vendredi 3 novembre 2023

Deux ans (2), Lalaye

Mémé et Madeleine, Haguenau, Noël 1997.
Mémé et Madeleine, Haguenau, Noël 1997.

Pour le 3 octobre 2023, j'avais prévu de remplir un devoir, exhausser une des souhaits exprimés par Hélène dans sa lettre d'adieu, son requiem, celui que nous n'avions, Madeleine et moi, pas encore réalisé. C'était le bon moment, cela s'imposait sans hésitation.
« Je veux que mes cendres soient comme mon âme, un peu partout. Des reliques invisibles, dispersées par un petit Poucet imaginaire. Une sorte de chemin de Compostelle reliant des endroits faisant sens pour moi :
Une petite pincée avec vous, dans une petite boîte à sortir seulement les jours de cafard en allumant une bougie à côté. Se nourrir de la flamme, symbole de mon âme toujours vivante. Se dire qu’il n’y a rien dans les cendres. Un jour même, s’en séparer, quand vous serrez prêt. Dans une forêt, en paix.
Un peu de cendres à enterrer, pas loin de mes écureuils.
Ensuite, un vrai pèlerinage pour mettre en terre (si possible) dans différents lieux. Ensemble, séparés, comme vous voulez, avec la collaboration de Denis.
A Lalaye, à côté de la tombe de Victorine
A Nicey, derrière la tombe de Marie-Antoinette
A Haguenau, sur les marches du musée, le long là où il y a des arbustes. En souvenir des heures heureuses à farfouiller dans les livres de la bibliothèque, de mon année d’étude de ce bâtiment, pas loin du Foch où enseignait Régis et où ma mère était secrétaire.
 »

Hélène et Madeleine, Haguenau, Noël 1997.
Hélène et Madeleine, Haguenau, Noël 1997.


Sur ma route dans les Vosges.

Il a plu sur toute la route depuis Reims. Le col d'Urbeis était en travaux. Il a fallu rebrousser chemin. Le GPS n'était pas au courant. Après j'étais perdu...

En attendant que la pluie cesse devant le cimetière de Lalaye.

Arrivée devant le cimetière de Lalaye sous des trombes d'eau qui ne faiblissaient pas. Je me disais que quelque chose voulait m'empêcher de faire ce pourquoi j'étais là. Je suis parti, comme si j'abandonnais face à l'hostilité des éléments. Arrivé à la départementale, j'ai fait demi-tour et au cimetière, il a cessé de pleuvoir. Avais-je trompé l'ennemi ? C'est douteux.

La pluie a cessé, devant la tombe après avoir déposé la plaque.

Après avoir répandu des cendres autour de la tombe, j'ai déposé la plaque funéraire. L'idée de cette plaque était de réunir Hélène et sa grand-mère sous la patronage de sainte Thérèse, en souvenir de la forme de dévotion qu'Hélène avait développée pour elle, qui veillait depuis le Ciel avec Régis. L'idée m'en était venue spontanément, comme une évidence.
Mais le déchaînement de la pluie m'a fait douter de cette évidence. Et puis avais-je le droit de poser cette plaque sans en référer à la famille ? N'aurais-je pas dû prévenir Denis de mon projet de venir à Lalaye ce 3 octobre ? J'avoue avoir beaucoup hésité et regretter de ne pas l'avoir fait.
Et puis, après le décès de Mamie, je ne savais plus si je devais encore y aller. La démarche prenait un sens différent. Mais il fallait tenir, et nous représenter moi et Madeleine, qui ne pouvait venir.

Vue de Lalaye depuis le cimetière, avec la maison de Mémé au second plan.

Vue de Lalaye depuis le cimetière, avec ce beau soleil d'après la pluie. On voit la maison de Mémé sur la gauche de la rue, au second plan, avec le grand toit de tuiles rouges.

La plaque funéraire.


Le départ de Mamie Odette est l'évènement le plus important depuis celui d'Hélène, parce que c'est une clôture. Elle emporte avec elle tout un pan du passé qu'elle représentait encore.

Mamie Odette et Madeleine, juin 1998.
Mamie Odette et Madeleine, juin 1998.