L'esprit un peu embrumé par le manque de sommeil, le cerveau cortisoné en mode stress, j'ai d'abord cru qu'il s'était passé quelque chose de grave quand Jean-Michel m'a téléphoné à l'hôpital pour me dire :
- Il y a eu un vol. Un vol sous la véranda !
En une seconde, j'ai imaginé des outils dérobés en plein jour, des individus louches rodant la nuit, des dégradations.
Heureusement, il m'a vite rassurée en ajoutant :
- C'est ton écureuil !
Depuis ce printemps, trois jeunes écureuils, insouciants et téméraires comme des ados, fréquentent le jardin qu'ils semblent avoir intégré à leur environnement naturel, en prolongement du bois. Ils sont moins farouches que les générations précédentes même s'ils fuient à notre arrivée mais jamais bien loin. Ils s'approchent aussi davantage de la maison, jusque sur la terrasse.
Alors qu'en cette saison il faudrait moins les nourrir, nous avons doublé les rations de noix et tournesols, tellement ces petits foufous sont mignons et voraces.
Pour éviter les disputes et voir nos protégés de plus près, j'ai installé un plateau de graines pas loin de la véranda. Idéal pour bien les regarder grignoter des rations vite disparues et avec de moins en moins de crainte.
Ce qui devait arriver, arriva. Un jour, un membre de la troupe fit une longue incursion sous la véranda, restée entr'ouverte. Nous pensions qu'il s'était perdu et ne trouvait plus la sortie. Le lendemain, le même (?) a essayé de rentrer alors que la porte vitrée était fermée. Il semblait vouloir investir ce lieu car évidement, il avait repéré où je stockais sa nourriture comme nous le confirma la suite.
Ce fameux dimanche où j'étais à l'hôpital, Jean-Michel qui a été témoin du larcin, a vu un premier écureuil essayer sans succès de monter sur la table où je pose leur petit panier rempli de noix. Un autre (?) plus doué, est revenu et a tout vidé en un temps record pour aller cacher ses trésors ailleurs...
Puis il est revenu s'attaquer au grand sachet de graines de tournesol. Pourquoi se contenter d'un petit Drive quand on peut piller les réserves ?
Et si possible, sans laisser le copain en faire autant. Un butin, cela ne se partage pas, parole d'Arsène Lupin !
C'est le lendemain que Jean-Michel a réussi à filmer et photographier un nouveau vol dont sont extraites ces illustrations. Que du bonheur pour moi qui regrettais d'avoir manqué ce spectacle !
Depuis, nous avons pris des mesures drastiques.
- plus d'exposition de nourriture sous leur nez (quel supplice de Tantale !),
- déplacement du plateau repas vers le noisetier, loin de la maison,
- diminution progressive des rations de tournesols,
- suppression des noix jusqu'à l'automne.
Nos rouquins commençaient à devenir dépendants de cette nourriture facile et pas assez diversifiée pour les maintenir en bonne santé. En croyant les préserver de la famine, nous étions en train de les fragiliser et de leur faire oublier leurs instincts primaires de bête sauvage. Par égoïsme d'humain émerveillé par leur beauté.
Désormais, ils font encore un petit tour dans le jardin entre 18h et 20h, grignotent les quelques poignées de graines que je dépose un peu avant, se disputent près de l'abreuvoir, se pourchassent autour des gros troncs d'arbre. Il n'y en avait pas moins de quatre, l'autre jour !
S'ils pénètrent encore un peu sous la véranda, comme ils n'y trouvent plus rien à manger, ils s'en retournent vite au bois. Et c'est très bien ainsi.



















