lundi 3 septembre 2018

Une semaine dans le Tardenois


Pays natal de Paul et Camille Claudel dans le département de l'Aisne, le Tardenois nous a offert une pause bien méritée autour du 15 août. Le temps passe trop vite et le parc Delpech commence déjà à préparer ses habits d'automne.


Mais peu importe ! Nourrie de mes plus beaux souvenirs de vacances, je me sens prête à affronter les jours qui raccourcissent.

Nous avons eu la chance de trouver un gîte spacieux et calme. Nous nous sommes bien reposés dans son parc arboré, lui aussi bien spacieux. Un joli domaine rien que pour nous deux.

 
 
Entre deux lectures, nous allions admirer le ballet des carpes dans l'étang. 


J'ai été heureuse de trouver dans une des chambres un roman de Janine Boissard que je n'avais pas lu. J'ai toujours aimé la plume de cette auteure et les thèmes qu'elle aborde, l'amour, la famille, les joies du quotidien, le bonheur malgré les épreuves... Des histoires qui font du bien, tout simplement.


Sur le plateau de Californie, lieu emblématique des batailles du Chemin des Dames, la nature a fossilisé tranchées et trous d'obus, comme une mère couvre doucement son enfant malade pour l'aider à guérir.
Nous avons marché sur des sentiers ombragés, recueillis comme dans une cathédrale, désolés de constater que beaucoup de promeneurs semblaient peu soucieux du caractère tragique de ce lieu, sauf un papi qui nous a demandé où il y avait des tranchées pour les montrer à son petit fils. Tout n'est pas perdu... 



Sur la galerie Renaissance du château de Fère-en-Tardenois, nous avons essayé de déchiffrer des graffitis de soldats américains datant de la première guerre mondiale. Presque aussi énigmatiques que des hiéroglyphes. 

 
 


Nous avions également rendez-vous avec des anges et Marie Madeleine (sainte patronne de notre fille, il n'y a pas de hasard)  dans deux magnifiques églises Art Déco de la Reconstruction qui malheureusement, se dégradent. Le béton armé, sous ses airs de gros dur, est en réalité un matériau fragile.
 
Eglise Sainte Marie-Madeleine, Mont-Notre-Dame 


Eglise reconstruite de 1929 à 1933 par les architectes Georges Grange et Louis Bourquin sur l'emplacement de l'ancienne collégiale médiévale, dynamitée par les Allemands en août 1918.

 
Douceur paisible et gracieuse d'un ange en prière. 

Sainte Marie Madeleine et sainte Marthe sur des socles qui m'évoquent des obus.

Eglise Saint-Martin, Martigny-Courpierre


Eglise reconstruite de 1929 à 1932 par l'architecte Albert Paul Müller. 

 
Huit anges, à la manière de cariatides, supportent la couronne des martyres.

Seule l'église de Martigny-Courpierre était ouverte nous laissant admirer sa décoration intérieure conçue par des artistes appartenant presque tous au groupe des Artisans de l'Autel, représentatif du renouveau de l'art sacré dans les années 1920.

J'ai particulièrement aimé les réalisations du céramiste Maurice Dhomme, notamment le maître-autel et son retable sur le thème des anges faisant triompher la paix en chassant le démon. Il a également décoré grand nombre d'églises reconstruites dans la Somme.

        

Enfin, que d'émotions dans le petit hameau de Dôle où se trouvait notre gîte, lorsque j'ai découvert le passage secret qui permettait de se promener dans le bois Saint-Thibaut. Je le croyais impénétrable, tel un royaume mystérieux de gnomes et de bêtes sauvages.

Pas très rassurés, nous avons joué aux explorateurs et dans une végétation envahissante, nous avons retrouvé un réseau de tranchées... Nous ne pensions pas qu'il y en avait à l'écart du Chemin des Dames.

Et maintenant, en route vers d'autres horizons...

 

dimanche 29 juillet 2018

Deux jours au Bois de Cise


Photographier la mer, éternelle et changeante, et essayer d'en saisir les évanescentes métamorphoses, à l'instar des peintres impressionnistes.




 

Sentir la fraîcheur du bois à deux pas de l'écrasante chaleur de la plage. Reconnaître l'odeur des chênes verts, si particulière. Deviner les maisons de villégiature se cachant au milieu des arbres depuis les sentiers ou les escaliers abruptes.

 
Rêver à un temps qui n'existe plus dans ces belles villas endormies, au charme proustien. Percevoir les murmures imaginaires d'un piano désaccordé accompagné du froissement des longues robes d'autrefois.



Et rire surtout ! 

Car même si le chemin du Paradis est indiqué d'une si belle manière, je compte bien rester encore longtemps sur terre pour profiter de la vie comme je l'ai fait durant ce court séjour avec Madeleine, au Bois de Cise.

Beau moment de complicité entre mère et fille que nous gardons toutes les deux comme un trésor, en attendant le prochain.

Situé entre Mers-les-Bains et Ault, le Bois de Cise, parcelle de la forêt primitive gauloise est l'un des derniers bois naturels de hêtres et de chênes des côtes de la Manche dont la taille n'a cessé de s'amenuiser depuis les défrichages des moines bénédictins au cours du Moyen Age jusqu'à nos jours. On retrouve encore non loin de celui-ci les bois de Rompval (commune de Mers-les-Bains) et celui de Lamotte (commune de Saint-Quentin-la-Motte-Croix-Au-Bailly).
En 1853, Saint Hilaire-Dufour, président de la Chambre de commerce de Dieppe, en devient le propriétaire et en fait un rendez-vous de chasse. En 1883, il le cède à M. Chardin.
Vers 1896, Jean-Baptiste Theulot rachète le Bois-de-Cise à M. Chardin avec pour projet d'y construire une station balnéaire qui représentera près de 500 000 m2 de terrain divisé en 400 lots en misant sur l'avènement du tourisme. En effet, celui-ci veut profiter de l'engouement des bains de mers sur la côte, avec la création de la ligne ferroviaire en 1872 qui va permettre à une clientèle bourgeoise et fortunée de venir investir sur la côte et de bénéficier des vertus thérapeutiques de l'eau et de l'air iodé. La station balnéaire est lancée en 1898 après des travaux colossaux pour permettre l'aménagement du bois et la construction de somptueuses bâtisses. L'extraction de 50 000 mètres cubes de craie donne sa forme actuelle au front de mer.
Comme toutes les stations de la côte picarde, le Bois de Cise connaît un véritable âge d'or qui sera malheureusement bouleversé par la 2e guerre mondiale. Un rapport d'après-guerre relate que sur les 90 villas du bois, 13 ont été complètement rasées et certaines en partie endommagées, comme la villa Lumen *.
Les années 20, les congés payés de 1936 et les années 60 vont lui donner un nouveau souffle et un nouveau visage.
Aujourd'hui, c'est un lieu de villégiature et de promenade hors du temps où des résidents permanents et secondaires s’attachent à préserver le caractère authentique et calme de ce site exceptionnel.

Extrait de la brochure de l'hôtel le Cise - Relais du Silence
 

* Cette Villa Lumen (où nous avons séjourné), à l'origine de style oriental, dont il ne restait plus que le rez-de-chaussée, a été fortement remaniée après guerre et restaurée récemment pour accueillir quatre chambres du Relais du Silence. Construite entre 1902 et 1905 pour Léon Bouchacourt (1865-1949), pionnier de la radiologie et de la radiothérapie, elle porte le nom de l'unité de mesure du flux lumineux évoquant l'activité de ce médecin.

jeudi 12 juillet 2018

Invitation chez nous

 Ce n'était pas facile de faire rentrer toutes nos affaires dans un appartement mais nous sommes assez satisfaits d'y être parvenus. Il faut dire que la taille des pièces, les nombreux rangements, nous ont facilité la tâche. 

L'entrée, très spacieuse, accueille notre bibliothèque et nos archives personnelles, sans encombrer l'espace de circulation.

 


Et quel bonheur d'avoir autant de placards et penderies, oubliés dans les constructions d'aujourd'hui.
 

La cuisine, avec son carrelage d'époque. J'adore ! 

 

Le salon. Avant l'arrivée de notre canapé bleu. Et après...


Le coin repas, donnant sur la terrasse.
 

La chambre secondaire me servant aussi de bureau et de salon de musique. 
 
 

Elle est séparée du salon par un grand rideau, car il n'y a une grande ouverture sans porte entre ces deux pièces. J'ai parfois l'impression de me retirer en coulisse quand je m'allonge pour me reposer !
 

La salle de bains n'a pas changé depuis les années 70. Le carrelage mural est encore plus sublime que celui de la cuisine et on retrouve presque les mêmes petits carreaux de sol.
 

 La chambre principale. Très belle vue sur un arbre gigantesque. L'impression presque de dormir dans des branches...
 

Nous avons désormais de nouveaux repères mais nous ne sommes pas encore complètement acclimatés. Certaines personnes s'adaptent vite, d'autres pas. Patience... 

lundi 9 juillet 2018

L'arbre et les origamis

Souvenirs, souvenirs qui remontent à 2014, l'année du bac de Madeleine.

C’est en allant voir le film Il était une forêt de Luc Jacquet avec le botaniste Francis Hallé qu'elle avait eu l'idée de travailler sur le thème du végétal pour son épreuve d'arts plastiques qu'elle présentait en candidate libre.
La pièce maîtresse de son dossier était une installation faite sur un marronnier qui avait grandi en même temps qu'elle. Simple bouture ramassée en forêt puis transplantée dans des pots toujours plus grands, il avait miraculeusement poussé dans une cour au nord, cherchant la lumière et nécessitant quelques tuteurs. Cette réalisation d'inspiration Land Art avait beaucoup impressionné le jury, l'histoire de ce marronnier aussi et Madeleine avait eu 19 à son épreuve ! 
 
1ère étape : réalisation des fleurs en origamis (formes et couleurs variées). Projection de peinture noire à la brosse à dents pour animer un peu les pliages, les rendre moins « scolaires ». 



2e étape : installation des fleurs le 16 mars, sur l'arbre en bourgeons.  

 

3e étape : photographies régulières jusqu'au 10 mai pour voir comment les fleurs artificielles et la nature évoluent ensemble au fil du temps.


 
A mi parcours, un bel équilibre entre feuilles et fleurs en papier.

Une sorte de dialogue...
avec parfois feuilles et origamis se confondant dans un même mouvement.


Puis petit à petit, les fleurs se sont détériorées (salies, déchirées, envolées…), alors que l'arbre s'épanouissait en développant ses feuilles. 

Le vert a fini par l'emporter mais certains origamis avaient tout même résisté !






Il nous était difficile de laisser ce marronnier dans notre ancienne maison car tôt ou tard, il n'aurait plus pu pousser et je ne pense pas que les nouveaux propriétaires l'auraient gardé. 

Et bien la providence a fait que le responsable de l'association de réinsertion sociale qui venait vider la maison, s'est spontanément proposé de le prendre ainsi que son compagnon le buis, pour les planter dans sa propriété, non loin du château de Henencourt et entouré d'abeilles car ce sauveteur d'arbres est aussi apiculteur.

Elle n'est pas belle la vie ?



jeudi 5 juillet 2018

Oui Ouip

J'aime les oiseaux depuis ma tendre enfance où lorsque ma mère me transportait en poussette, je gazouillais "oui ouip" en voulant imiter leur chant. Ma mère a mis longtemps à comprendre la signification de cet onomatopée et parfois je me révoltais quand elle me répondait par un oui évasif et perplexe : 
"tu dis toujours oui mais tu ne m'écoutes pas !"
J'aime leur chant et déplore la disparition criante des petites espèces au profit des grands oiseaux, comme les pies et les pigeons dont la musique ne m’enchante guère.

J'aime découvrir leurs traces.

 Un duvet déposé sur un arbuste, comme une manne céleste.

Une plume de geai des chênes, lumineux trésor.



Une coquille d’œuf finement ciselée par un petit bec pressé de vivre.

 
J'aime explorer les nids, avec prudence.

Cela m'a permis de découvrir que rue Jeanne d'arc, la merlette avait couvé trois œufs et d'observer, émue, trois petits oisillons tout nus. Le lendemain, un avait disparu. Le nid aurait, de toute manière, été trop petit pour eux trois.


Quelques jours après cette photo de paparazzi, j'ai hélas retrouvé un deuxième oisillon mort dans la cour. Assez loin de son nid. Est-il tombé ? Le plus vaillant l'a t-il poussé ? Je ne connais pas grand-chose aux lois de la nature : tous les oisillons ne pouvaient sans doute pas survivre car la nourriture semble rare.

 

Et voilà que mon petit troisième, que j'ai nommé Oui ouip, s'est mis à quitter son nid un peu trop tôt. Sans doute par ma faute. Le jour où une association caritative venait récupérer meubles et objets restés dans la maison, j'ai voulu le voir une dernière fois avant la disparition de mon escabeau et je pense l'avoir effrayé. Mais la veille déjà, il déployait ses ailes dans son nid, pressé de sortir ?


Quel intrépide celui-ci !
Ses parents ont continué à le nourrir dans la cour ou sous l’appentis. J'ai mis de l'eau, une poubelle pour qu'il puisse remonter dans l'arbre puis sur le mur et s'envoler comme l'avait fait Piwie.

Et depuis quelques jours, je ne vois plus aucun oiseau dans la cour. Alors je pense que tout va aller pour le mieux pour ce petit merle dans le vaste monde...