J'ai appris votre mort la veille de la découverte du flambant neuf oncopôle de l'hôpital de jour d'Amiens et de l'initiation d'une nouvelle thérapie contre mon myélome.
Arrivée à 11h et repartie à 13h30, j'ai bénéficié d'une prise en charge TGV à l'image de ce nouvel espace de soin où j'ai justement adopté ma méthode SNCF : attitude aimable mais distante avec deux voisins courtois, comme des voyageurs d'un même wagon unis uniquement par une destination plus ou moins commune.
Préoccupée par cette journée particulière, à l'écoute de mon corps, c'est la rediffusion de l'entretien que vous aviez accordé à la Grande Librairie qui m'a rappelée votre disparition. Son visionnage lorsque vous étiez encore en vie m'avait dérangé. Sans doute parce que j'y voyais trop le reflet de ma propre maladie mais arrivée à sa phase terminale. Pour la même raison, j'ai seulement survolé votre Chronique apaisée de la fin d’un itinéraire de vie, pourtant si riche de sereines réflexions.
En vous regardant le soir de la rediffusion, j'ai été frappée par la beauté de votre sourire illuminé dévorant votre visage de souffrance. Vous qui aviez choisi de signer vos chroniques du totem Axel le loup, je vous ai trouvé une certaine parenté avec le sage chef cheyenne Peau de Vieille Hutte dans Little Big man clamant : "C'est un beau jour pour mourir...".
Il y a dans votre vie, un événement terrible qui a orienté votre destin, le suicide de votre père adoré alors que vous aviez à peine 26 ans, vous laissant comme ultime message : "Sois raisonnable et humain", avant de sauter d'un train. Longtemps votre souffrance a été de ne pas avoir vu vieillir votre père. Alors ce besoin de transmettre des enseignements avant de mourir, relève pour moi d'une sorte de réparation. Le contre-poison de la mort violente et inexpliquée de votre père.
Vous, au contraire, avez souhaité réunir votre famille pour lui donner des instructions pratiques et nécessaires, exprimer vos sentiments dans un bel esprit de communion et de partage. Vous avez pris le temps du départ. Vous avez offert la vieillesse de votre corps accélérée par la maladie, comme un ultime cadeau d'amour à vos enfants, votre compagne. Et à nous tous...
Il y a tellement de mots lors votre dernier entretien télévisé qui me donnent l'impression d'avoir été prononcés pour moi que je vous dis simplement merci d'avoir été un humain comme on aimerait en rencontrer davantage.
J'ai noté quelques unes de vos réflexions.
LA MORT
La mort n'existe pas. Ce qui existe, c'est la vie qui s'interrompt. Mais la mort est un non phénomène, un non évènement. Elle m'indiffère totalement.
Faut-il enseigner l'idée de la mort ? Non, c'est tout le contraire. Ce qui doit être enseigné, c'est la perspective de la vie. Il faut s'entraîner à vivre dans l'urgence, le mieux possible, d'essayer de concentrer les moments où l'on peut connaître le bonheur, la joie alors même que la mort est proche.
LA BEAUTÉ
Il n'y a pas d'humanité sans la capacité de ressentir la beauté.
L’AUTOAPITOIEMENT
L'autoapitoiement est à combattre car c'est une facilité. Il est un pathos. Il est la création d'une atmosphère d'esprit qui empêche l'esprit de fulgurer comme il pourrait le faire. Il l'empêche d'aller au bout de ses analyses. On ne vit pas sans émotion mais l'émotion mal placée, l'émotion face au pathos est une émotion artificielle. Cela je le combats. Peut-être que j'y ai succombé moi-même. J'écris parfois des lignes qui me font pleurer moi-même. Alors là, je me dis : Danger ! C'est tellement facile de faire pleurer Margot !
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