mercredi 14 août 2019

Bruits de ville, bruits de champs

Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme, dans un lieu public ou privé, qu'une personne en soit elle-même à l'origine ou que ce soit par l'intermédiaire d'une personne, d'une chose dont elle a la garde ou d'un animal placé sous sa responsabilité.
Code de la santé publique. Article R1334-31 créé par décret n°2006-1099 du 31 août 2006



Dès que le beau temps arrive, c'est chaque année pareil. Que ce soit à la ville ou à la campagne, au lieu de profiter tranquillement de la belle saison, une agitation s'empare de la plupart d'entre nous. Il y a les volets à décaper, le karsher à passer, la cuisine à moderniser... Les obligations liées à la périssabilité des choses matérielles sont infinies. Sans oublier la végétation envahissante qu'il faut domestiquer à grand renfort de tondeuse, de tronçonneuse.

Beaucoup de personnes prennent plaisir à entretenir leur maison, surtout grâce à ces machines surpuissantes qui facilitent grandement leur travail, sans trop de fatigue, pendant des heures. Cela fait partie pour eux, des petites joies de l'été qui a toujours été une période de forte activité. A la campagne, on n'a jamais chômé en juillet-août, entre les foins à rentrer, les conserves à préparer pour l'hiver, saison du repos bien mérité. Cela doit être un peu inscrit dans nos gênes... peut-être plus que le farniente sur les plages !

Mais nos activités humaines sont devenues plus bruyantes et polluantes qu'autrefois. Et parallèlement aux travaux de l'été, il y a aussi les activités de loisir qui ne se font plus guère dans la discrétion. Barbecues festifs qui s'éternisent sans se préoccuper des voisins, manifestations fortement sonorisées dans les villes... Et, comme le déplore Christophe André, de plus en plus de moteurs qui brouillent le silence et le calme.

Je vous invite à lire un article paru sur son blog en 2016 sur ce qu'il appelle les couillons à moteur dont voici un extrait :

J’ai eu l’impression cet été-là, que les « couillons à moteur » étaient bien plus nombreux qu’autrefois : car, outre ceux qui volaient, nous en avons aussi croisé qui conduisaient des Quads pétaradants dans de petits sentiers de montagne, et nous en avons aperçu d’autres encore au large des plages, lors de nos baignades, qui faisaient vrombir de gros scooters de mer. Mais au-delà des petits dérangements qu’elle nous fait subir, cette multiplication est avant tout une source de pollutions et de détériorations environnementales multiples : consommation d’essence inutile (on peut monter sur des montagnes, pédaler ou ramer pour autant de plaisir), ravinements des chemins (pour les quads) ou dangerosité (pour les scooters de mer). Et surtout, surtout, pollution sonore par démolition méthodique du silence et du calme, ces ressources naturelles merveilleuses et vitales, dont les citadins ont tellement besoin et qu’ils viennent chercher loin des villes !

Ou d'écouter sa chronique du mardi 4 juin 2019, Silence on vit !, sur la même thématique :

Mais, alors même que l’on redécouvre ses immenses vertus, le silence est aujourd’hui en danger, plus que jamais. Tels des hordes de pucerons s’attaquant aux rosiers, la technologie et le mercantilisme semblent avoir décidé de dévorer et d’éradiquer le silence de notre quotidien.
En automne, les jardiniers des parcs publics ne balaient plus les feuilles mortes, ils les rabattent à grands coups de souffleuses ; en hiver, ce sont les tronçonneuses pour élaguer les arbres et les buissons ; au printemps, ce sont les tondeuses à gazon. Et en été, nous avons les couillons à moteur, qui ravagent le calme des lieux naturels à l’aide de leurs quads (en forêt), de leurs ULM (en montagne) et de leurs jet-skis (à la mer). 
Et puis, en tout temps et en tout lieu, les couillons à sono ; c’est terrible, ces engins destinés à produire de la musique sans fatigue et sans talent : jadis, si un voisin décidait de chanter à tue-tête ou de jouer de la trompette, on pouvait patienter car on savait qu’il finirait par s’épuiser et s’arrêter de lui-même ; mais s’il décide aujourd’hui d’écouter sa musique très fort, rien ne l’épuisera que sa lassitude, votre intervention ou celle de la maréchaussée.
Résultat, le silence est devenu si rare, qu’il est aussi devenu chic et cher : entre autres luxes, c’est lui que font payer les hôtels haut de gamme de la chaîne Relais du Silence, et les salles d’attente de Classe Affaires dans les grands aéroports. C’est un triste destin pour un bienfait au départ gratuit et naturel. Mais je suis confiant : le droit au silence et au calme, si nécessaire à notre santé et notre créativité, va bientôt redevenir accessible à tous…
J'aimerais partager son infatigable optimisme, sans doute fruit d'années de méditation ! Ce que je constate n'a pas l'air d'aller en ce sens. 

Phénomène en pleine expansion (mais pas franchement nouveau si on consulte des archives anciennes), l'intolérance à certains bruits de la campagne a été soulignée cet été dans la presse : coq, cigales, abeilles... Car à force d'être saturés des cacophonies urbaines, certains s'installent loin de la ville. Définitivement ou pour quelques vacances. Et découvrent de nouveaux bruits auxquels ils ne s'attendaient pas. Sans doute, ont-ils trop idéalisé ce retour au calme. Ils se focalisent sur les sons qui leur sont étrangers (cloches des églises, grenouilles, engins agricoles) et déposent des plaintes en mairie. Ces plaintes se sont tellement multipliées qu'un député Les Républicains, Pierre Morel-À-L'Huissier, compte déposer une proposition de loi à la rentrée. Son but : dresser dans chaque département un patrimoine des « sons et odeurs de la campagne » qu'un juge pourra mettre en avant pour donner raison à une propriétaire de coq ou à un agriculteur. Le maire du petit village de Gajac, Bruno Dionis du Séjour, a lui demandé une inscription au patrimoine culturel immatériel de la France à l'Unesco. 

Cela me rend assez perplexe et je ne sais quoi en penser !  Pourquoi ne pas répertorier alors aussi les bruits urbains, tant qu'on y est ? Les accélérations des voitures la nuit, les vocalises des clochards ivres au petit matin... comme ça, plus personne ne pourra se plaindre de rien.

Décidément, il est temps peut-être à chacun d'entre nous d'être un peu plus vigilant et responsable en matière de production sonore. C'est bien de réduire ses déchets de plastiques, de moins circuler en voiture individuelle. Mais c'est bien aussi d'utiliser les machines bruyantes de manière raisonnée (aux horaires autorisés et pour des durées acceptables), de baisser le volume de la sono (surtout le curseur des basses), de ne pas laisser des grenouilles envahir un étang... Cela s'appelle le bon sens. Et le respect des autres. Ce n'est que comme ça qu'on pourra mieux accepter le bruit qu'inévitablement nous produisons tous à un moment ou à un autre et de vivre en meilleure harmonie. A la ville ou à la campagne.

vendredi 2 août 2019

Le Touquet, 22-23 juillet 2019

 

Cela est devenu une tradition : chaque fin d'année universitaire, nous essayons Madeleine et moi, de partir une journée à la mer et de dormir sur place. Après le Bois de Cise l'an passé, retour au Touquet comme en 2017, à l'époque où je pensais entamer une rémission longue comme ces plages sans fin.

Changement de paradigme cette fois-ci. Me voici en villégiature tout en étant sous traitement et pas au mieux de ma forme. L'impression qu'en deux ans, j'ai pris un coup de vieux, cheveux blanchis, silhouette cortisonée mais c'est peu cher payé pour rester en vie. Je le sais, je l'accepte (plus ou moins, selon les jours). Et je préfère regarder le monde que je photographie que de contempler mes portraits peu flatteurs en maillot de bains.

Quelques désagréments digestifs que je mets sur le compte de la chimio ou de la chaleur (en fait je couve une gastro !), des crampes toute la nuit à force d'avoir nagé dans la piscine d'eau de mer ou marché sur la plage pieds nus n'entament cependant pas ma joie d'être ici.

L'hôtel vient d'être rénové et la thalasso est encore en travaux. Nous ne voulions pas en profiter de toute manière pour pouvoir être libre de nous occuper en toute liberté sans avoir à respecter les horaires de ces soins à la chaîne. Tout le contraire de la détente pour moi !

Comme la musique un peu trop soutenue au niveau du bar intérieur et du coin petit déjeuner. Désormais, dans presque tous les restaurants, il faut subir un matraquage musical saturé de basses à un volume trop fort, bombardé par des téléviseurs aux écrans géants. Je m'attendais à une ambiance plus cosy dans un hôtel qui se veut luxueux, l'Ibis le plus cher de France. Heureusement qu'on peut s'installer sur la terrasse à l'extérieur et que les autres clients sont des gens posés avec des enfants calmes. Nous formons un groupe très harmonieux.


Nous sommes déçues par la baisse de qualité de la restauration. Le même constat que l'an passé au Bois de Cise. Pas de menu du jour ou de saison. Uniquement une petite carte de quelques plats où toutes les spécialités du Nord sont bétonnées au Maroilles, Vieux Lille, Speculoos ou pain d'épices. Une avalanche de moules et huîtres qui me sont hélas interdites. Aucun fruit frais au petit déjeuner... Aucune saveur un peu estivale. Dommage ! Il y a deux ans, nous nous étions régalées dans ce même restaurant de plats savoureux, véritable festival de légumes ou de fruits rouges. Une grande déception pour nous qui recherchions cette cuisine simple et raffinée dont nos papilles se souviennent encore.

Finalement, après cette petite parenthèse, nous étions bien contentes de rentrer déguster une pastèque bien fraîche et juteuse dans le jardin de Saleux. Riches de ces moments de complicité entre mère et fille et qui font oublier que le reste est tout de même bien secondaire. 

Notre véritable force, c'est cet amour qui nous unit.