vendredi 3 décembre 2021

Ad libitum

 Depuis le 3 octobre 2021 à 21 heures, l'auteur de ce blog nous a quittés, dans sa forme terrestre. Elle avait 54 ans et six mois. Cela fait maintenant juste deux mois.

Voici la photographie qu'elle avait choisie pour son compte Google. Elle lui ressemblait.

Il s'agit d'un cliché pris lors de notre visite de la forge de Buffon, le 3 août 2014. Elle était alors encore en rémission de son myélome, à la suite de sa première autogreffe.

Le dernier article publié sur ce blog est consacré à sainte Thérèse. C'était aussi le sujet de sa dernière broderie, qu'elle avait elle-même imaginée. Elle tenait plus que tout à la terminer, mais durant ses dernières semaines, ses mains tremblaient et tout activité minutieuse lui a été impossible, comme cette fine broderie, comme jouer de la harpe, et, à la fin, même tenir sa liseuse lui était difficile. Elle évoque cette broderie, son ex-voto, dans l'article publié le 26 juillet 2021, « Prière à sainte Thérèse ». Malheureusement, l'espoir porté par cette prière ne s'est pas réalisé. Voici cet ouvrage tel qu'elle l'a laissé :



Mais justement, sainte Thérèse s'est manifestée lors d'une de ses dernières nuits, alors qu'elle était au service des soins palliatifs à l'hôpital Saint-Victor à Amiens, où elle s'est éteinte doucement entre le 29 septembre et le 3 octobre, après une journée le 28 septembre aux urgences vitales.

Le 30, une des aumônières  qui l'avaient visitée lors de son long séjour en hématologie est venue la voir et prier. J'avais posé un minuscule oratoire portatif de sainte Thérèse sur la table de chevet.


 En partant, l'aumônière a laissé un lumignon que nous avons déposé devant l'oratoire.

La nuit venue, alors que j'étais couché comme chaque soir sur une lit d'appoint dans la chambre d'Hélène, levant les yeux au plafond, j'ai vu une croix noire parfaitement dessinée juste au-dessus de sa tête, placée perpendiculairement au lit. Malgré l'obscurité qui régnait dans la chambre, la lumière du couloir, perçant à travers la porte mal jointe, apportait une faible lueur. Ainsi, le plafond, au lieu d'être noir, était gris, et la croix, plus sombre, se distinguait parfaitement.

Il s'avéra qu'elle n'était le résultat d'aucun phénomène mystérieux, mais le reflet des quatre branches de la potence à perfusions, plantée au coin supérieur droit du lit, que projetait au plafond le lumignon que j'avais posé devant la figurine de sainte Thérèse.
 

 

 
Cependant, comment s'empêcher de penser que ce phénomène ne devait rien au hasard ? Que l'addition d'éléments du monde religieux et d'un objet ordinaire de l'hôpital, dont les branches étaient justement disposées de manière à former une croix, n'étaient pas qu'une coïncidence ? Religion et maladie faisaient partie intégrantes du quotidien d'Hélène, en lien étroit l'une avec l'autre. Quoi d'étonnant, au moment où elle finissait sa vie terrestre, alors qu'elle ne pouvait plus s'exprimer, plus parler, plus bouger, qu'une force extérieure se manifeste ?

Malheureusement, le miracle ne se reproduisit pas, puisque la potence, qui ne servait plus, du moins pas dans son emploi premier, fut enlevée le lendemain matin.

Mais ainsi, sa chère petite sainte Thérèse lui avait adressé un signe fort peu avant son trépas.
C'était le 30 septembre, date de son décès en 1897... Et le lendemain, jour de sa fête.

Pour terminer, en ce jour anniversaire, je tiens à citer deux passages de ses nombreux articles traitant de sa maladie, tant dans ce blog que dans son blog de brodeuse. Ces passages sont tout elle.

Dans ce premier passage, elle parle de Bourvil, qui est mort également du myélome :
 « Depuis l'annonce de ma nouvelle rechute, comme lui, j'aimerais crier mais je reste muette. Asphyxiée. Tous ces efforts faits depuis 2012, ces traitements qui me maintiennent en vie de rechute en rechute, c'est si lourd à supporter. Quel prix faudra-t-il payer pour rester encore un peu sur cette terre entourée de ceux que j'aime ? »
« Comme lui, je m'interroge sur le sens de cette maladie qui touche principalement des hommes âgés, selon les statistiques. Alors pourquoi moi ? Entre révolte et résignation, je poursuis mon chemin à la rencontre peut-être d'une montagne où, enfin, je pourrais me laisser aller à crier et repartir apaisée, confiante et combattive. »
 
Le second a été publié le 11 février 2018, une époque où elle émergeait tout juste  d'un terrible combat :
« Enfin, je veux le croire de toute mon âme, le soutien de certains anges là-haut au ciel, guidés par la Vierge, sainte Thérèse. Puissent mes prières monter jusqu'à eux pour les remercier et leur demander de m'aider encore et toujours sur ce chemin difficile. »

Et tant et tant de textes qu'elle a écrit, dans ses cahiers, ses carnets, ses blogs, et qui, finalement, parlent toujours d'amour.

Pour finir, je voudrais dire un mot de ses toutes petites mains, qui m'ont toujours émues, ces mains agiles, tant pour tirer sur les cordes de la harpe ou sur l'aiguille de la brodeuse, pour écrire et aussi pour attraper les mouches ! Mais il y a aussi toutes ces aiguilles qu'on y a enfoncées pendant dix ans. Ainsi, le 28 septembre 2021.

 
Et enfin nos derniers contacts alors qu'elle était inerte. Main de maman et main de Madeleine, avec le petit écureuil qu'elle emmenait à l'hôpital et qui est resté près d'elle jusqu'à la fin.
 

 Et pour la suite :
 

 Nous t'aimions, nous t'aimons.