lundi 24 septembre 2018

Le syndrome de la rentrée



Quand on est en arrêt longue maladie, il y a des périodes où il est plus difficile que d'autres d'être en dehors de la vie active. Autour de moi, je palpe l'agitation de la rentrée avec le sentiment d'en être exclue. Au lieu de me réjouir d'échapper aux pénibles réunions de programmation dont me parlent mes anciens collègues, je sens monter en moi, le malaise de l'inutile. Retraitée avant l'heure et pour combien de temps encore ? Et toujours en sourdine, la question qui tue : "Pourquoi moi ?".
Il y a quelques temps, P.-F., un ami de mon frère atteint d'un myélome depuis plus longtemps que moi, m'a annoncé sa troisième rechute. Je me réjouissais que ses rémissions soient plus longues et stables que les miennes. Lui aussi repart faire un tour de manège, avec beaucoup de courage et d'espoir. Et sans doute pas mal d'amertume, comme moi, pour tout ce dont cette maladie nous prive.

Bien sûr, en apparence, les gens me trouvent en forme. Les traitements agissent bien et mettent le mal en hibernation. Mais les effets secondaires, même supportables, sont bien là. Je n'en fais pas étalage. Seuls mes proches savent qu'il y a des jours avec, et des jours sans. Et la perspective de continuer comme cela le plus longtemps possible est à la fois rassurante et terrifiante.

Sans doute est-ce en raison de cette pudique discrétion sur ce que j'endure que je me suis éloignée de certains d'entre vous. Aux amis qui voudraient venir, me téléphoner, je réponds souvent aux abonnés absents. Ne m'en tenez pas rigueur.

C'est la rentrée. Dans les cahiers à carreaux des écoliers, il y a des additions et des poèmes de Maurice Carême. Dans le mien, il y a surtout des gribouillages de peurs anciennes et une grande page blanche sur le futur.

Mais j'ai quand même taillé mes crayons de couleur...