Porte du SauveurA la partie antérieure du trumeau, s'élève la célèbre statue du Christ appelé vulgairement le Beau Dieu d'Amiens. Appellation pleinement justifiée par la gravité et la noblesse du maintien, la majesté des draperies, la sérénité du regard. Les traits du visage d'une simplicité extrême, et l'expression n'est obtenue que par l'accent donné aux parties essentielles. Cette absence de nuances lui donne l'impassible majesté des statues égyptiennes ou grecques primitives, et cette apparente rudesse qui déconcerte au premier abord. Le Christ est debout, de face, la tête haute ; de la main droite, il bénit, de la main gauche, il tient un livre fermé. Ses pieds reposent sur le lion et le dragon. Plus bas, l'aspic et le basilic soutiennent le socle de la statue.
Georges Durand
Description abrégée de la cathédrale d'Amiens, Yvert et Cie, 1977.


Rassurez-vous, malgré le titre provocateur de cet article, le Beau Dieu domine toujours le portail central du Jugement dernier de la cathédrale d'Amiens. Mais il ne tournoie plus sur les carrousels des boutiques de cartes postales. Il n'y a pas si longtemps encore, il était aussi célèbre que l'Ange au sourire de la cathédrale de Reims. Ou que l'Ange pleureur qui lui, fait de la résistance.
Vulgarisée lors de la première guerre mondiale, l'image de cet élément de tombeau funéraire, reste un symbole fort pour les touristes anglais ou australiens qui viennent fleurir de poppies les cimetières militaires de la Somme.
Les anges font moins peur que Dieu. On en trouve dans la décoration, sur les vêtements. Portés en bijoux ou tatoués sur la peau. Parfois sous la simple forme des ailes doubles. Derniers signes de spiritualité ou effet de mode ?
Mais quelque soit le sujet, force est de constater que les cartes postales jaunissent, vieillissent sur les présentoirs extérieurs. Il n'y a plus le débit d'autrefois. Qui envoie encore des cartes postales alors qu'on "SMS" et "facebook" nos souvenirs et nos selfies plus que de raison ?
La Vierge Dorée devient rare, elle aussi, remplacée par des vues criardes des colorisations high tech des portails.
Initialement créés pour magnifier l'architecture, en révéler les éléments insolites, ces illuminations permettent de reconstituer la polychromie médiévale difficile à imaginer, tant nous sommes habitués à la blancheur des cathédrales. Un rendu époustouflant !
Mais des colorisations d'un nouvel âge projettent désormais des images dissonantes sur la cathédrale, toile de fond effacée devenue un simple écran cinématographique géant. Il faut innover, surprendre toujours, de peur que le public s'ennuie. Créer des envies, des attentes.
Le spectacle de l'éphémère l'a emporté sur l'éternité de la pierre.
L'événementiel stéréophonique sur le silence de la prière.
C'est dans l'air du temps...
- Cet article est dédié à mon ami Y. qui de passage à Amiens, n'a pas trouvé de carte postale du Beau Dieu pour l'envoyer à sa mère qui avait épinglé cette image dans sa chambre d'enfant, au Québec. Est-ce elle qui lui a donné le goût de l'art et de la France ?
- Je viens de créer une nouvelle rubrique pour ranger mes billets d'humeur. C'est en écoutant la Corrida de Francis Cabrel, que j'ai eu l'idée de lui emprunter cette ritournelle : Est-ce que ce monde est sérieux ?




