lundi 26 novembre 2018

Parc Delpech # 5

Focus sur les matériaux



Les 29 maisons du parc Delpech déclinent des modèles différents mais selon des partis pris assez similaires, certains modernistes, d'autres plus traditionnels. Toutes sont en briques, la plupart peintes en blanc, sous un toit de cuivre. L'harmonie est produite par cette gamme de matériaux unifiés, fixée par le cahier des charges. 

 

Les détails sont soignés. Chaque cheminée présente un dessin original. Le travail sur les percements donne des façades très graphiques proches du courant pictural de l'abstraction géométrique. 
L'ensemble évoque un peu la Finlande où l'architecte se rend souvent en voyage à cette époque.

 


Si les pavillons sont individualisés, les huit immeubles, en revanche, se ressemblent comme deux gouttes d'eau et pourraient être superposés. Seule leur orientation un peu aléatoire dans la végétation rompt la monotonie.


Pour cet habitat collectif, c'est le béton qui s'impose, avec un crépi vertical fortement marqué, et des bandes horizontales en réserve qui séparent les six niveaux.


 

Les fenêtres imaginées par Bougeault et fabriquées par une entreprise locale, amènent de la légèreté à ces immeubles massifs, d'une large emprise au sol.
 

 

Les vitrages des baies sont constitués d'un simple verre sans menuiserie, maintenus latéralement par deux pattes de fixation, suivant un procédé utilisé par l'architecte pour le camping de Rompval à Mers-les-Bains (voir image ci-dessous, en haut au centre).

 

Les fenêtres des cuisines basculent horizontalement.



Malheureusement les mécanismes usés et non réparables, la volonté d'une meilleure isolation, incitent de nombreux propriétaires à remplacer ces fenêtres par des modèles en PVC, avec des meneaux centraux beaucoup trop présents.

Cela a été le cas dans notre appartement.

Avant notre installation, depuis l'intérieur
Après notre installation, depuis le balcon



 Mais c'est le bois qui semble remporter la préférence de l'architecte. Marqué par ses années de collaboration avec l'architecte Le Même (un des créateurs de la station de Megève, considéré comme l'inventeur du régionalisme savoyard), la construction évoque la puissante architecture de montagne : des décrochés importants dans la volumétrie permettent de loger de longs balcons aux gardes-corps en lames de sapin, sur un rythme ternaire qu'on retrouve dans les balustrades plus petites, fermant les jardins privatifs.

 

Les appartements sont distribués par une large circulation intérieure, éclairée au sommet par un puits de lumière qui plonge jusqu'au rez-de-chaussée. Les gardes-corps des escaliers et du patio central, association de trois lames de sapin, rappellent ceux des balcons extérieurs.

 



Sans oublier les duplex, aux quatrième et cinquième étages, qui font la part belle aussi aux coursières avec les mêmes gardes-corps.



 
Cette continuité entre les espaces intérieurs et extérieurs est pour moi une des plus belles réussites de Bernard Bougeault dans cet ambitieux projet architectural du Parc Delpech, véritable hymne au bois dans une architecture de béton.


Pour aller plus loin : François Bougeault, fils de l'architecte, parle de la villa Le Normand, contemporaine du Parc Delpech

dimanche 11 novembre 2018

Le Beau mystère (Louise Penny)

Merci à Jean-Michel, mon guetteur culturel, toujours curieux de découvrir musiques, films, livres, émissions à podcaster... C'est lui qui a repéré les romans policiers de l'auteure québécoise Louise Penny. Des intrigues faisant la part belle à la psychologie des personnages et un inspecteur Gamache pas très éloigné du commissaire Maigret (qui était jusqu'à présent mon policier préféré !).



J'aime les romans de Louise Penny qui se déroulent dans le petit village imaginaire de Three Pines (situé dans les magnifiques cantons-de-l'Est), occupé surtout par des artistes, peintres, poètes. Un village tout en rond autour d'un parc avec ses fameux trois pins, et à partir duquel partent quatre rues. Un banc pour s'assoir, regarder les maisons du voisinage, méditer, trouver des réponses à ses questions, parfois.
Forcément, j'ai trouvé une certaine ressemblance avec le Parc Delpech ! Ici aussi, on peut s'installer sur un banc, tout en haut de la butte, observer les résidences, compter les pins (au moins une trentaine) puis repartir par les rues qui entourent le parc.
A Three Pines cependant, les habitants se retrouvent au bistrot, à la boulangerie, à la librairie, alors qu'ici aucune convivialité [sujet qui fera sans doute l'objet d'un nouvel article sur le Parc Delpech].

J'aime également le huitième roman de Louise Penny  qui se passe dans le monastère de Saint Gilbert-Entre-les-Loups (imaginaire lui aussi mais très proche de l'abbaye Saint-Benoît-du-Lac) qui est une ode à la musique sacré, la spiritualité, la vie monastique.
Au début j'étais triste de ne pas retrouver mes personnages préférés de Three Pines (surtout la peintre Clara) mais je me suis tout de suite sentie happée par l'histoire, l'ambiance du lieu et la magie de la musique.
Je n'en dis pas plus et vous laisse découvrir un extrait que je trouve très éclairant ainsi qu'une partie des remerciements de Louise Penny où elle explique très bien sa démarche d'écriture pour ce roman.


Dialogue entre un moine, frère Sébastien et l'inspecteur Armand Gamache 

- Le mot neume vient du grec pneuma signifiant "souffle". Les premiers moines qui ont transcrit les chants croyaient que plus on respire profondément, plus on attire Dieu en soi. Et c'est quand on chante qu'on respire le plus profondément. Avez-vous remarqué que plus on respire profondément, plus on devient calme ?
- Oui. Comme le remarquent les hindous, les boudhistes et les paëns depuis plus de deux mille ans.
- Exactement. Toutes les cultures, tous les systèmes de croyances spirituelles ont une forme de chant, ou de méditation. Et dans chaque cas, l'élément fondamental est la respiration.[...]

Postface de Louise Penny 
Le Beau mystère a débuté par une fascination pour la musique, et un rapport très personnel et assez déconcertant avec elle. J'adore la musique. Différentes pièces musicales ont inspiré chacun de mes livres, et je suis convaincue que la musique a eu un effet quasi magique sur mon processus créatif. Lorsque je suis assise dans un avion, ou que je fais une promenade, ou conduis en écoutant de la musique, je vois des scènes du livre que je m'apprête à écrire, ou suis en train d'écrire. Je sens les personnages à côté de moi, je les entends. C'est exaltant. Gamache, Clara et Beauvoir deviennent encore plus réels quand j'écoute certaines musiques. C'est transformatif. Spirituel, même. Je peux sentir le divin dans la musique.
Je suis loin d'être la seule sur qui la musique a un tel effet.
Pendant l'étape de préparation en vue de la rédaction de ce roman, j'ai lu beaucoup d'ouvrages, dont De la note au cerveau, de Daniel J. Levitin, professeur à l'université McGill, un livre qui explique les effets de la musique sur notre cerveau.
Je voulais expliquer ce beau mystère : comment juste quelques notes peuvent nous transporter ailleurs ou à une autre époque. Comment elles peuvent évoquer une personne, un évènement, une émotion. Insuffler du courage, ou nous faire pleurer. Et dans le cas de ce roman, je voulais explorer le pouvoir des chants anciens, des chants grégoriens. L'influence qu'ils ont sur ceux qui les chantent et sur ceux qui les écoutent [..].
J'ai eu beaucoup d'aide en l'écrivant. De ma famille et de mes amis, ainsi que de livres, de vidéos et d'expériences vécues, dont un merveilleux séjour très paisible, dans un monastère [...].

Un petit conseil si vous vous laissez tenter par la lecture de ces romans policiers : il vaut mieux essayer de les lire dans l'ordre car il y a une certaine suite dans les histoires. Et en parallèle aux enquêtes, il y a des intrigues au sein même de la Sûreté du Québec qui se poursuivent de livre en livre.

vendredi 2 novembre 2018

Le Beau Dieu a disparu

Porte du Sauveur
A la partie antérieure du trumeau, s'élève la célèbre statue du Christ appelé vulgairement le Beau Dieu d'Amiens. Appellation pleinement justifiée par la gravité et la noblesse du maintien, la majesté des draperies, la sérénité du regard. Les traits du visage d'une simplicité extrême, et l'expression n'est obtenue que par l'accent donné aux parties essentielles. Cette absence de nuances lui donne l'impassible majesté des statues égyptiennes ou grecques primitives, et cette apparente rudesse qui déconcerte au premier abord. Le Christ est debout, de face, la tête haute ; de la main droite, il bénit, de la main gauche, il tient un livre fermé. Ses pieds reposent sur le lion et le dragon. Plus bas, l'aspic et le basilic soutiennent le socle de la statue.

Georges Durand

Description abrégée de la cathédrale d'Amiens, Yvert et Cie, 1977.



Rassurez-vous, malgré le titre provocateur de cet article, le Beau Dieu domine toujours le portail central du Jugement dernier de la cathédrale d'Amiens. Mais il ne tournoie plus sur les carrousels des boutiques de cartes postales. Il n'y a pas si longtemps encore, il était aussi célèbre que l'Ange au sourire de la cathédrale de Reims. Ou que l'Ange pleureur qui lui, fait de la résistance. 


Vulgarisée lors de la première guerre mondiale, l'image de cet élément de tombeau funéraire, reste un symbole fort pour les touristes anglais ou australiens qui viennent fleurir de poppies les cimetières militaires de la Somme.

Les anges font moins peur que Dieu. On en trouve dans la décoration, sur les vêtements. Portés en bijoux ou tatoués sur la peau. Parfois sous la simple forme des ailes doubles. Derniers signes de spiritualité ou effet de mode ?

Mais quelque soit le sujet, force est de constater que les cartes postales jaunissent, vieillissent sur les présentoirs extérieurs. Il n'y a plus le débit d'autrefois. Qui envoie encore des cartes postales alors qu'on "SMS" et "facebook" nos souvenirs et nos selfies plus que de raison ?

 La Vierge Dorée devient rare, elle aussi, remplacée par des vues criardes des colorisations high tech des portails.

Initialement créés pour magnifier l'architecture, en révéler les éléments insolites, ces illuminations permettent de reconstituer la polychromie médiévale difficile à imaginer, tant nous sommes habitués à la blancheur des cathédrales. Un rendu époustouflant !

 
Mais des colorisations d'un nouvel âge projettent désormais des images dissonantes sur la cathédrale, toile de fond effacée devenue un simple écran cinématographique géant. Il faut innover, surprendre toujours, de peur que le public s'ennuie. Créer des envies, des attentes. 




Le spectacle de l'éphémère l'a emporté sur l'éternité de la pierre. 
L'événementiel stéréophonique sur le silence de la prière.

C'est dans l'air du temps...

  • Cet article est dédié à mon ami Y. qui de passage à Amiens, n'a pas trouvé de carte postale du Beau Dieu pour l'envoyer à sa mère qui avait épinglé cette image dans sa chambre d'enfant, au Québec. Est-ce elle qui lui a donné le goût de l'art et de la France ?

  •  Je viens de créer une nouvelle rubrique pour ranger mes billets d'humeur. C'est en écoutant la Corrida de Francis Cabrel, que j'ai eu l'idée de lui emprunter cette ritournelle : Est-ce que ce monde est sérieux ?