dimanche 15 avril 2018

Rue Jeanne d'Arc


Depuis juillet 2000, nous habitons dans une amiénoise, bâtie vers 1893. 
Lors d'un séjour touristique, j'avais déjà été charmée par ces enfilades de maisons mitoyennes en brique, répétitives et pourtant individualisées, ces quartiers presqu'entièrement préservés depuis le 19e siècle, non loin du cirque Jules Verne.

 Les maisons côté pair, après 1905 (vue depuis notre 1er étage)

En 1999, nous avions décidé de venir travailler à Amiens car la vie nous y semblait agréable, les possibilités d'acquérir une maison plus facile financièrement qu'à Strasbourg.
Après deux-trois visites décevantes d’amiénoises petites, sans âme, j'étais rentrée dans une maison qui s’offrait comme par magie. Coup de foudre pour un lieu, malgré les inconvénients (la salle de bains derrière la cuisine, notamment). Escalier époustouflant.

Jean-Michel, lui aussi, était ravi. Était-ce parce que les pièces murmuraient Mallarmé et que le maître des lieux, personnage énigmatique à la Philippe Noiret, peu à peu dévoilait cette maison qu’il aimait encore ?
Nous avons décidé de vivre ici et sommes devenus amis avec les anciens propriétaires : Ivar Ch'Vavar, poète picard, et sa femme Dominique, prof de russe et danseuse. J’aime profondément ces gens atypiques, exigeants, sensibles. 
J'ai même brodé un des poèmes de Pierre, en langue picarde... pour cacher le compteur électrique dans l'entrée, publié sur mon autre blog

  Puis le temps a passé, ma broderie dans l'entrée aussi... Les habitants d'à côté sont devenus moins respectueux alors que l'isolation n'est guère performante entre ces maisons et que tout résonne d'une cour à l'autre. Des voisins sympathiques sont partis et de nouveaux, plus distants, se sont lancés dans des travaux interminables. Fini le calme ! 
Et ces alignements de murs de briques précédées par des files interminables de voitures stationnées ont commencés à m'oppresser moi qui ne rêvais que d'arbres et de nature après mes séjours en chambre stérile. C'est grâce à ma toute petite cour arborée que j'ai tenu le coup bien souvent. Paradis des oiseaux que j'aime tant.




L'école Saint-Martin dont nous avions apprécié la proximité pour notre fille Madeleine, a commencé à être de plus en plus une source de nuisances sonores (dont la liste serait longue), la dernière en date étant une sonnerie de type téléphone portable à la place de l'ancienne cloche. Soit disant plus zen mais tellement plus forte... 


Et surtout, il aurait fallu faire nous aussi des travaux que nous n'avions jamais eu le courage d'entreprendre nous qui ne sommes guère de grands bricoleurs et avons souvent été déçus par les artisans d'ici. Impossible de refaire la cuisine sans vivre ailleurs. Trop compliqué avec ma maladie et en l'absence de famille pour nous héberger.

Depuis quelques années déjà, nous mûrissions l'idée de revendre la maison mais cela est devenu une évidence à mon retour de l'hôpital. Besoin d'un environnement plus calme et moins minéral, d'un espace de vie plus pratique et confortable. L'idéal aurait été un appartement avec terrasse dans un cadre verdoyant comme il s'en construit beaucoup à Amiens mais que nous ne pouvons prétendre louer à  cause de la loi Pinel qui plafonne les revenus des locataires de ces logements.
Nous commençions à désespérer jusqu'au jour où nous avons été guidés vers notre futur lieu à vivre que je vous présenterai bientôt. Patience.

L'heure est au tri et aux cartons. Pas facile en même temps que le lourd traitement que je dois supporter et qui, en ce moment, se solde par beaucoup de trous de mémoire. 
Même si c'est difficile, je sais qu'après mon allo-greffe, un déménagement aurait été impossible. Alors malgré la fatigue, le stress, tous les deux, aidés par notre fidèle Madeleine, nous nous sentons portés par ce projet de vie.

Déménagement programmé le 3 mai 2018.