jeudi 27 octobre 2022

Serge

Et voilà, Serge, tu n'étais pas un oncle ordinaire. Tu étais un peu comme un grand frère, un modèle, et un modèle également par le couple que vous formiez avec Liliane. Les mains bien enfoncées au fond de tes poches.

Tu avais 19 ans lorsque je vins au monde. Finalement, tu as toujours eu un peu 19 ans, pendant que je vieillissais. Toujours à la pointe du progrès, toujours révolté contre les injustices, tu étais un exemple.

Je me rappelle la seule fois où tu m'as un peu houspillé parce que je mettais trop de salade pour les clients. C'était cet été dans ton restaurant de Morschwiller-le-Bas où tu m'avais accueilli pour aider en cuisine et à la plonge. C'est vrai que pour toi la période était difficile, tant du point de vue personnel que professionnel. Pour ces vacances studieuses, tu m'as aussi largement récompensé en argent de poche, sans compter que j'en ai profité pour explorer ta collection de disques ! Cela m'a permis de découvrir un tas de musiques inoubliables, comme Rare Earth ou le Métronomie de Nino Ferrer.

Et puis il y a eu l'hôpital de Bar-le-Duc où, en plus de ton travail en cuisine, tu étais impliqué à fond comme représentant de la C.F.D.T., ce qui entre autres t'as assuré un très bon avancement... comme de bien entendu. Mais à choisir entre les deux, c'était tout vu.

Plus personnellement, il y a eu le combat pour ta soeur, pour Maman, quand elle s'est faite éjecter du centre de transfusion sanguine. Cela a été long, difficile et douloureux, tu le sais bien mieux que moi, et malheureusement elle n'a pas survécu à ses 53 ans, en mai 1988. Ensuite, toi et Liliane, vous nous avez servi de repère (et de repaire) familial. Tout comme vous vous êtes occupés de Mamie quand elle a dû quitter Euville.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maman et Serge, Noël 1981.

Nous avons aussi eu droit à des super soirées dont la plus mémorable est celle du 4 mai 1990, avec Gilles, soirée qui en fait a duré toute la nuit... J'ai une photo où on compte un nombre de canettes de Kronenbourg un peu élevé. Quelles rigolades, avec Gilles ! Sacré cousin.

Je n'oublie pas que tu as toujours été à la pointe du progrès, en matière d'image et de son, et dès les débuts, dès 1989, en informatique. Moi je me suis lancé sur tes traces en 1989 en faisant acheter aux Archives départementales de l'Aisne où je travaillais le premier ordinateur, avec un super disque dur de 20 Mo ! et ensuite j'ai acheté pour moi un Macintosh. Une vraie révolution ! Tu m'as appris tellement de choses. C'est grâce à toi que je n'ai jamais été à la traîne dans ce domaine.

Ensuite je suis parti à Strasbourg où j'ai rencontré mon Hélène. Le 12 septembre 1992, nous étions chez Jacqueline pour l'anniversaire de Gilles qui nous a fait de très belles photos des tout nouveaux amoureux. Serge et Liliane (et Gilles) étaient à notre mariage civil à Haguenau le 8 juillet 1994.

Ensuite, je ne sais plus. Nos relations semblent s'être perdues comme l'eau dans le sable. C'était de ma faute, je pense que je m'étais refermé comme un huître.

Madeleine est née l'année du décès de Mamie. Nous ne sommes pas venus vous voir après sa naissance, et Hélène m'a souvent dit qu'elle le regrettait, car Mamie aurait aimé voir son arrière petite-fille. Hélène aimait beaucoup Mamie.

Puis nous avons quitté Strasbourg pour Amiens. Je ne vous donnais jamais de nouvelles. Un jour, Serge a appelé, et grâce à lui ce long silence a enfin été rompu, et ce fut comme si nous nous étions quittés de la veille.

Nous venions vous voir, avec Madeleine, souvent sur le chemin d'Haguenau. À chaque fois, nous allions voir Papi, Mamie et Maman au cimetière de Nicey. Madeleine a aussi beaucoup appris en informatique !

Étant moi-même rangé dans le clan des handicapés de la communication, c'est Hélène qui maintenait le lien avec vous. La terrible maladie de Serge, puis le myélome d'Hélène, ont encore entraîné une raréfaction de nos voyages, mais Hélène a maintenu le contact. Hélène vous adorait. Ce fut pour nous deux à chaque fois un moment de bonheur et de complicité d'aller chez Serge et Liliane.

Je voulais aussi mentionner le dernier message envoyé par Hélène à Serge sur Messenger, le 17 juillet 2021 : « Bonsoir Serge. J'ai envoyé un message à Liliane sur gmail car je suis hospitalisée depuis hier. Protides trop hauts et reins qui fonctionnent mal...entre autre. Le nouveau protocole me donne beaucoup d'effets secondaires... Tu connais tout ça. Nous pensons souvent à toi. Mais la maladie éloigne des autres. On est dans la survie quotidienne. »

Et toi aussi tu es parti, ce 21 octobre 2022, un an après Hélène.