dimanche 29 juillet 2018

Deux jours au Bois de Cise


Photographier la mer, éternelle et changeante, et essayer d'en saisir les évanescentes métamorphoses, à l'instar des peintres impressionnistes.




 

Sentir la fraîcheur du bois à deux pas de l'écrasante chaleur de la plage. Reconnaître l'odeur des chênes verts, si particulière. Deviner les maisons de villégiature se cachant au milieu des arbres depuis les sentiers ou les escaliers abruptes.

 
Rêver à un temps qui n'existe plus dans ces belles villas endormies, au charme proustien. Percevoir les murmures imaginaires d'un piano désaccordé accompagné du froissement des longues robes d'autrefois.



Et rire surtout ! 

Car même si le chemin du Paradis est indiqué d'une si belle manière, je compte bien rester encore longtemps sur terre pour profiter de la vie comme je l'ai fait durant ce court séjour avec Madeleine, au Bois de Cise.

Beau moment de complicité entre mère et fille que nous gardons toutes les deux comme un trésor, en attendant le prochain.

Situé entre Mers-les-Bains et Ault, le Bois de Cise, parcelle de la forêt primitive gauloise est l'un des derniers bois naturels de hêtres et de chênes des côtes de la Manche dont la taille n'a cessé de s'amenuiser depuis les défrichages des moines bénédictins au cours du Moyen Age jusqu'à nos jours. On retrouve encore non loin de celui-ci les bois de Rompval (commune de Mers-les-Bains) et celui de Lamotte (commune de Saint-Quentin-la-Motte-Croix-Au-Bailly).
En 1853, Saint Hilaire-Dufour, président de la Chambre de commerce de Dieppe, en devient le propriétaire et en fait un rendez-vous de chasse. En 1883, il le cède à M. Chardin.
Vers 1896, Jean-Baptiste Theulot rachète le Bois-de-Cise à M. Chardin avec pour projet d'y construire une station balnéaire qui représentera près de 500 000 m2 de terrain divisé en 400 lots en misant sur l'avènement du tourisme. En effet, celui-ci veut profiter de l'engouement des bains de mers sur la côte, avec la création de la ligne ferroviaire en 1872 qui va permettre à une clientèle bourgeoise et fortunée de venir investir sur la côte et de bénéficier des vertus thérapeutiques de l'eau et de l'air iodé. La station balnéaire est lancée en 1898 après des travaux colossaux pour permettre l'aménagement du bois et la construction de somptueuses bâtisses. L'extraction de 50 000 mètres cubes de craie donne sa forme actuelle au front de mer.
Comme toutes les stations de la côte picarde, le Bois de Cise connaît un véritable âge d'or qui sera malheureusement bouleversé par la 2e guerre mondiale. Un rapport d'après-guerre relate que sur les 90 villas du bois, 13 ont été complètement rasées et certaines en partie endommagées, comme la villa Lumen *.
Les années 20, les congés payés de 1936 et les années 60 vont lui donner un nouveau souffle et un nouveau visage.
Aujourd'hui, c'est un lieu de villégiature et de promenade hors du temps où des résidents permanents et secondaires s’attachent à préserver le caractère authentique et calme de ce site exceptionnel.

Extrait de la brochure de l'hôtel le Cise - Relais du Silence
 

* Cette Villa Lumen (où nous avons séjourné), à l'origine de style oriental, dont il ne restait plus que le rez-de-chaussée, a été fortement remaniée après guerre et restaurée récemment pour accueillir quatre chambres du Relais du Silence. Construite entre 1902 et 1905 pour Léon Bouchacourt (1865-1949), pionnier de la radiologie et de la radiothérapie, elle porte le nom de l'unité de mesure du flux lumineux évoquant l'activité de ce médecin.

jeudi 12 juillet 2018

Invitation chez nous

 Ce n'était pas facile de faire rentrer toutes nos affaires dans un appartement mais nous sommes assez satisfaits d'y être parvenus. Il faut dire que la taille des pièces, les nombreux rangements, nous ont facilité la tâche. 

L'entrée, très spacieuse, accueille notre bibliothèque et nos archives personnelles, sans encombrer l'espace de circulation.

 


Et quel bonheur d'avoir autant de placards et penderies, oubliés dans les constructions d'aujourd'hui.
 

La cuisine, avec son carrelage d'époque. J'adore ! 

 

Le salon. Avant l'arrivée de notre canapé bleu. Et après...


Le coin repas, donnant sur la terrasse.
 

La chambre secondaire me servant aussi de bureau et de salon de musique. 
 
 

Elle est séparée du salon par un grand rideau, car il n'y a une grande ouverture sans porte entre ces deux pièces. J'ai parfois l'impression de me retirer en coulisse quand je m'allonge pour me reposer !
 

La salle de bains n'a pas changé depuis les années 70. Le carrelage mural est encore plus sublime que celui de la cuisine et on retrouve presque les mêmes petits carreaux de sol.
 

 La chambre principale. Très belle vue sur un arbre gigantesque. L'impression presque de dormir dans des branches...
 

Nous avons désormais de nouveaux repères mais nous ne sommes pas encore complètement acclimatés. Certaines personnes s'adaptent vite, d'autres pas. Patience... 

lundi 9 juillet 2018

L'arbre et les origamis

Souvenirs, souvenirs qui remontent à 2014, l'année du bac de Madeleine.

C’est en allant voir le film Il était une forêt de Luc Jacquet avec le botaniste Francis Hallé qu'elle avait eu l'idée de travailler sur le thème du végétal pour son épreuve d'arts plastiques qu'elle présentait en candidate libre.
La pièce maîtresse de son dossier était une installation faite sur un marronnier qui avait grandi en même temps qu'elle. Simple bouture ramassée en forêt puis transplantée dans des pots toujours plus grands, il avait miraculeusement poussé dans une cour au nord, cherchant la lumière et nécessitant quelques tuteurs. Cette réalisation d'inspiration Land Art avait beaucoup impressionné le jury, l'histoire de ce marronnier aussi et Madeleine avait eu 19 à son épreuve ! 
 
1ère étape : réalisation des fleurs en origamis (formes et couleurs variées). Projection de peinture noire à la brosse à dents pour animer un peu les pliages, les rendre moins « scolaires ». 



2e étape : installation des fleurs le 16 mars, sur l'arbre en bourgeons.  

 

3e étape : photographies régulières jusqu'au 10 mai pour voir comment les fleurs artificielles et la nature évoluent ensemble au fil du temps.


 
A mi parcours, un bel équilibre entre feuilles et fleurs en papier.

Une sorte de dialogue...
avec parfois feuilles et origamis se confondant dans un même mouvement.


Puis petit à petit, les fleurs se sont détériorées (salies, déchirées, envolées…), alors que l'arbre s'épanouissait en développant ses feuilles. 

Le vert a fini par l'emporter mais certains origamis avaient tout même résisté !






Il nous était difficile de laisser ce marronnier dans notre ancienne maison car tôt ou tard, il n'aurait plus pu pousser et je ne pense pas que les nouveaux propriétaires l'auraient gardé. 

Et bien la providence a fait que le responsable de l'association de réinsertion sociale qui venait vider la maison, s'est spontanément proposé de le prendre ainsi que son compagnon le buis, pour les planter dans sa propriété, non loin du château de Henencourt et entouré d'abeilles car ce sauveteur d'arbres est aussi apiculteur.

Elle n'est pas belle la vie ?



jeudi 5 juillet 2018

Oui Ouip

J'aime les oiseaux depuis ma tendre enfance où lorsque ma mère me transportait en poussette, je gazouillais "oui ouip" en voulant imiter leur chant. Ma mère a mis longtemps à comprendre la signification de cet onomatopée et parfois je me révoltais quand elle me répondait par un oui évasif et perplexe : 
"tu dis toujours oui mais tu ne m'écoutes pas !"
J'aime leur chant et déplore la disparition criante des petites espèces au profit des grands oiseaux, comme les pies et les pigeons dont la musique ne m’enchante guère.

J'aime découvrir leurs traces.

 Un duvet déposé sur un arbuste, comme une manne céleste.

Une plume de geai des chênes, lumineux trésor.



Une coquille d’œuf finement ciselée par un petit bec pressé de vivre.

 
J'aime explorer les nids, avec prudence.

Cela m'a permis de découvrir que rue Jeanne d'arc, la merlette avait couvé trois œufs et d'observer, émue, trois petits oisillons tout nus. Le lendemain, un avait disparu. Le nid aurait, de toute manière, été trop petit pour eux trois.


Quelques jours après cette photo de paparazzi, j'ai hélas retrouvé un deuxième oisillon mort dans la cour. Assez loin de son nid. Est-il tombé ? Le plus vaillant l'a t-il poussé ? Je ne connais pas grand-chose aux lois de la nature : tous les oisillons ne pouvaient sans doute pas survivre car la nourriture semble rare.

 

Et voilà que mon petit troisième, que j'ai nommé Oui ouip, s'est mis à quitter son nid un peu trop tôt. Sans doute par ma faute. Le jour où une association caritative venait récupérer meubles et objets restés dans la maison, j'ai voulu le voir une dernière fois avant la disparition de mon escabeau et je pense l'avoir effrayé. Mais la veille déjà, il déployait ses ailes dans son nid, pressé de sortir ?


Quel intrépide celui-ci !
Ses parents ont continué à le nourrir dans la cour ou sous l’appentis. J'ai mis de l'eau, une poubelle pour qu'il puisse remonter dans l'arbre puis sur le mur et s'envoler comme l'avait fait Piwie.

Et depuis quelques jours, je ne vois plus aucun oiseau dans la cour. Alors je pense que tout va aller pour le mieux pour ce petit merle dans le vaste monde...

samedi 30 juin 2018

Parc Delpech # 2

J'apprends chaque jour à apprivoiser mon nouveau quartier.

Le parc continue de m'étonner car c'est un lieu un peu étrange qui ressemble peut-être davantage à une prairie arborée ou à un grand jardin qu'à un parc. Le soir, l'odeur des foins se mêle à celle des tilleuls, envoûtante. Il y en a trois, superbes, devant notre résidence.



 
 Est-ce qu'un bain de pied dans les fleurs de tilleul fanées a des vertus apaisantes ? En tout cas, c'est une expérience que j'ai testée avant de reprendre mon parcours.

J'aime monter sur la butte pour prendre de la hauteur puis parfois, me vient l'envie de dévaler la pente à toute allure, comme dans le générique de la Petite maison dans la prairie (série dont je n'ai pas honte de dire que je suis fan depuis toujours). Pas très prudent avec les atteintes osseuses du myélome alors je préfère d'autres activités plus calmes comme trouver des cachettes pour une imaginaire partie de cache-cache enfantine.

 
Depuis les rues, le parc n'est pas clos. Aucune clôture, même végétale. Quelques rares pancartes pour indiquer qu'il s'agit d'une propriété privée. On peut entrer et sortir à n'importe quel endroit. C'est assez déroutant, je trouve ! 


 
Les jardins des appartements en rez-de-chaussée, délimités par des buis (avec souvent un petit portillon pour un accès direct au parc), s'intègrent parfaitement à cet espace végétal collectif. Depuis les étages, une vue plongeante s'offre sur ces jardins pas si privés que cela. Le message de l'architecte Bougeault qui a pensé cet ensemble architectural et paysager, était peut-être que la nature appartient à tous ?



Au fait ce quartier ne s'appelle pas "Parc Delpech" en hommage à Michel Delpech mais porte le nom d'un maire amiénois du 19e siècle, Alphonse Delpech. Il se situe pas très loin de la rue du même nom qui relie la place du Cirque au boulevard de Saint-Quentin.

N'empêche que les chansons de Michel Delpech sonnent plutôt bien ici où tout évoque les années 70.
Beaucoup d'habitants vivent dans cette résidence depuis son origine. Certains sont très vieux et cela me donne des espoirs de longévité. La force des grands arbres n'y est peut-être pas pour rien ? Comme le mentionne Jacques Tassin dans son livre Penser comme un arbre, il est désormais avéré que ces derniers peuvent stimuler notre système immunitaire et que de longues promenades en forêt (les fameux bains de forêt des japonais) augmentent l’activité des lymphocytes NK impliqués dans la régulation des cellules cancereuses. 

 

Alors moi, tout en prenant régulièrement l'air au milieu des arbres du parc (à défaut de ceux d'une forêt), je fredonne ces airs d'un autre temps pour me donner du courage.
De Michel Delpech, j'aime surtout le livre Vivre ! découvert en 2016 et que je relis régulièrement car ses réflexions sur la maladie et la vie sont assez proches des miennes. Je ne pensais pas, au départ, me trouver autant de points communs avec ce chanteur.
Habiter un lieu qui porte le nom de Delpech, même si ce n'est pas le sien, cela a du sens pour moi.