samedi 31 juillet 2021

Les alités # 3 : sainte Thérèse de Lisieux

Après le succès de la diffusion de ses écrits, Histoire d'une âme, les fidèles désiraient posséder des images de sainte Thérèse. L'iconographie thérésienne est plus ou moins officialisée en 1912 dans ce fusain réalisé par sa soeur Céline, carmélite de Lisieux connue sous le nom de soeur Geneviève. 


A partir de 1925, le portrait de la Sainte, est largement édité sous forme d'images pieuses, de cartes postales, de médailles... Parmi bien d'autres objets de piété qui se déclinent à l'infini. Ma petite collection n'en est qu'un maigre échantillon !

Même si j'aime la représentation un peu mièvre de la sainte, sa photographie qui m'émeut le plus est celle-ci. Il s'agit de sa dernière photographie vivante. 

 Thérèse effeuille des roses sur son crucifix. Photographie prise dans le cloître, à la porte de l'infirmerie, le 30 août 1897. 

Depuis le 8 juillet, son lit a été transféré à l'infirmerie et le 28 août, disposé au centre de la pièce de sorte que Thérèse, appuyée sur ses oreillers, puisse contempler le jardin et la vigne qui recouvre l'ermitage de la Sainte Face.

A cette époque, une photographie était toujours mise en scène, voire retouchée, raison de plus quand elle représentait une future sainte dont on cherchait à montrer l'âme plus que le visage.

Thérèse pose donc pour la postérité. Elle n'a que 24 ans ; elle se sait condamnée par la tuberculose. 

Quand il fait beau, on l'installe dans le cloître pour lui faire prendre le soleil. 

La photographie immortalise un de ces moments tout en la représentant déjà comme une icône avec ses attributs qui seront pérennisés sur le fusain de 1912 : le crucifix noir, sur lequel la sainte effeuille une rose.
Une thématique récurrente dans ses écrits, symbole de l'âme qui se sacrifie par amour.


Mais quelle est la signification de la guirlande de vigne vierge qui repose sur ses pieds et court sur le mur du cloître ?

Lorsque Thérèse dessine ses armoiries, elle fait figurer une vigne sur le blason du Christ (à gauche)  et explique ainsi son choix :
 La vigne qui sépare le blason est encore la figure de Celui qui daigna nous dire " Je suis la vigne et vous êtes les branches ; je veux que vous me rapportiez beaucoup de fruit ".
Les deux rameaux, entourant l'un la Sainte Face, l'autre le petit Jésus, sont l'image de Thérèse qui n'a qu'un désir ici-bas, celui de s'offrir comme une petite grappe de raisin pour rafraîchir Jésus-Enfant, l'amuser, se laisser presser par lui au gré de ses caprices... et puis étancher aussi la soif ardente qu'Il ressentit pendant sa Passion.

Autre explication possible, l'ordre religieux auquel appartient Thérèse, a été fondé sur le mont Carmel, qui signifie littéralement en français, le vignoble de Dieu. La prière à Notre Dame du Mont Carmel, célèbre la Vierge Marie comme étant la plus belle fleur du Mont Carmel, vigne féconde, splendeur du Ciel :

Fleur du Carmel
Vigne fleurie
Beauté du Ciel
Vierge féconde
Mère douce et toute pure
Étoile de la mer
Donne-nous un signe de ta maternelle protection
Fleur du Carmel
Vigne fleurie
Beauté du Ciel.

Enfin, tout comme le lierre, la vigne vierge est un symbole funéraire de l'immortalité de l'âme, de la Résurrection qui triomphe du bois de la Croix. En atteste cette œuvre justement produite au Carmel de Lisieux... avec des cheveux coupés, enduits de colles et découpés en forme de feuillage. Assez surprenante mais dans le goût d'une époque où les morts ne faisaient pas peur aux vivants.


Le 30 août, pendant tout le tralala pour la prise de la photo, Thérèse regarde le préau. Marie du Sacré-Cœur, jardinière du préau, étant près d'elle, lui dit :

-Voici un rejeton de rhododendron qui se meurt, je vais l'arracher.
- Oh! ma Soeur Marie du Sacré-Cœur lui répondit Thérèse d'un ton de voix plaintif et suppliant, je ne vous comprends pas. Pour moi qui vais mourir, je vous en supplie, laissez-lui la vie à ce pauvre rhododendron. 


Il lui fallut insister encore, mais son désir fut respecté.
Or, ce pauvre rejeton est actuellement le seul rhododendron survivant. En peu de temps tous les autres sont morts, sauf le rhododendron de Thérèse ! Il est aujourd'hui l'un des arbustes les plus jolis du préau.

 Et moi, j'aime cette Thérèse qui parle aux fleurs. Sous sa couverture végétale,  elle me fait penser à une petite fée de la Nature...

mardi 27 juillet 2021

Ad libitum, la bande son

 


J'espère que ce ne sera pas le générique de fin. Je me posais des questions sur l'intérêt de continuer à partager les micro-évènements qui rythment mon quotidien quand une rechute sévère m'a mise par terre. 

J'aime toujours autant observer le monde, transcrire mes émotions, écrire ma vie qui se tisse mais c'est impossible en ce moment. J'espère reprendre un jour mon éphéméride de fleurs, oiseaux et écureuils.

J'essaie de continuer surtout pour moi, quand je le peux. Pour me souvenir, progresser, comprendre mon destin et laisser à mes proches, mieux que des photos sans légendes après mon grand départ. J'aime transmettre mes idées, mes savoirs. C'est pour cette raison que j'ai adoré enseigner la harpe, former des collègues.

Mais revenons à la musique et à la genèse de celle qui illustre désormais mon petit cinéma personnel. 

 François Pernel dont je vous ai déjà parlé, a lancé un grand projet d'écriture de recueil pour harpe à leviers sur une plate forme de financement participatif en septembre 2020. Il proposait de composer des morceaux à la demande, et je lui ai commandé une œuvre, avec enthousiasme, tant j'aime ses harmonies particulières.

Je voulais qu'elle me soit dédicacée tout en étant un hommage à Régis Chenut à qui je dois tant de savoirs, harpistiques mais pas seulement. C'est en souvenir de lui d'ailleurs, que j'ai donné ce titre à mon blog. Il faut toujours remercier ses pères et je n'ai pas su le faire de son vivant. Mais la musique est le meilleur vecteur pour faire passer des messages vers le ciel.

Voici ma demande :

Pour "ma" composition, j'aimerais qu'elle me soit dédicacée mais soit aussi un hommage à mon professeur.

Dédicaces : à Hélène Fenninger, en hommage à Régis Chenut

Titre : Ad libitum

J'aime cette expression musicale. Au point qu'elle est le nom de mon blog personnel. 

Je vois un morceau assez libre, comme une improvisation tout en étant un peu répétitif. Lent, mélancolique, peut-être d'influence un peu médiévale. Assez spirituel, mystique, ésotérique.

Pas de notes au delà du fa dans les aigus car je joue sur une Camac electro de 32 cordes. 

Et pas trop de leviers à monter avant de jouer, souvent ça me rebute !

Je vous laisse composer, ad libitum ! En espérant ne pas avoir été trop directive. Que l'inspiration soit avec vous...
 
Et ma réaction à l'écoute du morceau
 
Merci pour ce beau cadeau. C'est la première fois qu'un artiste compose pour moi et j'avoue que la première écoute de ce morceau restera gravée dans ma mémoire émotionnelle ! Même en son midi. C'est votre univers, du 100% Pernel... et il y a un petit quelque chose de moi ! Vous avez parfaitement respecté le cahier des charges ;-) et je ne me permettrais pas de demander le moindre changement. Ce qui m'intéresse, c'est votre interprétation de ma demande, votre création.

Je ne suis pas musicologue mais ce morceau me fait penser au bourdon médiéval, aux airs chantés par les pèlerins sur les chemins de Compostelle mais aussi à la musique sérielle. J'aime beaucoup la rupture mesure 28, quand la main gauche ne martèle plus les accords. C'est très dépouillé, chantant. Et les syncopes main droite, à partir de la mesure 51, ça fait son petit effet. Plein d'ambiances différentes dans un morceau à l'air répétitif. Sans compter les dissonances qui m'ont un peu surprises mais qui font la richesse de cette oeuvre. Je n'aurais pas aimé une oeuvre "néo-médiévale" ennuyeuse, avec une mélodie attendue.

J'espère que de votre côté, vous êtes satisfait de ce morceau. Si tout l'album a cette qualité, nous allons passer du bon temps à faire vibrer du Pernel dans l'univers... qui en a bien besoin.
 
Vous pouvez en juger par vous-même, François Pernel ayant interprété Ad libitum pour la première fois lors d'un concert à l'espace CAMAC, le 20 mai 2021.
(à 6 mn 30). Mais tout le concert est magnifique et mérite d'être écouté en son entier.

 

lundi 26 juillet 2021

Prière à sainte Thérèse

Lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens (4,6-9)

Frères, ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu'on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d'être aimé et honoré, tout ce qui s'appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte. Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.

 

A mes amis catholiques qui sont nombreux. Les autres peuvent adapter la prière à leurs croyances bouddhistes, païennes... J'ai plus que jamais besoin de lumière, d'énergie céleste.

Merci à Myriam qui a déposé cette prière à la basilique de Lisieux et à Frédérique, dans la petite crypte dédiée à sainte Thérèse dans l'église Saint-Sulpice à Paris.

 



Je t'adresse mes prières sainte Thérèse pour te demander de soutenir mon amie Hélène jusqu'à ce que l'hôpital d'Amiens obtienne l'autorisation de pratiquer la thérapie des Car T cells pour soigner les patients atteints de myélome grave.
 
Illumine les médecins et les administrateurs afin qu'ils délivrent leur agrément au plus tard en octobre.
 
Elle est la première sur la liste d'attente mais chaque jour compte tant son état est affaibli depuis presque 10 ans de traitement qu'elle a endurés avec beaucoup de courage et de foi.
 
Toi qui a tant souffert, prends la dans tes bras pour la rassurer et l'accompagner jusqu'à cette thérapie révolutionnaire qui pourrait la sauver.
 
Elle voudrait retrouver une vie calme et simple au contact de la nature, pleine d'amour pour ses proches, de fidélité envers ses amis. Elle n'aspire qu'a faire le bien, broder et chanter des louanges à la petite Thérèse, à la Vierge Marie et à son fils Jésus Christ Notre Sauveur.
 
Merci pour ton aide dont elle a tant besoin.
 
Effectivement, je brode comme une prière, un ex voto que j'ai inventé en hommage à sainte Thérèse. C'est très minutieux et chaque point est une petite victoire sur mon état de santé défaillant. Chaque élément choisi à une signification.

mercredi 14 juillet 2021

Réconforts dans la nature

 Et oui, ils sont toujours là mes écureuils chéris, ravitaillés uniquement le soir, sur le banc. Quel réconfortant spectacle dans la lumière d'une journée finissante !

J'adore partager ma pomme avec l'un ou l'autre de mes protégés.

Pour être moins concurrencés par les oiseaux attirés par les tournesols, nos rousses ladies prennent désormais le thé dans de jolies tasses. Qu'elles ont vite fait de renverser pour attraper plus facilement leur collation ! L'éducation à l'anglaise n'est plus ce qu'elle était.

 

 Et pas davantage de politesse quand il s'agit de partager les rations. Le premier arrivé empêche les autres d'approcher, même à l'autre extrémité du banc. Il se comporte comme un petit chef autoritaire. C'est surtout de l'intimidation ; les poursuites ne sont jamais bien violentes. Elles ont la grâce d'une danse ancestrale.


 

La prairie s'est enfin mise à fleurir, de chaque côté de l'allée gazonnée. Par manque de soleil, certaines fleurs ne montreront sans doute pas leurs belles dentelles. Je me contente de remercier celles qui ont bravé les températures automnales pour enluminer cet été un peu particulier.

Un unique souci, quelques bourraches, une jolie mauve et une fantaisie en bleu, blanc, rouge pour fêter le 14 juillet.


 

 

Ma protectrice au ciel, la petite Thérèse, a fait fleurir une très belle rose, tout à côté de la fenêtre de mon bureau.

 Le temps pluvieux fait le bonheur des escargots.

Et moi, j'essaie de survivre à mes douleurs et inquiétudes pour continuer à m’émerveiller en mon jardin.

dimanche 11 juillet 2021

Lettre à Axel Kahn

 

J'ai appris votre mort la veille de la découverte du flambant neuf oncopôle de l'hôpital de jour d'Amiens et de l'initiation d'une nouvelle thérapie contre mon myélome.

Arrivée à 11h et repartie à 13h30, j'ai bénéficié d'une prise en charge TGV à l'image de ce nouvel espace de soin où j'ai justement adopté ma méthode SNCF : attitude aimable mais distante avec deux voisins courtois, comme des voyageurs d'un même wagon unis uniquement par une destination plus ou moins commune.

Préoccupée par cette journée particulière, à l'écoute de mon corps, c'est la rediffusion de l'entretien que vous aviez accordé à la Grande Librairie qui m'a rappelée votre disparition. Son visionnage lorsque vous étiez encore en vie m'avait dérangé. Sans doute parce que j'y voyais trop le reflet de ma propre maladie mais arrivée à sa phase terminale. Pour la même raison, j'ai seulement survolé votre Chronique apaisée de la fin d’un itinéraire de vie, pourtant si riche de sereines réflexions.

En vous regardant le soir de la rediffusion, j'ai été frappée par la beauté de votre sourire illuminé dévorant votre visage de souffrance. Vous qui aviez choisi de signer vos chroniques du totem Axel le loup, je vous ai trouvé une certaine parenté avec le sage chef cheyenne Peau de Vieille Hutte dans Little Big man clamant : "C'est un beau jour pour mourir...".

Il y a dans votre vie, un événement terrible qui a orienté votre destin, le suicide de votre père adoré alors que vous aviez à peine 26 ans, vous laissant comme ultime message : "Sois raisonnable et humain", avant de sauter d'un train. Longtemps votre souffrance a été de ne pas avoir vu vieillir votre père. Alors ce besoin de transmettre des enseignements avant de mourir, relève pour moi d'une sorte de réparation. Le contre-poison de la mort violente et inexpliquée de votre père.

Vous, au contraire, avez souhaité réunir votre famille pour lui donner des instructions pratiques et nécessaires, exprimer vos sentiments dans un bel esprit de communion et de partage. Vous avez pris le temps du départ. Vous avez offert la vieillesse de votre corps accélérée par la maladie, comme un ultime cadeau d'amour à vos enfants, votre compagne. Et à nous tous...

Il y a tellement de mots lors votre dernier entretien télévisé qui me donnent l'impression d'avoir été prononcés pour moi que je vous dis simplement merci d'avoir été un humain comme on aimerait en rencontrer davantage.

J'ai noté quelques unes de vos réflexions.

LA MORT

La mort n'existe pas. Ce qui existe, c'est la vie qui s'interrompt. Mais la mort est un non phénomène, un non évènement. Elle m'indiffère totalement.

Faut-il enseigner l'idée de la mort ? Non, c'est tout le contraire. Ce qui doit être enseigné, c'est la perspective de la vie. Il faut s'entraîner à vivre dans l'urgence, le mieux possible, d'essayer de concentrer les moments où l'on peut connaître le bonheur, la joie alors même que la mort est proche.

LA BEAUTÉ

Il n'y a pas d'humanité sans la  capacité de ressentir la beauté.

L’AUTOAPITOIEMENT

L'autoapitoiement est à combattre car c'est une facilité. Il est un pathos. Il est la création d'une atmosphère d'esprit qui empêche l'esprit de fulgurer comme il pourrait le faire. Il l'empêche d'aller au bout de ses analyses. On ne vit pas sans émotion mais l'émotion mal placée, l'émotion face au pathos est une émotion artificielle. Cela je le combats. Peut-être que j'y ai succombé moi-même. J'écris parfois des lignes qui me font pleurer moi-même. Alors là, je me dis : Danger ! C'est tellement facile de faire pleurer Margot !

= > Pour revoir l'émission en replay.