Je ne parlerai pas des résultats. C'est trop tôt. Je ne veux pas me réjouir prématurément ni douter de l'efficacité de ce lourd traitement. Je laisse faire. J'attends. Je recommence dans trois semaines. On me parle de six cures au moins ! Vertige. Je ne me prépare qu'à la prochaine, effrayée par cette montagne à franchir. Qu'y a-t-il de l'autre côté ? Je me concentre sur les pas de ma future montée, juste devant moi. Et pour l'instant, je profite de ma période de repos, à la maison, à quelques jours de Noël.
J'ai eu la chance de passer ce séjour dans une grande chambre double, sans aucune voisine, et donc de pouvoir m'occuper sans déranger ni être dérangée par personne.
Et d'installer des petits coins qui me ressemblent, rassurée par ces petites touches personnelles qui me sont vitales pour gommer les caractéristiques hospitalières et inhospitalières des lieux.
Fidèles au poste, un certain nombre d'objets m'accompagnent dans les chambres que j'occupe, constituant une sorte de décor immuable.
Sur la table de nuit, pas loin de moi, j'aime disposer des porte-bonheurs, des livres.
A l'intérieur du meuble, je stocke un véritable garde-manger. La cortisone me donne des fringales dignes de celles du chef d'orchestre joué par Louis de Funès dans la Grande Vadrouille, au moment de l'entracte. Et les repas ne sont pas toujours à mon goût. Pas d'autre solution que de grignoter.
Un coussin confortable adoucit la dureté de l'oreiller et du matelas, à l'heure du repos. Il apporte un peu de couleur et de bonne humeur.
Je vaporise parfois du parfum pour anéantir celui des draps qui bien que bouillis et changés tous les jours, gardent une drôle d'odeur de torchon de cuisine.
Un peu partout, je déploie des étoles pour réchauffer l'ambiance lors de mes activités nombreuses et variées : écouter la radio en brodant, lire sur ma liseuse des romans évasion, feuilleter des catalogues de graine et même faire du vélo !
Au fil des jours, j'ancre mes habitudes.
Le matin, j'aime regarder le ciel de loin. Un arbre décharné maigrichon, les phares des voitures, l'ombre des passants dessinent les arabesques du jour qui se lève. Elles célèbrent une nouvelle aurore et une nuit de passée. Une petite victoire qui prend des allures de triomphe à l'heure du petit déjeuner caféiné ou chocolaté qui est le seul repas à me mettre en joie à l'hôpital. A condition d'éviter le thé, trop mauvais, infusé dans une eau tiède.
Heureusement, j'ai mon espace "Five O'clock" et ma réserve d'infusions pour survivre. Le rituel de la tasse de thé me sauve de la déprime et j'en prépare à mes amours quand ils viennent me voir. Presque comme à la maison.
Ici, le patient a vite fait de traîner au fond d'un lit, sans se préoccuper de rien. Je crois que c'est cet état que je déteste. Cette paresse de vivre qui s'installe et qui peut être dangereuse, déstabilisante. Mortelle.
Alors régulièrement, je sors de ma chambre pour un petit tour dans les couloirs. Le patio fleuri reste le lieu favori de mes déambulations de moniale rasée sous le turban (que je porte moins bien que Romy Schneider). J'y traîne ma potence, plus clignotante qu'un sapin de Noël et que le soir, je transforme en épouvantail pour atténuer la luminosité des pompes. Il prend presque figure humaine dans la nuit et je crois parfois voir un fantôme quand je me réveille après m'être un peu assoupie lorsque la cortisone a pitié de moi et de mes insomnies.
Je sais exactement maintenant quoi emporter dans ma valise lors de mon prochain séjour... et comment m'occuper. Mais je n'ignore pas qu'à chaque hospitalisation, il faut s'attendre à des imprévus et être ouverte à tout. Ce qui n'est toujours pas mon fort !
Cet article est dédié à Josette et à Claude, son mari, qui à 70 ans, n'a pas survécu à son myélome, fragilisé par des années de lourdes pathologies associées à sa maladie. Il est décédé le 10 décembre à l'hôpital Saint-Louis (Paris), pendant que de mon côté, je commençais ma 2e cure.Il a fait les mêmes complications d'hyperviscosité que moi en 2018.Une plasmaphérèse n'a pas pu le sauver.Cela m'a déstabilisé, démoralisé, refait revivre cet épisode où j'aurais pu moi-même sombrer dans un coma fatal. Josette a compris que cette similitude était dure à vivre pour moi et a trouvé les mots justes pour m'encourager à rester positive, combattive.Je voulais la remercier ici et rendre hommage à ce couple, soudé dans cette terrible bataille.Une belle image d'amour et de vie.Au delà de la maladie.




























