" Vivre ici n'apporte rien à la communauté des hommes, l'expérience de l'ermitage ne verse pas son écot à la recherche collective sur les moyens de faire vivre les gens ensemble."
Dans les forêts de Sibérie.
Récit graphique d'après le roman de Sylvain Tesson
Dessins de Virgile Dureuil
Chaque fois que je rentre d'un séjour plus ou moins traumatique à l'hôpital, je retrouve ma maison avec gratitude et m'y réfugie pour récupérer mes forces vives. Elle est ma cabane à l'orée du bois, mon havre de paix. Bien à l'abri des douleurs du monde, je m'autorise le droit de ne penser à rien d'autre que d'aller mieux.
J'attends que les globules blancs remontent, que les nausées et angoisses s'estompent. Je retrouve le sommeil peu à peu. J'oublie la voix et le visage des autres malades, les échanges stériles, les blessures...
J'ai bénéficié d'une chambre seule cette fois-ci à laquelle je me suis accrochée presque jusqu'au bout ; je n'ai pu échapper à un déménagement express en chambre double, cinq heures avant mon départ !
Au pire moment, car le quatrième jour de chimio est le plus épuisant, sans dose de cortisone le matin pour compenser la fatigue.
Ces dernières heures ont été interminables à guetter le goutte à goutte des chimios, à supporter le ronron d'une télé que ma voisine n'écoutait même pas alors que je voulais dormir... et à m'angoisser car cette patiente avait le droit exceptionnel de recevoir la visite de son mari, un chevalier particulièrement mal masqué.
J'ai quitté l'hôpital à la limite de la décomposition, remerciant le ciel de ne pas avoir subi cette voisine durant tout mon séjour.
Décidément, je n'ai jamais aimé la vie en groupe mais cette maladie, ce traitement sont en train de me rendre complètement misanthrope et de plus en plus indifférente au devenir des hommes. J'ai fini de m'illusionner sur beaucoup de mes contemporains. Mieux vaut passer sa route, parfois. A condition d'en avoir le choix.
Promis, j'arrête de ronchonner car cette 11e cure s'est achevée sur une bonne nouvelle, annoncée par un jeune interne enjoué et souriant. Tous ces efforts ne sont pas vains et sur le graphique de mes analyses, la maladie ne ressemble plus à un pic mais à une douce colline. A l'image de l'endroit où ma vie se love, bien au chaud, en attendant Noël.


