jeudi 3 mars 2022

De Helena Constantini Mater

Hélène, dans ses écrits, a souvent évoqué sainte Thérèse, ou la Vierge Marie, pour des motifs spirituels. Ces êtres sacrés font partie de ceux que l'on vénère au quotidien, qui peuvent nous apporter aide et réconfort dans notre vie de tous les jours en même temps qu'ils élèvent notre âme.
 

Cependant, il existe de nombreux saints qui ont contribué de manière différente aux progrès de la religion, et que l'on ne vénère pas dans la vie courante. C'est le cas de sainte Hélène, impératrice romaine, que l'on connaît pour avoir découvert les reliques de la Passion du Christ. En souvenir de notre chère petite Hélène, j'ai eu envie d'exposer cet épisode de la vie de l'auguste mère de Constantin.

 

 Hélène, communion, Pâques 1981

Le prénom Hélène est d'origine grecque, Ελένη (Éléni). Étymologiquement, il pourrait provenir des racines grecques ήλιος (soleil) et ελάνη (éclat de lumière) qui présentent une certaine ressemblance phonétique (voir ici).


Hélène, mère et impératrice

Hélène, femme d'origine modeste, est née au milieu du IIIe siècle en Bithynie, région située dans la Turquie actuelle. Épouse ou concubine de Constance Chlore, césar en 293-305 et empereur romain en 305-306, elle enfanta de ses œuvres le futur Constantin Ier (272-337), empereur romain de 306 à 337. Vivant dans l'ombre à compter de l’accession de Constance à la dignité de césar, son fils la fait proclamer impératrice en 324. Elle participe activement à la politique de christianisation impulsée par l'empereur, converti en 313. Vers 325-327, alors qu'elle avait près de 80 ans, elle se rend à Jérusalem en pèlerinage et y découvre les saintes reliques de la Passion du Christ. Elle meurt vers 330, auprès de son fils.
La croix devient le symbole de la religion chrétienne après la découverte de la Sainte Croix par Hélène. Auparavant, elle était considérée pour ce qu'elle était, un instrument de supplique, composé d'un pieu vertical et d'une poutre placée à l'horizontale.

Constantin et Hélène (Bucarest, Cathédrale Patriarcale de Saints Constantin et Helena)

Canonisée à une époque inconnue, sa fête est fixée au 18 août pour les catholiques et au 21 mai pour les orthodoxes.

Dans la tradition catholique, Hélène est la sainte patronne des teinturiers, des marchands de clous et d'aiguilles.

Chez les Grecs orthodoxes, elle est la sainte patronne des archéologues.

Elle est plus fréquemment vénérée chez les orthodoxes.


Inventio Sancte Crucis

Bien entendu, elle est connue pour avoir découvert la sainte Croix sur le site du Saint-Sépulcre, lors de son pèlerinage à Jérusalem. Elle est représentée le plus souvent la tête ceinte de sa couronne d'impératrice et tenant la vraie Croix dans ses mains, et souvent aussi trois clous.

 
Maestro di Ozieri : Sant'Elena (Benetutti, chiesa di Sant'Elena)

 Saint Ambroise fit le premier le récit de cette découverte. Mais c'est celui de Rufin d'Aquilée, plus connu et plus circonstancié, que j'ai choisi de reproduire ici.

Eusèbe de Césarée (265-339), évêque de Césarée en Palestine, est auteur de nombreuses œuvres, dont son Histoire ecclésiastique (Ἐκκλησιαστικὴ ἱστορία), qui raconte en dix livres l'histoire de l'Église chrétienne des origines jusqu'à la victoire de Constantin sur Licinius en 323. Rufin d'Aquilée (vers 345-vers 411), ascète, auteur et traducteur latin, vécut longtemps à Jérusalem, sur les lieux du Calvaire. Au tout début du Ve siècle, il s'attelle à la traduction du grec au latin de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèble, qui devient Historia ecclesiastica. Il fusionne les livres IX et X, et prolonge, dans les livres X et XI dont il est l'auteur, l'histoire de l'église jusqu'en 395. C'est dans les chapitres VII et VIII du livre X qu'il donne le récit de la découverte de la vraie croix par Hélène.

En voici une traduction en français, issue de trois sources différentes et de mon propre déchiffrage pour les passages non traduits.

 

Historia ecclesiastica

Livre X

Chap. VII. À propos d'Hélène, mère de Constantin

À la même époque, Hélène, la mère de Constantin, femme incomparable par sa foi, sa ferveur religieuse et sa magnificence insigne, dont la piété sincère égalait la rare munificence, guidée par des visions divines, se rend à Jérusalem ; là elle s’informe auprès des habitants pour savoir où le corps sacro-saint du Christ avait été pendu, cloué à une croix. Ce lieu était difficile à trouver, car d’anciens persécuteurs y avaient élevé une statue à Vénus, afin que les chrétiens qui auraient voulu venir y adorer le Christ parussent adresser leurs hommages à la déesse ; aussi était-il peu fréquenté et presque oublié.

Mais lorsque cette femme pieuse se fût rendue en hâte à l’endroit qui lui avait été indiqué par un signe du ciel, elle en fit arracher tout ce qui était sacrilège et qui le profanait ; une fois les déblais enlevés jusqu’à une grande profondeur, elle trouva trois croix en désordre. Mais l’incertitude de l’appartenance de chacune des croix gâtait la joie d’avoir retrouvé ce trésor. Certes il y avait aussi cet écriteau rédigé par Pilate en grec, en latin et en hébreu : mais lui non plus ne désignait pas de façon assez précise la croix du Seigneur. De ce fait, seul un signe de Dieu pourrait permettre de désigner le pieu de la croix.

Jan van Eyck : s.Elena e il ritrovamento della Vera Croce.
Miniatura, 1420 circa; "Libro d' Ore" del Duca di Berry

On eut donc recours à la lumière de Dieu, à défaut de celle des hommes. Le bruit courait dans la ville qu'une femme de la meilleure société était gravement malade et gisait à demi-morte. En ce temps, Macaire était évêque en ce lieu. Il dit à l'impératrice indécise, et à tous ceux qui étaient présents, d'apporter toutes les croix retrouvées, et que Dieu leur ferait découvrir laquelle avait porté le Christ notre Seigneur. Et il entra chez la malade avec l'impératrice et les gens qui se prosternèrent, ils mirent les genoux à terre et se répandirent en prières à Dieu.

Chap. VIII. De la Sainte Croix retrouvée par Hélène à Jérusalem

Seigneur, toi qui par ton fils unique as daigné accorder le salut au genre humain par sa passion sur la croix et qui maintenant viens d’inspirer au cœur de ta servante de rechercher ce bois béni auquel notre salut fut suspendu, manifeste de façon évidente, parmi ces trois croix, celle qui a servi à la gloire du Seigneur et celles qui ont été dressées pour un supplice d’esclave : que cette femme qui gît à demi-morte, aussitôt que le bois du salut l’aura touchée, soit, des portes de la mort, rappelée à la vie.

Après avoir dit cela, il prit en premier lieu une des trois croix mais il n’obtint aucun succès. Il prit la seconde et il n’arriva rien non plus. Mais dès qu’il approcha la troisième, aussitôt la femme se leva, les yeux ouverts, et, ayant retrouvé la plénitude de ses forces, beaucoup plus alerte que lorsqu’elle avait la santé, elle se mit à parcourir toute la maison et à exalter la puissance du Seigneur.

 
Simon Marmion : Le miracle de la Vraie Croix à Jérusalem en présence de sainte Hélène impératrice
  (2e moitié du XVe siècle). Musée du Louvre

 La reine, dont ce signe manifeste avait réalisé les vœux, fit élever un temple d’une magnificence royale au lieu même où elle avait trouvé la croix.

Elle porta à son fils les clous qui avaient attaché le corps de Notre-Seigneur. Avec les uns, il fit un frein qui devait lui servir à guerre ; il employa les autres à armer un casque propre au même usage. Quant au bois de notre salut, elle en rapporta une partie à son fils, et laissa l’autre sur le lieu même, après l’avoir enfermée dans des boîtes d’argent, que l’on a conservées jusqu’à nos jours avec soin et vénération.

 
Carpentras, cathédrale Saint-Siffrein : Saint Mors de Constantin

Son fils sincère, Constantin, en l'honneur de sa mère, appela la cité dont elle était originaire Helenopolis, d'après son nom.


Traduction du latin issue en partie de l'article L’"invention" de la sainte Croix par l’impératrice Hélène, par Xavier Ravier, en partie du livre Mémoire sur les instruments de la Passion de N.-S. J.-C., par Charles Rohault de Fleury (Paris, Lesort, 1870), et de Histoire generale des auteurs sacrés et ecclesiastiques, par Dom Rémy Ceillier, tome 10, chapitre 1 "Rufin, prêtre d'Aquilée", p. 64 (Paris, 1767).

 
Palma il Giovane : Saint Helena (1592-1593). Venise, Chiesa dei Gesuit

Ci-dessous : Marco Palmezzano : Sant'Elena con la croce (1516). Forli, Musei di San Domenico

Texte en latin

Cap. VII. De Helena Constantini Mater

Per idem tempus Helena Constantini mater, femina incomparabilis fide, religione animi ac magnificentia singulari, cuius vero Constantinus et esset filius et crederetur, divinis admonita visionibus Hierosolymam petit ; atque ibi locum, in quo sacrosanctum corpus Christi patibulo affixum pependerat, ab incolis perquirit. Qui iccirco ad inveniendum difficilis erat, quod ab antiquis persecutoribus simulacrum in eo Veneris fuerat defixum, ut si quis Christianorum in loco Christum adorare voluisset, Venerem videretur adorare ; et ob hoc infrequens et pene oblivioni datus fuerat locus.

Sed cum, ut supra diximus, religiosa femina properasset ad locum coelesti iudicio designatum, cuncta ex eo profana et polluta deturbans in altum purgatis ruderibus, tres confuso ordine reperit cruces. Sed obturbabat reperti muneris laetitiam uniuscuiusque crucis indiscreta proprietas. Aderat quidem et titulus ille qui Graecis et Latinis atque Hebraicis litteris a Pilato fuerat conscriptus : sed ne ipse quidem satis evidenter Dominici prodebat signa patibuli.

Hinc iam in humanae ambiguitatis incerto, divinum flagitat testimonium. Accidit in ea urbe primaria quamdam loci illius feminam gravi aegritudine confectam seminecem iacere. Macharius per idem tempus illius episcopus erat. Is ubi cunctantem reginam, atque omnes pariter qui aderant, videt afferte huc, inquit, omnes quae repertae sunt cruces, et quae sit quae portaverit Dominum Christum, nunc nobis adaperiet Deus. Et ingressus cum regina pariter et populis ad eam quae decumbebat, defixis genibus huiuscemodi ad Deum precem profundit.

Salvatore Psaila : Statue de sainte Hélène (détail) (1837).
Birkirkara (Malte), basilique Sainte-Hélène

Cap. VIII. De cruce salvatoris in Hierusolymis ab Helena reperta

Tu Domine, per unigenitum Filium tuum salutem generi humano per passionem crucis conferre dignatus es, et nunc in novissimis temporibus aspirasti in corde ancillae tuae perquirere lignum beatum, in quo salus nostra pependit,ostende evidenter ex his tribus quae crux fuerit ad Dominicam gloriam, vel quae extiterint ad servile supplicium : ut haec mulier quae semiviva decumbit, statim ut eam lignum salutare contigerit, a mortis ianuis revocetur ad vitam.

 
 Agnolo Gaddi : The Story of the True Cross (ca 1380-1390).
Florence, frescoes in the church of Santa Croce
 
Et cum haec dixisset, adhibuit primo unam ex tribus, et nihil profuit. Adhibuit secundam, et nec sic quidem aliquid actum est. Ut vero tertiam admovit, repente adapertis oculis mulier consurrexit, et stabilitate virium recepta, alacrior multo quam cum sana esset, tota domo discurrere et magnificare Domini potentiam coepit.

Sic evidenti indicio regina voti compos effecta, templum mirificum in eo loco, in quo crucem repererat regia ambitione construxit.

Clavos quoque quibus corpus Dominicum fuerat affixum, portat ad filium. Ex quibus ille frenos composuit, quibus uteretur ad bellum; et ex aliis galeam nihilominus belli usibus aptam fertur armasse. Ligni vero ipsius salutaris partem detulit filio; partem vero thecis argenteis conditam dereliquit in loco: quae etiam nunc ad memoriam sollicita veneratione servatur. Reliquit etiam hoc inditium religiosi animi regina venerabilis.

Filius vero eius Constantinus in honorem matris civitatem condidit quam ex nomine illius Helenopolim nuncupavit. 

 

Quelques représentations de la sainte

 
Vasily Sazonov : Saints Constantine and Helena present the Holy Cross 
(Saint-Pétersbourg, avant 1870)




Véronèse : La Vision de sainte Hélène (vers 1570-1575).
Londres, The National Gallery
Sebastiano Ricci : The Invention of the Cross by Empress Helen (1710). Residenzgalerie Salzburg

 
 
Lucas Cranach the Elder : Saint Helena with the Cross (1525). Cincinnati Art Museum / Œuvre non identifiée
 
 
  


 

 Icônes orthodoxes

 
 
Kaiser Konstantin und Kaiserin Helena mit dem Kreuz Christi (14e-15e siècle).
Germanisches Nationalmuseum
 
Master painter Athanasie Wallachia : Icon, Saints Constantine and Helena (1699). 
Bucarest, National Museum of Art of Romania
 
  Icona ortodossa bulgara di Costantino I ed Elena con la Vera croce (Gdańsk, Poland)
 
 
Images pieuses
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Italie

Tintoretto -  I Santi Elena, Barbara, Andrea, Macario, un altro santo e un devoto adorano la croce (1560 circa). Milano, Pinacoteca di Brera
 

Palma il Vecchio (Jacopo Negreti) - Saint Helen and Saint Constantine (part of a polyptych) (ca 1545).
Milano, Pinacoteca di Brera
 
 
Giambattista Tiepolo - Esaltazione della croce (ca 1740-1745).
Venice, Galleria dell’ Academia