscine d’eau de mer chauffée ; je n’avais plus nagée depuis 2012 à cause de la maladie. Une véritable renaissance dans ce liquide vital. 


Nous avons très bien dîné tout en profitant de la mer d’Opale qui est visible presque de manière continue dans cet hôtel Ibis situé en fin de plage. Impression d’être au bout du monde, ailleurs. Un spectacle de mentaliste nous a agréablement charmé. Il avait deviné que Madeleine avait choisi le prénom Hélène et pensait que c’était le sien… Révélateur de la complicité fusionnelle entre nous deux ?
 
Et tout d’un coup, la nuit et le lendemain, l’univers clos de l’hôtel me refait penser à celui de l’hôpital de l’an passé. J’ai peur qu’à tout moment, une infirmière rentre dans la chambre. Alors, je sors sur le balcon écouter la mer se coucher, lentement ; nous dormons la fenêtre ouverte bercées par le murmure des vagues. Et je me dis que suis en vie et que je n’ai plus rien à craindre. 
Pareil le lendemain quand j’attends pour faire mes soins : tout le monde en peignoir se ressemble comme en pyjama d’hôpital, le personnel en tenue blanche nous appelle à tour de rôle comme si nous allions faire notre chimio !!! Alors, seule dans le couloir d’attente face à la mer, une très apaisante musique de relaxation distillée dans mes oreilles, je comprends le sens de ma présence ici : je suis venue vivre en positif des émotions qui étaient restées négatives en moi. Ici, on m’appelle pour me masser, me nourrir d’énergies marines, pas pour me piquer sauvagement les veines. Ici la tisane que je bois est une vraie tisane (mon hématologue, quand je me plaignais trop des effets secondaires de la chimio disait que les traitements n’étaient pas de la tisane…). J’ai l’impression d’une ardoise surchargée de gribouillis inquiétants qu’on efface enfin. Je vais enfin pouvoir repartir à zéro. Et je pleurs des larmes salées de reconnaissance. Je me dis : « mes anges au ciel m’ont permis de vivre cela, afin que je comprenne que tout ce malheur est fini…».

Le retour à l’heure du midi est un peu difficile. Nous n’arrivons pas à retourner au centre ville pour manger, ni à nous garer à Etaples. Nous trouvons vers le port de cette petite bourgade, une crêperie très bizarre, décorée hyper kitch avec aussi des statues religieuses.


La patronne voit que nous ne sommes pas très en forme. Je lui explique que nous avons du libérer assez vite notre chambre après une matinée de thalasso au Touquet et que Madeleine, conductrice débutante, est très épuisée par la route. Et là, cette dame m’explique que beaucoup de gens ne sont pas bien les heures et les jours qui suivent une thalasso. En touchant le corps, on réveille des mémoires primitives, ce n’est pas anodin. Elle est très touchante, me montre des photos de leur restaurant entièrement refait et décoré par son mari artiste (j’ai lu depuis qu’il avait été musicien d’Higelin). On dirait une œuvre du facteur Cheval, un peu. Le restau s’appelle « Aux trois lanternes ». Le trois est mon chiffre porte-bonheur. Et je crois que cette rencontre m’a quelque peu guidée, orientée. Nous sommes rentrées sur Amiens, rassurées.


La patronne de la Crêperie avec son mari

dimanche 3 septembre 2017

Prologue

   
Une boutique d'antiquités à Abbeville
Un journal intime est une entreprise de lutte contre le désordre. Sans lui, comment contenir les hoquets de l'existence ? Toute vie est une convulsion : une semaine se passe au soleil, une autre dans l'ombre, un mois dans la paix, un autre sur la crête.
Tout cela ne fait pas un destin, mais un effroyable battement, une trémulation de cauchemar. Le journal est la bouée de sauvetage dans l'océan de ces errements.
Chaque soir, on y revient. On lui voue sa fidélité.
Et grâce à lui une ligne se dessine, la vibration s'apaise en une très légère oscillation.

Sylvain Tesson
    
Comment ne pas choisir ce texte si juste d'un écrivain qui me nourrit en prologue de ce blog privé ? J'ai longtemps écrit mon journal dans des cahiers d'écolier puis le manque de temps m'a fait perdre cette habitude. J'y suis revenue par la maladie. Une sorte de thérapie parallèle.
L'envie d'écrire est cependant toujours restée vivante en moi puisque depuis 2006 je tiens un blog de point de croix qui est devenu un peu plus varié au fil du temps et de moins en moins fréquenté ! Il m'a aussi donné l'occasion d'écrire des nouvelles dont certaines ont été publiées dans la revue Le marquoir.
Mais depuis un certain temps, je sens une certaine lassitude à passer autant de temps sur mon blog en faisant attention à ne pas trop me livrer puisque la planète entière est susceptible de me lire ! Et en ces temps de menace terroriste, je crois que je n'ai plus autant envie de partager mes moments de vie avec ce monde inconnu qui me fait peur. Les temps ont changé. Moi aussi.
Alors j'ai eu l'idée de ce blog privé, en parallèle d'Hélène croix de lune sur lequel je continuerai à publier des articles moins personnels. Et j'autoriserai certaines personnes de mon choix à venir feuilleter celui-ci par dessus mon épaule.

Entre journal et correspondance donc.

Ad libitum... le journal d'Hélène croix de lune.