Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme, dans un lieu public ou privé, qu'une personne en soit elle-même à l'origine ou que ce soit par l'intermédiaire d'une personne, d'une chose dont elle a la garde ou d'un animal placé sous sa responsabilité.Code de la santé publique. Article R1334-31 créé par décret n°2006-1099 du 31 août 2006
Dès que le beau temps arrive, c'est chaque année pareil. Que ce soit à la ville ou à la campagne, au lieu de profiter tranquillement de la belle saison, une agitation s'empare de la plupart d'entre nous. Il y a les volets à décaper, le karsher à passer, la cuisine à moderniser... Les obligations liées à la périssabilité des choses matérielles sont infinies. Sans oublier la végétation envahissante qu'il faut domestiquer à grand renfort de tondeuse, de tronçonneuse.
Beaucoup de personnes prennent plaisir à entretenir leur maison, surtout grâce à ces machines surpuissantes qui facilitent grandement leur travail, sans trop de fatigue, pendant des heures. Cela fait partie pour eux, des petites joies de l'été qui a toujours été une période de forte activité. A la campagne, on n'a jamais chômé en juillet-août, entre les foins à rentrer, les conserves à préparer pour l'hiver, saison du repos bien mérité. Cela doit être un peu inscrit dans nos gênes... peut-être plus que le farniente sur les plages !
Mais nos activités humaines sont devenues plus bruyantes et polluantes qu'autrefois. Et parallèlement aux travaux de l'été, il y a aussi les activités de loisir qui ne se font plus guère dans la discrétion. Barbecues festifs qui s'éternisent sans se préoccuper des voisins, manifestations fortement sonorisées dans les villes... Et, comme le déplore Christophe André, de plus en plus de moteurs qui brouillent le silence et le calme.
Je vous invite à lire un article paru sur son blog en 2016 sur ce qu'il appelle les couillons à moteur dont voici un extrait :
J’ai eu l’impression cet été-là, que les « couillons à moteur » étaient bien plus nombreux qu’autrefois : car, outre ceux qui volaient, nous en avons aussi croisé qui conduisaient des Quads pétaradants dans de petits sentiers de montagne, et nous en avons aperçu d’autres encore au large des plages, lors de nos baignades, qui faisaient vrombir de gros scooters de mer. Mais au-delà des petits dérangements qu’elle nous fait subir, cette multiplication est avant tout une source de pollutions et de détériorations environnementales multiples : consommation d’essence inutile (on peut monter sur des montagnes, pédaler ou ramer pour autant de plaisir), ravinements des chemins (pour les quads) ou dangerosité (pour les scooters de mer). Et surtout, surtout, pollution sonore par démolition méthodique du silence et du calme, ces ressources naturelles merveilleuses et vitales, dont les citadins ont tellement besoin et qu’ils viennent chercher loin des villes !
Ou d'écouter sa chronique du mardi 4 juin 2019, Silence on vit !, sur la même thématique :
Mais, alors même que l’on redécouvre ses immenses vertus, le silence est aujourd’hui en danger, plus que jamais. Tels des hordes de pucerons s’attaquant aux rosiers, la technologie et le mercantilisme semblent avoir décidé de dévorer et d’éradiquer le silence de notre quotidien.J'aimerais partager son infatigable optimisme, sans doute fruit d'années de méditation ! Ce que je constate n'a pas l'air d'aller en ce sens.
En automne, les jardiniers des parcs publics ne balaient plus les feuilles mortes, ils les rabattent à grands coups de souffleuses ; en hiver, ce sont les tronçonneuses pour élaguer les arbres et les buissons ; au printemps, ce sont les tondeuses à gazon. Et en été, nous avons les couillons à moteur, qui ravagent le calme des lieux naturels à l’aide de leurs quads (en forêt), de leurs ULM (en montagne) et de leurs jet-skis (à la mer).
Et puis, en tout temps et en tout lieu, les couillons à sono ; c’est terrible, ces engins destinés à produire de la musique sans fatigue et sans talent : jadis, si un voisin décidait de chanter à tue-tête ou de jouer de la trompette, on pouvait patienter car on savait qu’il finirait par s’épuiser et s’arrêter de lui-même ; mais s’il décide aujourd’hui d’écouter sa musique très fort, rien ne l’épuisera que sa lassitude, votre intervention ou celle de la maréchaussée.
Résultat, le silence est devenu si rare, qu’il est aussi devenu chic et cher : entre autres luxes, c’est lui que font payer les hôtels haut de gamme de la chaîne Relais du Silence, et les salles d’attente de Classe Affaires dans les grands aéroports. C’est un triste destin pour un bienfait au départ gratuit et naturel. Mais je suis confiant : le droit au silence et au calme, si nécessaire à notre santé et notre créativité, va bientôt redevenir accessible à tous…
Phénomène en pleine expansion (mais pas franchement nouveau si on consulte des archives anciennes), l'intolérance à certains bruits de la campagne a été soulignée cet été dans la presse : coq, cigales, abeilles... Car à force d'être saturés des cacophonies urbaines, certains s'installent loin de la ville. Définitivement ou pour quelques vacances. Et découvrent de nouveaux bruits auxquels ils ne s'attendaient pas. Sans doute, ont-ils trop idéalisé ce retour au calme. Ils se focalisent sur les sons qui leur sont étrangers (cloches des églises, grenouilles, engins agricoles) et déposent des plaintes en mairie. Ces plaintes se sont tellement multipliées qu'un député Les Républicains, Pierre Morel-À-L'Huissier, compte déposer une proposition de loi à la rentrée. Son but : dresser dans chaque département un patrimoine des « sons et odeurs de la campagne » qu'un juge pourra mettre en avant pour donner raison à une propriétaire de coq ou à un agriculteur. Le maire du petit village de Gajac, Bruno Dionis du Séjour, a lui demandé une inscription au patrimoine culturel immatériel de la France à l'Unesco.
Cela me rend assez perplexe et je ne sais quoi en penser ! Pourquoi ne pas répertorier alors aussi les bruits urbains, tant qu'on y est ? Les accélérations des voitures la nuit, les vocalises des clochards ivres au petit matin... comme ça, plus personne ne pourra se plaindre de rien.
Décidément, il est temps peut-être à chacun d'entre nous d'être un peu plus vigilant et responsable en matière de production sonore. C'est bien de réduire ses déchets de plastiques, de moins circuler en voiture individuelle. Mais c'est bien aussi d'utiliser les machines bruyantes de manière raisonnée (aux horaires autorisés et pour des durées acceptables), de baisser le volume de la sono (surtout le curseur des basses), de ne pas laisser des grenouilles envahir un étang... Cela s'appelle le bon sens. Et le respect des autres. Ce n'est que comme ça qu'on pourra mieux accepter le bruit qu'inévitablement nous produisons tous à un moment ou à un autre et de vivre en meilleure harmonie. A la ville ou à la campagne.

