Un virus de second rôle, envieux de la superstar virale du moment, s'est jeté sur moi, fragile immunodéprimée. Il a attendu que je sois en aplasie, une semaine après mon retour de l'hôpital, pour faire éclater son feu d'artifice qui m'en a fait voir de toutes les couleurs pendant plus de quinze jours.
Fièvre, rhinite et toux mais surtout difficulté à respirer, telle une Marie-Antoinette prisonnière d'un corset trop serré. Avec un cœur battant la chamade sur un tempo endiablé. De quoi alarmer mon généraliste qui craignant une embolie pulmonaire, m'a envoyé faire un tour aux urgences !
Malgré mon lourd parcours de malade, c'était la première fois que j'y allais. Il y avait peu de monde et j'ai été prise en charge rapidement car j'ai pu ressortir le soir même. Je n'en croyais pas mes yeux, persuadée que j'allais être hospitalisée. En fait, mon bilan ne montrait rien d'alarmant au niveau cardiaque ou pulmonaire. J'avais croisé un virus inconnu ; il fallait laisser à mon système immunitaire défaillant le temps de l'évacuer.
J'ai mis des jours à remonter la pente tout doucement, incapable de réfléchir, de mettre des mots sur mes maux, de vous rassurer n'étant pas rassurée moi-même... Certains se sont inquiétés, d'autres m'ont soutenue par des silences respectueux, des messages gentils, des fleurs. Je n'en demeurais pas moins éteinte, à bout de force, capable seulement de lire ou de broder les lettres d'un ouvrage mystère. C'était déjà ça !
Depuis hier seulement, j'ai retrouvé un semblant d'énergie mais la toux persiste encore... Je reste très prudente, terrorisée à l'idée de rencontrer la terrifiante Covid-19 quand je vois comment un modeste virus m'a terrassée en un rien de temps. Je vais me renseigner pour savoir si un vaccin serait efficace dans mon cas. Pas certain...
J'ai plaisir aujourd'hui à vous parler de la joie profonde qui s'empare de moi chaque fois que je viens de passer une épreuve difficile. Tout me ressuscite. Je m'émerveille des cadeaux du printemps.
Comme les tulipes ramenées de Hollande par Francis et Brigitte qui s'épanouissent timidement dans le jardin.
Comme les écureuils affamés en cette saison des amours qui se croisent sur terre et dans les airs.
Comme les oiseaux qui accompagnent de leurs gammes printanières le festin du geai des chênes, si pataud.
Rassurée par la reprise de mes activités quotidiennes, mes angoisses s'apaisent. J'éprouve la profonde gratitude d'être vivante et je pourrais presque pleurer de bonheur, comme touchée par la grâce.
Je retrouve la certitude d'une force qui m'aide et me dépasse après des jours de doute et de découragement.

