Pour le 3 octobre 2023, j'avais prévu de remplir un devoir, exhausser une des souhaits exprimés par Hélène dans sa lettre d'adieu, son requiem, celui que nous n'avions, Madeleine et moi, pas encore réalisé. C'était le bon moment, cela s'imposait sans hésitation.
« Je veux que mes cendres soient comme mon âme, un peu partout. Des reliques invisibles, dispersées par un petit Poucet imaginaire. Une sorte de chemin de Compostelle reliant des endroits faisant sens pour moi :
Une petite pincée avec vous, dans une petite boîte à sortir seulement les jours de cafard en allumant une bougie à côté. Se nourrir de la flamme, symbole de mon âme toujours vivante. Se dire qu’il n’y a rien dans les cendres. Un jour même, s’en séparer, quand vous serrez prêt. Dans une forêt, en paix.
Un peu de cendres à enterrer, pas loin de mes écureuils.
Ensuite, un vrai pèlerinage pour mettre en terre (si possible) dans différents lieux. Ensemble, séparés, comme vous voulez, avec la collaboration de Denis. A Lalaye, à côté de la tombe de Victorine
A Nicey, derrière la tombe de Marie-Antoinette
A Haguenau, sur les marches du musée, le long là où il y a des arbustes. En souvenir des heures heureuses à farfouiller dans les livres de la bibliothèque, de mon année d’étude de ce bâtiment, pas loin du Foch où enseignait Régis et où ma mère était secrétaire. »
Hélène et Madeleine, Haguenau, Noël 1997.
Il a plu sur toute la route depuis Reims. Le col d'Urbeis était en travaux. Il a fallu rebrousser chemin. Le GPS n'était pas au courant. Après j'étais perdu...
Arrivée devant le cimetière de Lalaye sous des trombes d'eau qui ne faiblissaient pas. Je me disais que quelque chose voulait m'empêcher de faire ce pourquoi j'étais là. Je suis parti, comme si j'abandonnais face à l'hostilité des éléments. Arrivé à la départementale, j'ai fait demi-tour et au cimetière, il a cessé de pleuvoir. Avais-je trompé l'ennemi ? C'est douteux.
Après avoir répandu des cendres autour de la tombe, j'ai déposé la plaque funéraire. L'idée de cette plaque était de réunir Hélène et sa grand-mère sous la patronage de sainte Thérèse, en souvenir de la forme de dévotion qu'Hélène avait développée pour elle, qui veillait depuis le Ciel avec Régis. L'idée m'en était venue spontanément, comme une évidence. Mais le déchaînement de la pluie m'a fait douter de cette évidence. Et puis avais-je le droit de poser cette plaque sans en référer à la famille ? N'aurais-je pas dû prévenir Denis de mon projet de venir à Lalaye ce 3 octobre ? J'avoue avoir beaucoup hésité et regretter de ne pas l'avoir fait. Et puis, après le décès de Mamie, je ne savais plus si je devais encore y aller. La démarche prenait un sens différent. Mais il fallait tenir, et nous représenter moi et Madeleine, qui ne pouvait venir.
Vue de Lalaye depuis le cimetière, avec ce beau soleil d'après la pluie. On voit la maison de Mémé sur la gauche de la rue, au second plan, avec le grand toit de tuiles rouges.
Le départ de Mamie Odette est l'évènement le plus important depuis celui d'Hélène, parce que c'est une clôture. Elle emporte avec elle tout un pan du passé qu'elle représentait encore.
Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère
Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit Thérèse de l'Enfant Jésus
Dimanche 1er octobre 2023, jour de la sainte Thérèse, Odette s'en est allée rejoindre Hélène, Marcel, Marie-Rose, et Victorine.
16 octobre 2017, la dernière fois qu'Hélène et sa Maman se sont vues.
Le jour du deuxième anniversaire du décès d'Hélène approchait. Nous étions pleins de ce chagrin, et voici qu'il redouble. Qu'elle repose en paix.
Mais comment a t-elle pu supporter tous cela ? Sa fille, son mari, sa petite soeur ?
On aura beau fouiller les plus vieux dictionnaires
Posséder le plus vaste des vocabulaires
Décortiquer Baudelaire, jusque sous Terre
Jusqu'à son dernier vers
Il n'y a pas de mot, pas de manière
D'appeler le parent d'un enfant qui n'est plus
Il n'y a pas de mot pour ça qui soit connu Lynda Lemay, Pas de mot
Hommage reconnaissant à Ste Thérèse de l'Enfant Jésus
Ex-voto, c'est ainsi qu'Hélène avait dénommé sa dernière broderie, en hommage à sainte Thérèse avec laquelle elle avait vécu, survécu, prié, espéré.
Elle en avait créé elle-même le modèle, après beaucoup de recherches, beaucoup d'essais, avec beaucoup d'enthousiasme. Cette broderie était au centre de son attention, son remède et son renoncement, son chemin de croix.
Il s'agit d'une broderie au point compté, sur une toile très fine, brodée avec un seul brin de fil. La tâche était d'autant plus difficile qu'avec sa maladie et ses traitements, sa vue était défaillante et ses gestes pas toujours très sûrs. À la fin, elle ne pouvait plus broder car elle tremblait trop.
On peut voir ci-dessous l'état du travail au 27 juillet 2021, date du cliché. Le 26 juillet, elle avait publié son article Prière à sainte Thérèse, dans lequel elle parle aussi de sa broderie.
« 27 juillet »
Par la suite, elle a achevé l'agneau, ajouté une rose sur la bordure de gauche, la grappe de raisin à la droite de sainte Thérèse et un papillon à sa gauche, qui n'est pas terminé.
Le papillon, détail de la grille sur l'écran d'ordinateur. Elle a pris cette photo le 27 septembre 2021.
Et voici l'ouvrage tel qu'elle l'a laissé, avec le tambour.
22 mois. Un jour, je me suis dit qu'il faudrait faire quelque chose avec ce précieux ouvrage, qu'elle aurait aimé qu'il soit encadré comme sa Vierge Marie, qu'elle avait brodée dans le même esprit.
Je me suis rendu chez l'encadreuse chez laquelle Hélène apportait son travail. Un première déception, elle n'avait plus la baguette que je voulais, la même que celle de Marie, avec les roses. Elle m'a promis d'essayer de la retrouver, mais sans garantie.
Après avoir laissé l'ex-voto chez l'encadreuse, j'ai eu soudain un angoisse. Je me disais sottement qu'Hélène ne pourrait jamais achever sa broderie si elle était encadrée. J'ai failli aller la rechercher, en puis... Pourquoi se faire des illusions ?
Grégoire : La souvenance (2013), d'après Le Cantique de Céline
Thérèse de L'Enfant Jésus Le Cantique de Céline
1. Oh ! que j'aime la souvenance
Des jours bénis de mon enfance....
Pour garder la fleur de mon innocence
Le Seigneur m'entoura toujours
D'amour !....
2. Aussi, malgré ma petitesse
J'étais bien remplie de tendresse
Et de mon coeur s'échappa la promesse
D'épouser le Roi des élus
Jésus !...
3. J'aimais au printemps de ma vie
Saint Joseph, la Vierge Marie
Déjà mon âme se plongeait ravie
Quand se reflétaient dans mes yeux
Les Cieux !...
4. J'aimais les champs de blé, la plaine
J'aimais la colline lointaine
Oh ! dans ma joie je respirais à peine
En moissonnant avec mes soeurs
Les fleurs.
5. J'aimais à cueillir les herbettes
Les bluets... toutes les fleurettes
Je trouvais le parfum de violettes
Et surtout celui des coucous
Bien doux...
6. J'aimais la pâquerette blanche
Les promenades du Dimanche
Les petits oiseaux chantant sur la branche
Et l'azur toujours radieux
Des Cieux.
7. J'aimais à poser chaque année
Mon soulier dans la cheminée
Accourant dès que j'étais éveillée
Je chantais la fête du Ciel
Noël !...
8. De Maman j'aimais le sourire ;
Son regard profond semblait dire :
«L'Eternité me ravit et m'attire...»
Je vais aller dans le Ciel bleu
Voir Dieu !
9. «Je vais trouver en la Patrie»
«Mes anges... la Vierge Marie
De mes enfants que je laisse en la vie
«A Jésus j'offrirai les pleurs...»
«Les coeurs!...»
10. Oh ! que j'aimais Jésus-Hostie
Qui vint au matin de ma vie
Se fiancer à mon âme ravie
Oh ! que j'ouvris avec bonheur
Mon Coeur !....
11. Plus tard j'aimai la créature
Qui me paraissait être pure
Cherchant partout le Dieu de la nature
En Lui je trouvai pour jamais
La paix !...
12. Oh ! que j'aimais au belvédère
Inondé de joie, de lumière
A recevoir les caresses d'un Père
A contempler ses blancs cheveux
Neigeux...
13. Sur ses genoux étant placée
Avec Thérèse à la veillée
Je m'en souviens, j'étais longtemps bercée,
J'entends encor de son doux chant
L'accent !...
14. O souvenir ! tu me reposes
Tu me rappelles bien des choses...
Les soupers du soir... le parfum des roses !...
Les buissonnets pleins de gaîté
L'été !.....
15. J'aimais à l'heure où le jour baisse
A pouvoir confondre à mon aise
Mon âme avec celle de ma Thérèse
Je ne formais avec ma soeur
Qu'un coeur.
16. Alors nos voix étaient mêlées
Nos mains l'une à l'autre enchaînées
Ensemble chantant les Noces Sacrées
Déjà nous rêvions le Carmel....
Le Ciel !....
17. De la Suisse et de l'Italie
Ciel bleu, fruits d'or m'avaient ravie
J'aimais surtout le regard plein de vie
Du Saint Vieillard pontife-roi
Sur moi....
18. Avec amour je t'ai baisée
Terre bénie du Colysée !...
Des catacombes la voûte sacrée
A répété bien doucement
Mon chant.
19. Après les joies vinrent les larmes !...
Bien grandes furent nos alarmes...
De mon Epoux je revêtis les armes
Et sa Croix devint mon soutien
Mon bien.....
20. Ah ! longtemps je fus exilée
Privée de ma famille aimée
Et je n'avais, pauvre biche blessée
Que le seul églantier fleuri
D'abri !.......
21. Mais un soir mon âme attendrie
Vit le sourire de Marie
Et de son sang une goutte bénie
Pour moi se changea (quel bienfait !)
En lait !....
22. Alors j'aimais fuyant le monde
Que l'écho lointain me réponde !...
En la vallée solitaire et féconde,
Je cueillais à travers mes pleurs
Les fleurs !...
23. J'aimais de la lointaine église
Entendre la cloche indécise
Pour écouter les soupirs de la brise
Dans les champs j'aimais à m'asseoir
Le soir.
24. J'aimais le vol des hirondelles,
Le chant plaintif des tourterelles,
J'écoutais des insectes les bruis d'ailes
Aimant de leur bourdonnement
Le chant.
25. J'aimais la rosée matinale
Et la gracieuse cigale
J'aimais à voir l'abeille virginale
Qui préparait dès son réveil
Le miel.
26. J'aimais à cueillir la bruyère
Courant sur la mousse légère
Je prenais voltigeant sur la fougère
Les papillons au reflet pur
D'azur.
27. J'aimais le ver luisant dans l'ombre
J'aimais les étoiles sans nombre
Surtout j'aimais l'éclat en l'azur sombre
De la lune au disque d'argent
Brillant.
28. J'aimais à combler de tendresse
Mon Petit père en sa vieillesse
Il m'était tout... bonheur... enfant... richesse !...
Ah ! je l'embrassais tendrement
Souvent.
29. Nous aimions le doux bruit de l'onde
Entendre l'orage qui gronde
Le soir en la solitude profonde
Du rossignol au fond du bois
La voix !...
30. Mais un matin son beau visage
Du Crucifix chercha l'image....
De son amour il me laissa le gage
Me donnant son Dernier regard....
«Ma part!.......»
31. Et de Jésus la main divine
Prit le seul trésor de Céline
Et l'emportant bien loin de la colline
Le plaça près de l'Eternel
Au Ciel !...
32. Maintenant je suis prisonnière
J'ai fui les bosquets de la terre
J'ai vu que tout en elle est éphémère...
J'ai vu mon bonheur se flétrir
Mourir !.....
33. Sous mes pas l'herbe s'est meurtrie !...
La fleur en mes mains s'est flétrie !...
Jésus, je veux courir en ta prairie
Sur elle ne marqueront pas
Mes pas......
34. Comme un cerf en sa soif ardente
Soupire après l'eau jaillissante,
O Jésus ! vers toi j'accours défaillante,
Il faut pour calmer mes ardeurs
Tes pleurs !...
35. C'est ton amour seul qui m'entraîne.
Mon troupeau je laisse en la plaine
De le garder je ne prends pas la peine,
Je veux plaire à mon seul Agneau
Nouveau.
36. Jésus, c'est toi L'Agneau que j'aime
Tu me suffis, ô bien suprême !
En toi, j'ai tout, la terre et le Ciel même
La Fleur que je cueille, ô mon Roi
C'est toi !...
37. Jésus, beau Lys de la vallée
Ton doux parfum m'a captivée
Bouquet de myrrhe, ô corolle embaumée !
Sur mon coeur je veux te garder
T'aimer...
38. Toujours ton amour m'accompagne
En toi, j'ai les bois, la campagne
J'ai les roseaux, la prairie, la montagne
Les pluies et le flocon neigeux
Des Cieux.
39. En toi, Jésus, j'ai toutes choses
J'ai les blés, les fleurs demi-closes
Myosotis, bouton d'or, belles roses
Du blanc muguet j'ai la fraîcheur
L'odeur !....
40. J'ai la lyre mélodieuse
La solitude harmonieuse
Fleuves, rochers, cascade gracieuse
Daim léger, gazelle, écureuil
Chevreuil.
41. J'ai l'arc-en-ciel, la neige pure
Le vaste horizon, la verdure
Les îles lointaines... La moisson mûre
Les papillons, le gai printemps
Les champs.
42. En ton amour, je trouve encore
Les palmiers que le soleil dore
La nuit pareille au lever de l'aurore,
Le doux murmure du ruisseau,
L'oiseau.
43. J'ai les grappes délicieuses,
Les libellules gracieuses,
La forêt vierge aux fleurs mystérieuses,
J'ai tous les blonds petits enfants
Leurs chants.
44. En toi, j'ai sources et colline
Lianes, pervenche, aubépine
Frais nénuphars, chèvrefeuille, églantine
Le frisilis du peuplier
Léger.
45. J'ai l'avoine folle et tremblante,
Des vents la voix grave et puissante,
Le fil de la Vierge, la flamme ardente
Le zéphir, les buissons fleuris,
Les nids.
46. J'ai le beau lac, j'ai la vallée
Solitaire et toute boisée
De l'océan j'ai la vague argentée
Poissons dorés, trésors divers
Des mers.
47. J'ai le vaisseau fuyant la plage,
Le sillon d'or et le rivage
J'ai du soleil festonnant le nuage
Alors qu'il disparaît des Cieux
Les feux.
48. En toi, j'ai la colombe pure.
En toi, sous ma robe de bure
Je trouve bague, colliers et parure
Joyaux, perles et diamants
Brillants.
49. En toi j'ai la brillante étoile,
Souvent ton amour se dévoile
Et j'aperçois comme à travers un voile
Quand le jour est sur son déclin
Ta main.
50. Toi dont la main soutient les mondes
Qui plantes les forêts profondes,
Toi qui d'un seul coup d'oeil les rends fécondes,
Tu me suis d'un regard d'amour
Toujours.
51. J'ai ton Coeur, ta Face adorée
Ton doux regard qui m'a blessée
J'ai le baiser de ta bouche sacrée
Je t'aime et ne veux rien de plus
Jésus.
52. J'irai chanter avec les anges
De l'amour sacré les louanges
Fais-moi voler bientôt en leurs phalanges
O Jésus ! que je meure un jour
D'amour !....
53. Attiré par la douce flamme
Le papillon vole et s'enflamme.
Ainsi ton amour attire mon âme
C'est en lui que je veux voler
Brûler !....
54. Je l'entends déjà qui s'apprête
Mon Dieu, ton éternelle fête.......
Aux saules prenant ma harpe muette,
Sur tes genoux je vais m'asseoir
Te voir !...
55. Près de Toi, je vais voir Marie....
Les Saints.... ma famille chérie !...
Je vais après l'exil de cette vie
Retrouver le toit Paternel
Au Ciel !.......
Tu ne serais pas trop contente. Ton jardin est très négligé, et ce n'est pas peu dire. En plus, cette année, la végétation semble pousser deux fois plus vite que normalement ! Les arbres prennent des proportions inquiétantes. La mousse envahit les allées. La bande gazonnée qui t'avait coûtée beaucoup de peines est de plus en plus envahie par des plantes parasites, même si je la tonds le plus souvent possible.
Ah ! Une bonne nouvelle. Vincent est enfin venu. Le 26 juin, il a enlevé les tuiles côté nord. Dans la semaine, il est venu deci-delà changer les caches-moineaux. D'après Séverine, il viendrait toute la semaine prochaine. Pour dire, je ne l'ai même pas vu, Vincent... Depuis mai 2021 qu'on l'attendait. Depuis, il s'est passe bien des choses.
À la fin de cet article, je t'ai mis une chanson que tu aurais aimée, j'en suis sûr. C'est très doux, et les paroles sont très belles. Je les ai ajoutées. La chanteuse, Gisèle Pape, est organiste, au départ, et ça se sent.
Le temps passe, et tu nous manques tellement, tellement !
Quand le chant des pistes s'éleva sur la plaine
juste après la pluie dans l'odeur de la terre
là où surgissent les couleurs des vallées
là dans la nuque des ravins ondulés
je retiens l'écho dans le creux de ma main
au rayon de l'eau, à l'abri, en chemin,
je planterai un arbuste à sa trace
je mêlerai son écorce à l'espace
La plaine, dans ses habits infinis devenait le monde entier
Et quand tous les chants peu à peu résonnèrent
quand sous les fossiles, les racines s'éveillèrent
redécouvrant les contours oubliés
d'un territoire peu à peu dessiné
je retiens les traits invisibles des chemins
au rayon de l'air, étourdi, au matin
je ferai miennes les histoires une à une
jusqu'à savoir les collines et les dunes
La plaine, dans ses habits infinis devenait le monde entier
Mais quand la poussière sera toute recouverte
de nouveaux reliefs, de tracés éphémères
quand tous les sentiers foulés par nos ancêtres
l'un après l'autre disparaîtront des terres
quels seront les chants de nos cités architectes
la cartographie du ciment et du fer
quand les eaux de pluie n'iront plus à la terre
quel sera le sens du mot désert
Je voudrais l'orage je voudrais le tonnerre
je voudrais sentir dans les brins de la terre
qu'il existait des chants parmi les pierres
dans la fraîcheur et le son du désert
et quand tous ces chants m'auront dit leur histoire
je voudrais qu'il reste dans l'écorce de mon arbre
le souvenir et les rêves de ce temps
quand les rochers fredonnaient doucement
La plaine, dans ses habits infinis devenait le monde entier
Je ne connaissais pas le chanteur Grégoire, sinon parce qu'il est à l'origine, comme compositeur, du magnifique album Thérèse - Vivre d'amour (2013). Cette chanson, Ma maladie, dit tout... Il y a aussi Ta main, premier titre de son premier album (2008).
Grégoire, Live au Studio 1719 (2022)
Et une autre belle chanson, en alexandrins.
Maman pense fort à Madeleine pour sa première journée de consultations à Corbie demain. Bon courage, Bibiche, je t'aime depuis le ciel. Je t'aime, je suis fière de toi.
Ma chère Hélène, en ce jour où tu n'as pas eu 56 ans, une chanson m'a trotté dans la tête toute la journée.
Voici la version de ta chère François Hardy, qui a été enregistrée en 1967, l'année de ta naissance.
J'ai ajouté la magnifique interprétation du regretté Marc Ogeret, insurpassable (1975).
Il n'y a pas d'amour heureux
Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n’y a pas d’amour heureux
Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu’on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu’on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n’y a pas d’amour heureux
Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j’ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n’y a pas d’amour heureux
Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l’unisson
Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n’y a pas d’amour heureux
Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l’amour de la patrie
Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs
Il n’y a pas d’amour heureux
Mais c’est notre amour à tous les deux
Son pays, c'est la vie
C'est petit mais joli
Peut-être a-t-elle vieilli
Mais elle ne m'a rien dit
Ça fait tellement longtemps
Pour moi, qu'elle a 30 ans
Le temps passe et pourtant
Malgré ses cheveux blancs
Son ventre un peu plus large
Et les ongles du temps
Qui griffent son visage
Et ses mains toutes dures
La plus belle sur la terre
La plus belle, je le jure
La plus belle, c'est ma mère
Elle me connaît par cœur
Mais elle m'aime quand même
Elle m'a soignée des heures
Et des nuits par centaines
Elle a fait tant d'efforts
Qu'elle s'inquiète encore
Quand il fait froid dehors
Elle donne, elle pardonne
Elle ne juge jamais
Non plus; rien ne l'étonne
Elle a tellement pleuré
Mais malgré ses blessures
La plus belle sur la terre
La plus belle, je le jure
La plus belle, c'est ma mère
Et quand le jour se lève
Elle repart au galop
Dans son petit manteau beige
Elle a l'air d'un moineau
Mais quand elle me regarde
Elle a les yeux qui brillent
La plus belle, c'est sa fille
Aujourd'hui chaque fois
Que j'ai mal à la vie
C'est fou, je la revois
Comme quand on était petits
Depuis longtemps, c'est sûr
La plus belle sur la terre
La plus belle, je le jure
La plus belle, c'est ma mère
Moi, j'ai jamais su faire
Pour savoir à la fois
Rester femme, être mère
Essayer d'être moi
Depuis que j'ai grandi
Je cherche la sortie
Et je n'ai rien compris
Mais quand je la regarde
Avec tout son courage
Et ses mains toujours froides
Et son petit visage
Aujourd'hui, j'en suis sûre
La plus belle sur la terre
La plus belle, je le jure
La plus belle, c'est ma mère
Et quand je vais la voir
Elle est comme une poupée
Sauf que dans mon regard
Elle n'a jamais changé
Mais s'il n'est pas trop tard
Aujourd'hui je lui dis
Tout simplement "merci"
J'aimerais tant savoir
Revenir en arrière
Et surtout la revoir
Dans les yeux de mon père
Alors, quand c'est trop dur
La plus belle sur la terre
La plus belle, je le jure
La plus belle, c'est ma mère
Nous sommes nés par le désir d'une mère
Abusive, absente, lointaine ou étouffante...
Cela n'enlève rien à l'évidence :
Nous sommes nés de l'amour d'une maman.
À l'instant du premier regard
Immense comme un abandon
Il a fallu ce don de soi
Pour nous propulser dans le monde.
Nous sommes encore un peu sonnés
Nostalgiques du premier nid
Même quand on sait se camoufler
Dans nos discours, dans nos machismes.
Nous sommes nés par le désir d'une mère
Elle demeure socle de nos origines
Ce tout premier bain de jouvence
Cueillant sur son sein le calice.
Et depuis nous battons la terre
En quête de ce même trésor
Solitaires marins sans mer
Boire à l'innocence encore !
Malgré ses failles et ses faiblesses
La vie se prononce par son nom
Pour l'enfant en mal de caresse
Elle est la clarté de l'aurore
Elle est la clarté de l'aurore.
Nous sommes nés par le désir d'une mère
Mais nous savons qu'elle partira un jour
Dans l'immensité du grand large
Laissant derrière elle ce vide incurable.
Je n'aurai pas de roses blanches
À lui offrir la larme à l'œil
Elle restera dans son absence
Immortelle racine de tilleul
Elle deviendra la coloquinte
Mon églantine ou ma colombe
Rosée fraîche de ritournelle
La secrète roue du silence
Et puis dans la terre féconde
Qui la bercera comme sa mère
Je planterai son effigie
Cette image qui m'ouvre le ciel
Cette image qui m'ouvre le ciel.
Nous sommes nés par le désir d'une mère
Abusive, absente, lointaine ou étouffante...
Cela n'enlève rien à l'évidence :
Nous sommes nés de l'amour d'une maman !
Quand le fil de ma vie (hélas, il tient à peine !)
Tombera du fuseau qui le retient encor ;
Quand ton nom, mêlé dans mon sort,
Ne se nourrira plus de ma mourante haleine ;
Quand une main fidèle aura senti ma main
Se refroidir sans lui répondre ;
Quand mon dernier espoir, qu'un souffle va confondre,
Ne trouvera plus ton chemin ;
Prends mon deuil : un pavot, une feuille d'absinthe,
Quelques lilas d'avril, dont j'aimai tant la fleur !
Durant tout un printemps qu'ils sèchent sur ton cœur ;
Je t'en prie : un printemps ! cette espérance est sainte !
J'ai souffert, et jamais d'importunes clameurs
N'ont rappelé vers moi ton amitié distraite ;
Va ! j'en veux à la mort qui sera moins discrète,
Et je ne serai plus quand tu liras : « Je meurs. »
Porte en mon souvenir un parfum de tendresse ;
Si tout ne meurt en moi, j'irai le respirer.
Sur l'arbre, où la colombe a caché son ivresse,
Une feuille, au printemps, suffit pour l'attirer.
S'ils viennent demander pourquoi ta fantaisie
De cette couleur sombre attriste un temps d'amour,
Dis que c'est par amour que ton coeur l'a choisie ;
Dis que l'amour est triste, ou le devient un jour ;
Que c'est un voeu d'enfance, une amitié première ;
Ah ! dis-le sans froideur, car je t'écouterai !
Invente un doux symbole où je me cacherai.
Cette ruse entre nous encor... c'est la dernière.
Dis qu'un jour, dont l'aurore avait eu bien des pleurs,
Tu trouvas sans défense une abeille endormie ;
Qu'elle se laissa prendre et devint ton amie ;
Qu'elle oublia sa route à te chercher des fleurs.
Dis qu'elle oublia tout sur tes pas égarée,
Contente de brûler dans l'air choisi par toi.
Sous cette ressemblance avec pudeur livrée,
Dis-leur, si tu le peux, ton empire sur moi.
Dis que l'ayant blessée, innocemment peut-être,
Pour te suivre elle fit des efforts superflus,
Et qu'un soir accourant, sûr de la voir paraître,
Au milieu des parfums, tu ne la trouvas plus.
Que ta voix, tendre alors, ne fut pas entendue ;
Que tu sentis sa trame arrachée à tes jours ;
Que tu pleuras sans honte une abeille perdue ;
Car ce qui nous aima nous le pleurons toujours.
Qu'avant de renouer ta vie à d'autres chaînes,
Tu détachas du sol, où j'avais dû mourir
Ces fleurs, et qu'à travers les plus brillantes scènes,
De ton abeille encor le deuil vient t'attendrir.
Ils riront : que t'importe ? Ah ! sans mélancolie,
Reverras-tu des fleurs retourner la saison ?
Leur miel, pour toi si doux, me devint un poison :
Quand tu ne l'aimas plus il fit mal à ma vie.
Enfin, l'été s'incline, et tout va pâlissant :
Je n'ai plus devant moi qu'un rayon solitaire,
Beau comme un soleil pur sur un front innocent
Là-bas... c'est ton regard : il retient à la terre !
Nous pensons beaucoup à toi. C'est dur d'imaginer que tu n'es plus là. Tu es partout et tu es nulle part. Nous t'envoyons plein d'amour. Tout plein d'amour.