mardi 3 janvier 2023

Le silence est le doux langage des anges


« Chemin du Paradis ». Hélène. Ault, Bois de Cise, 16 juillet 2018.

Après tout ce temps déjà passé, je suis sûr maintenant à l'aube de cette nouvelle année qu'il était l'heure que tu partes. On ne peut pas continuer à souffrir, et souffrir de plus en plus, en voyant l'horizon s'assombrir. On ne croit jamais au terme de la vie et quand il est effectif, on ne l'accepte pas. On cherche toujours un motif pour se convaincre qu'il aurait pu en être autrement. Un détail, une circonstance, un instant d'inattention, une erreur d'appréciation, autant chose que l'on aurait pu éviter si l'on avait été plus vigilant, mais qui par défaut de vigilance, ont été fatals ?
Si cependant était arrivé ce qui devait arrivers ? Le destin. Pourquoi chercher plus loins ? À un moment, les choses sont dites, écrites. Il ne reste plus qu'à les accepter.
Bien sûr, il reste notre souffrance, à nous qui t'avons aimée et que tu aimais. Mais au moins, toi tu ne souffres plus. J'espère que dans ton Ciel tu es entourée de lutins, d'elfes et d'écureuils et de tout cet univers magique que tu as toujours eu dans ta tête et ton coeur et qui a tissé l'arrière-plan de ta vie.

Ma vie n'est qu'un instant une heure passagère
Ma vie n'est qu'un seul jour qui m'échappe et qui fuit
Tu le sais, ô mon Dieu! pour t'aimer sur la terre
Je n'ai rien qu'aujourd'hui!...
...
Je volerai bientôt, pour dire tes louanges
Quand le jour sans couchant sur mon âme aura lui
Alors je chanterai sur la lyre des Anges
L'Éternel Aujourd'hui !

Extrait de Mon chant d'aujourd'hui, Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Saint Face.


Photographie de Thérèse prise par Céline au choeur, 3 octobre 1897.
Copyright Office Central de Lisieux

 


Mon chant d'aujourd'hui, dit par Michael Lonsdale (2013, extrait de l'album Thérèse : Vivre d'amour).

 

Victor Hugo à Ault

L'autre fois, en faisant une recherche aux archives, j'ai eu l'occasion de lire la lettre que Victor Hugo avait écrire à Adèle, son épouse, en 1837. Il lui fait le récit de son passage au bourg d'Ault, petite commune du littoral du département de la Somme. Cette commune a la particularité d'être placée là où commencent les falaises vives de la Côte d'Opale.
Cette lettre m'a bien sûr rappelé les deux jours que vous aviez passés toi et Madeleine au bois de Cise, écart de la commune d'Ault, en juillet 2018, et le plaisir éprouvé en longeant le haut des falaises.

Victor Hugo, accompagné d'un guide plutôt inexpérimenté, parcourait un chemin similaire, puisqu'il venait du Tréport, endroit qu'il affectionnait. Voici comment il décrit son arrivée à proximité d'Ault.

En lisant ces mots, je me suis tout de suite dit qu'ils t'auraient plus et que tu les aurais sans doute cités dans ton article. Alors, les voici.

Le bourg d'Ault

Une heure après, toujours par le sentier tortueux de la falaise, j’approchais du Bourg-d’Ault, but principal de ma course. À un détour du sentier, je me suis trouvé tout à coup dans un champ de blé situé sur le haut de la falaise et qu’on achevait de moissonner. Comme les fleurs d’avril sont venues en juin cette année, les épis de juillet se coupent en septembre. Mais mon champ était délicieux, tout petit, tout étroit, tout escarpé, bordé de haies et portant à son sommet l’océan. Te figures-tu cela ? vingt perches de terre pour base, et l’océan posé dessus. Au rez-de-chaussée des faucheurs, des glaneuses, de bons paysans tranquilles occupés à engerber leur blé, au premier étage la mer, et tout en haut, sur le toit, une douzaine de bateaux pêcheurs à l’ancre et jetant leurs filets. Je n’ai jamais vu de jeu de la perspective qui fût plus étrange. Les gerbes faites étaient posées debout sur le sol, si bien que pour le regard leur tête blonde entrait dans le bleu de la mer. À la ligne extrême du champ une pauvre vache insouciante se dessinait paisiblement sur ce fond magnifique. Tout cela était serein et doux, cette églogue faisait bon ménage avec cette épopée. Rien de plus frappant, à mon sens, rien de plus philosophique que ces sillons sous ces vagues, que ces gerbes sous ces navires, que cette moisson sous cette pêche. Hasard singulier qui superposait les uns aux autres, pour faire rêver le passant, les laboureurs de la terre et les laboureurs de l’eau.
Extrait de la lettre de Victor Hugo à son épouse, Adèle. Dieppe, 8 septembre 1837.
Texte intégral de la lettre ici.

 
 

2 janvier 1873
 


Céline et Thérèse Martin, âgées de 12 et 8 ans, en 1881 à Lisieux.
Copyright Archives du Carmel de Lisieux

Nous célébrons cette année les 150 ans de la naissance de Thérèse Martin, née à Alençon le 2 janvier 1873.

Un Lys au milieu des épines
pour Sr Marie de La Trinité, mai 1987.

  Seigneur, tu m'as choisie dès ma plus tendre enfance
Et je puis m'appeler l'oeuvre de ton amour...
Je voudrais, ô mon Dieu ! dans ma reconnaissance
Oh ! je voudrais pouvoir te payer de retour !...
Jésus mon Bien-Aimé, quel est ce privilège
Pauvre petit néant, qu'avais-je fait pour toi ?
Et je me vois placée dans le royal cortège
Des vierges de ta cour, aimable et Divin Roi !

  Hélas je ne suis rien que ma faiblesse même
Tu le sais, ô mon Dieu ! je n'ai pas de vertus...
Mais tu le sais aussi, le seul ami que j'aime
Celui qui m'a charmée, c'est toi, mon Doux Jésus !...
Lorsqu'en mon jeune coeur s'alluma cette flamme
Qui se nomme l'amour, tu vins la réclamer....
Et toi seul, ô Jésus ! pus contenter une âme
Qui jusqu'à l'infini avait besoin d'aimer.

  Comme un petit agneau loin de la bergerie
Gaiement je folâtrais ignorant le danger
Mais, ô Reine des Cieux ! ma Bergère chérie
Ton invisible main savait me protéger
Aussi tout en jouant au bord des précipices
Déjà tu me montrais le sommet du Carmel
Je comprenais alors les austères délices
Qu'il me faudrait aimer pour m'envoler au Ciel.

  Seigneur, si tu chéris la pureté de l'ange
De cet esprit de feu qui nage dans l'azur
N'aimes-tu pas aussi s'élevant de la fange
Le lys que ton amour a su conserver pur ?
S'il est heureux, mon Dieu, l'ange à l'aile vermeille
Qui paraît devant toi brillant de pureté
Ma joie dès ici-bas à la sienne est pareille
Puisque j'ai le trésor de la virginité !.


Un lys au milieu des épines, chanté par Pierre Éliane (1992)