Et voilà, ce n'est q'une nouvelle année.
Chez toi, il n'y a pas d'années, pas de mois, pas de semaines, pas de jours, pas d'heures, pas de minutes, pas de secondes.
Il n'y a d'ailleurs pas de mètres, pas de centimètres, pas de millimètres.
Il n'y a pas non plus d'hémoglobine, de leucocytes, de plaquettes, de protéines sériques, de gamma globuline, pas de bonne santé, pas de maladie, pas de myélome, pas d'électrophorèse des protéines.
Y a t-il du silence, ou la notion de silence ne veut-elle rien dire ?
Il n'y a pas de bons, pas de méchants, pas de vérité, pas de mensonge, pas de loyauté, pas de trahison, pas d'amis, pas d'ennemis.
Y a t-il de la beauté, ou la notion de beauté ne veut-elle rien dire ?
Y a t-il des émotions, ou se passe t-on de tout sentiment, de tout ressentiment ?
Sans doute n'y a t-il pas de sons, pas de bruit, pas de tumulte, d'agitation, de stress.
Sans doute n'y a t-il pas d'états d'âmes. Y a t-il des âmes ?
Y a t-il des prières ?
Y a t-il des envies, des désirs, de l'abnégation, de la compassion, de la jalousie, de la bienveillance ?
Il n'y a ni amour ni haine.
Il n'y a ni la vie ni la mort, ni le ciel ni l'enfer, mais y a t-il des anges ?
Qu'y a t-il ?
Saloperie de vie, saloperie la mort.
Je sais que, désormais, vivre est un calembour.
La mort est devenue un état permanent.
Le monde est aux fantômes, aux hyènes et aux vautours.
Moi, je vous dis : " bravo " et " vive la mort ! "
Hubert-Félix Thiéfaine, Alligator 427 (1979)



















































