mardi 3 mars 2020

Fait divers

C'est dans cette catégorie que les journaux publient des événements qui bouleversent pourtant des vies : accidents, crimes, sinistres. Les mots sont parfois mal choisis.


L'incendie qui s'est déclaré vendredi 28 février 2020 vers 12h30 dans les locaux de Lagoona, l'oeuvre de 30 ans de passion au service du son et de l'image, restera pour mon frère Denis, son associé Gilles et son équipe de 22 salariés, bien plus qu'un fait divers. Un traumatisme. Une sidération comme l'exprime mon frère, président de Lagoona.

L'entrepôt de 1200 m2 a été complètement détruit ; seuls les serveurs et les ordinateurs ont été sauvés. Aucune victime humaine, miraculeusement.
Mon frère estime à 6 millions d'euros, les pertes matérielles. 
Cette catastrophe impacte non seulement la société Lagoona, mais également le monde du spectacle et de la musique, fortement ému par ce drame.
Tout ça à cause d'une batterie au lithium défaillante qui a pris feu lors de la charge d'un projecteur.

Je reste plus que jamais frappée par la fragilité et l'impermanence des choses. A tout moment, nous pouvons tout perdre. Si nous en avions conscience, nous ne pourrions pas vivre, terrassés par l'angoisse.

Denis a toujours mis les hommes au cœur de son métier. La technologie n'est pas une fin en soi mais sert à magnifier l'espace visuel et sonore des salles et des scènes pour la satisfaction des artistes qui s'y produisent, le plaisir du public qui vient s'y divertir.

Si sa société a perdu son parc spécialisé (projecteurs, tables de mixage, micros...), Denis conserve ce qui fait toute sa force, l'amour des autres. Ces autres qui aujourd'hui font preuve d'une grande solidarité et lui témoignent non seulement beaucoup de compassion mais lui proposent de l'aide.

 Alors, oui, Lagoona va renaître de ses cendres et c'est déjà le cas : 3 jours après le sinistre, les activités ont déjà repris à 100%. Je trouve cela incroyable...

La reconstruction de cette pépite alsacienne sera une aventure humaine comme les aime mon frère. En 2015, il répondait aux questions d'un journaliste d'Alsace20 sur la spécificité de leur métier et on y devine toute sa passion. 
Ce feu sacré chassera les fumées noires de l'incendie. 

 
Et un jour, peut-être, c'est Lagoona qui illuminera Notre-Dame de Paris, ressuscitée.

 
 La carte de voeux de Denis, terriblement prémonitoire...

dimanche 1 mars 2020

Maestro Karajan

Il dirige du bout des doigts, comme s'il pinçait des cordes invisibles, frappait un clavier imaginaire.

 

Les yeux fermés, tel un chaton nouveau né, il fait patte de velours pour maintenir l'orchestre dans le doux, le feutré.



Il sait aussi se faire aigle, les serres acérées, quand Richard Strauss souffle la tempête.


De ses gestes précis, harmonieux, il danse la musique plus qu'il ne la dirige. 


Écouter l'orchestre philharmonique de Berlin exprimer toute sa musicalité, guidé par la baguette d'Herbert von Karajan, est un moment de pure beauté. 

Loin des zones d'ombre attachées à la légende de ce chef d'orchestre hors norme.

jeudi 27 février 2020

La terre écoute ?

Quelle étrange invasion fongique survenue durant la nuit dans le jardin gorgé d'eau comme une éponge !

 
 

Est-ce la plaisanterie d'une fée des bois qui se désolait de tant de pluie ?

 

J'ai connu des champignons plus esthétiques, surtout parmi les vénéneux. Les fameux rouges à points blancs, souvent associés aux nains de jardin en plâtre.

Vu de près, on dirait du cartilage auriculaire.

 

La terre se mettrait-elle à espionner les hommes pour savoir ce qu'ils comptent faire pour la sauver ? Elle semble être tout ouïe, dans l'attente de bonnes nouvelles. 

A moins que ces sphincters étoilés, rejettent toute la pollution accumulée depuis des générations, pour purifier la terre, l'empêcher d'étouffer.

 
 

La première violette, toute chiffonnée d'être à proximité d'un tel voisinage, irait bien fleurir ailleurs, si elle le pouvait.


Moi, je continue à être perplexe. Qui êtes-vous, curieux champignons ? Je ne prendrais pas le risque de vous manger. J'hallucine déjà assez comme cela, vous ne trouvez pas ?!

mercredi 26 février 2020

Les alités # 2

  Un univers d'écrivains dans ma tasse de thé ?
Seulement dans ma liseuse...


Mon grand-père maternel, non sans humour, avait coutume de dire : "Pour vivre heureux, vivons couchés". J'ai la chance comme lui, d'avoir toujours aimé passer du temps dans mon lit. Lycéenne et étudiante, je surlignais mes cours et je les apprenais allongée. Je suis incapable de lire de manière très concentrée ailleurs que dans un lit, le corps bien au repos, l'esprit en éveil.

Certains malades répugnent à rester alités, comme si c'était un signe de faiblesse ou de mort annoncée. Pas moi. Être couchée m'offre un paisible réconfort, me permet d'économiser mes forces, de reposer mon dos, et d'être ensuite beaucoup plus opérationnelle. 

Évidemment, je plains les personnes qui n'ont plus d'autre choix que de rester en permanence dans leur lit, souvent à l'hôpital, avec l'incapacité ou l'interdiction de se lever. Ça, c'est une autre épreuve !  

Certains résistent grâce à leur amour des livres.

Sylvain Tesson sorti du coma après sa terrible chute en 2014, dévore un livre par jour, l’œil droit pourtant bandé et le corps fracassé. Bernanos, Péguy, Apollinaire, Villon et bien d'autres, partagent sa chambrée :
"Tous ces écrivains morts soutiennent les blessés, au fond du lit, dans la morne torpeur des journées sans contours. Dans les nuits d'angoisse, jamais les livres ne m'ont à ce point semblé des compagnons. Sans eux, serais-je debout ?"
Françoise Hardy, souvent immobilisée dans son long parcours de malade, reste une insatiable lectrice, alternant selon son état de fatigue, les livres de réflexion avec les romans plus divertissants.

Lire est un effort, une discipline mais aussi une allégresse.

J'éprouve moi aussi ce plaisir immense à passer beaucoup de temps en compagnie des mots, de préférence sur ma liseuse. Peu importe le flacon, pourvu que j'ai l'ivresse de l'évasion dans d'autres histoires que la mienne, l'émotion des pages bien écrites.

Un grand nombre d'écrivains me sont aussi chers que de véritables amis.


Je partage avec Fanny Ardant le goût pour les romans sentimentaux 
surannés (Delly, Magali, Max du Veuzit...) souvent considérés
 comme de la mauvaise littérature. 
A vous de juger : les oeuvres de Delly et Max du Veuzit sont désormais 
libres de droit et téléchargeables gratuitement,

mardi 25 février 2020

Les alités # 1

Dernièrement, j'ai pris conscience que les écrivains qui avaient nourri mon adolescence, Colette et Proust, avaient tous deux fait l'expérience de l'isolement dans une chambre, à la fin de leur vie. Le plus souvent couchés, souffrants, ils distillaient dans ce drôle d’alambic confiné, leurs souvenirs d'un temps d'autrefois qui ne reviendrait pas.

Colette, percluse de polyarthrite, allongée sur son "lit-radeau", a écrit durant cette période de claustration des récits où s'épanouit sa prose sensuelle, plus mature que jamais.  Depuis sa "solitude en hauteur", elle écoutait les rumeurs du jardin du Palais Royal à travers ses fenêtres ouvertes. Les rires des petits parisiens faisaient écho à ceux de l'enfant sauvageonne de Saint-Sauveur-en-Puisaye.

 

Proust, très vite, s'est barricadé dans une prison de liège, une bulle de protection contre les agressions extérieures, les poussières, les microbes, concentré à finir son œuvre coûte que coûte, conscient que le temps lui était compté... Défi gigantesque pour un être si malade et fragile.


Je pense souvent à eux quand je passe du temps dans mon lit, entre rêveries et pensées vagabondes. Le doux cocon des couvertures, l'univers moelleux qui atténue les douleurs, serait-il propice à la gestation des souvenirs et à leur expression littéraire ? Dans cet état de semi-conscience, les émotions resurgissent, prennent de l'ampleur, se transforment en mots. 

La création pousse les murs, fait tanguer les lits, ouvre l'espace à l'infini. 

D'une certaine manière, elle triomphe de la maladie.




Chambre de Proust, reconstituée au Musée Carnavalet

Extrait de la présentation (l'intégralité est à lire ici)

"Les plaques de liège rappellent celles qui recouvraient les murs et le plafond de la chambre du 102, boulevard Haussmann où il emménagea en 1906. On retrouve le paravent à décor chinois derrière la tête du lit, le lit à barreaux de cuivre de son enfance. A portée de main, ses " outils de travail " ne quittaient jamais la petite table de palissandre à abattants que l'on voit au premier plan. Quoique très frileux, Proust refusait que l'on allumât le chauffage central de crainte que l'assèchement de l'atmosphère ne provoquât de nouvelles crises d'asthme. Outre les bouillottes et les flambées de cheminée, il tirait sur ses pieds une pelisse réservée à cet usage. A partir de 1914 il ne devait guère quitter son lit. Ses genoux pour seul pupitre, il travaillait sans relâche jusqu'à l'aube. En janvier 1919 Proust dut rompre avec le passé familial, abandonner l'appartement du boulevard Haussmann et se défaire d'une grande partie du mobilier. Le déménagement prit figure de déracinement. En octobre 1919, il s'installa 44, rue Hamelin, "ignoble taudis où tient tout juste mon grabat" écrit-il par dérision à Robert de Montesquiou. Dans cette nouvelle résidence qu'il voulut croire provisoire, il essaya de reconstituer le cercle protecteur de ses objets et de ses habitudes". 

lundi 24 février 2020

En quarantaine



Foule portant des masques, personnel médical en combinaisons protectrices, chambres stériles : depuis l'épidémie du coronavirus COVID-19, ces images ont envahi les médias et entretiennent nos inquiétudes devant l'incontrôlable.

Tous les malades immunodéprimés, en aplasie, soignés pour un cancer hématologique, savent ce que c'est que de devoir sortir avec un masque ou de rester dans une chambre séparée du monde par un sas, avec uniquement des rares visites de personnes masquées.

Je ne peux qu'éprouver de la compassion pour les victimes du coronavirus et pour tous ceux qui restent confinés chez eux dans l'espoir d'y échapper. Je célèbre leur courage et celui des médecins qui soignent dans des conditions difficiles, au péril de leur vie. Particulièrement dans la ville de Wuhan.


En revanche, j'ai été un peu agacée par un reportage au journal télévisé de France 2 sur une étudiante normande qui faisait partie des premiers français rapatriés volontaires en provenance de Wuhan. Je pouvais comprendre l'émotion de cette jeune femme qui retrouvait ses parents après 14 jours d'incertitude sur son sort, et des semaines de tension nerveuse en Chine. 

 

Mais elle présentait sa mise en quarantaine à Carry-le-Rouet, comme quelque chose de terrible alors qu'elle avait bénéficié de conditions d'hébergement agréables (il me semble), dans un environnement magnifique et d'activités détente variées (pratiquées avec masque, certes !)
Les périodes d'isolement dans sa chambre semblaient l'avoir traumatisée à vie. Dans quel état aurait-elle été si elle avait été mise en quarantaine dans une chambre close au service hématologique d'Amiens où en raison de travaux, on ne peut pas voir dehors ? Des tas de patients vivent cela, y compris des jeunes de son âge. Certains durant des mois et en subissant un traitement lourd. Mais les médias ne sont pas là pour les interviewer à leur sortie.

Je suis sûre que cette étudiante va mûrir et qu'un jour, elle comprendra sa chance d'avoir été si bien traitée à son retour en France. Et que peut-être, elle regrettera de s'être livrée ainsi à des journalistes comblés d'avoir trouvé une pauvre innocente pour la séquence émotion du JT. 

Dans quelle mesure, d'ailleurs, les propos diffusés étaient-ils fidèles à ses véritables ressentis, peut-être plus nuancés ? Depuis mon expérience télévisuelle du Concert de Noël, j'ai pris conscience que les reporters peuvent accentuer le pathos des témoignages en sélectionnant les séquences filmées les plus susceptibles de plaire au grand public.

Il aurait peut-être été plus judicieux de diffuser d'autres points de vue complémentaires... ou peut-être aucun ! Je remarque que très souvent maintenant, les journalistes se contentent d'interroger des gens sur n'importe quel évènement qui survient au lieu de faire leur véritable travail d'information, de mise en perspective, etc.

Alors, je vais faire comme le chanteur Philippe Katerine, couper le son... et aussi l'image. Et bouder de plus en plus le show des informations du 20h.

jeudi 20 février 2020

La voie de la sagesse

S'il vaut mieux s'attendre au pire,
 nous n'avons pas de raison de le considérer comme certain.

Jane Austen
Orgueil et préjugés


Que de sagesse dans cet aphorisme si anglais ! Je devrais me le réciter tous les jours pour calmer mes angoisses liées aux hospitalisations et à l'efficacité des traitements.

La parenthèse de la 4e cure m'a permis de prendre de la distance par rapport à beaucoup de choses et donné plus que jamais l'envie d'exprimer ici mes émotions, mes réflexions personnelles. Tout ce qui fait mon essence profonde.

Je n'ai en revanche plus le goût des compte-rendus médicaux trop précis qui avaient peu à peu transformé mon blog en carnet de santé. Je pensais bien faire en vous tenant informés de mon parcours de soin. Je préfère désormais être plus discrète. Cela sera moins anxiogène et pour vous et pour moi.

Je parlerai sans doute forcément encore de la maladie puisqu'elle est ma compagne de chaque jour et éclaire très souvent mon rapport au monde, aux autres. Je ne rentrerai plus dans les détails des protocoles thérapeutiques. Il y a tellement de sujets bien plus passionnants sur lesquels je désire m'exprimer !

Je me repose encore un peu et je vous écris de nouveaux billets très vite...


Premières jonquilles fleurissant sur les talus
 à côté du bâtiment d'hématologie. 
Un doux réconfort sauvage lors de mes sorties pour respirer
 l'air du dehors, lors de mes hospitalisations.

dimanche 9 février 2020

De nouvelles forces

Cette semaine de repos à la maison, j'ai été particulièrement gâtée par la contemplation de la nature et des animaux sauvages qui l'animent de leur présence réconfortante. Certains jours, le soleil m'a fait grâce de sa lumière et j'en avais bien besoin pour recharger mes batteries.

Quelle énergie en ce début du mois de février où, malgré le froid encore hivernal, la végétation se réveille en couleurs.

Blanc immaculé des perce neiges et des hellébores.

 
 
Jaune oranger des crocus et des soucis (qui n'ont cessé de fleurir tout l'hiver et dont les graines attirent certains oiseaux, en particulier le chardonneret élégant).


 
 

Rose-mauve des primevères et des fleurs de bergenia.
 


Un couple de chevreuils est à nouveau passé dans le bois, au même endroit que la dernière fois. La femelle suivait le mâle, tous les deux bien paisibles. Pas de chasseur à l'horizon pour perturber leur quête de nourriture.

Les oiseaux trouvent plus facilement la leur dans les nombreux jardins où les arbres sont constellés de boules de graisse. Un peu trop peut-être... Les mésanges bleues très gourmandes exagèrent et je les ai un peu mises à la diète en réduisant les sources d'alimentation. 
Deux boules de graisse seulement dans les pivoines.
Quelques graines de tournesol dans ce nichoir en céramique que j'aime beaucoup. A peine rempli, déjà vidé... et parfois par le même oiseau qui ne passe pas son tour. 

 

Une petite collation est déposée tous les jours sur le banc de pierre, surtout pour attirer les écureuils. Hélas, j'ai l'impression que ce sont encore les oiseaux qui se servent.

 
 
Les noix semblent être ouvertes par des pies ou des geais des chênes mais je pense que c'est un de mes protégés à queue en panache qui a grignoté la pomme. 


Souvent, quand je vois un écureuil dans les arbres, je sors mettre de la nourriture mais cela fait fuir ces petites bêtes méfiantes qui n'ayant pas encore compris cette stratégie, ne reviennent pas après mon passage et se font voler leurs graines par leurs concurrents à plumes. Premier arrivé, premier servi, c'est la loi de la nature !

Et je m'amuse beaucoup depuis mon bureau à écouter bavarder des couples de mésanges qui visitent régulièrement ce nid abandonné dans le forsythia dénudé. Madame ne le trouve pas assez confortable pour sa progéniture future. Monsieur parle travaux de consolidation, teste la résistance en tirant une ou deux brindilles. 
Y aura-t-il des locataires sous mes fenêtres, au printemps ? Mystère...


samedi 1 février 2020

Des gnomes dans l'IRM

Régulièrement, je dois vérifier l'état de mon squelette en passant des IRM du corps entier. Pas évident avec une bronchite de rester immobile et de bloquer sa respiration : la séance du 31 janvier s'est cependant bien déroulée et je n'ai même pas vu le temps passer, allongée plus d'une heure dans un tunnel métallique, bombardée par des sons évoquant au pire des bruits de chantier, au mieux de la musique techno ou contemporaine. 
A force, je connais la partition par cœur et malgré l'inconfort, je suis admirative des hommes qui ont inventé cette machine à explorer l'intérieur de mon corps grâce au principe de la résonance magnétique. 

J'ignore pourquoi, à chaque fois, je fais un drôle de voyage dont le point de départ se situe du côté de Lalaye, le village de ma grand-mère. Là-bas, il y a de nombreuses galeries datant de l'époque où l'on prélevait du minerai.




Est-ce l'espace confiné du tunnel qui ranime le souvenir de ces carrières souterraines ? Mon père s'amusait à me raconter que c'était des nains de la forêt qui travaillaient à creuser la roche et qu'il ne fallait pas les déranger. Pour appuyer sa démonstration, il me montrait leur maison en contre-bas, avec justement une petite porte et des fenêtres minuscules. Et je le croyais en serrant fort sa main rassurante ! 

Les gnomes qui peuplent mes séances d'IRM ne ressemblent guère à des personnages Disney, saturés de couleurs. Ils sont obscurs, terreux. De drôles de créatures minérales qui tapent dur, scient, taillent en cadence. La stridence de certains sons m'évoque le bruit de polissage d'une pierre brute devenue transparente comme du cristal, à force de ténacité. 
Certains grognements me font penser à des sangliers terrifiants échappés d'un film d'animation du japonais Miyazaki



J'imagine des bêtes gardant l'entrée de la caverne mystérieuse et je reste cachée, immobile, attentive à ce vacarme. Je me transforme en Blanche Neige, respirant à peine dans mon tombeau de verre. Je quitte ma léthargie, réveillée non par le baiser du Prince Charmant mais par la voix du manipulateur radio qui m'indique que la séance est enfin terminée. Je n'ose lui avouer que l'heure passée dans sa cabine m'a semblé courte, captivée par l'étrange film projeté par mon imaginaire !

De retour chez moi, c'est tout naturellement que j'ai eu envie de m'attaquer à une nouvelle partition de François Pernel célébrant les Esprits de la Montagne. Je vous laisse découvrir sa musique après quelques explications techniques.

 

François Pernel est actuellement mon professeur virtuel. J'adore son approche de l'instrument, ses morceaux qui sont un plaisir des oreilles et des doigts, son humilité, son charisme. Je vais devoir m'accrocher en février car ce morceau est d'un niveau assez difficile, surtout rythmiquement !
Ma prochaine cure est le 10 février, sauf imprévu : cela me laisse encore une semaine pour me faire plaisir et guérir de ce virus tenace... 
Et surtout, retrouver mon énergie, ma force intérieure.

mercredi 29 janvier 2020

Saturation



 Grand découragement après ma 3e cure.

Autant la 2e s'était bien passée (aussi bien à l'hôpital où j'avais été seule durant tout mon séjour, qu'à mon retour à la maison où je n'avais pas fait d'aplasie), autant, cette cure-ci a été difficile. Physiquement et moralement.

D'abord, il n'y a pas eu de place à la date prévue pour mon hospitalisation et j'ai finalement débutée mon traitement un vendredi, avec la joie de rester le week-end à l'hôpital.  Il n'y a rien de plus déprimant ! Enfin, cela aurait pu être pire car j'ai eu la chance d'être seule dans ma chambre.

En revanche, les deux derniers jours, je les ai passés en compagnie d'une voisine (60 ans) qui devait faire une autogreffe et qu'on a finalement renvoyée chez elle en raison d'une cicatrice mal fermée. Elle était très sympathique et j'ai été bien peinée pour elle. C'était une ambiance assez stressante, déprimante et je suis rentrée fragilisée. Je suis comme une éponge : j'absorbe tout et j'ai du mal à prendre de la distance par rapport à l'histoire des autres. Et puis, discuter avec cette voisine m'avait agité, fatigué et de retour chez moi, j'ai été bien plus malade que d'habitude. Je n'avais pas conservé assez d'énergie pour moi... 

A peine remise des effets secondaires des chimios, aplasie et température ! Deux antibiotiques n'ont pas amélioré mes symptômes et par prudence, hospitalisation en urgence jeudi dernier pour faire des examens et rester en observation. Malgré mon peu de globules blancs, on ne m'a pas placé dans une chambre seule et que j'ai du attendre le vendredi après-midi pour bénéficier enfin d'un placement en isolement, avec le personnel masqué pour venir me soigner. Je n'étais guère rassurée, moi qui suis tellement prudente à la maison, de voir ce défilé dans ma chambre et de supporter le partage de la salle de bains avec une grand-mère de 88 ans qui y faisait sécher ses culottes ! Bonjour l'hygiène. 

Je persiste à dire qu'il n'y a rien de pire que de vivre en intimité avec une inconnue et que ce sera désormais mon lot en hématologie où ils ont augmenté le nombre de lits par chambre. Sans compter qu'avec le vieillissement de la population, j'ai de plus en plus l'impression d'être soignée en gériatrie. Et ça me plombe le moral. C'est bien simple, je sens que je n'arrive plus à me motiver pour aller me faire soigner. 

J'ai réussi à rentrer chez moi dimanche matin, ne présentant plus de fièvre malgré l'arrêt des antibiotiques. 

Cet épisode viral non identifié (rhume avec bronchite ?) est cependant loin d'être terminé et je ne suis guère en forme. Mon organisme est épuisé et les petites joies de mon existence ne sont pas suffisantes pour me redonner le moral. Je me traîne. Je maudis ma maladie, ce traitement que je trouve trop lourd (aussi bien en ce qui concerne le nombre de substances à absorder que le nombre de jours à perdre loin de chez moi). Les conditions de vie à l'hôpital me sont de plus en plus insupportables.

J'essaie de mettre en place des stratégies pour survivre à l'overdose de présences humaines. Entre le personnel soignant, le personnel de ménage, les voisines jacassantes, je sature. Je ne trouve ma force que dans le silence. Et quand j'ai la chance d'être seule dans une chambre, je mène une vie de recluse très connectée avec le ciel. J'ai besoin de prières intérieures pour supporter ces épreuves. Et d'évasion dans la littérature, la musique. L'art de la conversation ne m'intéresse pas à l'hôpital. C'est une pure perte de temps. 

J'ai trouvé dans un livre de Catherine Pancol, une pensée de Glenn Gould que je fais mienne :  

" Je ne connais pas la proportion exacte, mais j'ai toujours pensé que pour chaque heure passée en compagnie d'êtres humains, il fallait x heures passées seul. Ce qu'est x, je l'ignore, deux heures et sept huitièmes ou sept heures et deux huitièmes, mais c'est une quantité considérable ".

Effectivement depuis mes cures avec hospitalisation, je ne vois plus personne de retour à la maison et fuis mes amies. Je dois décanter, oublier les voix, les visages imposés. Me retrouver... Et c'est chaque fois, de plus en plus long.

Trop de bleus à l'âme sans doute.

dimanche 5 janvier 2020

Le couple magnifique


Tous les matins après avoir ouvert les lourds volets en bois de ma chambre, je regarde la nature, encore à moitié plongée dans le sommeil et les rêves de la nuit. J'observe la couleur du ciel, je porte mon regard le plus loin possible dans la futaie. Si des feuilles bougent, je fixe mon attention sur la présence éventuelle d'un écureuil. Ce n'est le plus souvent que le vent. Dans le meilleur des cas, un oiseau.

Peu avant Noël, à l'heure matinale où les chasseurs perforent le silence de leurs coups de fusil, un faisan s'était posé dans les arbres, à la lisière de notre maison. C'était la deuxième fois que j'en voyais un cette année. Soudain, il a eu l'air effrayé et avant que j'ai eu le temps de réaliser ce qui attirait son attention, elles étaient là. Deux bêtes magnifiques, immenses. J'étais hypnotisée. 

Cela ne dura que quelques instants durant lesquels j'étais incapable d'analyser ce que je voyais. Je voyais, c'est tout ! Elles repartirent en marchant sur leurs pattes bien graciles par rapport à leur corps imposant. L'une d'elle semblait boiter, fatiguée. J'ai à peine eu le temps de voir son arrière-train tout blanc, un peu en forme de cœur, et elles avaient disparu.

J'ai réalisé que je venais de vivre une expérience comme celles vécues par Sylvain Tesson, en compagnie de son ami photographe Vincent Munier, à l'affût de la Panthère des neiges
 Munier la repéra, à cent cinquante mètres de nous, plein sud. Il me passa la longue-vue, m'indiqua précisément l'endroit où viser, mais je mis un long moment à la détecter c'est-à-dire à comprendre ce que je regardais. Cette bête était pourtant quelque chose de simple, de vivant, de massif mais c'était une forme inconnue à moi-même. Or la conscience met du temps à accepter ce qu'elle ne connaît pas. L’œil reçoit l'image de pleine face mais l'esprit refuse d'y convenir.


Même hébétude chez moi devant ces bêtes que je n'avais cependant pas guettées durant des jours. Dans mon ignorance et ma fascination, j'avais d'abord cru voir un cerf ou une biche. Il s'agissait en fait d'un chevreuil et d'une chevrette, reconnaissables à leur fessier pourvu d'une zone de poils blancs, que l'on nomme miroir (en forme de haricot chez le mâle, de cœur chez la femelle).

Ces animaux étaient venus jusqu'ici, sans doute pour échapper aux chasseurs et c'était comme un cadeau du ciel. Une apparition sacrée.

Non loin de chez nous, une vie sauvage et cachée enchante le monde de sa présence. Je prie pour qu'il en soit ainsi longtemps encore. Avant le coup de feu fatal.