Ce n'est plus tout à fait la saison mais moi, je préfère souvent faire des gâteaux de Noël au cœur de l'hiver. Quand les journées sont longues, froides et un peu ennuyeuses après la période des fêtes.
J'aime à me rappeler que les bredele alsaciens trouvent leur origine dans la tradition du sapin de Noël.
A l'époque médiévale, des conifères dressés sur les parvis des églises, constituaient le décor de jeux sacrés appelés mystères. Ils étaient ornés de deux éléments symboliques : la pomme rappelant le péché originel d'Adam et d'Ève, l'hostie non consacrée, appelée oublie, figurant la rédemption apportée par le sacrifice de Jésus. Au 16e siècle, le sapin de Noël prend place dans les foyers chrétiens. Au 18e siècle, les pommes sont remplacées par des friandises rondes (noix fourrées, par exemple) ; les oublies deviennent des bredele, des gaufres, des pains d'épices, des confiseries en tous genres. Vers la fin du 19e siècle, l'invention du sucre-glace permet d'enrichir les bredele de glaçure blanche, souvent saupoudrée de petits granulés colorés. Peu à peu, les biscuits cessent d'être accrochés au sapin et s'offrent à la Noël.
Les bredele sont donc une lointaine réminiscence de ces hosties médiévales, symboles de vie, en opposition aux pommes rouges, symboles de mort.
Croquons donc la vie à pleine dent !
Voici deux recettes de mon livre de cuisine alsacienne. Ce sont les bredele les plus traditionnels et les seuls que je réalise. Dans les familles, les femmes préparaient bien d'autres gâteaux secs dont les recettes souvent gardées secrètes se transmettaient uniquement de mère en fille.
Préparation de la pâte
Les quantités indiquées permettent de faire 2 à 3 fournées.
- Butterbredele
Mélanger le sucre, les jaunes d’œufs, le beurre ramolli puis la farine. Laisser reposer 2 heures environ au réfrigérateur.
- Schwowebredele
Mélanger le sucre, les œufs, le beurre ramolli, la poudre de noisettes ou d'amandes, la cannelle, le zeste de citron, le sel, la levure. Malaxer le tout et rajouter la farine. Laisser reposer une nuit au réfrigérateur.
Confection et cuisson des gâteaux
Sortir la pâte 10 minutes avant de faire vos gâteaux et l'abaisser au rouleau à pâtisserie. Partager la boule en 3 ou 4 parties qui seront plus faciles à étaler qu'une seule grosse boule. Faire une abaisse d'environ 3 à 4 mm et découper des formes à l'emporte-pièce. Dorer à l'œuf et faire cuire sur une plaque anti-adhésive non beurrée, dans un four préchauffé à 180° pendant 10 mn.
Les Butterbredele sont mes préférés. Ce qui les caractérise par rapport à des sablés, c'est le nombre important de jaunes d’œufs qui leur donne une belle couleur jaune et une texture fondante.
Pour les Schwowebredele, certains rajoutent 50 g d'orange confite mais je trouve que cela rend le gâteau trop dur. Je les préfère avec de la poudre de noisettes. Ma mère réalisait elle-même la sienne qui, plus grossière que celle qu'on achète, était très parfumée et croquante. Elle en mettait aussi dans sa galette des rois. Longtemps, au lieu de les dorer à l’œuf, je faisais un glaçage (avec un soupçon de kirsch !) après cuisson. Plus joli, mais un peu trop sucré...
Il me reste à vous parler des emporte-pièces. Grâce au site bredele.boutique découvert récemment, j'ai pu compléter ma collection et approfondir mes connaissances.
Du temps de nos grands-parents, les formes étaient très classiques, simples, souvent géométriques et peu fragiles : étoile, losange, cœur, lune, trèfle à trois feuilles... Peu évoquaient Noël, à part peut-être des sapins. Ou des anges comme sur cette rareté que possédait ma grand-mère maternelle : un rond avec six emporte-pièces (ange, étoile, cœur, trompette, mouton, lune). Magnifique mais pas très pratique, elle ne s'en serait jamais servi.
J'ai réussi à identifier de vieux modèles que j'avais du mal à reconnaître. Certaines formes sont parfois un peu bizarres...
Dernièrement, j'ai vu sur ebay, ce très bel ensemble. A gauche des moules à chocolat et à droite des emporte-pièces assez anciens. Le père Noël devait servir à découper des pains d'épice. J'aime beaucoup les formes très épurées de la cloche et du croissant de lune, la très belle étoile filante.
Un dernier conseil avant de vous mettre aux fourneaux : éviter les emporte-pièces trop grands et essayer d'en avoir de taille plus ou moins identique sur une même plaque pour une cuisson bien homogène. Souvent, ceux qui dépassent les 5 à 6 cm ont du mal à cuire au milieu. Je commence souvent par les plus petits puis quand le four est bien chaud, je fais une plaque avec les plus grands.
Selon
un dicton alsacien : Quand au crépuscule rougeoie l'horizon, on dit
que c’est le Christkindel (l’enfant Jésus) qui allume le four pour faire
cuire les bredele.
Je me demande quelle forme il donne à ses gâteaux !








