lundi 9 juillet 2018

L'arbre et les origamis

Souvenirs, souvenirs qui remontent à 2014, l'année du bac de Madeleine.

C’est en allant voir le film Il était une forêt de Luc Jacquet avec le botaniste Francis Hallé qu'elle avait eu l'idée de travailler sur le thème du végétal pour son épreuve d'arts plastiques qu'elle présentait en candidate libre.
La pièce maîtresse de son dossier était une installation faite sur un marronnier qui avait grandi en même temps qu'elle. Simple bouture ramassée en forêt puis transplantée dans des pots toujours plus grands, il avait miraculeusement poussé dans une cour au nord, cherchant la lumière et nécessitant quelques tuteurs. Cette réalisation d'inspiration Land Art avait beaucoup impressionné le jury, l'histoire de ce marronnier aussi et Madeleine avait eu 19 à son épreuve ! 
 
1ère étape : réalisation des fleurs en origamis (formes et couleurs variées). Projection de peinture noire à la brosse à dents pour animer un peu les pliages, les rendre moins « scolaires ». 



2e étape : installation des fleurs le 16 mars, sur l'arbre en bourgeons.  

 

3e étape : photographies régulières jusqu'au 10 mai pour voir comment les fleurs artificielles et la nature évoluent ensemble au fil du temps.


 
A mi parcours, un bel équilibre entre feuilles et fleurs en papier.

Une sorte de dialogue...
avec parfois feuilles et origamis se confondant dans un même mouvement.


Puis petit à petit, les fleurs se sont détériorées (salies, déchirées, envolées…), alors que l'arbre s'épanouissait en développant ses feuilles. 

Le vert a fini par l'emporter mais certains origamis avaient tout même résisté !






Il nous était difficile de laisser ce marronnier dans notre ancienne maison car tôt ou tard, il n'aurait plus pu pousser et je ne pense pas que les nouveaux propriétaires l'auraient gardé. 

Et bien la providence a fait que le responsable de l'association de réinsertion sociale qui venait vider la maison, s'est spontanément proposé de le prendre ainsi que son compagnon le buis, pour les planter dans sa propriété, non loin du château de Henencourt et entouré d'abeilles car ce sauveteur d'arbres est aussi apiculteur.

Elle n'est pas belle la vie ?



jeudi 5 juillet 2018

Oui Ouip

J'aime les oiseaux depuis ma tendre enfance où lorsque ma mère me transportait en poussette, je gazouillais "oui ouip" en voulant imiter leur chant. Ma mère a mis longtemps à comprendre la signification de cet onomatopée et parfois je me révoltais quand elle me répondait par un oui évasif et perplexe : 
"tu dis toujours oui mais tu ne m'écoutes pas !"
J'aime leur chant et déplore la disparition criante des petites espèces au profit des grands oiseaux, comme les pies et les pigeons dont la musique ne m’enchante guère.

J'aime découvrir leurs traces.

 Un duvet déposé sur un arbuste, comme une manne céleste.

Une plume de geai des chênes, lumineux trésor.



Une coquille d’œuf finement ciselée par un petit bec pressé de vivre.

 
J'aime explorer les nids, avec prudence.

Cela m'a permis de découvrir que rue Jeanne d'arc, la merlette avait couvé trois œufs et d'observer, émue, trois petits oisillons tout nus. Le lendemain, un avait disparu. Le nid aurait, de toute manière, été trop petit pour eux trois.


Quelques jours après cette photo de paparazzi, j'ai hélas retrouvé un deuxième oisillon mort dans la cour. Assez loin de son nid. Est-il tombé ? Le plus vaillant l'a t-il poussé ? Je ne connais pas grand-chose aux lois de la nature : tous les oisillons ne pouvaient sans doute pas survivre car la nourriture semble rare.

 

Et voilà que mon petit troisième, que j'ai nommé Oui ouip, s'est mis à quitter son nid un peu trop tôt. Sans doute par ma faute. Le jour où une association caritative venait récupérer meubles et objets restés dans la maison, j'ai voulu le voir une dernière fois avant la disparition de mon escabeau et je pense l'avoir effrayé. Mais la veille déjà, il déployait ses ailes dans son nid, pressé de sortir ?


Quel intrépide celui-ci !
Ses parents ont continué à le nourrir dans la cour ou sous l’appentis. J'ai mis de l'eau, une poubelle pour qu'il puisse remonter dans l'arbre puis sur le mur et s'envoler comme l'avait fait Piwie.

Et depuis quelques jours, je ne vois plus aucun oiseau dans la cour. Alors je pense que tout va aller pour le mieux pour ce petit merle dans le vaste monde...

samedi 30 juin 2018

Parc Delpech # 2

J'apprends chaque jour à apprivoiser mon nouveau quartier.

Le parc continue de m'étonner car c'est un lieu un peu étrange qui ressemble peut-être davantage à une prairie arborée ou à un grand jardin qu'à un parc. Le soir, l'odeur des foins se mêle à celle des tilleuls, envoûtante. Il y en a trois, superbes, devant notre résidence.



 
 Est-ce qu'un bain de pied dans les fleurs de tilleul fanées a des vertus apaisantes ? En tout cas, c'est une expérience que j'ai testée avant de reprendre mon parcours.

J'aime monter sur la butte pour prendre de la hauteur puis parfois, me vient l'envie de dévaler la pente à toute allure, comme dans le générique de la Petite maison dans la prairie (série dont je n'ai pas honte de dire que je suis fan depuis toujours). Pas très prudent avec les atteintes osseuses du myélome alors je préfère d'autres activités plus calmes comme trouver des cachettes pour une imaginaire partie de cache-cache enfantine.

 
Depuis les rues, le parc n'est pas clos. Aucune clôture, même végétale. Quelques rares pancartes pour indiquer qu'il s'agit d'une propriété privée. On peut entrer et sortir à n'importe quel endroit. C'est assez déroutant, je trouve ! 


 
Les jardins des appartements en rez-de-chaussée, délimités par des buis (avec souvent un petit portillon pour un accès direct au parc), s'intègrent parfaitement à cet espace végétal collectif. Depuis les étages, une vue plongeante s'offre sur ces jardins pas si privés que cela. Le message de l'architecte Bougeault qui a pensé cet ensemble architectural et paysager, était peut-être que la nature appartient à tous ?



Au fait ce quartier ne s'appelle pas "Parc Delpech" en hommage à Michel Delpech mais porte le nom d'un maire amiénois du 19e siècle, Alphonse Delpech. Il se situe pas très loin de la rue du même nom qui relie la place du Cirque au boulevard de Saint-Quentin.

N'empêche que les chansons de Michel Delpech sonnent plutôt bien ici où tout évoque les années 70.
Beaucoup d'habitants vivent dans cette résidence depuis son origine. Certains sont très vieux et cela me donne des espoirs de longévité. La force des grands arbres n'y est peut-être pas pour rien ? Comme le mentionne Jacques Tassin dans son livre Penser comme un arbre, il est désormais avéré que ces derniers peuvent stimuler notre système immunitaire et que de longues promenades en forêt (les fameux bains de forêt des japonais) augmentent l’activité des lymphocytes NK impliqués dans la régulation des cellules cancereuses. 

 

Alors moi, tout en prenant régulièrement l'air au milieu des arbres du parc (à défaut de ceux d'une forêt), je fredonne ces airs d'un autre temps pour me donner du courage.
De Michel Delpech, j'aime surtout le livre Vivre ! découvert en 2016 et que je relis régulièrement car ses réflexions sur la maladie et la vie sont assez proches des miennes. Je ne pensais pas, au départ, me trouver autant de points communs avec ce chanteur.
Habiter un lieu qui porte le nom de Delpech, même si ce n'est pas le sien, cela a du sens pour moi.

jeudi 21 juin 2018

Encore un beau jardin en Somme



Si vous décidez de venir visiter ce lieu plein de poésie, peut-être trouverez-vous, comme nous, la maison vide avec des instructions sur le pas de la porte : 
"Nous sommes au jardin, pour visiter merci de mettre votre contribution dans une de ces enveloppes".
Car Lidwine et Bruno Goisque n'ont pas assez de leurs journées pour entretenir le magnifique jardin floral et potager qu'ils ont créé depuis 1987 autour d'une ferme modèle Napoléon III...
 
 et de son château. 
 
 Ce sont des passionnés heureux de la vie qu'ils ont choisi de vivre là, vie de labeur pour célébrer la beauté de la nature. 
"C'est elle qui fait tout, il faut juste lui donner un petit coup de pouce", nous a confié Bruno avant de reprendre la tonte de la pelouse.
Lidwine, elle, nous a fait visiter la loggia de leur belle demeure puis est retournée s'occuper du potager à la française, comme une petite abeille modeste et courageuse.

 

De très belles personnes, à l'image de leurs jardins.
Allez jeter un œil sur leur site riche en photographies qui vous donnera peut-être envie de louer un chambre d'hôte et d'aller à leur rencontre.
 

mercredi 13 juin 2018

Nouveaux habitants

La maison rue Jeanne d'Arc est presque vide désormais. Les derniers meubles vont quitter les lieux à la fin du mois et nous avons signé une promesse de vente... Si tout va bien, la maison devrait appartenir à un jeune couple à la rentrée.

Alors que la maison est désertée, le jardin n'a jamais été aussi beau, épanoui.

Déjà en avril, pour la première fois, j'avais réussi à faire pousser des tulipes dans notre cour à partir de bulbes données par ma mère en automne, lors de mon passage en Alsace.

Le seringa qui n'avait fait que trois fleurs l'an passé, était foisonnant de pétales à notre départ. Les nombreux orages ont eu raison de sa belle robe de mariée vite fanée. 

 
Seul le chèvrefeuille continue à embaumer les jours de juin.

 
Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que comme il y a deux ans, des merles ont fait leur nid dans le seringa ? Et même deux nids : ils avaient sans doute mal évalué la taille du berceau et ont du recommencer leur besogne ! 

 
Je laisse la merlette couver en paix et suis bien heureuse de ces nouveaux habitants inattendus dans le jardin. Pourvu qu'il y ait plein de petits Piwies pour que je puisse un peu profiter de leur pépiement quand je viendrai m'occuper des plantes...

lundi 11 juin 2018

Où l'on reparle du myélome

Je sais que beaucoup d'entre vous se posent des questions sur ma santé dont je n'ai pas parlé ces derniers temps prise par le tourbillon de mon changement de lieu de vie... Et comme le dit si bien Alexandre Jollien à propos de son handicap, il n'y a pas deux minutes où il l'appréhende de la même façon. Tout dépend des circonstances, de l'humeur et des ressources du moment. Il en est de même avec la maladie.

Il y a des jours où j'oublie que je n'en ai pas fini avec le myélome. J'en suis pourtant à ma sixième cure de Velcade associé à de la cortisone, en plus de ma dose quotidienne de Venetoclax, thérapies qui pour l'instant ont stoppé l'hyperviscosité qui menaçait ma vie en janvier. Je vais deux fois par semaine en hôpital de jour pour faire une injection, vois un médecin hématologue toutes les trois semaines, contrôle mon sang une fois par semaine. Et malgré ce programme hebdomadaire bien chargé médicalement, malgré quelques effets secondaires inévitables, j'oublie parfois que tout n'est pas fini, loin de là, et que je suis dans l'attente d'un autre traitement. Oui mais lequel ?

Ni la moelle osseuse de mon frère, ni celle de ma sœur ne sont compatibles avec la mienne : la piste de l'allo-greffe ne sera possible qu'avec un donneur anonyme qui a été sélectionné dans le fichier national.

Mais les médecins hésitent, cherchent encore une autre piste car l'allo-greffe n'est guère très efficace pour les malades atteints d'un myélome et dans mon cas, c'est juste une solution dans l'attente d'autres traitements quand la thérapie ciblée n'agira plus... ce qui est un risque auquel les médecins s'attendent tôt ou tard.

Rebondissement le mois dernier, les hématologues qui me suivent, me présentent la thérapie par lymphocytes T à récepteur antigénique chimérique (CAR-T, d’après son acronyme anglais) qui est une immunothérapie qui utilise les cellules immunitaires du patient (lymphocytes T) pour reconnaître et attaquer les cellules cancéreuses. Cette thérapie n'est proposée en France que dans trois CHU, dont celui de Lille. Ce n'est pas si loin mais je me sens tellement en famille dans le service d'Amiens que c'est un peu la panique. C'est surtout l'idée d'être si loin de Jean-Michel et Madeleine qui m'est difficile. Être à 5 minutes en voiture de l'hôpital d'Amiens et devoir faire 1h 30 de trajet pour aller à Lille... Toute cette fatigue en plus de la maladie, des traitements. 

Pour l'instant, rien n'est décidé. Mon dossier est parti à Lille et je ne suis pas encore certaine d'être acceptée dans ce protocole.
J'aimerais savoir à quoi m'attendre pour pouvoir bien me préparer et nous organiser.

Quelle décision prendre si j'ai le choix ? J'ai très peur des effets secondaires de cette méthode, particulièrement des troubles neurologiques alors que je sais que l'allo-greffe n'est pas exempte d'effets secondaires lourds également.

Parfois j'angoisse. Parfois je fais confiance.

Il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre.

Encore des moments durs à vivre, je le sais, nous le savons. Si seulement, j'avais la certitude d'une réussite possible, au bout du chemin... J'ai si souvent eu la foi, je suis si souvent tombée. Et si, cette fois-ci, c'était différent ?

dimanche 3 juin 2018

La vie de château... ou presque

 
Du 12 au 23 avril 2018, en plein préparatifs du déménagement, pause de quelques jours au château de Courcelles-sous-Moyencourt

Une destination de rêve à une vingtaine de kilomètres d'Amiens, trouvée un peu par hasard par Jean-Michel qui avait une recherche à faire dans les archives concernant Maxime de Gomer, propriétaire du château au 19e siècle et créateur de l'arboretum.

 
  Depuis notre gîte, la maison de l'horloge, nous pouvions à tout moment : 
  • admirer l'élégant château du 18e siècle

  •  ses magnifiques communs, comme l'impressionnant colombier
 
  •  caresser quelques lamas
  • partir explorer le parc de 20 ha
 De la nature, des animaux, du patrimoine, tout ce que j'aime ! 

 J'ai même eu la chance de voir s'enfuir une biche dans un paysage qui ressemblait à celui-ci. Un instant qui n'a pas besoin de photographie pour rester gravé dans ma mémoire...


 

Le temps soudainement estival a fait éclore les premiers rhododendrons dont l'arboretum conserve une très grande collection. Le seul en fleurs à notre arrivée était celui-ci.

 
 Puis d'autres ont commencé à s'ouvrir chaque jour un peu plus.

 

Une impression étrange est créée par le regroupement d'arbres immenses ou peu communs dans la région : séquoias, cèdres, cyprès, ifs, araucarias.

 

Mais plus on s'éloigne, plus le parc ressemble à un bois ordinaire.


  

Les espèces rares et précieuses de l'arboretum sont plutôt situées vers le château et jusqu'à la grotte artificielle, il me semble. 

 

Ce lieu extraordinaire a encore bien des secrets pour moi qui aimerais tant savoir nommer les plantes, les arbres que je rencontre. Durant notre séjour, un spécialiste était en train d'inventorier les espèces plantées là par un passionné comme savait en faire naître le 19e siècle. Une très belle initiative de sauvegarde et connaissance de ce patrimoine naturel fragile.