vendredi 17 novembre 2017

Des lys et des rides

 
Il y a un mois, j'ai fait un voyage express en Alsace pour embrasser ma mère le jour de ses 83 ans. Fille de l'automne aux yeux verts, elle ressemble chaque année davantage à cette saison mélancolique.
Depuis peu, des rides profondes dessinent sur son visage une géographie vivante et émouvante. J'aime ces sillons qui me parlent de la terre, de la matière et qui me rappellent les étoffes qu'elle a manipulé toute sa vie.  Le bonheur n'est pas lisse mais plein de coins et recoins, de surprises. Et d'aspérités parfois.

Régis Chenut, mon maître de musique, offrait toujours des lys à ma mère quand elle l'invitait à dîner. Il arrivait avec son immense bouquet et le salon se transformait en loge de cantatrice. Le parfum très  écoeurant des ces fleurs bulbeuses envahissait peu à peu tout l'espace de la maison. Était-ce en raison de leur important taux vibratoire qu'il choisissait ces fleurs ? Je ne l'ai jamais su.

Je me suis emparée de ce souvenir et j'ai rendu hommage à ma mère en lui offrant mon bouquet et suis repartie.

Les fleurs se sont ouvertes une à une, après mon départ.