dimanche 30 mai 2021

La brioche du dimanche de Pentecôte

Ma 15e cure s'est déroulée en partie sur le long week-end de la Pentecôte. Pas de visite autorisée mais une belle surprise quand même : alors que la veille elle avait eu une garde de 24h dans une service d'urgences de l'Oise, ma douce Madeleine est venue me déposer une brioche pour mon petit déjeuner du dimanche. Comme je l'admire et la plains d'avoir à supporter un tel rythme de travail dans un système hospitalier saturé, parmi des gens souvent agressifs avec les médecins qui tentent de les soigner ! Même si elle a pu choisir un service d'urgences qui respecte les internes sans les pousser au burn-out, elle démarre un stage de 6 mois qui ne sera pas facile. Alors sa visite express m'a beaucoup touchée. Une attention filiale plus précieuse que l'or.

Autrefois, le dimanche, on avait droit à un croissant, un pain au chocolat ou une brioche parisienne pas trop mauvais. C'était le petit plaisir des hospitalisés à l'heure du café matinal. Économie oblige, ils ont été remplacés par des tranches de brioche industrielles qui restent sur l'estomac. Les plateaux repas sont de moins en moins variés, et plus restreints qu'avant. Moins bons, cela va sans dire...

Alors grâce à Madeleine, j'ai commencé mon dimanche sous de bons augures en croquant dans le moelleux d'une brioche aux pépites de chocolat blanc.

Ce dimanche de la fête des Mères, elle est à nouveau à son poste mais hier, nous avons célébré mon retour à la maison. Belle après-midi insouciante et gourmande au jardin.

Avec aussi une petite brioche pour mon petit déjeuner du dimanche de la fête des Mères ! 

Je suis vraiment une maman comblée et remercie la vie de nous avoir offert cette fille-là. Je ferai toujours tout mon possible pour la protéger sans l'étouffer, en lui faisant confiance et en acceptant ses choix si ce sont ceux de son bonheur.

 


mercredi 5 mai 2021

Jardin désagrément

Ce printemps a bien commencé par une explosion de tulipes, plus nombreuses et pérennes que l'an passé. Les nuits froides semblent convenir à leur beauté colorée, comme les températures encore fraîches pour la saison et l'absence de pluie.

 J'aime les fleurs à bulbes que l'on plante à l'automne et qui pointent le bout de leur nez après l'hiver. Puis recommencent ce cycle d'année en année, sans effort particulier pour le jardinier. 

Tout comme les vivaces qui connaissent le chemin de la floraison toutes seules et demandent juste un petit rafraîchissement une fois fanées. 

 Mais que de travail dans le reste du jardin envahi par des herbes indésirables ! 

Il a fallu qu'une voisine me parle de chiendent pour que je panique à l'idée de voir ma terre entièrement recouverte par cette plante sournoise qui progresse grâce à ses racines souterraines.

L'ancien potager ressemblait déjà à un champ d'adventices : nous l'avons entièrement défriché à la grelinette et à la main dans l'espoir d'y resemer une prairie bordée d'une allée gazonnée. [J'aime beaucoup les prairies fleuries mais il faut chaque année remplacer celle de l'année précédente pour en resemer une nouvelle. C'est plutôt laborieux et je pense désormais limiter la taille de mes prairies... ou les laisser en place après les avoir fauchées et observer ce qui repousse spontanément].

La pelouse du jardin n'était plus qu'une collection de mauvaises herbes : pissenlit, mousse, chiendent, digitaire (qui ressemble au chiendent)... J'ai commencé à en arracher, une à une. Peine perdue ! Je me retrouve avec une pelouse gruyère, une belle tendinite du poignet, des doigts douloureux... et toujours autant de végétation anarchique.

Et impossible de resemer du gazon. J'ai fait une tentative qui n'a rien donné. Il fait encore trop froid le matin. Et beaucoup trop sec.

J'attends donc des conditions climatiques plus propices à mes projets. Quitte à recommencer à l'automne si cela ne donne rien...

Et pendant ce temps-là, la pelouse de mes voisins, verte comme du faux gazon, est traitée, tondue, arrosée. On dirait un tapis aseptisé alors que chez nous, règne le désordre de la vie et de la nature.

Tant pis si notre "pré" dénote dans le lotissement du moment qu'il fait le bonheur des abeilles et accueille les écureuils.

 J'ai retrouvé au hasard de mes recherches découragées sur internet, un entretien d'Eric Lenoir dont je vous avais déjà parlé de l'ouvrage Petit traité du Jardin punk (que je n'ai toujours pas acheté).

En un mot, il dit qu'il vaut mieux profiter de son jardin au lieu de batailler pour l'entretenir !

Exactement ce que j'avais besoin de lire après une après-midi à suer au pays du chiendent. En voici quelques extraits.

 "Depuis quelques siècles, on a fait du jardin quelque chose qui est l’exaltation de la maîtrise par l’homme de la nature. Pour survivre, on a protégé nos récoltes des animaux, du froid, du vent. Mais ensuite, le jardinage est devenu un outil de gloire de l’humain face à la nature, c’est le cas par exemple des jardins de Versailles.

Il faut revoir notre façon de jardiner. Dans 95% des cas, il n’y a, par exemple, aucune raison valable de tondre. La tondeuse est un atavisme et quelque chose de compulsif. C’est une sorte de pression sociale, c’est culturel : on a un jardin, donc il faut tondre. C’est pour cela que je parle de désapprendre, apprendre à désapprendre, c’est vraiment réfléchir au pourquoi des choses. C’est pour cela que je fais le parallèle avec le mouvement punk, qui conteste ce qui n’a pas de sens à ses yeux.

Les gens cherchent à maîtriser leur jardin parce qu’ils ont le souci de faire propre, de rentrer dans le moule, sinon ça les inquiète. Il faut les éduquer au changement. Il y a très clairement une évolution dans ce sens-là, par le fait déjà que l’on découvre peu à peu l’ampleur du désastre de l’érosion de la biodiversité. Par ailleurs, les collectivités qui ont fait de la gestion différenciée, il y a une quinzaine d’années, qui ont laissé des parties de parcs non tondues, nous ont fait réfléchir.

Moi je m’amuse à dire que c’est par fainéantise que je ne tonds pas ou peu ; ça fait partie des raisons, clairement. Mais c’est aussi et surtout parce que je considère que l’espace que j’exploite à mes propres fins, qui est normalement un espace naturel, mérite que je préserve un maximum de ce que la nature voudrait y faire pousser."

 A méditer, de préférence dans un fauteuil au jardin, en lisant un poème d'Emily Dickinson qui adorait les fleurs de pissenlit qu'elle comparait à des soleils.