Rien ne me donne plus d'appétit que les descriptifs gastronomiques dans les romans. Ce sont les livres qui souvent m'aident à me remettre à table avec plaisir après mes cures de chimiothérapie.
Même quand je suis tiraillée par les nausées et que je zappe les plateaux repas du CHU, j'apprécie de prendre place en imagination à la brasserie Dauphine en compagnie de Maigret, pour déguster des plats à la lourdeur d'un autre temps ou plus raisonnablement un jambon-beurre.
Les romans policiers de Louise Penny eux, me donnent des envies de soupes mijotées, de cafés bien sucrés, de gâteaux dégoulinants de sirop d'érable, de pain chaud accompagné de fromage. Ses histoires sont jalonnées de moments conviviaux autour de repas réconfortants, que ce soit au café ou chez les différents habitants du village de Three Pines. Une cuisine qui réchauffe les cœurs et les corps dans ce Quebec si exotique pour moi.
Une nourriture d'hiver, calorique, aux antipodes de celle de la garrigue provençale célébrée par Marcel Pagnol : olives dégustées avec un morceau de pain, omelette aux tomates, civet aux senteurs de thym et d'ail, figues ou amandes fraîchement récoltées...
Petite, je me souviens avoir abusé du flan aux œufs de ma mère après la lecture d'un chapitre des Malheurs de Sophie où l'héroïne se goinfrait de crème et de pain bis. Alors que la moralisatrice comtesse de Ségur voulait dénoncer la gourmandise, elle m'avait ouvert l'appétit comme jamais !
Impossible de ne pas parler ici de la Madeleine de Proust... Je n'en mange presque jamais sans en tremper un morceau dans ma tasse de thé et cela fait surtout jaillir le souvenir réel d'une vieille tante, Augustine, qui nous proposait souvent ce gâteau avec du thé au lait. Elle était la lenteur incarnée, sortait la vaisselle en porcelaine, la nappe brodée selon un rituel immuable et interminable. Cette ambiance surannée se confond dans ma mémoire avec les pages proustiennes.
En ces temps de reconfinement qui s'annoncent, je pense aussi au bonheur simple de faire ses courses dans un Monoprix, sans masque, comme un personnage de Houellebecq, un peu moins dépressif à l'idée de rentrer réchauffer un plat surgelé au micro-onde.
Je pourrais multiplier ainsi les références mais j'ai un gâteau à préparer. Car les nourritures terrestres, c'est bien aussi !
