dimanche 31 janvier 2021

Beaucoup de gourmandise

Ce n'est plus tout à fait la saison mais moi, je préfère souvent faire des gâteaux de Noël au cœur de l'hiver. Quand les journées sont longues, froides et un peu ennuyeuses après la période des fêtes. 

J'aime à me rappeler que les bredele alsaciens trouvent leur origine dans la tradition du sapin de Noël

A l'époque médiévale, des conifères dressés sur les parvis des églises, constituaient le décor de jeux sacrés appelés mystères. Ils étaient ornés de deux éléments symboliques : la pomme rappelant le péché originel d'Adam et d'Ève, l'hostie non consacrée, appelée oublie, figurant la rédemption apportée par le sacrifice de Jésus. Au 16e siècle, le sapin de Noël prend place dans les foyers chrétiens. Au 18e siècle, les pommes sont remplacées par des friandises rondes (noix fourrées, par exemple) ; les oublies deviennent des bredele, des gaufres, des pains d'épices, des confiseries en tous genres. Vers la fin du 19e siècle, l'invention du sucre-glace permet d'enrichir les bredele de glaçure blanche, souvent saupoudrée de petits granulés colorés. Peu à peu, les biscuits cessent d'être accrochés au sapin et s'offrent à la Noël.


Les bredele sont donc une lointaine réminiscence de ces hosties médiévales, symboles de vie, en opposition aux pommes rouges, symboles de mort. 

Croquons donc la vie à pleine dent !

Voici deux recettes de mon livre de cuisine alsacienne. Ce sont les bredele les plus traditionnels et les seuls que je réalise. Dans les familles, les femmes préparaient bien d'autres gâteaux secs dont les recettes souvent gardées secrètes se transmettaient uniquement de mère en fille.


Vous avez vu mes dernières acquisitions : 
deux écureuils et la cathédrale de Strasbourg !


Préparation de la pâte

Les quantités indiquées permettent de faire 2 à 3 fournées.

  • Butterbredele
250 g de farine
125 g de beurre mou
125 g de sucre
4 jaunes d’œufs et 1 pour la dorure

Mélanger le sucre, les jaunes d’œufs, le beurre ramolli puis la farine. Laisser reposer 2 heures environ au réfrigérateur.

  • Schwowebredele
250 g de farine
125 g de sucre
125 g de beurre
125 g d'amandes ou noisettes en poudre
2 œufs et un jaune pour la dorure
3 à 5 g de cannelle
zeste râpé d'un demi-citron
1 pointe de couteau de sel
1 pointe de couteau de levure chimique

Mélanger le sucre, les œufs, le beurre ramolli, la poudre de noisettes ou d'amandes, la cannelle, le zeste de citron, le sel, la levure. Malaxer le tout et rajouter la farine. Laisser reposer une nuit au réfrigérateur.

Confection et cuisson des gâteaux

Sortir la pâte 10 minutes avant de faire vos gâteaux et l'abaisser au rouleau à pâtisserie. Partager la boule en 3 ou 4 parties qui seront plus faciles à étaler qu'une seule grosse boule. Faire une abaisse d'environ 3 à 4 mm et découper des formes à l'emporte-pièce. Dorer à l'œuf et faire cuire sur une plaque anti-adhésive non beurrée, dans un four préchauffé à 180° pendant 10 mn.

Les Butterbredele sont mes préférés. Ce qui les caractérise par rapport à des sablés, c'est le nombre important de jaunes d’œufs qui leur donne une belle couleur jaune et une texture fondante.

Pour les Schwowebredele, certains rajoutent 50 g d'orange confite mais je trouve que cela rend le gâteau trop dur. Je les préfère avec de la poudre de noisettes. Ma mère réalisait elle-même la sienne qui, plus grossière que celle qu'on achète, était très parfumée et croquante. Elle en mettait aussi dans sa galette des rois. Longtemps, au lieu de les dorer à l’œuf, je faisais un glaçage (avec un soupçon de kirsch !) après cuisson. Plus joli, mais un peu trop sucré...


Il me reste à vous parler des emporte-pièces.
Grâce au site bredele.boutique découvert récemment, j'ai pu compléter ma collection et approfondir mes connaissances.

Du temps de nos grands-parents, les formes étaient très classiques, simples, souvent géométriques et peu fragiles : étoile, losange, cœur, lune, trèfle à trois feuilles... Peu évoquaient Noël, à part peut-être des sapins. Ou des anges comme sur cette rareté que possédait ma grand-mère maternelle : un rond avec six emporte-pièces (ange, étoile, cœur, trompette, mouton, lune). Magnifique mais pas très pratique, elle ne s'en serait jamais servi.


J'ai réussi à
identifier de vieux modèles que j'avais du mal à reconnaître. Certaines formes sont parfois un peu bizarres...

Ange, deux pères Noël, 
Deux bottes de Père Noël, une étoile filante

Fleur de lys stylisée, S, croissant de lune, feuille, champignon

Dernièrement, j'ai vu sur ebay, ce très bel ensemble. A gauche des moules à chocolat et à droite des emporte-pièces assez anciens. Le père Noël devait servir à découper des pains d'épice. J'aime beaucoup les formes très épurées de la cloche et du croissant de lune, la très belle étoile filante.

Un dernier conseil avant de vous mettre aux fourneaux : éviter les emporte-pièces trop grands et essayer d'en avoir de taille plus ou moins identique sur une même plaque pour une cuisson bien homogène. Souvent, ceux qui dépassent les 5 à 6 cm ont du mal à cuire au milieu. Je commence souvent par les plus petits puis quand le four est bien chaud, je fais une plaque avec les plus grands.  


Selon un dicton alsacien : Quand au crépuscule rougeoie l'horizon, on dit que c’est le Christkindel (l’enfant Jésus) qui allume le four pour faire cuire les bredele.

Je me demande quelle forme il donne à ses gâteaux !

mardi 19 janvier 2021

Un peu de poésie

 Un modèle de broderie The Little Stitcher Shop

 

 Emily écrit sur le monde qu'elle habite, tout en sachant qu'il serait plus beau si personne ne l'habitait.

Dominique Fortier. Les villes de papier (2020)

 

J'avais envie de la découvrir depuis un moment, la poétesse américaine Emily Dickinson. Célébrée notamment par Christian Bodin et Christophe André, cette recluse volontaire qui à la fin de sa vie ne sortait même plus de sa chambre, nous invite à garder notre capacité d'éveil même dans un espace restreint, un monde confiné.

C'est par l'intermédiaire d'un très bel essai de l'écrivaine québécoise Dominique Fortier, Les villes de papier, que je suis allée à sa rencontre. J'ai trouvé plein de détails sur sa vie simple et magnifique, dignes de me plaire. 

Son goût pour la confection de pains d'épice aux odeurs de vanille et de cannelle.

Ses poèmes parfois notés sur des papiers de récupération ou assemblés en fascicules cousus à la main, comme un patchwork littéraire.

Son univers de blancheur diaphane, de fleurs pressées en herbier. 

 Sa part de mystère et de secret.

Son amour de la correspondance et sa phobie des rencontres réelles avec les autres.

Son lien avec la nature, les oiseaux, les abeilles, comme une druidesse païenne.

Il s'est mis à neiger durant toute une journée et les paysages poudrés de blanc m'ont donné soif de ses poèmes. J'attends l'édition bilingue de ses poésies complètes avec impatience.

 





 Et dans mon imaginaire, Emily Dickinson se confond avec les jeunes filles énigmatiques du film délicatement esthétisant de Peter Weir, Pique Nique à Hanging Rock, visionné il y a quelques jours.

De la poésie en images...


Sous de bons augures

Dès début janvier, j'ai entamé ma 2e année de traitement et ma 12e cure. Même si cette thérapie est efficace, j'étais peu motivée à l'idée de me rendre à l'hôpital, le jour de la galette des Rois. Mais cette hospitalisation a été une succession de bonnes surprises et de belles rencontres. Il a suffit de quelques ingrédients différents pour rendre la recette plus digeste. 

Pour la première fois depuis longtemps, j'ai eu une voisine de chambre avec qui je me suis tout de suite sentie à l'aise, respectée. Des conversations enrichissantes, des moments de calme et pas de télé allumée. N. qui avait 5 ans de plus que moi, préférait visionner des séries sur sa tablette, ou bien lire pendant que j'écoutais France Musique en brodant, chacune avec nos oreillettes. Et extinction des feux d'un commun accord vers 21 h.

Elle a été heureuse de partager sa chambre avec une vétérante de la maladie, elle qui débutait son circuit de patiente en hématologie. J'ai été frappée par son courage, sa maturité peu de temps après la découverte de son lymphome. Sa patience aussi à attendre des examens pas drôles pour approfondir le diagnostic de son infection pulmonaire.

Nous nous sommes données beaucoup de force mutuellement. A mon départ, elle est tombée sur des voisines sachant s'occuper sereinement et me voilà rassurée : il est possible de partager une chambre en bonne entente et sans télévision ! 

Il est possible d'être vivante, joyeuse, même dans une chambre d'hôpital. 

Et de s'émouvoir aussi...

Comme lorsque docteur B. a eu la délicatesse de venir m'annoncer son départ et son changement de spécialité médicale. Elle avait tenu à me le dire elle-même et j'ai été touchée par cette marque d'attention à mon égard. Je dois énormément à cette hématologue pas comme les autres, portée par les énergies du ciel et de la terre et je garde ses enseignements dans mon coeur, comme un trésor.

De se divertir...

Avec monsieur D., qui supporte le même traitement que moi depuis un peu plus longtemps. Un personnage qui même lorsqu'il peste, distille une sorte de bonne humeur. J'aime quand il est là en même temps que moi, on se rend des petites visites devant nos chambres. On se soutient en comparant le niveau de progression de nos chimios sur les pompes. 

De s'étonner enfin...

Comme lorsqu'une musaraigne est venue se réfugier dans notre chambre, se dirigeant directement vers moi qui sortait de la salle de bains. J'ai réussi à la guider dans le couloir vers la sortie de secours ou un aide-soignant l'a relâchée. 


Même à l'hôpital, j'attire les animaux !!! A quand des écureuils ?

Les journées passent vite finalement dans le service d'hématologie et grâce à ces séjours, je garde un semblant de vie sociale. C'est appréciable par les temps qui courent.

Je savoure toutefois le retour à une certaine solitude...