Photographier la mer, éternelle et changeante, et essayer d'en saisir les évanescentes métamorphoses, à l'instar des peintres impressionnistes.
Rêver à un temps qui n'existe plus dans ces belles villas endormies, au charme proustien. Percevoir les murmures imaginaires d'un piano désaccordé accompagné du froissement des longues robes d'autrefois.
Et rire surtout !
Car même si le chemin du Paradis est indiqué d'une si belle manière, je compte bien rester encore longtemps sur terre pour profiter de la vie comme je l'ai fait durant ce court séjour avec Madeleine, au Bois de Cise.
Beau moment de complicité entre mère et fille que nous gardons toutes les deux comme un trésor, en attendant le prochain.
Situé entre Mers-les-Bains et Ault, le Bois de Cise, parcelle de la forêt primitive gauloise est l'un des derniers bois naturels de hêtres et de chênes des côtes de la Manche dont la taille n'a cessé de s'amenuiser depuis les défrichages des moines bénédictins au cours du Moyen Age jusqu'à nos jours. On retrouve encore non loin de celui-ci les bois de Rompval (commune de Mers-les-Bains) et celui de Lamotte (commune de Saint-Quentin-la-Motte-Croix-Au-Bailly).
En 1853, Saint Hilaire-Dufour, président de la Chambre de commerce de Dieppe, en devient le propriétaire et en fait un rendez-vous de chasse. En 1883, il le cède à M. Chardin.
Vers 1896, Jean-Baptiste Theulot rachète le Bois-de-Cise à M. Chardin avec pour projet d'y construire une station balnéaire qui représentera près de 500 000 m2 de terrain divisé en 400 lots en misant sur l'avènement du tourisme. En effet, celui-ci veut profiter de l'engouement des bains de mers sur la côte, avec la création de la ligne ferroviaire en 1872 qui va permettre à une clientèle bourgeoise et fortunée de venir investir sur la côte et de bénéficier des vertus thérapeutiques de l'eau et de l'air iodé. La station balnéaire est lancée en 1898 après des travaux colossaux pour permettre l'aménagement du bois et la construction de somptueuses bâtisses. L'extraction de 50 000 mètres cubes de craie donne sa forme actuelle au front de mer.
Comme toutes les stations de la côte picarde, le Bois de Cise connaît un véritable âge d'or qui sera malheureusement bouleversé par la 2e guerre mondiale. Un rapport d'après-guerre relate que sur les 90 villas du bois, 13 ont été complètement rasées et certaines en partie endommagées, comme la villa Lumen *.
Les années 20, les congés payés de 1936 et les années 60 vont lui donner un nouveau souffle et un nouveau visage.
Aujourd'hui, c'est un lieu de villégiature et de promenade hors du temps où des résidents permanents et secondaires s’attachent à préserver le caractère authentique et calme de ce site exceptionnel.
Extrait de la brochure de l'hôtel le Cise - Relais du Silence.
* Cette Villa Lumen (où nous avons séjourné), à l'origine de style oriental, dont il ne restait plus que le rez-de-chaussée, a été fortement remaniée après guerre et restaurée récemment pour accueillir quatre chambres du Relais du Silence. Construite entre 1902 et 1905 pour Léon Bouchacourt (1865-1949), pionnier de la radiologie et de la radiothérapie, elle porte le nom de l'unité de mesure du flux lumineux évoquant l'activité de ce médecin.





















