dimanche 24 décembre 2017

L'escalier à méditation


Il est bien plus facile de se livrer à la méditation quand tout vous y invite : une nature resplendissante, un silence ponctué de quelques bruits seulement et un escalier haut perché protégé par un auvent pour embrasser le monde quelque soit temps.

 

Dans notre gite de vacances préféré, j'aime m'arrêter souvent sur ce perron, entre deux tâches ou le temps d'une tasse de thé et sourire en voyant monsieur B. faire de même depuis des années, dans la maison en contre-bas.

 

Il fume sa pipe, observe les bois et est capable de me dire la moindre nuance de changement quand, pauvre citadine, je ne vois pas le quart de ce qu'il voit, de ce qu'il sait.

Sa femme aussi est riche de connaissances que j'ignore. Elle garde de son enfance solitaire dans une ferme isolée, la méfiance des cancans, la force de ceux qui savent vivre en autarcie, entre ses poulets, ses lapins, son potager. Tous les deux sont beaux comme cette terre de Bourgogne qu'ils habitent et que je rêve de retrouver, bientôt, plus tard. Quand j'irai mieux enfin...

Puisse la lumière de Noël me redonner confiance !

mardi 21 novembre 2017

Le cri de Bourvil


En 1969, Bourvil tourne l'Etalon avec son ami Jean-Pierre Mocky, parce que sa vie, c'est le cinéma. Il veut être plus fort que ce cancer qui lui est tombé dessus sans crier gare deux ans plus tôt et prouver sa bonne santé aux compagnies d'assurance qui ne veulent plus le couvrir. Non seulement il doit lutter contre sa maladie mais se battre pour continuer à faire des films dans le monde sans pitié de la production cinématographique. Cet homme bon découvre la rudesse du métier. Une blessure qui s’additionne à ses douleurs terribles.

Il sait qu'il n'a plus beaucoup de temps à vivre, usé par des traitements au cobalt qui le vident. Ses os lui font mal, son sang ronge sa moelle osseuse. Il endure le martyr mais ne le montre pas. Il enrubanne sa peine de grands éclats de rire pour donner le change. C'est sa tac-tic de survie.

Mais parfois, il s'éloigne de l'équipe et s'en va nager loin, au delà de sa force, au delà de sa douleur. Comme pour se noyer dans plus grand que lui. Il part seul dans la montagne et là-bas, il hurle et pleure. Il crie sa frayeur, sa révolte intérieure au milieu des arbres à la santé presque insolente. Pourquoi Dieu l'a-t-il abandonné ? Pourquoi doit-il s'en aller si tôt ? Cet homme fait pour le bonheur simple, bascule et titube. Puis se relève et redescend jouer son rôle, ses rôles. Quelle force mystérieuse puise-t-il dans son cri primitif ?

Depuis l'annonce de ma nouvelle rechute, comme lui, j'aimerais crier mais je reste muette. Asphyxiée. Tous ces efforts faits depuis 2012, ces traitements qui me maintiennent en vie de rechute en rechute, c'est si lourd à supporter. Quel prix faudra-t-il payer pour rester encore un peu sur cette terre entourée de ceux que j'aime ?


Comme lui, je m'interroge sur le sens de cette maladie qui touche principalement des hommes âgés, selon les statistiques. Alors pourquoi moi ? Entre révolte et résignation, je poursuis mon chemin à la rencontre peut-être d'une montagne où, enfin, je pourrais me laisser aller à crier et repartir apaisée, confiante et combattive.



 S’il n’y avait pas la science, malheureux cloportes suintants d’ingratitude aveugle et d’ignorance crasse, s’il n’y avait pas la Science, combien d’entre nous pourraient profiter de leur cancer pendant plus de cinq ans ? Pierre Desproges

vendredi 17 novembre 2017

Des lys et des rides

 
Il y a un mois, j'ai fait un voyage express en Alsace pour embrasser ma mère le jour de ses 83 ans. Fille de l'automne aux yeux verts, elle ressemble chaque année davantage à cette saison mélancolique.
Depuis peu, des rides profondes dessinent sur son visage une géographie vivante et émouvante. J'aime ces sillons qui me parlent de la terre, de la matière et qui me rappellent les étoffes qu'elle a manipulé toute sa vie.  Le bonheur n'est pas lisse mais plein de coins et recoins, de surprises. Et d'aspérités parfois.

Régis Chenut, mon maître de musique, offrait toujours des lys à ma mère quand elle l'invitait à dîner. Il arrivait avec son immense bouquet et le salon se transformait en loge de cantatrice. Le parfum très  écoeurant des ces fleurs bulbeuses envahissait peu à peu tout l'espace de la maison. Était-ce en raison de leur important taux vibratoire qu'il choisissait ces fleurs ? Je ne l'ai jamais su.

Je me suis emparée de ce souvenir et j'ai rendu hommage à ma mère en lui offrant mon bouquet et suis repartie.

Les fleurs se sont ouvertes une à une, après mon départ.




dimanche 5 novembre 2017

Plumes angéliques

C'est un moment un peu particulier, sur le chemin du retour des vacances, à la fin de l'été. Aucune envie de rentrer retrouver l'agitation de la grande ville. Alors nous prenons notre temps. Nous jouons aux touristes dans une ville que nous traversons très souvent et que nous croyons connaître par coeur : Châtillon-sur-Seine. La sècheresse a vidé le lit de la Seine et donne un côté champêtre à cette bourgade. 


Nous empruntons des ruelles étroites qui serpentent entre des maisons très anciennes et des escaliers pentus qui montent, montent... Arrivés en haut, l'église Saint Vorles nous livre ses trésors juste avant que ne sonne l'angelus. 

 

Nous explorons le cimetière d'à côté qui occupe depuis le 19e siècle les ruines de l'ancien château fort des ducs de Bourgogne.

 

C'est comme si la ville nous livrait la mémoire nécrologique de ses habitants, illustres ou modestes. 
Il y a cette femme, dont la chapelle funéraire est couverte de couronnes en perles, toutes différentes.

 

Ce maire de la commune de Maisey, vice président du comice agricole de l'arrondissement dont l'activité professionnelle est célébrée sur un magnifique bas-relief en marbre d'un blanc immaculé.


Et soudain, alors que je suis impressionnée par la grandiose chapelle funéraire de la famille Boucheret, un petit détail m'émeut. 

Un oiseau a choisi de faire son nid en prenant appui sur l'aile d'un des anges qui garde l'entrée du monument. La poésie du hasard *.

 

 J'imagine la naissance des oisillons, plumes vivantes et plumes de pierre mêlées. La vie plus forte que la mort...


* Le hasard, c'est Dieu qui se promène incognito (Albert Einstein).

samedi 28 octobre 2017

Attention, ça glisse sur les trottoirs

 
J'aime marcher. Mais il faut reconnaître qu'en ville, c'est de moins en moins évident de croiser des piétons qui comme moi, prennent le temps de caresser le sol d'un pas bienveillant. En saluant l'autre d'un sourire. Les gens dans la rue me font penser à des chauves-souris, évitant l'autre à la dernière minute en voyant son ombre se refléter sur l'écran de leur téléphone portable. Le monde est-il devenu tellement moche pour qu'on soit tenté de regarder en permanence des écrans, de boucher nos oreilles avec des écouteurs ?


 De plus en plus aussi, il faut que ça roule, que ça glisse, que ça aille vite. Il y a tellement de nouveaux moyens de locomotion qu'on se croirait dans le film Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machine où chaque pilote tente de gagner la course dans des avions de plus en plus improbables. C'est à qui trouvera le truc le plus original pour se déplacer ! Les trottoirs ressemblent désormais à des autoroutes où se croisent skates, hoverboards, trottinettes pour enfants, pour adultes, rollers, bicyclettes... Sans aucune règlementation. Qui est finalement prioritaire sur un trottoir ?

Et si on ne marche plus, on ne porte plus non plus. Pourquoi faire des efforts puisque la société de consommation nous incite à tout laisser glisser ?


En voyant certains se contorsionner pour tirer un minuscule sac dont les roues font un sacré tintamarre, je me dis qu'ils ne peineraient pas plus à porter un sac à dos. A quand le porte-feuilles à roulettes pour transporter toutes nos cartes de crédit ou de fidélité ? Dire que jadis, ma grand-mère refusait de prendre son caddie à roulettes parce qu'elle ne voulait pas reconnaître son âge !

Soyons raisonnables et laissons ces sacs roulants aux personnes qui en ont vraiment besoin et voyageons léger. Est-il vraiment indispensable de trimballer autant de choses ? A chaque rentrée scolaire, on entend parler du poids du cartable mais je n'ai pas l'impression de voir des écoliers moins chargés.

Et si vraiment nous ne pouvons pas porter notre sac de voyage ou de course, choisissons des roulettes "silencieuses", en caoutchouc plutôt qu'en plastique dur. Les fabriquants pourraient faire un effort pour limiter le bruit, cette autre pollution urbaine. 

vendredi 27 octobre 2017

La tartine de beurre


Ce matin au petit déjeuner, j'ai savouré une tartine de beurre dégoulinante de miel. Alliance subtile de deux denrées en voie de disparition. Les abeilles de monsieur Léon, apiculteur de Montdidier, se font rares et la production s’amenuise d'années en années. Les réserves de beurre fondent sous l'augmentation mondiale de la consommation.

Alors voici une bonne occasion de manger en pleine conscience. De bien goûter chaque bouchée comme si c'était la dernière et de ne pas en perdre une miette.

Quand je pense que certains achètent plus de plaquettes de beurre que de raison, par crainte d'une pénurie, et risquent de gaspiller leurs provisions qui vont se périmer... ou de faire une overdose de cholestérol !

Mangeons peu, mangeons moins mais avec délectation, en écoutant Mozart, et il y en aura pour tout le monde.



dimanche 15 octobre 2017

Kiara, dite Kiki

Elle a été nommée Kiara à son arrivée à la SPA puis est devenue Kiki en colonisant le cœur de Madeleine. Parce qu'elle ressemble au chat noir de Kiki la petite sorcière, un de ses Miyazaki préféré, et surtout parce qu'elle répond à ce nom quand on l'appelle. Kiki, la doucette, le nom aussi de la chatte de Colette dans Dialogues de bêtes.
Il m'arrive de penser à la cruauté des hommes en la regardant, si belle. Comment son maître précédent a-t-il pu l'abandonner dans la rue parce qu'elle attendait des chatons ? Vilaine fille qui avait fauté !
Je me dis que peut-être, je me trompe, qu'elle s'est simplement perdue en allant mettre au monde sa portée et qu'elle n'a pas retrouvé ton foyer. Son maître la cherche t-il encore ? Je crois malheureusement que le premier scenario, le plus fréquent selon la responsable de la SPA, est le plus probable.
S'il y a des hommes qui ne sont pas dignes des animaux, d'autres au contraire le sont. Recueillie dans la rue par la fourrière, elle a été merveilleusement soignée à la SPA avec ses petits qui ont tous été adoptés.
Madeleine qui désirait partager son premier logement avec un chat, avait pris l'habitude de regarder le site de cette association depuis longtemps (toujours dans l'anticipation ma fille !). Elle regardait régulièrement la fiche de Kiara et ne pensait pas que le jour où elle pourrait vraiment adopter un animal, Kiara serait encore là.

Et pourtant, aux portes ouvertes du 15 août 2017, Kiara n'avait toujours pas été adoptée et Madeleine est repartie avec elle dès le lendemain. C'était comme si ces deux-là, étaient faites l'une pour l'autre.
Une belle histoire d'amour qui a tout de même nécessité un petit temps d'adaptation ! Jamais connue une chatte aussi collante que Kiki... J'ai été heureuse de la voir me bouder l'autre jour quand je passais un moment seule avec elle.
Enfin une attitude de chat qui me dit qu'elle est en train d'oublier les galères passées.

 Elle trône, royale, dans un petit appartement certes, mais à l'abri des dangers de la rue. 
 
Nourrie, soignée, respectée, câlinée. Elle est devenue l'âme ronronnante du foyer de Madeleine.


dimanche 8 octobre 2017

Ruines de la Grande Guerre

 
Montdidier, rue de la sous-préfecture

Le titre de cet article rappelle celui d'une série de cartes postales éditée après la première guerre mondiale pour documenter les bâtiments ou quartiers partiellement ou entièrement détruits.
La région où j'habite a été particulièrement touchée, non seulement dans le sillage du Chemin des Dames mais aussi dans la Somme.
Alors forcément, Jean-Michel qui travaille aux archives départementales, est chaque jour confronté à ce passé : liasses déchiquetées par les obus et inexploitables, archives disparues. Toute une mémoire engloutie dont l'absence témoigne encore aujourd'hui de l'histoire terrible d'un territoire et des hommes qui y ont perdu la vie.

 
Échantillon de matières préservées entre des pages endormies, 
comme un herbier minéral

Un jour, comment ne pas être ému en découvrant par hasard dans un dossier oublié, des gravas de la sous-préfecture de Montdidier, bombardée en 1918 ? Comment ne pas vouloir les garder précieusement, même si cela ne sert à rien ?

 En haut, l'ancienne et la nouvelle sous-préfecture, 
en bas, la sous-préfecture provisoire et la rue en ruines
Pour conserver dignement ces reliques, j'ai brodé une petite enveloppe dont le format rappelle les courriers d'antan. Les couleurs évoquent discrètement celles du drapeau national. Un gris taupe à la place du bleu et un rouge coquelicot, fleur-symbole du souvenir des victimes de la Grande Guerre.

 La sous-préfecture de Montdidier a été reconstruite comme la plupart des lieux dévastés.
Et la vie a repris son cours, différente...

samedi 16 septembre 2017

Abbeville, 30 juin 2017

Retour sur la sortie annuelle de la direction de l’Inventaire où je travaille, à Abbeville, terrain d’étude de Léo, un jeune chercheur partenaire très attachant.
 

 Nous avons eu l'autorisation de visiter des endroits fermés au public. Une ancienne banque de France qui semblait figée dans les années 30, malheureusement vouée à disparaître faute d’entretien. Elle sert encore parfois de lieu de tournage pour la télévision ou le cinéma.
 L’envers du décor du théâtre municipal, un théâtre à l’italienne proche de celui de Haguenau où, enfant, nous naviguions dans les coulisses quand mon père y montait des opérettes. J’avais oublié combien l’univers de la scène m’était familier.
 
 Visite du Carmel enfin, qui a été pour moi une sorte de révélation. Je n’y ai pas rencontré Dieu mais tout comme ! 
Fermé depuis 1998, j’avais l’impression de deviner encore la présence des carmélites dans ses modestes cellules équipées seulement d’un lavabo.
 
 Pas du tout effrayant ce monde où la parole était interdite : la silencieuse que j’ai longtemps été aurait été chez elle ici. Avec tout de même la possibilité d’écrire un petit mot à la mère supérieure dans une boîte aux lettres spéciale en cas de force majeure (doute existentiel, maladie), de recevoir du linge à broder sans contact avec le monde extérieur (grâce à une sorte de monte charge), de communiquer avec ses proches lors de visites dans le parloir en déposant des choses dans un tiroir, sans jamais se montrer. Ma mère avait eu la tentation du carmel autrefois, avant de rencontrer mon père je pense. Où peut mener la timidité !
 
Et au carmel, j’avais aussi rendez-vous avec des anges un peu spéciaux. 
 
Œuvres de l’artiste Marie Goussé, invitée à s’inspirer de l'ambiance du lieu pour une grande exposition sur le thème de la clôture, de la piété : Chambres d'échos
 
Elle travaille beaucoup avec des plumes et aussi des tapisseries anciennes qu’elle recycle. C’est très beau, sensible, poétique, féminin, proche aussi des ouvrages de dames d’autrefois.
 
 Et j’ai eu l’occasion de lui parler alors qu’elle finissait d’installer une composition dans une des cellules. La silencieuse avait envie de parler poussée par une forte émotion esthétique. Elle a été touchée par mes mots, a repéré ma petite harpe celtique autour de mon cou et m’a demandé d’écrire ce que je venais de lui dire dans son livre d’or. J’ai essayé de me désister disant que j’étais avec un groupe donc pas très libre mais elle a insisté. Guidée par ses « Il faut l’écrire… », je suis retournée dans le cloître où j’ai trouvé une page blanche. Personne ne s’était encore exprimé sur cette installation. Je me sui lancée… Puis, troublée,  j’ai oublié mon appareil photo sur la table en repartant rejoindre les autres.
Je pense encore à cette rencontre insolite. Etait-elle une messagère pour moi ?  En tout cas, quelques semaines après, j'ai senti la nécessité de commencer ce blog personnel. Pour le plaisir d'écrire et de me souvenir à ma manière.

dimanche 10 septembre 2017

Renaissance au Touquet


J’ai envie aujourd’hui de remonter au 14 juin quand ma fille Madeleine et moi avons vécu ensemble une journée thalasso au Touquet. 

Nous sommes arrivées la veille et avons dormi sur place. C’était la première fois qu’elle faisait un long voyage avec l’ancienne voiture de mon père et la première fois qu’elle m’emmenait avec elle, loin. Et nous avions failli ne pas partir en raison d’une purge de liquide de refroidissement mal faite ! Si elle n’avait pas été vigilante, elle aurait pu endommager gravement son moteur et nous serions tombées en panne sur l’autoroute. 

Un peu inquiètes par ce départ quelque peu incertain, nous sommes arrivées au Touquet contentes de décompresser enfin après une année difficile pour Madeleine (beaucoup de fatigue, d’allergies, d’infections et tout le stress d'une étudiante en médecine). Nous avons adoré être entre mère et fille, un peu conscientes que nous allions bientôt nous quitter (Madeleine s’installe dans son propre appartement le 1er août). Quel bonheur de nager dans la même direction dans une piscine d’eau de mer chauffée ; je n’avais plus nagée depuis 2012 à cause de la maladie. Une véritable renaissance dans ce liquide vital. 


Nous avons très bien dîné tout en profitant de la mer d’Opale qui est visible presque de manière continue dans cet hôtel Ibis situé en fin de plage. Impression d’être au bout du monde, ailleurs. Un spectacle de mentaliste nous a agréablement charmé. Il avait deviné que Madeleine avait choisi le prénom Hélène et pensait que c’était le sien… Révélateur de la complicité fusionnelle entre nous deux ?
 
Et tout d’un coup, la nuit et le lendemain, l’univers clos de l’hôtel me refait penser à celui de l’hôpital de l’an passé. J’ai peur qu’à tout moment, une infirmière rentre dans la chambre. Alors, je sors sur le balcon écouter la mer se coucher, lentement ; nous dormons la fenêtre ouverte bercées par le murmure des vagues. Et je me dis que suis en vie et que je n’ai plus rien à craindre. 
Pareil le lendemain quand j’attends pour faire mes soins : tout le monde en peignoir se ressemble comme en pyjama d’hôpital, le personnel en tenue blanche nous appelle à tour de rôle comme si nous allions faire notre chimio !!! Alors, seule dans le couloir d’attente face à la mer, une très apaisante musique de relaxation distillée dans mes oreilles, je comprends le sens de ma présence ici : je suis venue vivre en positif des émotions qui étaient restées négatives en moi. Ici, on m’appelle pour me masser, me nourrir d’énergies marines, pas pour me piquer sauvagement les veines. Ici la tisane que je bois est une vraie tisane (mon hématologue, quand je me plaignais trop des effets secondaires de la chimio disait que les traitements n’étaient pas de la tisane…). J’ai l’impression d’une ardoise surchargée de gribouillis inquiétants qu’on efface enfin. Je vais enfin pouvoir repartir à zéro. Et je pleurs des larmes salées de reconnaissance. Je me dis : « mes anges au ciel m’ont permis de vivre cela, afin que je comprenne que tout ce malheur est fini…».

Le retour à l’heure du midi est un peu difficile. Nous n’arrivons pas à retourner au centre ville pour manger, ni à nous garer à Etaples. Nous trouvons vers le port de cette petite bourgade, une crêperie très bizarre, décorée hyper kitch avec aussi des statues religieuses.


La patronne voit que nous ne sommes pas très en forme. Je lui explique que nous avons du libérer assez vite notre chambre après une matinée de thalasso au Touquet et que Madeleine, conductrice débutante, est très épuisée par la route. Et là, cette dame m’explique que beaucoup de gens ne sont pas bien les heures et les jours qui suivent une thalasso. En touchant le corps, on réveille des mémoires primitives, ce n’est pas anodin. Elle est très touchante, me montre des photos de leur restaurant entièrement refait et décoré par son mari artiste (j’ai lu depuis qu’il avait été musicien d’Higelin). On dirait une œuvre du facteur Cheval, un peu. Le restau s’appelle « Aux trois lanternes ». Le trois est mon chiffre porte-bonheur. Et je crois que cette rencontre m’a quelque peu guidée, orientée. Nous sommes rentrées sur Amiens, rassurées.


La patronne de la Crêperie avec son mari

dimanche 3 septembre 2017

Prologue

   
Une boutique d'antiquités à Abbeville
Un journal intime est une entreprise de lutte contre le désordre. Sans lui, comment contenir les hoquets de l'existence ? Toute vie est une convulsion : une semaine se passe au soleil, une autre dans l'ombre, un mois dans la paix, un autre sur la crête.
Tout cela ne fait pas un destin, mais un effroyable battement, une trémulation de cauchemar. Le journal est la bouée de sauvetage dans l'océan de ces errements.
Chaque soir, on y revient. On lui voue sa fidélité.
Et grâce à lui une ligne se dessine, la vibration s'apaise en une très légère oscillation.

Sylvain Tesson
    
Comment ne pas choisir ce texte si juste d'un écrivain qui me nourrit en prologue de ce blog privé ? J'ai longtemps écrit mon journal dans des cahiers d'écolier puis le manque de temps m'a fait perdre cette habitude. J'y suis revenue par la maladie. Une sorte de thérapie parallèle.
L'envie d'écrire est cependant toujours restée vivante en moi puisque depuis 2006 je tiens un blog de point de croix qui est devenu un peu plus varié au fil du temps et de moins en moins fréquenté ! Il m'a aussi donné l'occasion d'écrire des nouvelles dont certaines ont été publiées dans la revue Le marquoir.
Mais depuis un certain temps, je sens une certaine lassitude à passer autant de temps sur mon blog en faisant attention à ne pas trop me livrer puisque la planète entière est susceptible de me lire ! Et en ces temps de menace terroriste, je crois que je n'ai plus autant envie de partager mes moments de vie avec ce monde inconnu qui me fait peur. Les temps ont changé. Moi aussi.
Alors j'ai eu l'idée de ce blog privé, en parallèle d'Hélène croix de lune sur lequel je continuerai à publier des articles moins personnels. Et j'autoriserai certaines personnes de mon choix à venir feuilleter celui-ci par dessus mon épaule.

Entre journal et correspondance donc.

Ad libitum... le journal d'Hélène croix de lune.