Quand on a une maladie du sang, il vaut mieux éviter d'emprunter des livres dans une bibliothèque et je n'avais pas renouvelé mon inscription depuis 2012. Mes défenses immunitaires n'étant pas trop mauvaises actuellement, je me suis décidée à reprendre un abonnement. Avec quelques précautions (choisir des livres récents, désinfecter les couvertures), ce n'est pas pire que de pousser un caddie de supermarché ! Quelle joie de sortir de chez soi pour en ramener des livres qu'on n'aurait pas forcément achetés.
Par exemple des bandes dessinées. J'ai choisi une série de deux au hasard en passant dans le rayonnage. Parce que les illustrations étaient soignées et que cela parlait d'histoire de l'art, de secrets de famille. Je trouvais la thématique de la collection Secrets intéressante : Frank Giroud, le scénariste, creuse l'idée des mystères familiaux, longtemps refoulés, qui ont des répercutions dans la vie des personnages.
Comme pour Clovis Chaumel représentant médical, marié, deux enfants, dont la vie bascule lorsqu'au musée d'Orsay, il découvre l'Angelus de Millet. Soudain, il est pris d'un malaise alors qu'il contemple la toile. Interloqué, il essaie de comprendre cette sensation de mal-être qui s'est emparée de lui, quitte à déterrer d'anciens secrets de famille et à se découvrir un demi-frère… Avec en parallèle à sa propre quête, la fascination de Dali pour le tableau de Millet.
Mais installée dans mon canapé, heureuse comme une ado plongée dans sa BD, je découvre que le héros de l'histoire est atteint d'un myélome. Flûte alors. Quel étrange signe, tout de même ! Évidemment, cela a gâché mon plaisir d'évasion.
D'autant plus, qu'il y avait tellement d'erreurs, que j'ai trouvé cela peu respectueux des malades souffrants de ce cancer. Ce n'est pourtant pas compliqué de trouver des renseignements mêmes minimes quand on écrit un scénario de BD !
L'approximation m'a toujours horripilée...
D'abord, il n'arrive pas à dire à sa femme qu'il est atteint d'un myélome mais le révèle à la prof d'arts plastiques de son fils. Admettons. Cela peut être une réaction possible de certains malades, de vouloir protéger leurs proches. Ou de ne pas être capables de dire une nouvelle si lourde.
Mais quand évoquant sa thérapie future, il emploie le terme de transplantation pour une greffe de moelle osseuse, là, cela me fait bondir. On parle de transplantation pour un organe. Ce n'est pas très sérieux...
Ensuite, on le voit toujours en forme. On se demande même quels sont ses symptômes. Il va même jusqu'à vivre dans un mobile home sans chauffage, dans des conditions d'hygiène un peu douteuses, se lance dans une carrière de peintre décorateur au milieu des effluves de solvants divers. Il boit de l'alcool, fume, s'amourache de la prof d'arts plastiques. Et supporte son traitement comme si c'était de la tisane. Là, le scénariste ne s'est pas trompé, ce sont bien deux médicaments classiques pour soigner le myélome : Bortézomid (Velcade) et Dexaméthasone (Cortisone).
Et quand il découvre qu'il a un demi-frère, Louis, il ne veut pas lui demander de vérifier si leurs moelles sont compatibles car il pense qu'on va lui faire un myélogramme (prélèvement de moelle dans le sternum). Et bien non, cher monsieur scénariste : une simple prise de sang permet de le savoir !
Tout est bien qui finit bien : le service d'hématologie l'appelle pour lui dire qu'ils ont trouvé un donneur anonyme mais on suppose que c'est certainement ce demi-frère...
Sauf que ce choix thérapeutique n'est pas crédible. Dans le cas d'un myélome, une allo-greffe n'est proposée qu'en dernier
recourt, quand les autres solutions n'ont pas marché (chimiothérapies,
autogreffes). Et désolée pour Clovis Chaumel, l'allo-greffe ne donne pas d'aussi bons résultats que pour les leucémies.
J'ai refermé ces deux livres remplis de bulles un peu trop toxiques.
Cela aurait pu être une belle histoire sur les liens du sang.
Dommage...