Les échos lointains de la rentrée des classes me donnent des envies de calligraphies soignées dans des carnets neufs, de retrouvailles avec vous, mes camarades.
Une éternité que je ne suis pas venue partager ici quelques instants éphémères...
Une éternité à me taire, à me terrer.
Une éternité à vivre le mieux possible entre deux hospitalisations. C'était la 9e en août (presque un hymne à la Joie) mais loin d'être la dernière de mes symphonies.
Une éternité à soutenir ma fille chérie. Lors de son concours d'internat dans des conditions plus anxiogènes que jamais. Lors de l'opération de ses quatre dents de sagesse. Que de force, de courage, d'intelligence, de détermination, de discernement réunis dans ma petite Madeleine. Son chemin se dessine tout doucement et je devine les paysages verdoyants qui se profilent a l'horizon, admirative et rassurée comme une mère aime l'être.
Une éternité à me sentir utile, active, telle une efficace maîtresse de maison préparant le café aussi bien que Madame Maigret.
Ou au contraire débordée par les travaux que nécessitent une maison, découragée par mes tentatives de jardinage anéanties par la sécheresse ou les parasites, comme la redoutable pyrale du buis. Je ferai mieux l'année prochaine...
Une éternité comme une longue journée d'été à paresser au soleil, sans masque, dans les parfums de lavande, bien à l'abri du monde qui se covide sauvagement.
Une éternité comme un cadeau du ciel qui me donne l'impression rassurante que le temps va continuer à se dilater à l'infini. Et que le myélome, mon compagnon de mauvaise fortune, sera peut-être un peu plus clément avec moi.
J'accepte les sacrifices qu'il m'impose sans cesse si les récompenses au bout du parcours ressemblent à ces moments d'éternité.
