Retour sur la sortie annuelle de la direction de l’Inventaire où je travaille, à Abbeville, terrain d’étude de Léo, un jeune chercheur partenaire très attachant.
Nous avons eu l'autorisation de visiter des endroits fermés au public. Une ancienne banque de France qui semblait figée dans les années 30, malheureusement vouée à disparaître faute d’entretien. Elle sert encore parfois de lieu de tournage pour la télévision ou le cinéma.
L’envers du décor du théâtre municipal, un théâtre à l’italienne proche de celui de Haguenau où, enfant, nous naviguions dans les coulisses quand mon père y montait des opérettes. J’avais oublié combien l’univers de la scène m’était familier.
Visite du Carmel enfin, qui a été pour moi une sorte de révélation. Je n’y ai pas rencontré Dieu mais tout comme !
Fermé depuis 1998, j’avais l’impression de deviner encore la présence des carmélites dans ses modestes cellules équipées seulement d’un lavabo.
Pas du tout effrayant ce monde où la parole était interdite : la silencieuse que j’ai longtemps été aurait été chez elle ici. Avec tout de même la possibilité d’écrire un petit mot à la mère supérieure dans une boîte aux lettres spéciale en cas de force majeure (doute existentiel, maladie), de recevoir du linge à broder sans contact avec le monde extérieur (grâce à une sorte de monte charge), de communiquer avec ses proches lors de visites dans le parloir en déposant des choses dans un tiroir, sans jamais se montrer. Ma mère avait eu la tentation du carmel autrefois, avant de rencontrer mon père je pense. Où peut mener la timidité !
Et au carmel, j’avais aussi rendez-vous avec des anges un peu spéciaux.
Œuvres de l’artiste Marie Goussé, invitée à s’inspirer de l'ambiance du lieu pour une grande exposition sur le thème de la clôture, de la piété : Chambres d'échos.
Elle travaille beaucoup avec des plumes et aussi des tapisseries anciennes qu’elle recycle. C’est très beau, sensible, poétique, féminin, proche aussi des ouvrages de dames d’autrefois.
Et j’ai eu l’occasion de lui parler alors qu’elle finissait d’installer une composition dans une des cellules. La silencieuse avait envie de parler poussée par une forte émotion esthétique. Elle a été touchée par mes mots, a repéré ma petite harpe celtique autour de mon cou et m’a demandé d’écrire ce que je venais de lui dire dans son livre d’or. J’ai essayé de me désister disant que j’étais avec un groupe donc pas très libre mais elle a insisté. Guidée par ses « Il faut l’écrire… », je suis retournée dans le cloître où j’ai trouvé une page blanche. Personne ne s’était encore exprimé sur cette installation. Je me sui lancée… Puis, troublée, j’ai oublié mon appareil photo sur la table en repartant rejoindre les autres.
Je pense encore à cette rencontre insolite. Etait-elle une messagère pour moi ? En tout cas, quelques semaines après, j'ai senti la nécessité de commencer ce blog personnel. Pour le plaisir d'écrire et de me souvenir à ma manière.







