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mercredi 12 juin 2024

FH - HF

Hélène,

Tu aurais été très triste aujourd'hui.

Françoise Hardy, ma soeur

vendredi 3 novembre 2023

Deux ans (2), Lalaye

Mémé et Madeleine, Haguenau, Noël 1997.
Mémé et Madeleine, Haguenau, Noël 1997.

Pour le 3 octobre 2023, j'avais prévu de remplir un devoir, exhausser une des souhaits exprimés par Hélène dans sa lettre d'adieu, son requiem, celui que nous n'avions, Madeleine et moi, pas encore réalisé. C'était le bon moment, cela s'imposait sans hésitation.
« Je veux que mes cendres soient comme mon âme, un peu partout. Des reliques invisibles, dispersées par un petit Poucet imaginaire. Une sorte de chemin de Compostelle reliant des endroits faisant sens pour moi :
Une petite pincée avec vous, dans une petite boîte à sortir seulement les jours de cafard en allumant une bougie à côté. Se nourrir de la flamme, symbole de mon âme toujours vivante. Se dire qu’il n’y a rien dans les cendres. Un jour même, s’en séparer, quand vous serrez prêt. Dans une forêt, en paix.
Un peu de cendres à enterrer, pas loin de mes écureuils.
Ensuite, un vrai pèlerinage pour mettre en terre (si possible) dans différents lieux. Ensemble, séparés, comme vous voulez, avec la collaboration de Denis.
A Lalaye, à côté de la tombe de Victorine
A Nicey, derrière la tombe de Marie-Antoinette
A Haguenau, sur les marches du musée, le long là où il y a des arbustes. En souvenir des heures heureuses à farfouiller dans les livres de la bibliothèque, de mon année d’étude de ce bâtiment, pas loin du Foch où enseignait Régis et où ma mère était secrétaire.
 »

Hélène et Madeleine, Haguenau, Noël 1997.
Hélène et Madeleine, Haguenau, Noël 1997.


Sur ma route dans les Vosges.

Il a plu sur toute la route depuis Reims. Le col d'Urbeis était en travaux. Il a fallu rebrousser chemin. Le GPS n'était pas au courant. Après j'étais perdu...

En attendant que la pluie cesse devant le cimetière de Lalaye.

Arrivée devant le cimetière de Lalaye sous des trombes d'eau qui ne faiblissaient pas. Je me disais que quelque chose voulait m'empêcher de faire ce pourquoi j'étais là. Je suis parti, comme si j'abandonnais face à l'hostilité des éléments. Arrivé à la départementale, j'ai fait demi-tour et au cimetière, il a cessé de pleuvoir. Avais-je trompé l'ennemi ? C'est douteux.

La pluie a cessé, devant la tombe après avoir déposé la plaque.

Après avoir répandu des cendres autour de la tombe, j'ai déposé la plaque funéraire. L'idée de cette plaque était de réunir Hélène et sa grand-mère sous la patronage de sainte Thérèse, en souvenir de la forme de dévotion qu'Hélène avait développée pour elle, qui veillait depuis le Ciel avec Régis. L'idée m'en était venue spontanément, comme une évidence.
Mais le déchaînement de la pluie m'a fait douter de cette évidence. Et puis avais-je le droit de poser cette plaque sans en référer à la famille ? N'aurais-je pas dû prévenir Denis de mon projet de venir à Lalaye ce 3 octobre ? J'avoue avoir beaucoup hésité et regretter de ne pas l'avoir fait.
Et puis, après le décès de Mamie, je ne savais plus si je devais encore y aller. La démarche prenait un sens différent. Mais il fallait tenir, et nous représenter moi et Madeleine, qui ne pouvait venir.

Vue de Lalaye depuis le cimetière, avec la maison de Mémé au second plan.

Vue de Lalaye depuis le cimetière, avec ce beau soleil d'après la pluie. On voit la maison de Mémé sur la gauche de la rue, au second plan, avec le grand toit de tuiles rouges.

La plaque funéraire.


Le départ de Mamie Odette est l'évènement le plus important depuis celui d'Hélène, parce que c'est une clôture. Elle emporte avec elle tout un pan du passé qu'elle représentait encore.

Mamie Odette et Madeleine, juin 1998.
Mamie Odette et Madeleine, juin 1998.

mardi 3 octobre 2023

Deux ans

Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère
Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit

Thérèse de l'Enfant Jésus

Dimanche 1er octobre 2023, jour de la sainte Thérèse, Odette s'en est allée rejoindre Hélène, Marcel, Marie-Rose, et Victorine.


16 octobre 2017, la dernière fois qu'Hélène et sa Maman se sont vues.

Le jour du deuxième anniversaire du décès d'Hélène approchait. Nous étions pleins de ce chagrin, et voici qu'il redouble. Qu'elle repose en paix.
Mais comment a t-elle pu supporter tous cela ? Sa fille, son mari, sa petite soeur ?

On aura beau fouiller les plus vieux dictionnaires
Posséder le plus vaste des vocabulaires
Décortiquer Baudelaire, jusque sous Terre
Jusqu'à son dernier vers
Il n'y a pas de mot, pas de manière
D'appeler le parent d'un enfant qui n'est plus
Il n'y a pas de mot pour ça qui soit connu

Lynda Lemay, Pas de mot


22 septembre 2017.

mardi 3 janvier 2023

Le silence est le doux langage des anges


« Chemin du Paradis ». Hélène. Ault, Bois de Cise, 16 juillet 2018.

Après tout ce temps déjà passé, je suis sûr maintenant à l'aube de cette nouvelle année qu'il était l'heure que tu partes. On ne peut pas continuer à souffrir, et souffrir de plus en plus, en voyant l'horizon s'assombrir. On ne croit jamais au terme de la vie et quand il est effectif, on ne l'accepte pas. On cherche toujours un motif pour se convaincre qu'il aurait pu en être autrement. Un détail, une circonstance, un instant d'inattention, une erreur d'appréciation, autant chose que l'on aurait pu éviter si l'on avait été plus vigilant, mais qui par défaut de vigilance, ont été fatals ?
Si cependant était arrivé ce qui devait arrivers ? Le destin. Pourquoi chercher plus loins ? À un moment, les choses sont dites, écrites. Il ne reste plus qu'à les accepter.
Bien sûr, il reste notre souffrance, à nous qui t'avons aimée et que tu aimais. Mais au moins, toi tu ne souffres plus. J'espère que dans ton Ciel tu es entourée de lutins, d'elfes et d'écureuils et de tout cet univers magique que tu as toujours eu dans ta tête et ton coeur et qui a tissé l'arrière-plan de ta vie.

Ma vie n'est qu'un instant une heure passagère
Ma vie n'est qu'un seul jour qui m'échappe et qui fuit
Tu le sais, ô mon Dieu! pour t'aimer sur la terre
Je n'ai rien qu'aujourd'hui!...
...
Je volerai bientôt, pour dire tes louanges
Quand le jour sans couchant sur mon âme aura lui
Alors je chanterai sur la lyre des Anges
L'Éternel Aujourd'hui !

Extrait de Mon chant d'aujourd'hui, Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Saint Face.


Photographie de Thérèse prise par Céline au choeur, 3 octobre 1897.
Copyright Office Central de Lisieux

 


Mon chant d'aujourd'hui, dit par Michael Lonsdale (2013, extrait de l'album Thérèse : Vivre d'amour).

 

Victor Hugo à Ault

L'autre fois, en faisant une recherche aux archives, j'ai eu l'occasion de lire la lettre que Victor Hugo avait écrire à Adèle, son épouse, en 1837. Il lui fait le récit de son passage au bourg d'Ault, petite commune du littoral du département de la Somme. Cette commune a la particularité d'être placée là où commencent les falaises vives de la Côte d'Opale.
Cette lettre m'a bien sûr rappelé les deux jours que vous aviez passés toi et Madeleine au bois de Cise, écart de la commune d'Ault, en juillet 2018, et le plaisir éprouvé en longeant le haut des falaises.

Victor Hugo, accompagné d'un guide plutôt inexpérimenté, parcourait un chemin similaire, puisqu'il venait du Tréport, endroit qu'il affectionnait. Voici comment il décrit son arrivée à proximité d'Ault.

En lisant ces mots, je me suis tout de suite dit qu'ils t'auraient plus et que tu les aurais sans doute cités dans ton article. Alors, les voici.

Le bourg d'Ault

Une heure après, toujours par le sentier tortueux de la falaise, j’approchais du Bourg-d’Ault, but principal de ma course. À un détour du sentier, je me suis trouvé tout à coup dans un champ de blé situé sur le haut de la falaise et qu’on achevait de moissonner. Comme les fleurs d’avril sont venues en juin cette année, les épis de juillet se coupent en septembre. Mais mon champ était délicieux, tout petit, tout étroit, tout escarpé, bordé de haies et portant à son sommet l’océan. Te figures-tu cela ? vingt perches de terre pour base, et l’océan posé dessus. Au rez-de-chaussée des faucheurs, des glaneuses, de bons paysans tranquilles occupés à engerber leur blé, au premier étage la mer, et tout en haut, sur le toit, une douzaine de bateaux pêcheurs à l’ancre et jetant leurs filets. Je n’ai jamais vu de jeu de la perspective qui fût plus étrange. Les gerbes faites étaient posées debout sur le sol, si bien que pour le regard leur tête blonde entrait dans le bleu de la mer. À la ligne extrême du champ une pauvre vache insouciante se dessinait paisiblement sur ce fond magnifique. Tout cela était serein et doux, cette églogue faisait bon ménage avec cette épopée. Rien de plus frappant, à mon sens, rien de plus philosophique que ces sillons sous ces vagues, que ces gerbes sous ces navires, que cette moisson sous cette pêche. Hasard singulier qui superposait les uns aux autres, pour faire rêver le passant, les laboureurs de la terre et les laboureurs de l’eau.
Extrait de la lettre de Victor Hugo à son épouse, Adèle. Dieppe, 8 septembre 1837.
Texte intégral de la lettre ici.

 
 

2 janvier 1873
 


Céline et Thérèse Martin, âgées de 12 et 8 ans, en 1881 à Lisieux.
Copyright Archives du Carmel de Lisieux

Nous célébrons cette année les 150 ans de la naissance de Thérèse Martin, née à Alençon le 2 janvier 1873.

Un Lys au milieu des épines
pour Sr Marie de La Trinité, mai 1987.

  Seigneur, tu m'as choisie dès ma plus tendre enfance
Et je puis m'appeler l'oeuvre de ton amour...
Je voudrais, ô mon Dieu ! dans ma reconnaissance
Oh ! je voudrais pouvoir te payer de retour !...
Jésus mon Bien-Aimé, quel est ce privilège
Pauvre petit néant, qu'avais-je fait pour toi ?
Et je me vois placée dans le royal cortège
Des vierges de ta cour, aimable et Divin Roi !

  Hélas je ne suis rien que ma faiblesse même
Tu le sais, ô mon Dieu ! je n'ai pas de vertus...
Mais tu le sais aussi, le seul ami que j'aime
Celui qui m'a charmée, c'est toi, mon Doux Jésus !...
Lorsqu'en mon jeune coeur s'alluma cette flamme
Qui se nomme l'amour, tu vins la réclamer....
Et toi seul, ô Jésus ! pus contenter une âme
Qui jusqu'à l'infini avait besoin d'aimer.

  Comme un petit agneau loin de la bergerie
Gaiement je folâtrais ignorant le danger
Mais, ô Reine des Cieux ! ma Bergère chérie
Ton invisible main savait me protéger
Aussi tout en jouant au bord des précipices
Déjà tu me montrais le sommet du Carmel
Je comprenais alors les austères délices
Qu'il me faudrait aimer pour m'envoler au Ciel.

  Seigneur, si tu chéris la pureté de l'ange
De cet esprit de feu qui nage dans l'azur
N'aimes-tu pas aussi s'élevant de la fange
Le lys que ton amour a su conserver pur ?
S'il est heureux, mon Dieu, l'ange à l'aile vermeille
Qui paraît devant toi brillant de pureté
Ma joie dès ici-bas à la sienne est pareille
Puisque j'ai le trésor de la virginité !.


Un lys au milieu des épines, chanté par Pierre Éliane (1992)

jeudi 27 octobre 2022

Serge

Et voilà, Serge, tu n'étais pas un oncle ordinaire. Tu étais un peu comme un grand frère, un modèle, et un modèle également par le couple que vous formiez avec Liliane. Les mains bien enfoncées au fond de tes poches.

Tu avais 19 ans lorsque je vins au monde. Finalement, tu as toujours eu un peu 19 ans, pendant que je vieillissais. Toujours à la pointe du progrès, toujours révolté contre les injustices, tu étais un exemple.

Je me rappelle la seule fois où tu m'as un peu houspillé parce que je mettais trop de salade pour les clients. C'était cet été dans ton restaurant de Morschwiller-le-Bas où tu m'avais accueilli pour aider en cuisine et à la plonge. C'est vrai que pour toi la période était difficile, tant du point de vue personnel que professionnel. Pour ces vacances studieuses, tu m'as aussi largement récompensé en argent de poche, sans compter que j'en ai profité pour explorer ta collection de disques ! Cela m'a permis de découvrir un tas de musiques inoubliables, comme Rare Earth ou le Métronomie de Nino Ferrer.

Et puis il y a eu l'hôpital de Bar-le-Duc où, en plus de ton travail en cuisine, tu étais impliqué à fond comme représentant de la C.F.D.T., ce qui entre autres t'as assuré un très bon avancement... comme de bien entendu. Mais à choisir entre les deux, c'était tout vu.

Plus personnellement, il y a eu le combat pour ta soeur, pour Maman, quand elle s'est faite éjecter du centre de transfusion sanguine. Cela a été long, difficile et douloureux, tu le sais bien mieux que moi, et malheureusement elle n'a pas survécu à ses 53 ans, en mai 1988. Ensuite, toi et Liliane, vous nous avez servi de repère (et de repaire) familial. Tout comme vous vous êtes occupés de Mamie quand elle a dû quitter Euville.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maman et Serge, Noël 1981.

Nous avons aussi eu droit à des super soirées dont la plus mémorable est celle du 4 mai 1990, avec Gilles, soirée qui en fait a duré toute la nuit... J'ai une photo où on compte un nombre de canettes de Kronenbourg un peu élevé. Quelles rigolades, avec Gilles ! Sacré cousin.

Je n'oublie pas que tu as toujours été à la pointe du progrès, en matière d'image et de son, et dès les débuts, dès 1989, en informatique. Moi je me suis lancé sur tes traces en 1989 en faisant acheter aux Archives départementales de l'Aisne où je travaillais le premier ordinateur, avec un super disque dur de 20 Mo ! et ensuite j'ai acheté pour moi un Macintosh. Une vraie révolution ! Tu m'as appris tellement de choses. C'est grâce à toi que je n'ai jamais été à la traîne dans ce domaine.

Ensuite je suis parti à Strasbourg où j'ai rencontré mon Hélène. Le 12 septembre 1992, nous étions chez Jacqueline pour l'anniversaire de Gilles qui nous a fait de très belles photos des tout nouveaux amoureux. Serge et Liliane (et Gilles) étaient à notre mariage civil à Haguenau le 8 juillet 1994.

Ensuite, je ne sais plus. Nos relations semblent s'être perdues comme l'eau dans le sable. C'était de ma faute, je pense que je m'étais refermé comme un huître.

Madeleine est née l'année du décès de Mamie. Nous ne sommes pas venus vous voir après sa naissance, et Hélène m'a souvent dit qu'elle le regrettait, car Mamie aurait aimé voir son arrière petite-fille. Hélène aimait beaucoup Mamie.

Puis nous avons quitté Strasbourg pour Amiens. Je ne vous donnais jamais de nouvelles. Un jour, Serge a appelé, et grâce à lui ce long silence a enfin été rompu, et ce fut comme si nous nous étions quittés de la veille.

Nous venions vous voir, avec Madeleine, souvent sur le chemin d'Haguenau. À chaque fois, nous allions voir Papi, Mamie et Maman au cimetière de Nicey. Madeleine a aussi beaucoup appris en informatique !

Étant moi-même rangé dans le clan des handicapés de la communication, c'est Hélène qui maintenait le lien avec vous. La terrible maladie de Serge, puis le myélome d'Hélène, ont encore entraîné une raréfaction de nos voyages, mais Hélène a maintenu le contact. Hélène vous adorait. Ce fut pour nous deux à chaque fois un moment de bonheur et de complicité d'aller chez Serge et Liliane.

Je voulais aussi mentionner le dernier message envoyé par Hélène à Serge sur Messenger, le 17 juillet 2021 : « Bonsoir Serge. J'ai envoyé un message à Liliane sur gmail car je suis hospitalisée depuis hier. Protides trop hauts et reins qui fonctionnent mal...entre autre. Le nouveau protocole me donne beaucoup d'effets secondaires... Tu connais tout ça. Nous pensons souvent à toi. Mais la maladie éloigne des autres. On est dans la survie quotidienne. »

Et toi aussi tu es parti, ce 21 octobre 2022, un an après Hélène.

 

 

jeudi 18 août 2022

18 août

18 août, jour de la fête d'Hélène, comment le dire ? Bonne fête, Hélène.

Une chanson, peut-être ? Julien Clerc, Dave, Roch Voisine, Georges Brassens, Jacques Bertin, Claude Nougaro, Romy Schneider et Michel Piccoli, Real Joy, Hélène... ont tous chanté une chanson mentionnant ton prénom dans le titre. Celle qui me vient le plus spontanément à l'esprit, Hélène et le sang... Bérurier Noir, 1985. Tu aimais à l'occasion quand nous écoutions du vieux punk des débuts : « Ça donne la pêche », disais-tu. On en avait bien besoin. Et puis, Hélène et le sang, dix ans de ta vie, dix ans de maladie.

Mais, au-delà du titre, le texte de cette chanson, c'est l'histoire d'un viol et d'une soif de vengeance.

Alors, ce n'est pas la bonne chanson. Pas du tout. À part le sang.

 

Et enfin, je suis tombé sur une chanson de Môrice Bénin (1947-2021), chanteur contestataire, né à Casablanca, comme moi. Un homme toujours debout contre toutes les injustices, les intolérances, contre tous les racismes. Une voix délicate et sensible, de magnifiques chansons. Un chanteur trop peu connu malgré une activité débordante dans les circuits parallèles au business.

Un jour, Môrice a croisé la poésie de René-Guy Cadou. « Un jour, en lisant les mots du poète, on tressaille d'émotion secrète, comme livré à nous-même. Le temps s'immobilise, le cœur se soulève sous la vague des phrases. On redevient le petit enfant que nous n'avons jamais cessé d'être sous l'homme cadenassé : avide de beauté et d'absolu. Téméraire et rétif au grand couperet nivelateur des lieux communs. Croqueur d'étoile, amoureux de l'amour... » (M. Bénin, au dos du disque Comme un fleuve : Morice Bénin chante René-Guy Cadou).


Môrice Bénin

C'est encore Môrice Bénin qui nous éclaire ici sur l’œuvre de René-Guy Cadou :

[Sa poésie] demeure source d’évidence s’écoulant à travers la roche, sur le calcaire de notre résignation, là où bruissent un silence et une solitude solaires.
Les mots de Cadou n’existent alors que pour nous ramener à cet essentiel que nous n’aurions jamais dû délaisser ne serait-ce qu’un seul instant : le foisonnement bienfaiteur d’une nature souveraine, la flammèche amoureuse rendant supportables nos existences chaotiques, la bolée de cidre amicale pour faire trinquer humour et fidélité... Le tout pressentant un sens qu’à défaut d’autre chose, nous appelleront divin, aux antipodes des conforts religieux et plaçant l’être en face de la grande question du sens de l’existence...
(Le Salon des poètes de Lyon, 7 juin 2021)

 

René-Guy Cadou, poète français de Bretagne, né en 1920 et décédé à l'âge de 31 ans d'un cancer, rencontre, en juin 1943, Hélène Laurent (1922-2014), poétesse, avec laquelle il échange une correspondance poétique et amoureuse et qu'il épouse en 1946. Pour elle, il compose, entre 1947 et 1951, un nombre considérable de poème, réuni après son décès sous le titre de Hélène ou le Règne végétal.

Désormais, l’œuvre du poète est empreinte de l’amour et de la dévotion qu’il voue à son épouse, cet amour qui a éveillé partout autour de lui la nature, la paix et la beauté.

 

C'est à 22 ans à peine qu'il écrit le poème qui donnera son titre au recueil posthume :

Hélène ou le règne végétal

Tu es dans un jardin et tu es sur mes lèvres
Je ne sais quel oiseau t'imitera jamais
Ce soir je te confie mes mains pour que tu dises
À Dieu de s'en servir pour des besognes bleues

Car tu es écoutée de l'ange tes paroles
Ruissellent dans le vent comme un bouquet de blé
Et les enfants du ciel revenus de l'école
T'appréhendent avec des mines extasiées

Penche-toi à l'oreille un peu basse du trèfle
Avertis les chevaux que la terre est sauvée
Dis leur que tout est bon des ciguës et des ronces
Qu'il a suffi de ton amour pour tout changer

Je te vois mon Hélène au milieu des campagnes
Innocentant les crimes rosés des vergers
Ouvrant les hauts battants du monde afin que l'homme
Atteigne les comptoirs lumineux du soleil

Quand tu es loin de moi tu es toujours présente
Tu demeures dans l'air comme une odeur de pain
Je t'attendrai cent ans mais déjà tu es mienne
Par toutes ces prairies que tu portes en toi

 

Parmi les poèmes choisis et mis en musique par Môrice Bénin, l'un d'eux s'intitule simplement Hélène. On peut en écouter ici la version en studio :

Hélène (1944)

Je t'atteindrai Hélène
À travers les prairies
À travers les matins de gel et de lumière
Sous la peau des vergers
Dans la cage de pierre
Où ton épaule fait son nid

Tu es de tous les jours
L'inquiète la dormante
Sur mes yeux
Tes deux mains sont des errantes
À ce front transparent
On reconnaît l'été
Et lorsqu'il me suffit de savoir ton passé
Les herbes les gibiers les fleuves me répondent

Sans t'avoir jamais vue
Je t'appelais déjà
Chaque feuille en tombant
Me rappelait ton pas
La vague qui s'ouvrait
Recréait ton visage
Et tu étais l'auberge
Aux portes des villages.

 

Et en voici une très belle version en public de 2014, suivie d'un second poème, Je t'attendais...

Je t'attendais...

Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires
Dans les années de sécheresse, quand le blé
Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps

Je t’attendais, et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s’en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

Tu ne remuais encor que par quelques paupières,
Quelques pattes d’oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou

Et pourtant c’était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m’éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d’astres qui se levaient

Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau,
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues

Tu venais de si loin derrière ton visage
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon cœur durerait jusqu’au temps de toi-même
Où tu serais en moi plus forte que mon sang.


 


 

Bonne fête, Hélène !
Bonne fête, Maman !


 


mardi 3 mai 2022

Je voudrais encore...

T'envoyer chaque soir en partant du travail cet immuable sms "Je rentre" et trouver en arrivant le portail ouvert, et nos deux tasses de thé prêtes à être bues devant le soleil couchant.

Attendre ton appel vers midi, comme chaque jour quand j'étais au travail.

Même si ce n'était pas facile, chaque lundi, attendre avec appréhension tes résultats d'analyses, et se réjouir quand ils étaient bons.

Que tu râles parce que je te laissais faire presque tout dans le jardin et que le nettoyeur haute pression était toujours dans sa boîte un an après son achat.

Que tu nous fasses une jolie décoration pour Pâques, comme chaque année.

J'aurais voulu que tu voies comme Madeleine a été courageuse en commençant son stage à l'hôpital de Montdidier, après ton départ, que tu soies une fois de plus fier d'elle. Six mois déjà passés...

...

 

Cet article fait écho à celui qu'Hélène publia le 29 octobre 2019, Je veux encore..., qui remplit ses lecteurs de tristesse. Pour le 3 mai 2022, septième mois du décès de ma douce, alors que je cherchais un sujet, je suis tombé "par hasard" sur Je veux encore..., qui m'indiqua le chemin.

Bien sûr, même si plus rien n'est possible, on voudrait toujours encore. Alors pourquoi ne pas refaire un tour dans les souvenirs, les plus heureux et les plus tristes, mais qui furent la vie ? Revivre un peu ensemble.

Cet article comporte des vidéos (notre mariage et deux chansons) et une piste audio dans laquelle on entend Hélène et Madeleine en 1998.

 

Haguenau, 8 août 1992, premier bouquet
 

Mulhouse, 12 septembre 1992, à l'anniversaire de Gilles

Strasbourg, Nouvel An 1992, chez Brigitte, avec Juliette

 8 juillet 1994 : mairie de Haguenau, avec Jean-Luc (mon témoin), et ses filles, Mathilde et Juliette, ma filleule. Hélène avait pour témoins son frère et sa soeur

 

30 juillet 1994. Mariage religieux (extraits de la vidéo)

. 
Hélène joue « Dentelle », morceau de sa composition

Échange des anneaux

Notre mariage religieux se déroula le 30 juillet 1994 dans la petite église de Saint-Roman-de-Malegarde (Vaucluse), village où étaient réfugiés la Mémé et la Maman d'Hélène pendant la guerre, ayant fui l'Alsace occupée. Les liens étaient restés très fort avec ce lieu, notamment avec la famille Couston. La famille Fenninger s'y rendait régulièrement l'été, et y posséda une petite maison de vacances. Le marché de Vaison-la-Romaine était aussi un moment important, comme la fréquentation de la petite piscine municipale de Tulette.

Le père Joseph, curé de l'église Saint-Georges de Haguenau, ami d'enfance de Marcel, le Papa d'Hélène, a accepté d'y venir célébrer notre union, à condition qu'Hélène joue de la harpe ! Elle en a joué une fois seule (c'est le passage que vous pouvez visionner) et une autre fois accompagnée à la flûte par Denis, son frère. Denis et son père, d'ailleurs, étaient nos musiciens durant la messe, Denis au violon et Marcel à l'orgue.

Un gros orage gronda durant toute la messe, occasionnant des coupures d'électricité. À plusieurs reprises, nous nous trouvâmes dans l'obscurité et l'orgue de Marcel n'émettait plus aucun son. Le père Joseph a bien légèrement froncé les sourcils, mais pouvait-on s'empêcher de penser « Mariage pluvieux, mariage heureux »... ?

L'assistance était peu nombreuse dans cette toute petite église. À gauche, essentiellement des habitants du village, dont bien sûr la famille Couston (Thierry a participé en 2015 à la Saison 10 de L'Amour est dans le pré), et Odette, la Maman d'Hélène. À droite, Frédérique, l'épouse de Denis, nos frères et soeurs respectifs, le compagnon de ma soeur, François, et la compagne de mon frère, Marie, ma marraine, Théa, et Monseigneur Pierre Bockel, archiprêtre de la cathédrale de Strasbourg, cousin de mon père, qui possédait un pied-à-terre près du Mont Ventoux. Marc, le beau-frère d'Hélène, était occupé à filmer la cérémonie, tout comme il avait filmé le mariage civil à Haguenau.

Nos témoins étaient nos frères et soeurs, Véronique et Denis pour Hélène, Véronique et Philippe pour moi.

Hélène avait une robe magnifique, elle y tenait tellement ! Elle était belle, émue, heureuse, et a joué magnifiquement, sans aucun trac. Moi, j'étais empoté, comme d'habitude.

Vingt mois plus tard naissait un petit bébé...


3 avril 1996, Strasbourg, clinique Adassa : Madeleine, 50 cm, 3450 gr.


Schiltigheim, décembre 1998

Madeleine : « Docteur, j'ai mal ! ». Maman va la soigner.

Cliquez sur la flèche pour écouter le dialogue.

   

Lalaye, Pentecôte, 23 mai 1999 : Madeleine et Mémé Victorine
 

Haguenau, 30 mai 1999
 
 
Haguenau, 16 juillet 2002
 

Amiens, 31 décembre 2005

...

Et puis... la maladie, mais la vie, par dessus tout 

Premier séjour d'Hélène au service hémato du CHU d'Amiens. Elle vient d'apprendre qu'elle souffre d'un myélome multiple.

Amiens, 27 mai 2012.

 

Autogreffe le 28 septembre, hospitalisation du 24 septembre au 15 octobre.

À lire cet article d'Hélène : (Re)naissannce

Amiens, CHU, 1er octobre 2012










Période d'aplasie (plus de défenses immunitaires)... Visites sous haute protection.
 
 
Rémission

Noël 2015
 
 
Rechute
 
 
Juillet 2016. Seconde autogreffe.
 

 À Saleux

Après deux déménagements en 2018 et 2019, Hélène a trouvé la maison de ses rêves. Malgré d'autres rechutes, et d'autres nouveaux traitements, elle vit enfin dans un environnement paisible, celui dont elle a toujours rêvé. Elle n'en a profité que durant 32 mois, entrecoupés d'incessants séjours à l'hôpital. Étant immunodéprimée, la Covid-19 a encore renforcé notre isolement. Elle ne pouvait même pas voir sa fille.

Juillet 2019. Saleux, essai de potager.


Le traitement qu'elle suivait lors de notre arrivée à Saleux ayant cessé de faire effet, les hématologues ont en mis en route un autre, le 7ème traitement différent depuis 2012 : le protocole DCEP (dexaméthasone, cyclophosphamide, étoposide et cisplatine), qui la mena de novembre 2019 à mai 2021.

4 juillet 2020. Hélène et Madeleine en hémato.

On voit sur la potence les trois poches de chimio du DCEP perfusées 24 heures sur 24 pendant six jours toutes les quatre semaines. 


Barbara : Rémusat (À ma mère) (1972), en public au Châtelet, en 1987.

Chanson écrite pour sa Maman en 1971, qui habita 14 rue Rémusat à Paris 16e. Barbara y vécut avec elle de 1961 à 1967, date à laquelle elle quitta l'immeuble à la suite de son décès.


 Et puis...

Hélène le 27 août 2021. En hémato pendant un mois, jusqu'au 22 septembre.


 ...une magnifique chanson interprétée par Serge Reggiani

 
Et puis (1968, J.-L. Dabadie, J. Datin), interprétée à Discorama, le 12 novembre 1968. 
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