dimanche 10 septembre 2017

Renaissance au Touquet


J’ai envie aujourd’hui de remonter au 14 juin quand ma fille Madeleine et moi avons vécu ensemble une journée thalasso au Touquet. 

Nous sommes arrivées la veille et avons dormi sur place. C’était la première fois qu’elle faisait un long voyage avec l’ancienne voiture de mon père et la première fois qu’elle m’emmenait avec elle, loin. Et nous avions failli ne pas partir en raison d’une purge de liquide de refroidissement mal faite ! Si elle n’avait pas été vigilante, elle aurait pu endommager gravement son moteur et nous serions tombées en panne sur l’autoroute. 

Un peu inquiètes par ce départ quelque peu incertain, nous sommes arrivées au Touquet contentes de décompresser enfin après une année difficile pour Madeleine (beaucoup de fatigue, d’allergies, d’infections et tout le stress d'une étudiante en médecine). Nous avons adoré être entre mère et fille, un peu conscientes que nous allions bientôt nous quitter (Madeleine s’installe dans son propre appartement le 1er août). Quel bonheur de nager dans la même direction dans une piscine d’eau de mer chauffée ; je n’avais plus nagée depuis 2012 à cause de la maladie. Une véritable renaissance dans ce liquide vital. 


Nous avons très bien dîné tout en profitant de la mer d’Opale qui est visible presque de manière continue dans cet hôtel Ibis situé en fin de plage. Impression d’être au bout du monde, ailleurs. Un spectacle de mentaliste nous a agréablement charmé. Il avait deviné que Madeleine avait choisi le prénom Hélène et pensait que c’était le sien… Révélateur de la complicité fusionnelle entre nous deux ?
 
Et tout d’un coup, la nuit et le lendemain, l’univers clos de l’hôtel me refait penser à celui de l’hôpital de l’an passé. J’ai peur qu’à tout moment, une infirmière rentre dans la chambre. Alors, je sors sur le balcon écouter la mer se coucher, lentement ; nous dormons la fenêtre ouverte bercées par le murmure des vagues. Et je me dis que suis en vie et que je n’ai plus rien à craindre. 
Pareil le lendemain quand j’attends pour faire mes soins : tout le monde en peignoir se ressemble comme en pyjama d’hôpital, le personnel en tenue blanche nous appelle à tour de rôle comme si nous allions faire notre chimio !!! Alors, seule dans le couloir d’attente face à la mer, une très apaisante musique de relaxation distillée dans mes oreilles, je comprends le sens de ma présence ici : je suis venue vivre en positif des émotions qui étaient restées négatives en moi. Ici, on m’appelle pour me masser, me nourrir d’énergies marines, pas pour me piquer sauvagement les veines. Ici la tisane que je bois est une vraie tisane (mon hématologue, quand je me plaignais trop des effets secondaires de la chimio disait que les traitements n’étaient pas de la tisane…). J’ai l’impression d’une ardoise surchargée de gribouillis inquiétants qu’on efface enfin. Je vais enfin pouvoir repartir à zéro. Et je pleurs des larmes salées de reconnaissance. Je me dis : « mes anges au ciel m’ont permis de vivre cela, afin que je comprenne que tout ce malheur est fini…».

Le retour à l’heure du midi est un peu difficile. Nous n’arrivons pas à retourner au centre ville pour manger, ni à nous garer à Etaples. Nous trouvons vers le port de cette petite bourgade, une crêperie très bizarre, décorée hyper kitch avec aussi des statues religieuses.


La patronne voit que nous ne sommes pas très en forme. Je lui explique que nous avons du libérer assez vite notre chambre après une matinée de thalasso au Touquet et que Madeleine, conductrice débutante, est très épuisée par la route. Et là, cette dame m’explique que beaucoup de gens ne sont pas bien les heures et les jours qui suivent une thalasso. En touchant le corps, on réveille des mémoires primitives, ce n’est pas anodin. Elle est très touchante, me montre des photos de leur restaurant entièrement refait et décoré par son mari artiste (j’ai lu depuis qu’il avait été musicien d’Higelin). On dirait une œuvre du facteur Cheval, un peu. Le restau s’appelle « Aux trois lanternes ». Le trois est mon chiffre porte-bonheur. Et je crois que cette rencontre m’a quelque peu guidée, orientée. Nous sommes rentrées sur Amiens, rassurées.


La patronne de la Crêperie avec son mari