vendredi 3 avril 2020

Joyeux anniversaire Madeleine !



Nos anniversaires très rapprochés, tombent tous les trois en plein confinement. 
Impossibilité de nous réunir autour d'un gâteau illuminé de bougies pour fêter les 24 ans de Madeleine, aujourd'hui. 
Nous sommes tristes bien qu'ayant conscience qu'il existe des épreuves plus graves en ce moment.

Le plus beau cadeau à faire à ceux qu'on aime, c'est de ne pas tomber malade et de protéger les autres en sortant le moins possible en pratiquant les gestes barrière.

La séparation sera longue. Quand nous aurons traversé ce gué dangereux, nous nous retrouverons enfin. Changés, conscients de nos fragilités, de nos erreurs d'avant. 

Meilleurs ? J'ose l'espérer.

Et nous commanderons une avalanche de pâtisseries écœurante de gourmandises !

 

A toi, Madeleine, je t'envoie tout mon amour de maman. Tu sais bien qu'il voyage tous les jours vers toi, sans attestation de déplacement dérogatoire.

Tu prépares ton concours d'internat dans ce climat si particulier où des gens meurent et révèlent la fragilité d'un système de santé dont tu as pris conscience des limites durant tes études. 
Continue cependant à croire en toi, en ton futur métier qui est le plus beau du monde. Tu seras une bonne soignante dans un monde qui ne sera plus le même...

Meilleur ? J'ose l'espérer.

Que cette période de confinement, soit pour tous une période de réflexion sage, de remise en question positive. 

Je me rends compte que j'ai une longueur d'avance sur beaucoup d'entre vous, habituée depuis des années à manipuler masques et gels hydroalcooliques et à vivre plus ou moins confinée. Il y a tant de choses à faire, à découvrir, à apprendre, même entre quatre murs. Pour peu évidement, qu'il y ait autour de soi, des gens attentionnés, compréhensifs et respectueux.

lundi 30 mars 2020

Corde sensible

 Illustration Edmond Dulac

Alors ils reconnurent que c'était une vraie princesse puisque, à travers les vingt matelas et les vingt édredons en plumes d'eider, elle avait senti le petit pois. Une peau aussi sensible ne pouvait être que celle d'une authentique princesse.
Le prince la prit donc pour femme, sûr maintenant d'avoir trouvé une vraie princesse, et le petit pois fut exposé dans le cabinet des trésors d'art, où l'on peut encore le voir si personne ne l'a emporté. Et ceci est une vraie histoire.

La princesse au petit pois. Hans Christen Andersen


J'ai repensé à ce conte, un des préférés de mon enfance*, lors de mon 4e séjour hospitalier.
Toutes les conditions étaient bonnes et cependant, je n'arrivais pas à me sentir bien. Il y avait toujours quelque chose qui me contrariait. Pas de voisine directe mais le patient dans la chambre à côté écoutait la télévision jour et nuit. J'avais beau avoir de la compassion pour ce jeune malade, me féliciter qu'il écoute des émissions calmes à un niveau sonore raisonnable, je n'arrivais pas à faire abstraction si ce n'est en écoutant la radio.
Le lit trop dur, la potence trop lourde, la nourriture pas très savoureuse... et j'en passe. A l'hôpital, je me fais violence toute la journée pour accepter ce que d'autres tolèrent bien plus facilement. Est-ce que je me prends pour une princesse, ma parole ?

Je fais simplement partie de ce qu'on appelle en psychologie, les hypersensibles (ou ultrasensibles), réagissant plus fortement à toute stimulation, ayant une tendance accrue à la peur, aux angoisses. Une propension à l'hypervigilance, attisée par des prises régulières de cortisone, semble être inscrite dans mon mode de fonctionnement.

Je sais que je surréagis à des petits tracas que d'autres jugeraient insignifiants ou inévitables : un chien qui aboie un peu trop et déchire le silence, une nouvelle habitation qui se construit derrière chez nous et rompt l'harmonie du lieu. Tout ce qui perturbe mon environnement habituel me panique. C'est épuisant ! Mon esprit a beau savoir que le monde est impermanence, mes émotions explosent, sans contrôle.

Je pense avoir été toujours comme cela. J'entends encore ma mère me demander quand j'étais petite : "Qu'est-ce qu'il y a encore ?" alors que j'avais trop chaud, trop froid, mal aux pieds et que je souffrais en silence.
Régis Chenut, mon maître de musique, lui-même très émotif, disait que je l'avais réconcilié avec l'enseignement de la harpe, "grâce à mon travail intelligent et ma grande sensibilité".

Il m'arrive encore de pleurer pour un rien alors que je supporte maladie et douleurs sans (trop) me plaindre. C'est le paradoxe des ultrasensibles : ils sont souvent très forts dans les grandes épreuves, faisant preuve de sang froid face aux raz-de-marée alors qu'ils se noient dans une goutte d'eau.

Un jour peut-être, je trouverai la recette miracle pour ne plus sentir ce petit pois sous mon matelas. Mais alors, serais-je encore capable de m'émouvoir autant devant la frimousse d'un écureuil, le chant des oiseaux, les notes, les mots, les couleurs des artistes ? Serai-je encore cette Hélène qui partage ici avec vous, un peu de ses merveilles ?

* Avec la Petite fille aux allumettes, dont j'avais un magnifique album que je lisais toujours le coeur serré

mercredi 18 mars 2020

Cigales et fourmis

Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.

 Blaise Pascal


J'ai mal à la terre de mes ancêtres quand je vois l'attitude de beaucoup de mes compatriotes dans ce moment où il faudrait faire preuve de calme, de solidarité, d'intelligence.

Il y a les fourmis qui font des réserves excessives de nourriture, de bouteilles d'eau, d'essence. Elles veulent rester à l'abri sans avoir à sortir de chez elles pendant de nombreuses semaines mais se mettent en danger dans des supermarchés où les gens s'entassent, se frôlent, sans respecter les consignes barrières. Il faut remplir le caddie, c'est une question de survie ! Les magasins resteront pourtant ouverts durant le confinement. Le personnel de la grande distribution qui travaille dans des conditions difficiles et anxieuses pour satisfaire nos besoins de ravitaillement, mériterait plus de reconnaissance et de savoir-vivre de la part des consommateurs qui se comportent parfois de manière très incivile.

Les élèves sont privés d'école et cela complique bien la vie des familles. Cette mesure d'éviction existe pour limiter la propagation du virus. Beaucoup semblaient ne pas l'avoir compris samedi où il y avait des familles entières faisant leurs courses, comme si un des parents ne pouvait pas rester à la maison avec les enfants pour limiter les risques de contamination. Pourquoi réduire ses petits plaisirs personnels (la sacro-sainte messe de la consommation du week-end) au nom du bon sens collectif ?  

Parce que les fourmis, sont aussi cigales. Elles font des stocks de nourriture pour se rassurer mais veulent aussi continuer à s'amuser. Plus de restaus, de cinés, qu'importe : on s’agglutine sur les plages, dans les parcs. Il fait si beau ! Dehors, on ne risque rien... même collés les uns aux autres. 

Il faut dire aussi qu'on a concentré les populations dans des appartements exigus construits vite faits, au cœur de mégapoles de béton, qui ne donnent guère envie de rester chez soi. Cette crise sanitaire révèle aussi un profond malaise urbain. Hier, les parisiens fuyaient les logements étriqués de la capitale, propageant probablement à la vitesse du TGV, le virus dans d'autres régions.

Alors oui, je suis en colère. 
  • Parce que ces inconscients vont peut-être indirectement tuer mon père ou ma mère âgés. 
  • Parce que ces irresponsables me poignardent dans le dos, moi la fragile aux défenses immunitaires amoindries. Avoir résisté au myélome au prix de bien des sacrifices pour succomber au Covid-19, ça ne serait pas de chance.
  • Parce que ces égoïstes mettent en danger la vie des médecins et personnels hospitaliers, menacent ma fille et son ami, jeunes soignants dont c'est une terrible épreuve en plein cœur de leurs études.

Dans ma détresse, je pense à vous, mes chers parents qui avez connu la guerre. Suzanne qui, faute de mieux, donnait de l'eau de pluie à son petit Serge, sur la route de l'exode. Odette, si petite, quittant l'Alsace clandestinement avec ses parents, avec pour seul bagage, plusieurs couches de vêtement superposées. Marcel, dormant avec ses sœurs sur un matelas de charbon dans la cave, de peur des bombardements. Victorine partant à vélo durant trois jours à la recherche de quelques œufs...

Vous me donnez l'exemple. Vous avez connu des épreuves terribles. La nôtre est simplement de rester chez nous, à nous occuper. Est-ce si difficile que cela de fuir pour une fois, tant d'agitations inutiles ?

jeudi 12 mars 2020

Funérailles

 
 Jean-Claude en août 2003, à la recherche de quelques traces du passé...

Ma harpe est toute désaccordée depuis que j'ai appris que tu nous avais quitté, très cher Jean-Claude. Je suis triste pour tes enfants orphelins dont tu t'es toujours occupé avec un dévouement paternel sans relâche. Tu n'avais pas hésité à prendre un congé parental pour t'en occuper, chose plutôt rare à l'époque. Et c'était compliqué car ils avaient chacun des allergies différentes. Tu avais l'art d'adapter les menus de chacun sans aucune difficulté. On aurait dit Woody Allen passé maître queux ! J'étais fascinée et admirative.

Tu as été un papa exemplaire à la mort accidentelle de leur maman. Ils étaient si jeunes et fragiles encore. Tu les as accompagnés et tous trois sont devenus de belles personnes qui te ressemblent tout en ayant leur propre personnalité. Tu vivras toujours éternellement en eux.

Sous tes airs d'archéologue plein de fantaisie, de touche à tout un peu brouillon, tu avais mine de rien, une sacrée organisation, comme dans la gestion de la grande maison de Westhoffen que je m'amusais à nommer ton Haut-Koenigsbourg en référence aux expertises du mobilier archéologique de ce château qui t'avaient été confiées quand je t'ai connu.

Né sous le signe des Gémeaux, tu étais souvent double et plein de contradictions attachantes. Tu avais l'humour des pudiques et des humbles. Une connaissance intuitive des choses née de leur observation sur le terrain car tu savais regarder, écouter, comprendre. Et aimer les autres sincèrement, les mettre à l'aise, sans jamais te méfier de personne. 

Ces dernières années, la maladie a pris une place toujours plus grande dans ton quotidien. Tu as du t'adapter, renoncer à beaucoup de ce qui faisait ta vie. Hermétique aux nouvelles technologies de communication, tu t'es beaucoup isolé trouvant du réconfort au milieu de tes vieux vinyles et de tes bandes dessinées de jeunesse.Tu t'es battu avec courage lors de séjours de plus en plus fréquents et longs à l'hôpital, sans t'apitoyer sur ton sort. Toi l'infatigable bavard, tu ne pouvais plus tenir une conversation au téléphone. Tu avais du mal à respirer... et ton dernier souffle s'est envolé ce samedi 7 mars.

Ton amour d'homme si humain restera une lumière pour nous tous. Il est plus fort que la mort.

Je vais accorder mon instrument de musique et en ce jour de tes obsèques, jouer une douce mélodie qui montera jusqu'à toi. Fais là redescendre sur tous ceux présents à tes funérailles, particulièrement sur Alix, Valerian et Erwin. Pour les apaiser, les consoler et leur signifier que tu es désormais en paix...

Ensuite j'écouterai Cath Stevens que tu aimais tant et le titre que tes enfants ont choisi, comme une évidence, pour t'accompagner.




jeudi 5 mars 2020

Matinée avec un écureuil

Depuis un certain temps, je revois des écureuils dans le bois, dans les pins de mes voisins, pas encore dans notre jardin.

 
Ce matin, alors qu'il pleuvait des cordes, j'en ai repéré un sur la clôture qui longe le bois. J'ai déjà constaté à plusieurs reprises que les écureuils appréciaient la pluie. Peut-être pour nettoyer leur pelage envahi de parasites.

Je suis sortie apporter un peu de nourriture et je l'ai bien vu faire deux allers-retours avec des noix dans sa gueule. Il a cependant boudé les cacahouètes et les épluchures. Il se méfiait peut-être des récipients qui auraient pu être des pièges. J'essaie de trouver des parades pour que les oiseaux ne viennent pas se servir mais je ne trouve rien de satisfaisant.



Cependant, l'écureuil est resté un moment dans l'allée du jardin à la lisère du bois à déguster je ne sais quoi...

Il fouillait la végétation. 

 
 

 Puis grignotait à vive allure. 

 
 

 Avant d'aller un plus loin recommencer son festin.

 

Intriguée, je suis allée voir ce qui constituait son repas et j'ai découvert plein de graines de charme. J'ignore depuis quand elles sont là. On dirait celles de l'an dernier. Étaient-elles jusqu'à présent enfouies dans le sol ? Je ne les avais jamais remarquées en passant.

 
 

Je suis maintenant rassurée : mes amis écureuils ont de quoi se nourrir dans leur milieu naturel et peuvent se passer de mes services d'humaine ignare de leurs habitudes. 

J'ai encore beaucoup à apprendre de mes observations de la nature et c'est passionnant. 

Photographies prises de loin, derrière une vitre humide, d'où un certain flou à la David Hamilton.

mardi 3 mars 2020

Fait divers

C'est dans cette catégorie que les journaux publient des événements qui bouleversent pourtant des vies : accidents, crimes, sinistres. Les mots sont parfois mal choisis.


L'incendie qui s'est déclaré vendredi 28 février 2020 vers 12h30 dans les locaux de Lagoona, l'oeuvre de 30 ans de passion au service du son et de l'image, restera pour mon frère Denis, son associé Gilles et son équipe de 22 salariés, bien plus qu'un fait divers. Un traumatisme. Une sidération comme l'exprime mon frère, président de Lagoona.

L'entrepôt de 1200 m2 a été complètement détruit ; seuls les serveurs et les ordinateurs ont été sauvés. Aucune victime humaine, miraculeusement.
Mon frère estime à 6 millions d'euros, les pertes matérielles. 
Cette catastrophe impacte non seulement la société Lagoona, mais également le monde du spectacle et de la musique, fortement ému par ce drame.
Tout ça à cause d'une batterie au lithium défaillante qui a pris feu lors de la charge d'un projecteur.

Je reste plus que jamais frappée par la fragilité et l'impermanence des choses. A tout moment, nous pouvons tout perdre. Si nous en avions conscience, nous ne pourrions pas vivre, terrassés par l'angoisse.

Denis a toujours mis les hommes au cœur de son métier. La technologie n'est pas une fin en soi mais sert à magnifier l'espace visuel et sonore des salles et des scènes pour la satisfaction des artistes qui s'y produisent, le plaisir du public qui vient s'y divertir.

Si sa société a perdu son parc spécialisé (projecteurs, tables de mixage, micros...), Denis conserve ce qui fait toute sa force, l'amour des autres. Ces autres qui aujourd'hui font preuve d'une grande solidarité et lui témoignent non seulement beaucoup de compassion mais lui proposent de l'aide.

 Alors, oui, Lagoona va renaître de ses cendres et c'est déjà le cas : 3 jours après le sinistre, les activités ont déjà repris à 100%. Je trouve cela incroyable...

La reconstruction de cette pépite alsacienne sera une aventure humaine comme les aime mon frère. En 2015, il répondait aux questions d'un journaliste d'Alsace20 sur la spécificité de leur métier et on y devine toute sa passion. 
Ce feu sacré chassera les fumées noires de l'incendie. 

 
Et un jour, peut-être, c'est Lagoona qui illuminera Notre-Dame de Paris, ressuscitée.

 
 La carte de voeux de Denis, terriblement prémonitoire...

dimanche 1 mars 2020

Maestro Karajan

Il dirige du bout des doigts, comme s'il pinçait des cordes invisibles, frappait un clavier imaginaire.

 

Les yeux fermés, tel un chaton nouveau né, il fait patte de velours pour maintenir l'orchestre dans le doux, le feutré.



Il sait aussi se faire aigle, les serres acérées, quand Richard Strauss souffle la tempête.


De ses gestes précis, harmonieux, il danse la musique plus qu'il ne la dirige. 


Écouter l'orchestre philharmonique de Berlin exprimer toute sa musicalité, guidé par la baguette d'Herbert von Karajan, est un moment de pure beauté. 

Loin des zones d'ombre attachées à la légende de ce chef d'orchestre hors norme.

jeudi 27 février 2020

La terre écoute ?

Quelle étrange invasion fongique survenue durant la nuit dans le jardin gorgé d'eau comme une éponge !

 
 

Est-ce la plaisanterie d'une fée des bois qui se désolait de tant de pluie ?

 

J'ai connu des champignons plus esthétiques, surtout parmi les vénéneux. Les fameux rouges à points blancs, souvent associés aux nains de jardin en plâtre.

Vu de près, on dirait du cartilage auriculaire.

 

La terre se mettrait-elle à espionner les hommes pour savoir ce qu'ils comptent faire pour la sauver ? Elle semble être tout ouïe, dans l'attente de bonnes nouvelles. 

A moins que ces sphincters étoilés, rejettent toute la pollution accumulée depuis des générations, pour purifier la terre, l'empêcher d'étouffer.

 
 

La première violette, toute chiffonnée d'être à proximité d'un tel voisinage, irait bien fleurir ailleurs, si elle le pouvait.


Moi, je continue à être perplexe. Qui êtes-vous, curieux champignons ? Je ne prendrais pas le risque de vous manger. J'hallucine déjà assez comme cela, vous ne trouvez pas ?!

mercredi 26 février 2020

Les alités # 2

  Un univers d'écrivains dans ma tasse de thé ?
Seulement dans ma liseuse...


Mon grand-père maternel, non sans humour, avait coutume de dire : "Pour vivre heureux, vivons couchés". J'ai la chance comme lui, d'avoir toujours aimé passer du temps dans mon lit. Lycéenne et étudiante, je surlignais mes cours et je les apprenais allongée. Je suis incapable de lire de manière très concentrée ailleurs que dans un lit, le corps bien au repos, l'esprit en éveil.

Certains malades répugnent à rester alités, comme si c'était un signe de faiblesse ou de mort annoncée. Pas moi. Être couchée m'offre un paisible réconfort, me permet d'économiser mes forces, de reposer mon dos, et d'être ensuite beaucoup plus opérationnelle. 

Évidemment, je plains les personnes qui n'ont plus d'autre choix que de rester en permanence dans leur lit, souvent à l'hôpital, avec l'incapacité ou l'interdiction de se lever. Ça, c'est une autre épreuve !  

Certains résistent grâce à leur amour des livres.

Sylvain Tesson sorti du coma après sa terrible chute en 2014, dévore un livre par jour, l’œil droit pourtant bandé et le corps fracassé. Bernanos, Péguy, Apollinaire, Villon et bien d'autres, partagent sa chambrée :
"Tous ces écrivains morts soutiennent les blessés, au fond du lit, dans la morne torpeur des journées sans contours. Dans les nuits d'angoisse, jamais les livres ne m'ont à ce point semblé des compagnons. Sans eux, serais-je debout ?"
Françoise Hardy, souvent immobilisée dans son long parcours de malade, reste une insatiable lectrice, alternant selon son état de fatigue, les livres de réflexion avec les romans plus divertissants.

Lire est un effort, une discipline mais aussi une allégresse.

J'éprouve moi aussi ce plaisir immense à passer beaucoup de temps en compagnie des mots, de préférence sur ma liseuse. Peu importe le flacon, pourvu que j'ai l'ivresse de l'évasion dans d'autres histoires que la mienne, l'émotion des pages bien écrites.

Un grand nombre d'écrivains me sont aussi chers que de véritables amis.


Je partage avec Fanny Ardant le goût pour les romans sentimentaux 
surannés (Delly, Magali, Max du Veuzit...) souvent considérés
 comme de la mauvaise littérature. 
A vous de juger : les oeuvres de Delly et Max du Veuzit sont désormais 
libres de droit et téléchargeables gratuitement,

mardi 25 février 2020

Les alités # 1

Dernièrement, j'ai pris conscience que les écrivains qui avaient nourri mon adolescence, Colette et Proust, avaient tous deux fait l'expérience de l'isolement dans une chambre, à la fin de leur vie. Le plus souvent couchés, souffrants, ils distillaient dans ce drôle d’alambic confiné, leurs souvenirs d'un temps d'autrefois qui ne reviendrait pas.

Colette, percluse de polyarthrite, allongée sur son "lit-radeau", a écrit durant cette période de claustration des récits où s'épanouit sa prose sensuelle, plus mature que jamais.  Depuis sa "solitude en hauteur", elle écoutait les rumeurs du jardin du Palais Royal à travers ses fenêtres ouvertes. Les rires des petits parisiens faisaient écho à ceux de l'enfant sauvageonne de Saint-Sauveur-en-Puisaye.

 

Proust, très vite, s'est barricadé dans une prison de liège, une bulle de protection contre les agressions extérieures, les poussières, les microbes, concentré à finir son œuvre coûte que coûte, conscient que le temps lui était compté... Défi gigantesque pour un être si malade et fragile.


Je pense souvent à eux quand je passe du temps dans mon lit, entre rêveries et pensées vagabondes. Le doux cocon des couvertures, l'univers moelleux qui atténue les douleurs, serait-il propice à la gestation des souvenirs et à leur expression littéraire ? Dans cet état de semi-conscience, les émotions resurgissent, prennent de l'ampleur, se transforment en mots. 

La création pousse les murs, fait tanguer les lits, ouvre l'espace à l'infini. 

D'une certaine manière, elle triomphe de la maladie.




Chambre de Proust, reconstituée au Musée Carnavalet

Extrait de la présentation (l'intégralité est à lire ici)

"Les plaques de liège rappellent celles qui recouvraient les murs et le plafond de la chambre du 102, boulevard Haussmann où il emménagea en 1906. On retrouve le paravent à décor chinois derrière la tête du lit, le lit à barreaux de cuivre de son enfance. A portée de main, ses " outils de travail " ne quittaient jamais la petite table de palissandre à abattants que l'on voit au premier plan. Quoique très frileux, Proust refusait que l'on allumât le chauffage central de crainte que l'assèchement de l'atmosphère ne provoquât de nouvelles crises d'asthme. Outre les bouillottes et les flambées de cheminée, il tirait sur ses pieds une pelisse réservée à cet usage. A partir de 1914 il ne devait guère quitter son lit. Ses genoux pour seul pupitre, il travaillait sans relâche jusqu'à l'aube. En janvier 1919 Proust dut rompre avec le passé familial, abandonner l'appartement du boulevard Haussmann et se défaire d'une grande partie du mobilier. Le déménagement prit figure de déracinement. En octobre 1919, il s'installa 44, rue Hamelin, "ignoble taudis où tient tout juste mon grabat" écrit-il par dérision à Robert de Montesquiou. Dans cette nouvelle résidence qu'il voulut croire provisoire, il essaya de reconstituer le cercle protecteur de ses objets et de ses habitudes". 

lundi 24 février 2020

En quarantaine



Foule portant des masques, personnel médical en combinaisons protectrices, chambres stériles : depuis l'épidémie du coronavirus COVID-19, ces images ont envahi les médias et entretiennent nos inquiétudes devant l'incontrôlable.

Tous les malades immunodéprimés, en aplasie, soignés pour un cancer hématologique, savent ce que c'est que de devoir sortir avec un masque ou de rester dans une chambre séparée du monde par un sas, avec uniquement des rares visites de personnes masquées.

Je ne peux qu'éprouver de la compassion pour les victimes du coronavirus et pour tous ceux qui restent confinés chez eux dans l'espoir d'y échapper. Je célèbre leur courage et celui des médecins qui soignent dans des conditions difficiles, au péril de leur vie. Particulièrement dans la ville de Wuhan.


En revanche, j'ai été un peu agacée par un reportage au journal télévisé de France 2 sur une étudiante normande qui faisait partie des premiers français rapatriés volontaires en provenance de Wuhan. Je pouvais comprendre l'émotion de cette jeune femme qui retrouvait ses parents après 14 jours d'incertitude sur son sort, et des semaines de tension nerveuse en Chine. 

 

Mais elle présentait sa mise en quarantaine à Carry-le-Rouet, comme quelque chose de terrible alors qu'elle avait bénéficié de conditions d'hébergement agréables (il me semble), dans un environnement magnifique et d'activités détente variées (pratiquées avec masque, certes !)
Les périodes d'isolement dans sa chambre semblaient l'avoir traumatisée à vie. Dans quel état aurait-elle été si elle avait été mise en quarantaine dans une chambre close au service hématologique d'Amiens où en raison de travaux, on ne peut pas voir dehors ? Des tas de patients vivent cela, y compris des jeunes de son âge. Certains durant des mois et en subissant un traitement lourd. Mais les médias ne sont pas là pour les interviewer à leur sortie.

Je suis sûre que cette étudiante va mûrir et qu'un jour, elle comprendra sa chance d'avoir été si bien traitée à son retour en France. Et que peut-être, elle regrettera de s'être livrée ainsi à des journalistes comblés d'avoir trouvé une pauvre innocente pour la séquence émotion du JT. 

Dans quelle mesure, d'ailleurs, les propos diffusés étaient-ils fidèles à ses véritables ressentis, peut-être plus nuancés ? Depuis mon expérience télévisuelle du Concert de Noël, j'ai pris conscience que les reporters peuvent accentuer le pathos des témoignages en sélectionnant les séquences filmées les plus susceptibles de plaire au grand public.

Il aurait peut-être été plus judicieux de diffuser d'autres points de vue complémentaires... ou peut-être aucun ! Je remarque que très souvent maintenant, les journalistes se contentent d'interroger des gens sur n'importe quel évènement qui survient au lieu de faire leur véritable travail d'information, de mise en perspective, etc.

Alors, je vais faire comme le chanteur Philippe Katerine, couper le son... et aussi l'image. Et bouder de plus en plus le show des informations du 20h.