jeudi 3 novembre 2022

Nicey

Chère Hélène

Aujourd'hui, jour des défunts, je te sens près de moi. Hier aussi, jour de la Toussaint. Si tu savais comme je suis triste mais heureux de sentir encore un peu ta présence.

Tu le sais, mercredi dernier, nous étions au cimetière de Nicey avec Serge et Liliane. Tu aimais ces moments où nous nous retrouvions tous les quatre, ou tous les cinq avec Madeleine, dans ce petit cimetière en pleine campagne, au bord du chemin de Pierrefitte, devant la tombe de Papi, Mamie et Maman. Un lieu familier, amical, au milieu des pâtures, dans cette Meuse qui se désertifie de plus en plus.

Tu aurais été surprise et sans doute un peu peinée, en poussant la grille, de voir que la plupart des tombes de la partie de droite notamment avaient disparues. Les communes doivent appliquer la politique d'enlèvement des sépultures en déshérence, c'est comme ça. Mais c'était quand même de beaux monuments, anciens, en belle pierre, avec le soin du détail, et pas un marbre lisse et sans âme comme on en voit partout maintenant.

Cette clôture en fer forgé que tu avais prise en photo en mai 2015 a disparu.

Ces barbotines aussi.


 
 Dans la fratrie de ma Maman, maintenant, il ne reste plus que Guy, de 1937. Il était là, avec ma chère cousine, Nadine, et son mari. Il a toujours été impressionnant, le genre d'homme qui pose une barrière, fictive, on le sait, mais c'est ainsi. En tous cas, toujours pince-sans-rire, le colonel ! Je l'aime bien, mais il aurait fallu que nous nous voyions bien plus souvent pour nous apprivoiser l'un l'autre !
Il avait de peine d'avoir perdu son petit frère, mais aussi en raison de l'absence de cérémonie religieuse, et parce qu'il est opposé à l'incinération des défunts. Aussi, durant presque tout le temps passé au cimetière pour le dépôt de l'urne, a t-il tourné le dos. Il a passé un très long moment devant la tombe de ses parents et sa soeur, à l'autre bout de l'enclos. En réalité, il cherchait à dissimuler son émotion, mais petit à petit, il s'est rapproché du minuscule columbarium de Nicey.

Nadine m'a dit que son père tenait à être enterré dans la tradition. Si l'urne contenant les cendres de Théa, ma tante et marraine, décédée il y a plusieurs années, rejoignait le cercueil de son ex-mari dans sa tombe, elle aurait été comblée. Lui s'est remarié, après leur divorce, mais elle n'a jamais cessé de l'aimer. Encore une histoire de grand gaillard et de petite bonne femme. Tu l'aimais bien, Théa. Elle était à notre mariage à Saint-Roman. C'est beau, se rejoindre au-delà de la mort.