dimanche 1 septembre 2019

Vers le centre du village


Le lotissement de la rue Numa-Auguez se situe en face du centre du village de Saleux, un peu en hauteur au-dessus de la route de Conty (D 8) et de la vallée de la Selle. 
 
Depuis notre salon, nous avons une très belle vue sur l'église Saint-Fuscien. Bien qu'elle soit magnifiée par le soleil couchant, je préfère l'admirer le matin quand je guette le passage des écureuils.


Pour me rendre au cœur du village, je peux suivre l'itinéraire des voitures le long des anciennes industries textiles.
 
Mais j'ai aussi découvert la possibilité de couper à travers un petit bois pour accéder aux quelques rares commerces qui perdurent à Saleux. Face à un arrêt de bus, un trou dans un mur permet d'emprunter des sentiers pentus descendant tout droit vers le village. Presque des chemins noirs chers à Sylvain Tesson et connus seulement des habitués.
Un sacré raccourci qui sent bon la forêt juste en contrebas d'une route départementale très passante et bien monotone, pas très agréable à parcourir à pied.
Un changement d'ambiance total, simplement en faisant quelques mètres. Presque comme dans un conte de fée. Un autre monde derrière un mur. D'autres senteurs, d'autres sons. Une autre lumière.

A la sortie du bois, un premier pont assez primitif en bois, permet de traverser une boucle secondaire de la rivière, actuellement complétement asséchée.
Un autre pont métallique avec garde-corps, enjambe ensuite la Selle et mène à un grand parc gazonné. 
 
Ombragé d'arbres centenaires dont d'odorants tilleuls, ponctué de bancs, tables à pique-nique, il offre d'un côté une belle perspective sur l'église Saint-Fuscien, et de l'autre, toute la détente des bords de l'eau.
 

Je prends le temps d'acheter quelques fruits et légumes à un distributeur de produits locaux (car ce n'est pas avec les récoltes de notre potager que nous avons de quoi manger !), d'acheter la baguette locale la Saleusienne à la boulangerie qui donne sur la place de la Mairie.
 
Puis je remonte ensuite en sens inverse vers le lotissement et la maison, heureuse de cette petite vie locale bien paisible et de cet itinéraire très varié.
 
Cela grimpe drôlement au retour !

mercredi 14 août 2019

Bruits de ville, bruits de champs

Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme, dans un lieu public ou privé, qu'une personne en soit elle-même à l'origine ou que ce soit par l'intermédiaire d'une personne, d'une chose dont elle a la garde ou d'un animal placé sous sa responsabilité.
Code de la santé publique. Article R1334-31 créé par décret n°2006-1099 du 31 août 2006



Dès que le beau temps arrive, c'est chaque année pareil. Que ce soit à la ville ou à la campagne, au lieu de profiter tranquillement de la belle saison, une agitation s'empare de la plupart d'entre nous. Il y a les volets à décaper, le karsher à passer, la cuisine à moderniser... Les obligations liées à la périssabilité des choses matérielles sont infinies. Sans oublier la végétation envahissante qu'il faut domestiquer à grand renfort de tondeuse, de tronçonneuse.

Beaucoup de personnes prennent plaisir à entretenir leur maison, surtout grâce à ces machines surpuissantes qui facilitent grandement leur travail, sans trop de fatigue, pendant des heures. Cela fait partie pour eux, des petites joies de l'été qui a toujours été une période de forte activité. A la campagne, on n'a jamais chômé en juillet-août, entre les foins à rentrer, les conserves à préparer pour l'hiver, saison du repos bien mérité. Cela doit être un peu inscrit dans nos gênes... peut-être plus que le farniente sur les plages !

Mais nos activités humaines sont devenues plus bruyantes et polluantes qu'autrefois. Et parallèlement aux travaux de l'été, il y a aussi les activités de loisir qui ne se font plus guère dans la discrétion. Barbecues festifs qui s'éternisent sans se préoccuper des voisins, manifestations fortement sonorisées dans les villes... Et, comme le déplore Christophe André, de plus en plus de moteurs qui brouillent le silence et le calme.

Je vous invite à lire un article paru sur son blog en 2016 sur ce qu'il appelle les couillons à moteur dont voici un extrait :

J’ai eu l’impression cet été-là, que les « couillons à moteur » étaient bien plus nombreux qu’autrefois : car, outre ceux qui volaient, nous en avons aussi croisé qui conduisaient des Quads pétaradants dans de petits sentiers de montagne, et nous en avons aperçu d’autres encore au large des plages, lors de nos baignades, qui faisaient vrombir de gros scooters de mer. Mais au-delà des petits dérangements qu’elle nous fait subir, cette multiplication est avant tout une source de pollutions et de détériorations environnementales multiples : consommation d’essence inutile (on peut monter sur des montagnes, pédaler ou ramer pour autant de plaisir), ravinements des chemins (pour les quads) ou dangerosité (pour les scooters de mer). Et surtout, surtout, pollution sonore par démolition méthodique du silence et du calme, ces ressources naturelles merveilleuses et vitales, dont les citadins ont tellement besoin et qu’ils viennent chercher loin des villes !

Ou d'écouter sa chronique du mardi 4 juin 2019, Silence on vit !, sur la même thématique :

Mais, alors même que l’on redécouvre ses immenses vertus, le silence est aujourd’hui en danger, plus que jamais. Tels des hordes de pucerons s’attaquant aux rosiers, la technologie et le mercantilisme semblent avoir décidé de dévorer et d’éradiquer le silence de notre quotidien.
En automne, les jardiniers des parcs publics ne balaient plus les feuilles mortes, ils les rabattent à grands coups de souffleuses ; en hiver, ce sont les tronçonneuses pour élaguer les arbres et les buissons ; au printemps, ce sont les tondeuses à gazon. Et en été, nous avons les couillons à moteur, qui ravagent le calme des lieux naturels à l’aide de leurs quads (en forêt), de leurs ULM (en montagne) et de leurs jet-skis (à la mer). 
Et puis, en tout temps et en tout lieu, les couillons à sono ; c’est terrible, ces engins destinés à produire de la musique sans fatigue et sans talent : jadis, si un voisin décidait de chanter à tue-tête ou de jouer de la trompette, on pouvait patienter car on savait qu’il finirait par s’épuiser et s’arrêter de lui-même ; mais s’il décide aujourd’hui d’écouter sa musique très fort, rien ne l’épuisera que sa lassitude, votre intervention ou celle de la maréchaussée.
Résultat, le silence est devenu si rare, qu’il est aussi devenu chic et cher : entre autres luxes, c’est lui que font payer les hôtels haut de gamme de la chaîne Relais du Silence, et les salles d’attente de Classe Affaires dans les grands aéroports. C’est un triste destin pour un bienfait au départ gratuit et naturel. Mais je suis confiant : le droit au silence et au calme, si nécessaire à notre santé et notre créativité, va bientôt redevenir accessible à tous…
J'aimerais partager son infatigable optimisme, sans doute fruit d'années de méditation ! Ce que je constate n'a pas l'air d'aller en ce sens. 

Phénomène en pleine expansion (mais pas franchement nouveau si on consulte des archives anciennes), l'intolérance à certains bruits de la campagne a été soulignée cet été dans la presse : coq, cigales, abeilles... Car à force d'être saturés des cacophonies urbaines, certains s'installent loin de la ville. Définitivement ou pour quelques vacances. Et découvrent de nouveaux bruits auxquels ils ne s'attendaient pas. Sans doute, ont-ils trop idéalisé ce retour au calme. Ils se focalisent sur les sons qui leur sont étrangers (cloches des églises, grenouilles, engins agricoles) et déposent des plaintes en mairie. Ces plaintes se sont tellement multipliées qu'un député Les Républicains, Pierre Morel-À-L'Huissier, compte déposer une proposition de loi à la rentrée. Son but : dresser dans chaque département un patrimoine des « sons et odeurs de la campagne » qu'un juge pourra mettre en avant pour donner raison à une propriétaire de coq ou à un agriculteur. Le maire du petit village de Gajac, Bruno Dionis du Séjour, a lui demandé une inscription au patrimoine culturel immatériel de la France à l'Unesco. 

Cela me rend assez perplexe et je ne sais quoi en penser !  Pourquoi ne pas répertorier alors aussi les bruits urbains, tant qu'on y est ? Les accélérations des voitures la nuit, les vocalises des clochards ivres au petit matin... comme ça, plus personne ne pourra se plaindre de rien.

Décidément, il est temps peut-être à chacun d'entre nous d'être un peu plus vigilant et responsable en matière de production sonore. C'est bien de réduire ses déchets de plastiques, de moins circuler en voiture individuelle. Mais c'est bien aussi d'utiliser les machines bruyantes de manière raisonnée (aux horaires autorisés et pour des durées acceptables), de baisser le volume de la sono (surtout le curseur des basses), de ne pas laisser des grenouilles envahir un étang... Cela s'appelle le bon sens. Et le respect des autres. Ce n'est que comme ça qu'on pourra mieux accepter le bruit qu'inévitablement nous produisons tous à un moment ou à un autre et de vivre en meilleure harmonie. A la ville ou à la campagne.

vendredi 2 août 2019

Le Touquet, 22-23 juillet 2019

 

Cela est devenu une tradition : chaque fin d'année universitaire, nous essayons Madeleine et moi, de partir une journée à la mer et de dormir sur place. Après le Bois de Cise l'an passé, retour au Touquet comme en 2017, à l'époque où je pensais entamer une rémission longue comme ces plages sans fin.

Changement de paradigme cette fois-ci. Me voici en villégiature tout en étant sous traitement et pas au mieux de ma forme. L'impression qu'en deux ans, j'ai pris un coup de vieux, cheveux blanchis, silhouette cortisonée mais c'est peu cher payé pour rester en vie. Je le sais, je l'accepte (plus ou moins, selon les jours). Et je préfère regarder le monde que je photographie que de contempler mes portraits peu flatteurs en maillot de bains.

Quelques désagréments digestifs que je mets sur le compte de la chimio ou de la chaleur (en fait je couve une gastro !), des crampes toute la nuit à force d'avoir nagé dans la piscine d'eau de mer ou marché sur la plage pieds nus n'entament cependant pas ma joie d'être ici.

L'hôtel vient d'être rénové et la thalasso est encore en travaux. Nous ne voulions pas en profiter de toute manière pour pouvoir être libre de nous occuper en toute liberté sans avoir à respecter les horaires de ces soins à la chaîne. Tout le contraire de la détente pour moi !

Comme la musique un peu trop soutenue au niveau du bar intérieur et du coin petit déjeuner. Désormais, dans presque tous les restaurants, il faut subir un matraquage musical saturé de basses à un volume trop fort, bombardé par des téléviseurs aux écrans géants. Je m'attendais à une ambiance plus cosy dans un hôtel qui se veut luxueux, l'Ibis le plus cher de France. Heureusement qu'on peut s'installer sur la terrasse à l'extérieur et que les autres clients sont des gens posés avec des enfants calmes. Nous formons un groupe très harmonieux.


Nous sommes déçues par la baisse de qualité de la restauration. Le même constat que l'an passé au Bois de Cise. Pas de menu du jour ou de saison. Uniquement une petite carte de quelques plats où toutes les spécialités du Nord sont bétonnées au Maroilles, Vieux Lille, Speculoos ou pain d'épices. Une avalanche de moules et huîtres qui me sont hélas interdites. Aucun fruit frais au petit déjeuner... Aucune saveur un peu estivale. Dommage ! Il y a deux ans, nous nous étions régalées dans ce même restaurant de plats savoureux, véritable festival de légumes ou de fruits rouges. Une grande déception pour nous qui recherchions cette cuisine simple et raffinée dont nos papilles se souviennent encore.

Finalement, après cette petite parenthèse, nous étions bien contentes de rentrer déguster une pastèque bien fraîche et juteuse dans le jardin de Saleux. Riches de ces moments de complicité entre mère et fille et qui font oublier que le reste est tout de même bien secondaire. 

Notre véritable force, c'est cet amour qui nous unit.


mardi 16 juillet 2019

Quoi de neuf au jardin ?

Ce premier été, nous continuons d'observer les fleurs qui se succèdent au jardin et faisons des expériences potagères, pas toujours heureuses en raison de la sécheresse qui a succédé à une période pluvieuse. Nous ferons mieux l'année prochaine, en choisissant nos graines et plantations de manière plus réfléchie. Certaines cultures, trop gourmandes en eau et en temps, peuvent vite devenir contraignantes et peu rentables. Sans compter l'arrachage des adventices qui résistent à tout et n'ont pas besoin d'arrosage pour envahir le moindre espace. Un labeur sans fin...


Les radis, après un bon départ, ont fini par ne plus rien donner. Les laitues sont tout de suite montées vers le ciel, comme des tours de Babel, au lieu de se développer (sans doute parce que nous les avons semées à la lune montante !). Les fraisiers ont été arrachés car leur maigre récolte ne nourrissait que les merles. Je garde encore espoir pour la production de nos tomates.


Devant la maison, sur une petite bordure le long de la terrasse, plutôt que de prolonger le gazon (qui est surtout de la mousse à cet endroit-là) nous avons semé un mélange de fleurs pour gazon japonais.





C'est très agréable à observer, bourdonne et papillonne de vie.

Toujours devant la maison, capucines et bourraches ne sont guère pressées pour habiller un parterre arrondi très ensoleillé. Des chrysanthèmes blancs, semés en même temps, ont du mal à sortir de terre. Il faudra trouver un meilleur couvre sol, si possible peu sensible à la chaleur.



A l'arrière, pour meubler le terrain à côté du potager tout en améliorant la qualité du sol, c'est un mélange d'engrais vert que nous avons choisi.

 
L'assortiment semé comprend : vesce de printemps, sainfoin, sarrasin, souci officinal, trèfle d'Alexandrie, mélilot officinal, trèfle incarnat, luzerne, trèfle perse, phacélie, coriandre, nielle, carvi, aneth, mauve.

Pour l'instant, ce sont surtout les phacélies mauves qui donnent le ton et que j'adore, suivis de près par les grands sarrasins. 


Les trèfles commencent à faire leur apparition timide.


Les écureuils sont depuis peu de retour dans le jardin. Durant leur absence, des geais des chêne nous ont fait l'honneur de leur visite. Quatre en même temps ! Madeleine a même découvert une jolie plume rayée noire et bleue après leur passage...


Et comme notre jardinier nous fait souvent faux bond, j'ai aussi fait l'expérience de la cisaille pour structurer les arbustes de la descente du garage. Buis et jasmin notamment. J'adore tailler mais je déteste ramasser branches et feuillages. L'élimination des déchets verts demande toute une organisation.

Pour la pelouse (un bien grand mot pour ce qui ressemble plus à un pré...), j'ai décidé de ne plus ramasser l'herbe tondue et de la laisser sur le terrain. Car j'ai aussi appris à me servir d'une tondeuse à gazon, une électrique sur batterie, qui est bien pratique. J'essaie d'espacer le plus possible les tontes car il est aussi agréable de ne rien faire dans son jardin ! Surtout quand il fait chaud.

Pour l'heure, j'ai bien envie de m'y installer paresseusement et d'y lire un ouvrage qui me tente : Petit traité du jardin punk d'Eric Lenoir. Histoire de me décomplexer par rapport à mes voisins d'une autre génération qui désherbent leur jardin quotidiennement ou soignent leur potager avec la précision d'un horloger. J'admire leur travail, leurs connaissances mais je me sens mieux dans mon jardin sauvageon qui dialogue avec le bois privé laissé à l'abandon derrière chez nous. La nature s'exprime souvent de manière inattendue ou surprenante et même si elle sape nos efforts de jardiniers débutants, elle m'émerveille plus que tout.

jeudi 4 juillet 2019

Beautés extrêmes


 Depuis notre arrivée, avec la collaboration de mon ami Y. et grâce aux visites de mes voisins, j'essaie de dresser l'inventaire de nos plantes et arbustes. Presque chaque jour, je découvre une nouvelle fleur et ma liste s'allonge. Ce jardin n'en finit pas de nous surprendre. Et j'ai bien du mal à trier toutes mes photos.

En attendant de publier cet article encyclopédique (sans doute à l'automne), petit focus sur la pièce maîtresse du jardin qui a émerveillé nos yeux par la porte-fenêtre du salon, en mai et juin.

Nos pivoines arbustives.

 Quatre pieds différents qui ont dévoilé leurs nuances à tour de rôle, à leur rythme. D'abord le rose pâle à droite, puis le blanc au milieu. 
 
Ensuite un rose plus soutenu et très fourni. 
 
 
Et pour finir, un joli oranger.


Beauté éphémère qui n'a pas résisté à certaines pluies d'orage. Quelques branches cassées ont parfumé l'intérieur de la maison d'une senteur plus discrète que la rose et légèrement poivrée.
 En dessous de ces grandes fleurs fragiles, j'ai découvert de magnifiques ancolies qui malgré leur apparence gracile, ont bien mieux résisté au vent et à la pluie. Ce sont des fleurs que je trouve magnifiques, aux teintes variées si subtiles et avec un côté sauvage que j'aime beaucoup. Discrètes et cependant remarquables.
 
Et quelle belle idée des jardiniers précédents de les avoir planté là, formant un très beau contraste de taille et de couleur avec les pivoines.

 Une belle démonstration des grands écarts de la nature et une grande leçon de sagesse : la force n'est pas toujours là où on pense la trouver et les opulentes pivoines, trop lourdes, ont vite dépéris sous les aléas climatiques. Mieux vaut parfois être une modeste ancolie !

mardi 4 juin 2019

La maison qui nous a choisi

Etrange chose que les signes envoyés par le ciel ! En pleut-il réellement de là-haut comme des astéroïdes, croisant le fil des destinées humaines ? N'existent-ils que parce qu'il y a des âmes pour les lire et des êtres réceptifs à leur manifestation ?
Sylvain Tesson. Vérification de la porte opposée.
 

Alors que décontenancés par la visite d'un pavillon dans une campagne sinistre nous avions suspendu nos recherches immobilières, c'est une collègue de Jean-Michel qui nous signalé une maison à vendre à Saleux. Idéalement située à 2 km du CHU, dans un lotissement du début des années 70 (et presque de mon âge), elle semblait correspondre à notre recherche d'un endroit calme, sans voisins mitoyens, baigné de nature. Mais pas trop isolé non plus. 

La rue portait le nom d'un chanteur lyrique, né à Saleux, Numa Auguez. Il est enterré dans le cimetière communal, ainsi que sa femme, la soprano Berthe de Montalant et leurs trois enfants, Numa, Hélène et Pauline.


J'y ai vu un signe positif car cela m'a fait penser à mon père qui avait nommé les salles de l'école de musique qu'il dirigeait à Haguenau, du nom de musiciens régionaux. J'y ai entendu aussi comme une petite mélodie qui me guidait vers ce lieu. D'autant plus que la personne qui nous a signalé ce pavillon à vendre, se prénomme Elise (un prénom qui m'évoque aussitôt la fameuse lettre à Elise de Beethoven, si souvent massacrée par moi au piano...).

J'avais vécu toute mon enfance dans une maison de la même époque, au bout d'une impasse calme et la vie m'offrait à nouveau une géographie chère à mon coeur.

La maison avait été construite pour une famille qui avait trois enfants (deux filles, un garçon, comme nous). Leur père étant décédé, les enfants vendaient la maison de leurs parents... Je pensais au jour où cette décision serait aussi la nôtre.

Lors de ma première visite, bien que l'ambiance soit très différente de la maison de mon enfance, j'ai retrouvé l'émotion de rentrer par le garage, comme nous le faisons le plus souvent chez mes parents. Dans le salon avec ses grandes portes fenêtres donnant sur le jardin, j'avais l'impression d'être dans une autre maison des années 70 où nous avions des souvenirs heureux, du côté de Bar-le-Duc. Et en regardant le village et le clocher de l'église en face, je croyais être chez ma grand-mère, dans son ancienne ferme modernisée dans un village du Val-de-Villé.

Etrange comme un lieu nouveau, inconnu, accueille soudain des émotions enfouies, souterraines et nous assure que c'est bien ici que nous aimerions vivre. Depuis notre installation, sur ces strates très subjectives, nous consolidons tous les jours notre propre histoire. 

La maison à Saleux est devenue notre terre.