lundi 3 juillet 2023

Juin, petites fleurs

Hélène,

Tu ne serais pas trop contente. Ton jardin est très négligé, et ce n'est pas peu dire. En plus, cette année, la végétation semble pousser deux fois plus vite que normalement ! Les arbres prennent des proportions inquiétantes. La mousse envahit les allées. La bande gazonnée qui t'avait coûtée beaucoup de peines est de plus en plus envahie par des plantes parasites, même si je la tonds le plus souvent possible.
Ah ! Une bonne nouvelle. Vincent est enfin venu. Le 26 juin, il a enlevé les tuiles côté nord. Dans la semaine, il est venu deci-delà changer les caches-moineaux. D'après Séverine, il viendrait toute la semaine prochaine. Pour dire, je ne l'ai même pas vu, Vincent... Depuis mai 2021 qu'on l'attendait. Depuis, il s'est passe bien des choses.
À la fin de cet article, je t'ai mis une chanson que tu aurais aimée, j'en suis sûr. C'est très doux, et les paroles sont très belles. Je les ai ajoutées. La chanteuse, Gisèle Pape, est organiste, au départ, et ça se sent.

Le temps passe, et tu nous manques tellement, tellement !
 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gisèle Pape
Le chant des pistes

Quand le chant des pistes s'éleva sur la plaine
juste après la pluie dans l'odeur de la terre
là où surgissent les couleurs des vallées
là dans la nuque des ravins ondulés

je retiens l'écho dans le creux de ma main
au rayon de l'eau, à l'abri, en chemin,
je planterai un arbuste à sa trace
je mêlerai son écorce à l'espace

La plaine, dans ses habits infinis
devenait le monde entier

Et quand tous les chants peu à peu résonnèrent
quand sous les fossiles, les racines s'éveillèrent
redécouvrant les contours oubliés
d'un territoire peu à peu dessiné

je retiens les traits invisibles des chemins
au rayon de l'air, étourdi, au matin
je ferai miennes les histoires une à une
jusqu'à savoir les collines et les dunes

La plaine, dans ses habits infinis
devenait le monde entier


Mais quand la poussière sera toute recouverte
de nouveaux reliefs, de tracés éphémères
quand tous les sentiers foulés par nos ancêtres
l'un après l'autre disparaîtront des terres

quels seront les chants de nos cités architectes
la cartographie du ciment et du fer
quand les eaux de pluie n'iront plus à la terre
quel sera le sens du mot désert

Je voudrais l'orage je voudrais le tonnerre
je voudrais sentir dans les brins de la terre
qu'il existait des chants parmi les pierres
dans la fraîcheur et le son du désert

et quand tous ces chants m'auront dit leur histoire
je voudrais qu'il reste dans l'écorce de mon arbre
le souvenir et les rêves de ce temps
quand les rochers fredonnaient doucement

La plaine, dans ses habits infinis
devenait le monde entier

Paroles et musique : Gisèle Pape, 2021