La plus belle, c'est ma mère
Son pays, c'est la vie
C'est petit mais joli
Peut-être a-t-elle vieilli
Mais elle ne m'a rien dit
Ça fait tellement longtemps
Pour moi, qu'elle a 30 ans
Le temps passe et pourtant
Malgré ses cheveux blancs
Son ventre un peu plus large
Et les ongles du temps
Qui griffent son visage
Et ses mains toutes dures
La plus belle sur la terre
La plus belle, je le jure
La plus belle, c'est ma mère
Elle me connaît par cœur
Mais elle m'aime quand même
Elle m'a soignée des heures
Et des nuits par centaines
Elle a fait tant d'efforts
Qu'elle s'inquiète encore
Quand il fait froid dehors
Elle donne, elle pardonne
Elle ne juge jamais
Non plus; rien ne l'étonne
Elle a tellement pleuré
Mais malgré ses blessures
La plus belle sur la terre
La plus belle, je le jure
La plus belle, c'est ma mère
Et quand le jour se lève
Elle repart au galop
Dans son petit manteau beige
Elle a l'air d'un moineau
Mais quand elle me regarde
Elle a les yeux qui brillent
La plus belle, c'est sa fille
Aujourd'hui chaque fois
Que j'ai mal à la vie
C'est fou, je la revois
Comme quand on était petits
Depuis longtemps, c'est sûr
La plus belle sur la terre
La plus belle, je le jure
La plus belle, c'est ma mère
Moi, j'ai jamais su faire
Pour savoir à la fois
Rester femme, être mère
Essayer d'être moi
Depuis que j'ai grandi
Je cherche la sortie
Et je n'ai rien compris
Mais quand je la regarde
Avec tout son courage
Et ses mains toujours froides
Et son petit visage
Aujourd'hui, j'en suis sûre
La plus belle sur la terre
La plus belle, je le jure
La plus belle, c'est ma mère
Et quand je vais la voir
Elle est comme une poupée
Sauf que dans mon regard
Elle n'a jamais changé
Mais s'il n'est pas trop tard
Aujourd'hui je lui dis
Tout simplement "merci"
J'aimerais tant savoir
Revenir en arrière
Et surtout la revoir
Dans les yeux de mon père
Alors, quand c'est trop dur
La plus belle sur la terre
La plus belle, je le jure
La plus belle, c'est ma mère
Agnès Bihl, 2013


Maman(s)
Nous sommes nés par le désir d'une mère
Abusive, absente, lointaine ou étouffante...
Cela n'enlève rien à l'évidence :
Nous sommes nés de l'amour d'une maman.
À l'instant du premier regard
Immense comme un abandon
Il a fallu ce don de soi
Pour nous propulser dans le monde.
Nous sommes encore un peu sonnés
Nostalgiques du premier nid
Même quand on sait se camoufler
Dans nos discours, dans nos machismes.
Nous sommes nés par le désir d'une mère
Elle demeure socle de nos origines
Ce tout premier bain de jouvence
Cueillant sur son sein le calice.
Et depuis nous battons la terre
En quête de ce même trésor
Solitaires marins sans mer
Boire à l'innocence encore !
Malgré ses failles et ses faiblesses
La vie se prononce par son nom
Pour l'enfant en mal de caresse
Elle est la clarté de l'aurore
Elle est la clarté de l'aurore.
Nous sommes nés par le désir d'une mère
Mais nous savons qu'elle partira un jour
Dans l'immensité du grand large
Laissant derrière elle ce vide incurable.
Je n'aurai pas de roses blanches
À lui offrir la larme à l'œil
Elle restera dans son absence
Immortelle racine de tilleul
Elle deviendra la coloquinte
Mon églantine ou ma colombe
Rosée fraîche de ritournelle
La secrète roue du silence
Et puis dans la terre féconde
Qui la bercera comme sa mère
Je planterai son effigie
Cette image qui m'ouvre le ciel
Cette image qui m'ouvre le ciel.
Nous sommes nés par le désir d'une mère
Abusive, absente, lointaine ou étouffante...
Cela n'enlève rien à l'évidence :
Nous sommes nés de l'amour d'une maman !
Morice Benin, 2001