mercredi 14 avril 2021

Carte poétique

 A ma grande soeur Véronique

pour ses 59 printemps...

 


Dans le labyrinthe de nos vies,
Nos anniversaires sont comme
Des pépites d'or semées
Par le temps,
Des arabesques aux couleurs de
Nos souvenirs,
Une invitation à dessiner 
D'autres voyages,
Sur les pas du Petit Poucet...
 

 

Et en cadeau, ces réflexions très profondes de Jean Giono sur le bonheur, la vieillesse, la souffrance, avec l'accent de la Provence qui évoquera à ma soeur bien des souvenirs de vacances, non loin du Mont Ventoux.

J'espère que vous n'êtes pas obligés d'avoir un compte facebook pour la visionner...

 

 

lundi 12 avril 2021

Mon enfant intérieur

 
En chacun de nous se trouve un enfant qui souffre.

Thich Nhat Hanh

 

 

J'ai été une enfant timide et solitaire, vivifiée toutefois par une vie familiale joyeuse et animée. Je quittais rarement ma chambre peuplée de poupées, partageant mes loisirs avec seulement deux voisines de mon âge qui ne s'entendaient guère. J'aimais jouer les médiatrices, non sans parfois une dose d'innocente hypocrisie pour ménager la susceptibilité de chacune. J’exécrais les sports collectifs, les dortoirs à six lits en classe verte. Je n'aurais jamais pu être scout ou pensionnaire.

L'adolescence fut peut-être ma période la plus solitaire, entre mon journal sur papier quadrillé, ma harpe et ses arpèges, mes livres d'un temps perdu qui me faisait rêver et quelques amitiés épistolaires fortes dont une perdure encore aujourd'hui.

C'est par le biais des Doinel de Truffaut, de certains films de Rohmer, Sautet que j'ai commencé à avoir soif de rencontres, de dialogues réels. C'est le cinéma qui m'a ouvert aux autres et à la vie, drôle de paradoxe ! J'ai recherché des êtres qui me faisaient penser à ces personnages fictifs et j'ai eu la chance d'en croiser. Durant mes études en histoire de l'art puis dans cette belle famille de l'Inventaire du Patrimoine où j'ai rencontré beaucoup de mes amis actuels. Affinités nées sans doute de notre goût commun pour l'art, les choses de l'esprit, les discussions riches de sens...

A l'hôpital, je n'espère plus ce genre de rencontres après mon trop grand investissement auprès de Nathalie. L'épisode de sa mort m'a fragilisée et fait prendre la résolution de moins me préoccuper des autres. Cela pompe l'énergie dont j'ai besoin pour me sauver moi-même, me fait souffrir quand je m'attache trop ou au contraire, me déçoit quand je prends conscience de la pauvreté intérieure de beaucoup de personnes.

Je teste désormais une distance polie. Un peu comme je le ferais avec une personne assise à côté de moi lors d'un voyage en train un peu long. Sourires aimables, quelques échanges d'informations pratiques ou anodines et c'est tout. Mon silence bienveillant, ma discrétion sont tout ce que je souhaite offrir à celles qui partagent ma chambre. En espérant en retour, la même attitude respectueuse. 

Même si je n'ai pas réussi à éviter certains écueils avec ma voisine lors de la dernière cure, je pense avoir fait des progrès cette fois-ci. Je ferai encore mieux la prochaine fois !

De retour chez moi, il m'a semblé plus facile d'oublier un visage que je n'avais pas vraiment regardé, d'effacer des confidences que je n'avais pas encouragées. J'ai repris plus facilement le cours de ma vie, fidèle à moi-même et la petite fille que j'étais. 

Je sais que c'est elle qui souffre à travers moi durant ces séjours difficiles, alors je la protège du mieux que je peux.