Après le succès de la diffusion de ses écrits, Histoire d'une âme, les fidèles désiraient posséder des images de sainte Thérèse. L'iconographie thérésienne est plus ou moins officialisée en 1912 dans ce fusain réalisé par sa soeur Céline, carmélite de Lisieux connue sous le nom de soeur Geneviève.
Même si j'aime la représentation un peu mièvre de la sainte, sa photographie qui m'émeut le plus est celle-ci. Il s'agit de sa dernière photographie vivante.
Thérèse effeuille des roses sur son crucifix. Photographie prise dans le cloître, à la porte de l'infirmerie, le 30 août 1897.
Depuis le 8 juillet, son lit a été transféré à l'infirmerie et le 28 août, disposé au centre de la pièce de sorte que Thérèse, appuyée sur ses oreillers, puisse contempler le jardin et la vigne qui recouvre l'ermitage de la Sainte Face.
A cette époque, une photographie était toujours mise en scène, voire retouchée, raison de plus quand elle représentait une future sainte dont on cherchait à montrer l'âme plus que le visage.
Thérèse pose donc pour la postérité. Elle n'a que 24 ans ; elle se sait condamnée par la tuberculose.
Quand il fait beau, on l'installe dans le cloître pour lui faire prendre le soleil.
La photographie immortalise un de ces moments tout en la représentant déjà comme une icône avec ses attributs qui seront pérennisés sur le fusain de 1912 : le crucifix noir, sur lequel la sainte effeuille une rose.
Une thématique récurrente dans ses écrits, symbole de l'âme qui se sacrifie par amour.
Mais quelle est la signification de la guirlande de vigne vierge qui repose sur ses pieds et court sur le mur du cloître ?
Lorsque Thérèse dessine ses armoiries, elle fait figurer une vigne sur le blason du Christ (à gauche) et explique ainsi son choix :
La vigne qui sépare le blason est encore la figure de Celui qui daigna nous dire " Je suis la vigne et vous êtes les branches ; je veux que vous me rapportiez beaucoup de fruit ".
Les deux rameaux, entourant l'un la Sainte Face, l'autre le petit Jésus, sont l'image de Thérèse qui n'a qu'un désir ici-bas, celui de s'offrir comme une petite grappe de raisin pour rafraîchir Jésus-Enfant, l'amuser, se laisser presser par lui au gré de ses caprices... et puis étancher aussi la soif ardente qu'Il ressentit pendant sa Passion.
Autre explication possible, l'ordre religieux auquel appartient Thérèse, a été fondé sur le mont Carmel, qui signifie littéralement en français, le vignoble de Dieu. La prière à Notre Dame du Mont Carmel, célèbre la Vierge Marie comme étant la plus belle fleur du Mont Carmel, vigne féconde, splendeur du Ciel :
- Fleur du Carmel
- Vigne fleurie
- Beauté du Ciel
- Vierge féconde
- Mère douce et toute pure
- Étoile de la mer
- Donne-nous un signe de ta maternelle protection
- Fleur du Carmel
- Vigne fleurie
- Beauté du Ciel.
Enfin, tout comme le lierre, la vigne vierge est un symbole funéraire de l'immortalité de l'âme, de la Résurrection qui triomphe du bois de la Croix. En atteste cette œuvre justement produite au Carmel de Lisieux... avec des cheveux coupés, enduits de colles et découpés en forme de feuillage. Assez surprenante mais dans le goût d'une époque où les morts ne faisaient pas peur aux vivants.
Le 30 août, pendant tout le tralala pour la prise de la photo, Thérèse regarde le préau. Marie du Sacré-Cœur, jardinière du préau, étant près d'elle, lui dit :
-Voici un rejeton de rhododendron qui se meurt, je vais l'arracher.
- Oh! ma Soeur Marie du Sacré-Cœur lui répondit Thérèse d'un ton de voix plaintif et suppliant, je ne vous comprends pas. Pour moi qui vais mourir, je vous en supplie, laissez-lui la vie à ce pauvre rhododendron.
Il lui fallut insister encore, mais son désir fut respecté.
Or, ce pauvre rejeton est actuellement le seul rhododendron survivant. En peu de temps tous les autres sont morts, sauf le rhododendron de Thérèse ! Il est aujourd'hui l'un des arbustes les plus jolis du préau.
Et moi, j'aime cette Thérèse qui parle aux fleurs. Sous sa couverture végétale, elle me fait penser à une petite fée de la Nature...


















