mardi 15 juin 2021

Effets secondaires

 

On n'a pas arrêté d'en entendre parler à propos des vaccins censés protéger des formes graves du Covid. Les deux premiers pouvaient provoquer des allergies graves, le troisième des thromboses veineuses. Les gens se sont affolés alors que n'importe quel médicament peut engendrer des effets indésirables. Certaines personnes en ont peu ou aucun, d'autres réagissent de manière alarmante. C'est la loterie et il faut une dose de confiance quand on se soigne. Comme les malades de cancer qui acceptent de lourdes thérapies et leurs ribambelles d'effets secondaires dans l'espoir de guérir, rester en vie.

Je me souviens de la découverte de mon premier protocole de soin en 2012. C'était comme plonger dans le grand bassin sans en connaître la profondeur et sans savoir très bien nager sous l'eau. Je me souviens de ce vertige angoissant en lisant la liste des médicaments à absorber chaque jour, alors que je n'en avais jamais pris régulièrement avant.

Je n'ai pas eu tous les effets secondaires annoncés mais j'en ai eu certains qui m'ont tout de même fait boire la tasse. Et j'ai bien failli me noyer lors de rechutes, en 2015 et 2019, avec des complications graves liées à la fois à la maladie et aux traitements. 

Et maintenant ?

Je ne parle jamais de mes souffrances au quotidien. Je trouve cela impudique, pas intéressant mais certains d'entre vous peut-être, en lisant mon blog, doivent penser que je coule des jours heureux entre deux cures, en regardant béatement passer les écureuils. C'est parfois vrai et je considère ces moments-là comme un antidote aux mille désagréments d'être malade. 

Hélas, à la maison, je dois poursuivre un certain nombre de soins pour réparer les dégâts occasionnés par les traitements subis à l'hôpital. Ils m'évitent d'être trop longtemps en aplasie donc sans défenses immunitaires et vulnérable aux infections, d'avoir à faire trop de transfusions en réduisant mon anémie. Ces substances qui m'aident à remonter la pente entraînent malheureusement pas mal de dérèglements de mon organisme qui s’additionnent à ceux provoqués par la cortisone et les chimiothérapies.

Outre que cela fait plus d'un an et demi que je suis chauve, mon corps a vieilli plus vite, usé par bientôt 10 ans de traitement. La cortisone a modifié ma silhouette, mon visage, modérément mais indéniablement. Fonte musculaire, douleurs articulaires et ligamentaires, problèmes digestifs, baisse de la vision, difficulté de concentration, troubles du sommeil... J'arrive à gérer tout cela en essayant de m'adapter et de trouver des solutions, des occupations pour ne pas me laisser abattre !

C'est idiot mais les jours où je vais bien, je culpabilise de ne pas avoir repris mes fonctions et de "profiter" de mon congé longue durée en faisant des choses que j'aime. Comme si la maladie était derrière moi alors qu'elle est toujours prête à m'attaquer malgré de lourdes thérapies. Dernièrement, elle a recommencé à être plus virulente et il va falloir que je m'adapte à un autre traitement. A nouveau un grand plongeon dans une mer inconnue !

J'ai fait le deuil d'un retour dans le monde du travail. Cela a été long et difficile tant j'aimais mon métier, mes collègues. Je garde une grande nostalgie de mes missions au sein de l'Inventaire du Patrimoine. Je sens mes neurones encrassés sans mon exigeante, stimulante et infatigable directrice. Elle était une locomotive enthousiaste qui entraînait le petit wagon anxieux que j'étais. J'aimais réfléchir, donner vie ou collaborer aux projets qui foisonnaient dans son esprit. Sans oublier toutes les belles rencontres faites durant ces années, ces jeunes chercheurs que je prenais plaisir à encadrer en faisant toujours attention de ne pas froisser. Tout cela s'est arrêté brutalement. Une retraite anticipée, malgré moi.

Je me suis construite une autre vie que j'aime à Saleux et je ne vais plus guère à Amiens. Le Covid a eu raison des derniers liens que je gardais avec mes collègues. C'est mieux ainsi et m'aide à moins ressentir l'abandon de ma vie professionnelle comme un échec.

Même si j'ai tourné la page, la pilule reste amère et difficile à avaler. Elle a, elle aussi, beaucoup d'effets secondaires indésirables : sentiment d'injustice, incertitude financière, impression d'inutilité...

C'est ce blog, je crois, qui m'aide à garder la tête hors de l'eau et à trouver un sens à ce que je vis. Il est une de mes bouées de sauvetage.


mercredi 2 juin 2021

Un vol avec du panache

L'esprit un peu embrumé par le manque de sommeil, le cerveau cortisoné en mode stress, j'ai d'abord cru qu'il s'était passé quelque chose de grave quand Jean-Michel m'a téléphoné à l'hôpital pour me dire :

- Il y a eu un vol. Un vol sous la véranda !

En une seconde, j'ai imaginé des outils dérobés en plein jour, des individus louches rodant la nuit, des dégradations. 

Heureusement, il m'a vite rassurée en ajoutant : 

- C'est ton écureuil ! 

Depuis ce printemps, trois jeunes écureuils, insouciants et téméraires comme des ados, fréquentent le jardin qu'ils semblent avoir intégré à leur environnement naturel, en prolongement du bois. Ils sont moins farouches que les générations précédentes même s'ils fuient à notre arrivée mais jamais bien loin. Ils s'approchent aussi davantage de la maison, jusque sur la terrasse.

Alors qu'en cette saison il faudrait moins les nourrir, nous avons doublé les rations de noix et tournesols, tellement ces petits foufous sont mignons et voraces.

Pour éviter les disputes et voir nos protégés de plus près, j'ai installé un plateau de graines pas loin de la véranda. Idéal pour bien les regarder grignoter des rations vite disparues et avec de moins en moins de crainte.

Ce qui devait arriver, arriva. Un jour, un membre de la troupe fit une longue incursion sous la véranda, restée entr'ouverte. Nous pensions qu'il s'était perdu et ne trouvait plus la sortie. Le lendemain, le même (?) a essayé de rentrer alors que la porte vitrée était fermée. Il semblait vouloir investir ce lieu car évidement, il avait repéré où je stockais sa nourriture comme nous le confirma la suite.

Ce fameux dimanche où j'étais à l'hôpital, Jean-Michel qui a été témoin du larcin, a vu un premier écureuil essayer sans succès de monter sur la table où je pose leur petit panier rempli de noix. Un autre (?) plus doué, est revenu et a tout vidé en un temps record pour aller cacher ses trésors ailleurs... 

 

Puis il est revenu s'attaquer au grand sachet de graines de tournesol. Pourquoi se contenter d'un petit Drive quand on peut piller les réserves ?


 

Et si possible, sans laisser le copain en faire autant. Un butin, cela ne se partage pas, parole d'Arsène Lupin !

 

C'est le lendemain que Jean-Michel a réussi à filmer et photographier un nouveau vol dont sont extraites ces illustrations. Que du bonheur pour moi qui regrettais d'avoir manqué ce spectacle !

Depuis, nous avons pris des mesures drastiques.

  • plus d'exposition de nourriture sous leur nez (quel supplice de Tantale !), 
  • déplacement du plateau repas vers le noisetier, loin de la maison, 
  • diminution progressive des rations de tournesols, 
  • suppression des noix jusqu'à l'automne.

Nos rouquins commençaient à devenir dépendants de cette nourriture facile et pas assez diversifiée pour les maintenir en bonne santé. En croyant les préserver de la famine, nous étions en train de les fragiliser et de leur faire oublier leurs instincts primaires de bête sauvage. Par égoïsme d'humain émerveillé par leur beauté.

Désormais, ils font encore un petit tour dans le jardin entre 18h et 20h, grignotent les quelques poignées de graines que je dépose un peu avant, se disputent près de l'abreuvoir, se pourchassent autour des gros troncs d'arbre. Il n'y en avait pas moins de quatre, l'autre jour !

S'ils pénètrent encore un peu sous la véranda, comme ils n'y trouvent plus rien à manger, ils s'en retournent vite au bois. Et c'est très bien ainsi.