mardi 12 novembre 2019

6 jours, 5 nuits, 96 heures de chimio

Hospitalisation mal annoncée, mal préparée au service hématologique du CHU d'Amiens et sur lequel je n'ai pas envie de revenir en détail, si ce n'est pour me féliciter de m'en être sortie, d'avoir trouvé les ressources pour supporter des conditions de vie difficiles.
Certains souvenirs me paralysent encore comme une glus dont je dois me débarrasser au plus vite. Pour oublier, repartir plus légère.

Je remercie mes reins qui ont bien fonctionné et mon corps qui a supporté l'infusion lente durant 4 jours non stop d'un cocktail de trois chimios assaisonnées de cortisone. L'équipe médicale a été parfaite mais que c'est long une semaine à l'hôpital ! Surtout dans une chambre bâchée en raison de travaux et durant 3 jours, en compagnie d'une vieille dame de 88 ans qui, miracle, a fini par se calmer.

 

J'ai survécu grâce :
  • à la visualisation créatrice recommandée par mon amie Joëlle. Derrière la vitre, j'imaginais un monde de neige, inondé de lumière, le Tibet de Vincent Munier, peuplé de bêtes cachées dans un paysage dissous. Je n'étais plus dans une chambre d'hôpital, mais dans un igloo. La lueur du jour translucide, perçait à peine les parois de neige. Je devinais ce pays, derrière mon abri. L'oxygène de la vieille dame faisait le bruit d'une source apaisante. Pure...
  • aux messages de soutien de mes proches et amis, comme les grains de mon rosaire. Ils formaient une ronde de prières qui s'unissait aux mantras des pompes à chimio. 
  • aux visites de Madeleine et Jean-Michel qui me donnaient des ailes d'ange. Ils sont si forts à me cacher leur peine, leur inquiétude. Si je n'avais pas leur amour dans ma vie, je cesserais de me battre... 
  • aux signes, car tout fait sens à l'hôpital. Une panne électrique au moment où mon frère m'appelle. Un prénom, Régis, qui m'évoque une personne chère... Les Heures hindoues d'Etienne Daho qui sonnent au bon moment à la radio. Des artistes qui s'expriment sur les ondes et disent ce que j'ai besoin d'entendre, Jean-Louis Aubert, Francis Bacon...
  • au carré de jardin dans le patio qui durant mon séjour, a fait peau neuve. Un peu de vie et d'animation grâce au jardinier avec qui j'ai pu échanger sur les plantes et glaner des idées de fleurissement pour notre jardin. J'ai découvert les belles fleurs de muflier que je ne connaissais pas.

 
 


Je suis sortie le jour du trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin. Émue de me remémorer mon amie allemande Annegret qui à l'époque, écoutait la radio en boucle, les larmes aux yeux, dans sa petite chambre d'étudiante à Strasbourg... J'ai pris de l'âge, je suis malade et pourtant la jeune fille que j'étais à l'époque est toujours là, au fond de moi, et se souvient.


Le compte à rebours du dernier jour, sur ma potence. 
Mon pilier de lumière pour me tenir debout. 
Mon bâton de pèlerin.


Et la sortie, enfin...

Trois semaines maintenant pour vivre sans me poser trop de questions et espérer la réussite de ce traitement, en essayant de ne pas tomber malade en raison d'un risque d'aplasie.