mardi 27 juillet 2021

Ad libitum, la bande son

 


J'espère que ce ne sera pas le générique de fin. Je me posais des questions sur l'intérêt de continuer à partager les micro-évènements qui rythment mon quotidien quand une rechute sévère m'a mise par terre. 

J'aime toujours autant observer le monde, transcrire mes émotions, écrire ma vie qui se tisse mais c'est impossible en ce moment. J'espère reprendre un jour mon éphéméride de fleurs, oiseaux et écureuils.

J'essaie de continuer surtout pour moi, quand je le peux. Pour me souvenir, progresser, comprendre mon destin et laisser à mes proches, mieux que des photos sans légendes après mon grand départ. J'aime transmettre mes idées, mes savoirs. C'est pour cette raison que j'ai adoré enseigner la harpe, former des collègues.

Mais revenons à la musique et à la genèse de celle qui illustre désormais mon petit cinéma personnel. 

 François Pernel dont je vous ai déjà parlé, a lancé un grand projet d'écriture de recueil pour harpe à leviers sur une plate forme de financement participatif en septembre 2020. Il proposait de composer des morceaux à la demande, et je lui ai commandé une œuvre, avec enthousiasme, tant j'aime ses harmonies particulières.

Je voulais qu'elle me soit dédicacée tout en étant un hommage à Régis Chenut à qui je dois tant de savoirs, harpistiques mais pas seulement. C'est en souvenir de lui d'ailleurs, que j'ai donné ce titre à mon blog. Il faut toujours remercier ses pères et je n'ai pas su le faire de son vivant. Mais la musique est le meilleur vecteur pour faire passer des messages vers le ciel.

Voici ma demande :

Pour "ma" composition, j'aimerais qu'elle me soit dédicacée mais soit aussi un hommage à mon professeur.

Dédicaces : à Hélène Fenninger, en hommage à Régis Chenut

Titre : Ad libitum

J'aime cette expression musicale. Au point qu'elle est le nom de mon blog personnel. 

Je vois un morceau assez libre, comme une improvisation tout en étant un peu répétitif. Lent, mélancolique, peut-être d'influence un peu médiévale. Assez spirituel, mystique, ésotérique.

Pas de notes au delà du fa dans les aigus car je joue sur une Camac electro de 32 cordes. 

Et pas trop de leviers à monter avant de jouer, souvent ça me rebute !

Je vous laisse composer, ad libitum ! En espérant ne pas avoir été trop directive. Que l'inspiration soit avec vous...
 
Et ma réaction à l'écoute du morceau
 
Merci pour ce beau cadeau. C'est la première fois qu'un artiste compose pour moi et j'avoue que la première écoute de ce morceau restera gravée dans ma mémoire émotionnelle ! Même en son midi. C'est votre univers, du 100% Pernel... et il y a un petit quelque chose de moi ! Vous avez parfaitement respecté le cahier des charges ;-) et je ne me permettrais pas de demander le moindre changement. Ce qui m'intéresse, c'est votre interprétation de ma demande, votre création.

Je ne suis pas musicologue mais ce morceau me fait penser au bourdon médiéval, aux airs chantés par les pèlerins sur les chemins de Compostelle mais aussi à la musique sérielle. J'aime beaucoup la rupture mesure 28, quand la main gauche ne martèle plus les accords. C'est très dépouillé, chantant. Et les syncopes main droite, à partir de la mesure 51, ça fait son petit effet. Plein d'ambiances différentes dans un morceau à l'air répétitif. Sans compter les dissonances qui m'ont un peu surprises mais qui font la richesse de cette oeuvre. Je n'aurais pas aimé une oeuvre "néo-médiévale" ennuyeuse, avec une mélodie attendue.

J'espère que de votre côté, vous êtes satisfait de ce morceau. Si tout l'album a cette qualité, nous allons passer du bon temps à faire vibrer du Pernel dans l'univers... qui en a bien besoin.
 
Vous pouvez en juger par vous-même, François Pernel ayant interprété Ad libitum pour la première fois lors d'un concert à l'espace CAMAC, le 20 mai 2021.
(à 6 mn 30). Mais tout le concert est magnifique et mérite d'être écouté en son entier.

 

lundi 26 juillet 2021

Prière à sainte Thérèse

Lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens (4,6-9)

Frères, ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu'on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d'être aimé et honoré, tout ce qui s'appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte. Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.

 

A mes amis catholiques qui sont nombreux. Les autres peuvent adapter la prière à leurs croyances bouddhistes, païennes... J'ai plus que jamais besoin de lumière, d'énergie céleste.

Merci à Myriam qui a déposé cette prière à la basilique de Lisieux et à Frédérique, dans la petite crypte dédiée à sainte Thérèse dans l'église Saint-Sulpice à Paris.

 



Je t'adresse mes prières sainte Thérèse pour te demander de soutenir mon amie Hélène jusqu'à ce que l'hôpital d'Amiens obtienne l'autorisation de pratiquer la thérapie des Car T cells pour soigner les patients atteints de myélome grave.
 
Illumine les médecins et les administrateurs afin qu'ils délivrent leur agrément au plus tard en octobre.
 
Elle est la première sur la liste d'attente mais chaque jour compte tant son état est affaibli depuis presque 10 ans de traitement qu'elle a endurés avec beaucoup de courage et de foi.
 
Toi qui a tant souffert, prends la dans tes bras pour la rassurer et l'accompagner jusqu'à cette thérapie révolutionnaire qui pourrait la sauver.
 
Elle voudrait retrouver une vie calme et simple au contact de la nature, pleine d'amour pour ses proches, de fidélité envers ses amis. Elle n'aspire qu'a faire le bien, broder et chanter des louanges à la petite Thérèse, à la Vierge Marie et à son fils Jésus Christ Notre Sauveur.
 
Merci pour ton aide dont elle a tant besoin.
 
Effectivement, je brode comme une prière, un ex voto que j'ai inventé en hommage à sainte Thérèse. C'est très minutieux et chaque point est une petite victoire sur mon état de santé défaillant. Chaque élément choisi à une signification.

mercredi 14 juillet 2021

Réconforts dans la nature

 Et oui, ils sont toujours là mes écureuils chéris, ravitaillés uniquement le soir, sur le banc. Quel réconfortant spectacle dans la lumière d'une journée finissante !

J'adore partager ma pomme avec l'un ou l'autre de mes protégés.

Pour être moins concurrencés par les oiseaux attirés par les tournesols, nos rousses ladies prennent désormais le thé dans de jolies tasses. Qu'elles ont vite fait de renverser pour attraper plus facilement leur collation ! L'éducation à l'anglaise n'est plus ce qu'elle était.

 

 Et pas davantage de politesse quand il s'agit de partager les rations. Le premier arrivé empêche les autres d'approcher, même à l'autre extrémité du banc. Il se comporte comme un petit chef autoritaire. C'est surtout de l'intimidation ; les poursuites ne sont jamais bien violentes. Elles ont la grâce d'une danse ancestrale.


 

La prairie s'est enfin mise à fleurir, de chaque côté de l'allée gazonnée. Par manque de soleil, certaines fleurs ne montreront sans doute pas leurs belles dentelles. Je me contente de remercier celles qui ont bravé les températures automnales pour enluminer cet été un peu particulier.

Un unique souci, quelques bourraches, une jolie mauve et une fantaisie en bleu, blanc, rouge pour fêter le 14 juillet.


 

 

Ma protectrice au ciel, la petite Thérèse, a fait fleurir une très belle rose, tout à côté de la fenêtre de mon bureau.

 Le temps pluvieux fait le bonheur des escargots.

Et moi, j'essaie de survivre à mes douleurs et inquiétudes pour continuer à m’émerveiller en mon jardin.

dimanche 11 juillet 2021

Lettre à Axel Kahn

 

J'ai appris votre mort la veille de la découverte du flambant neuf oncopôle de l'hôpital de jour d'Amiens et de l'initiation d'une nouvelle thérapie contre mon myélome.

Arrivée à 11h et repartie à 13h30, j'ai bénéficié d'une prise en charge TGV à l'image de ce nouvel espace de soin où j'ai justement adopté ma méthode SNCF : attitude aimable mais distante avec deux voisins courtois, comme des voyageurs d'un même wagon unis uniquement par une destination plus ou moins commune.

Préoccupée par cette journée particulière, à l'écoute de mon corps, c'est la rediffusion de l'entretien que vous aviez accordé à la Grande Librairie qui m'a rappelée votre disparition. Son visionnage lorsque vous étiez encore en vie m'avait dérangé. Sans doute parce que j'y voyais trop le reflet de ma propre maladie mais arrivée à sa phase terminale. Pour la même raison, j'ai seulement survolé votre Chronique apaisée de la fin d’un itinéraire de vie, pourtant si riche de sereines réflexions.

En vous regardant le soir de la rediffusion, j'ai été frappée par la beauté de votre sourire illuminé dévorant votre visage de souffrance. Vous qui aviez choisi de signer vos chroniques du totem Axel le loup, je vous ai trouvé une certaine parenté avec le sage chef cheyenne Peau de Vieille Hutte dans Little Big man clamant : "C'est un beau jour pour mourir...".

Il y a dans votre vie, un événement terrible qui a orienté votre destin, le suicide de votre père adoré alors que vous aviez à peine 26 ans, vous laissant comme ultime message : "Sois raisonnable et humain", avant de sauter d'un train. Longtemps votre souffrance a été de ne pas avoir vu vieillir votre père. Alors ce besoin de transmettre des enseignements avant de mourir, relève pour moi d'une sorte de réparation. Le contre-poison de la mort violente et inexpliquée de votre père.

Vous, au contraire, avez souhaité réunir votre famille pour lui donner des instructions pratiques et nécessaires, exprimer vos sentiments dans un bel esprit de communion et de partage. Vous avez pris le temps du départ. Vous avez offert la vieillesse de votre corps accélérée par la maladie, comme un ultime cadeau d'amour à vos enfants, votre compagne. Et à nous tous...

Il y a tellement de mots lors votre dernier entretien télévisé qui me donnent l'impression d'avoir été prononcés pour moi que je vous dis simplement merci d'avoir été un humain comme on aimerait en rencontrer davantage.

J'ai noté quelques unes de vos réflexions.

LA MORT

La mort n'existe pas. Ce qui existe, c'est la vie qui s'interrompt. Mais la mort est un non phénomène, un non évènement. Elle m'indiffère totalement.

Faut-il enseigner l'idée de la mort ? Non, c'est tout le contraire. Ce qui doit être enseigné, c'est la perspective de la vie. Il faut s'entraîner à vivre dans l'urgence, le mieux possible, d'essayer de concentrer les moments où l'on peut connaître le bonheur, la joie alors même que la mort est proche.

LA BEAUTÉ

Il n'y a pas d'humanité sans la  capacité de ressentir la beauté.

L’AUTOAPITOIEMENT

L'autoapitoiement est à combattre car c'est une facilité. Il est un pathos. Il est la création d'une atmosphère d'esprit qui empêche l'esprit de fulgurer comme il pourrait le faire. Il l'empêche d'aller au bout de ses analyses. On ne vit pas sans émotion mais l'émotion mal placée, l'émotion face au pathos est une émotion artificielle. Cela je le combats. Peut-être que j'y ai succombé moi-même. J'écris parfois des lignes qui me font pleurer moi-même. Alors là, je me dis : Danger ! C'est tellement facile de faire pleurer Margot !

= > Pour revoir l'émission en replay.

mardi 15 juin 2021

Effets secondaires

 

On n'a pas arrêté d'en entendre parler à propos des vaccins censés protéger des formes graves du Covid. Les deux premiers pouvaient provoquer des allergies graves, le troisième des thromboses veineuses. Les gens se sont affolés alors que n'importe quel médicament peut engendrer des effets indésirables. Certaines personnes en ont peu ou aucun, d'autres réagissent de manière alarmante. C'est la loterie et il faut une dose de confiance quand on se soigne. Comme les malades de cancer qui acceptent de lourdes thérapies et leurs ribambelles d'effets secondaires dans l'espoir de guérir, rester en vie.

Je me souviens de la découverte de mon premier protocole de soin en 2012. C'était comme plonger dans le grand bassin sans en connaître la profondeur et sans savoir très bien nager sous l'eau. Je me souviens de ce vertige angoissant en lisant la liste des médicaments à absorber chaque jour, alors que je n'en avais jamais pris régulièrement avant.

Je n'ai pas eu tous les effets secondaires annoncés mais j'en ai eu certains qui m'ont tout de même fait boire la tasse. Et j'ai bien failli me noyer lors de rechutes, en 2015 et 2019, avec des complications graves liées à la fois à la maladie et aux traitements. 

Et maintenant ?

Je ne parle jamais de mes souffrances au quotidien. Je trouve cela impudique, pas intéressant mais certains d'entre vous peut-être, en lisant mon blog, doivent penser que je coule des jours heureux entre deux cures, en regardant béatement passer les écureuils. C'est parfois vrai et je considère ces moments-là comme un antidote aux mille désagréments d'être malade. 

Hélas, à la maison, je dois poursuivre un certain nombre de soins pour réparer les dégâts occasionnés par les traitements subis à l'hôpital. Ils m'évitent d'être trop longtemps en aplasie donc sans défenses immunitaires et vulnérable aux infections, d'avoir à faire trop de transfusions en réduisant mon anémie. Ces substances qui m'aident à remonter la pente entraînent malheureusement pas mal de dérèglements de mon organisme qui s’additionnent à ceux provoqués par la cortisone et les chimiothérapies.

Outre que cela fait plus d'un an et demi que je suis chauve, mon corps a vieilli plus vite, usé par bientôt 10 ans de traitement. La cortisone a modifié ma silhouette, mon visage, modérément mais indéniablement. Fonte musculaire, douleurs articulaires et ligamentaires, problèmes digestifs, baisse de la vision, difficulté de concentration, troubles du sommeil... J'arrive à gérer tout cela en essayant de m'adapter et de trouver des solutions, des occupations pour ne pas me laisser abattre !

C'est idiot mais les jours où je vais bien, je culpabilise de ne pas avoir repris mes fonctions et de "profiter" de mon congé longue durée en faisant des choses que j'aime. Comme si la maladie était derrière moi alors qu'elle est toujours prête à m'attaquer malgré de lourdes thérapies. Dernièrement, elle a recommencé à être plus virulente et il va falloir que je m'adapte à un autre traitement. A nouveau un grand plongeon dans une mer inconnue !

J'ai fait le deuil d'un retour dans le monde du travail. Cela a été long et difficile tant j'aimais mon métier, mes collègues. Je garde une grande nostalgie de mes missions au sein de l'Inventaire du Patrimoine. Je sens mes neurones encrassés sans mon exigeante, stimulante et infatigable directrice. Elle était une locomotive enthousiaste qui entraînait le petit wagon anxieux que j'étais. J'aimais réfléchir, donner vie ou collaborer aux projets qui foisonnaient dans son esprit. Sans oublier toutes les belles rencontres faites durant ces années, ces jeunes chercheurs que je prenais plaisir à encadrer en faisant toujours attention de ne pas froisser. Tout cela s'est arrêté brutalement. Une retraite anticipée, malgré moi.

Je me suis construite une autre vie que j'aime à Saleux et je ne vais plus guère à Amiens. Le Covid a eu raison des derniers liens que je gardais avec mes collègues. C'est mieux ainsi et m'aide à moins ressentir l'abandon de ma vie professionnelle comme un échec.

Même si j'ai tourné la page, la pilule reste amère et difficile à avaler. Elle a, elle aussi, beaucoup d'effets secondaires indésirables : sentiment d'injustice, incertitude financière, impression d'inutilité...

C'est ce blog, je crois, qui m'aide à garder la tête hors de l'eau et à trouver un sens à ce que je vis. Il est une de mes bouées de sauvetage.


mercredi 2 juin 2021

Un vol avec du panache

L'esprit un peu embrumé par le manque de sommeil, le cerveau cortisoné en mode stress, j'ai d'abord cru qu'il s'était passé quelque chose de grave quand Jean-Michel m'a téléphoné à l'hôpital pour me dire :

- Il y a eu un vol. Un vol sous la véranda !

En une seconde, j'ai imaginé des outils dérobés en plein jour, des individus louches rodant la nuit, des dégradations. 

Heureusement, il m'a vite rassurée en ajoutant : 

- C'est ton écureuil ! 

Depuis ce printemps, trois jeunes écureuils, insouciants et téméraires comme des ados, fréquentent le jardin qu'ils semblent avoir intégré à leur environnement naturel, en prolongement du bois. Ils sont moins farouches que les générations précédentes même s'ils fuient à notre arrivée mais jamais bien loin. Ils s'approchent aussi davantage de la maison, jusque sur la terrasse.

Alors qu'en cette saison il faudrait moins les nourrir, nous avons doublé les rations de noix et tournesols, tellement ces petits foufous sont mignons et voraces.

Pour éviter les disputes et voir nos protégés de plus près, j'ai installé un plateau de graines pas loin de la véranda. Idéal pour bien les regarder grignoter des rations vite disparues et avec de moins en moins de crainte.

Ce qui devait arriver, arriva. Un jour, un membre de la troupe fit une longue incursion sous la véranda, restée entr'ouverte. Nous pensions qu'il s'était perdu et ne trouvait plus la sortie. Le lendemain, le même (?) a essayé de rentrer alors que la porte vitrée était fermée. Il semblait vouloir investir ce lieu car évidement, il avait repéré où je stockais sa nourriture comme nous le confirma la suite.

Ce fameux dimanche où j'étais à l'hôpital, Jean-Michel qui a été témoin du larcin, a vu un premier écureuil essayer sans succès de monter sur la table où je pose leur petit panier rempli de noix. Un autre (?) plus doué, est revenu et a tout vidé en un temps record pour aller cacher ses trésors ailleurs... 

 

Puis il est revenu s'attaquer au grand sachet de graines de tournesol. Pourquoi se contenter d'un petit Drive quand on peut piller les réserves ?


 

Et si possible, sans laisser le copain en faire autant. Un butin, cela ne se partage pas, parole d'Arsène Lupin !

 

C'est le lendemain que Jean-Michel a réussi à filmer et photographier un nouveau vol dont sont extraites ces illustrations. Que du bonheur pour moi qui regrettais d'avoir manqué ce spectacle !

Depuis, nous avons pris des mesures drastiques.

  • plus d'exposition de nourriture sous leur nez (quel supplice de Tantale !), 
  • déplacement du plateau repas vers le noisetier, loin de la maison, 
  • diminution progressive des rations de tournesols, 
  • suppression des noix jusqu'à l'automne.

Nos rouquins commençaient à devenir dépendants de cette nourriture facile et pas assez diversifiée pour les maintenir en bonne santé. En croyant les préserver de la famine, nous étions en train de les fragiliser et de leur faire oublier leurs instincts primaires de bête sauvage. Par égoïsme d'humain émerveillé par leur beauté.

Désormais, ils font encore un petit tour dans le jardin entre 18h et 20h, grignotent les quelques poignées de graines que je dépose un peu avant, se disputent près de l'abreuvoir, se pourchassent autour des gros troncs d'arbre. Il n'y en avait pas moins de quatre, l'autre jour !

S'ils pénètrent encore un peu sous la véranda, comme ils n'y trouvent plus rien à manger, ils s'en retournent vite au bois. Et c'est très bien ainsi.

dimanche 30 mai 2021

La brioche du dimanche de Pentecôte

Ma 15e cure s'est déroulée en partie sur le long week-end de la Pentecôte. Pas de visite autorisée mais une belle surprise quand même : alors que la veille elle avait eu une garde de 24h dans une service d'urgences de l'Oise, ma douce Madeleine est venue me déposer une brioche pour mon petit déjeuner du dimanche. Comme je l'admire et la plains d'avoir à supporter un tel rythme de travail dans un système hospitalier saturé, parmi des gens souvent agressifs avec les médecins qui tentent de les soigner ! Même si elle a pu choisir un service d'urgences qui respecte les internes sans les pousser au burn-out, elle démarre un stage de 6 mois qui ne sera pas facile. Alors sa visite express m'a beaucoup touchée. Une attention filiale plus précieuse que l'or.

Autrefois, le dimanche, on avait droit à un croissant, un pain au chocolat ou une brioche parisienne pas trop mauvais. C'était le petit plaisir des hospitalisés à l'heure du café matinal. Économie oblige, ils ont été remplacés par des tranches de brioche industrielles qui restent sur l'estomac. Les plateaux repas sont de moins en moins variés, et plus restreints qu'avant. Moins bons, cela va sans dire...

Alors grâce à Madeleine, j'ai commencé mon dimanche sous de bons augures en croquant dans le moelleux d'une brioche aux pépites de chocolat blanc.

Ce dimanche de la fête des Mères, elle est à nouveau à son poste mais hier, nous avons célébré mon retour à la maison. Belle après-midi insouciante et gourmande au jardin.

Avec aussi une petite brioche pour mon petit déjeuner du dimanche de la fête des Mères ! 

Je suis vraiment une maman comblée et remercie la vie de nous avoir offert cette fille-là. Je ferai toujours tout mon possible pour la protéger sans l'étouffer, en lui faisant confiance et en acceptant ses choix si ce sont ceux de son bonheur.

 


mercredi 5 mai 2021

Jardin désagrément

Ce printemps a bien commencé par une explosion de tulipes, plus nombreuses et pérennes que l'an passé. Les nuits froides semblent convenir à leur beauté colorée, comme les températures encore fraîches pour la saison et l'absence de pluie.

 J'aime les fleurs à bulbes que l'on plante à l'automne et qui pointent le bout de leur nez après l'hiver. Puis recommencent ce cycle d'année en année, sans effort particulier pour le jardinier. 

Tout comme les vivaces qui connaissent le chemin de la floraison toutes seules et demandent juste un petit rafraîchissement une fois fanées. 

 Mais que de travail dans le reste du jardin envahi par des herbes indésirables ! 

Il a fallu qu'une voisine me parle de chiendent pour que je panique à l'idée de voir ma terre entièrement recouverte par cette plante sournoise qui progresse grâce à ses racines souterraines.

L'ancien potager ressemblait déjà à un champ d'adventices : nous l'avons entièrement défriché à la grelinette et à la main dans l'espoir d'y resemer une prairie bordée d'une allée gazonnée. [J'aime beaucoup les prairies fleuries mais il faut chaque année remplacer celle de l'année précédente pour en resemer une nouvelle. C'est plutôt laborieux et je pense désormais limiter la taille de mes prairies... ou les laisser en place après les avoir fauchées et observer ce qui repousse spontanément].

La pelouse du jardin n'était plus qu'une collection de mauvaises herbes : pissenlit, mousse, chiendent, digitaire (qui ressemble au chiendent)... J'ai commencé à en arracher, une à une. Peine perdue ! Je me retrouve avec une pelouse gruyère, une belle tendinite du poignet, des doigts douloureux... et toujours autant de végétation anarchique.

Et impossible de resemer du gazon. J'ai fait une tentative qui n'a rien donné. Il fait encore trop froid le matin. Et beaucoup trop sec.

J'attends donc des conditions climatiques plus propices à mes projets. Quitte à recommencer à l'automne si cela ne donne rien...

Et pendant ce temps-là, la pelouse de mes voisins, verte comme du faux gazon, est traitée, tondue, arrosée. On dirait un tapis aseptisé alors que chez nous, règne le désordre de la vie et de la nature.

Tant pis si notre "pré" dénote dans le lotissement du moment qu'il fait le bonheur des abeilles et accueille les écureuils.

 J'ai retrouvé au hasard de mes recherches découragées sur internet, un entretien d'Eric Lenoir dont je vous avais déjà parlé de l'ouvrage Petit traité du Jardin punk (que je n'ai toujours pas acheté).

En un mot, il dit qu'il vaut mieux profiter de son jardin au lieu de batailler pour l'entretenir !

Exactement ce que j'avais besoin de lire après une après-midi à suer au pays du chiendent. En voici quelques extraits.

 "Depuis quelques siècles, on a fait du jardin quelque chose qui est l’exaltation de la maîtrise par l’homme de la nature. Pour survivre, on a protégé nos récoltes des animaux, du froid, du vent. Mais ensuite, le jardinage est devenu un outil de gloire de l’humain face à la nature, c’est le cas par exemple des jardins de Versailles.

Il faut revoir notre façon de jardiner. Dans 95% des cas, il n’y a, par exemple, aucune raison valable de tondre. La tondeuse est un atavisme et quelque chose de compulsif. C’est une sorte de pression sociale, c’est culturel : on a un jardin, donc il faut tondre. C’est pour cela que je parle de désapprendre, apprendre à désapprendre, c’est vraiment réfléchir au pourquoi des choses. C’est pour cela que je fais le parallèle avec le mouvement punk, qui conteste ce qui n’a pas de sens à ses yeux.

Les gens cherchent à maîtriser leur jardin parce qu’ils ont le souci de faire propre, de rentrer dans le moule, sinon ça les inquiète. Il faut les éduquer au changement. Il y a très clairement une évolution dans ce sens-là, par le fait déjà que l’on découvre peu à peu l’ampleur du désastre de l’érosion de la biodiversité. Par ailleurs, les collectivités qui ont fait de la gestion différenciée, il y a une quinzaine d’années, qui ont laissé des parties de parcs non tondues, nous ont fait réfléchir.

Moi je m’amuse à dire que c’est par fainéantise que je ne tonds pas ou peu ; ça fait partie des raisons, clairement. Mais c’est aussi et surtout parce que je considère que l’espace que j’exploite à mes propres fins, qui est normalement un espace naturel, mérite que je préserve un maximum de ce que la nature voudrait y faire pousser."

 A méditer, de préférence dans un fauteuil au jardin, en lisant un poème d'Emily Dickinson qui adorait les fleurs de pissenlit qu'elle comparait à des soleils.

mercredi 14 avril 2021

Carte poétique

 A ma grande soeur Véronique

pour ses 59 printemps...

 


Dans le labyrinthe de nos vies,
Nos anniversaires sont comme
Des pépites d'or semées
Par le temps,
Des arabesques aux couleurs de
Nos souvenirs,
Une invitation à dessiner 
D'autres voyages,
Sur les pas du Petit Poucet...
 

 

Et en cadeau, ces réflexions très profondes de Jean Giono sur le bonheur, la vieillesse, la souffrance, avec l'accent de la Provence qui évoquera à ma soeur bien des souvenirs de vacances, non loin du Mont Ventoux.

J'espère que vous n'êtes pas obligés d'avoir un compte facebook pour la visionner...

 

 

lundi 12 avril 2021

Mon enfant intérieur

 
En chacun de nous se trouve un enfant qui souffre.

Thich Nhat Hanh

 

 

J'ai été une enfant timide et solitaire, vivifiée toutefois par une vie familiale joyeuse et animée. Je quittais rarement ma chambre peuplée de poupées, partageant mes loisirs avec seulement deux voisines de mon âge qui ne s'entendaient guère. J'aimais jouer les médiatrices, non sans parfois une dose d'innocente hypocrisie pour ménager la susceptibilité de chacune. J’exécrais les sports collectifs, les dortoirs à six lits en classe verte. Je n'aurais jamais pu être scout ou pensionnaire.

L'adolescence fut peut-être ma période la plus solitaire, entre mon journal sur papier quadrillé, ma harpe et ses arpèges, mes livres d'un temps perdu qui me faisait rêver et quelques amitiés épistolaires fortes dont une perdure encore aujourd'hui.

C'est par le biais des Doinel de Truffaut, de certains films de Rohmer, Sautet que j'ai commencé à avoir soif de rencontres, de dialogues réels. C'est le cinéma qui m'a ouvert aux autres et à la vie, drôle de paradoxe ! J'ai recherché des êtres qui me faisaient penser à ces personnages fictifs et j'ai eu la chance d'en croiser. Durant mes études en histoire de l'art puis dans cette belle famille de l'Inventaire du Patrimoine où j'ai rencontré beaucoup de mes amis actuels. Affinités nées sans doute de notre goût commun pour l'art, les choses de l'esprit, les discussions riches de sens...

A l'hôpital, je n'espère plus ce genre de rencontres après mon trop grand investissement auprès de Nathalie. L'épisode de sa mort m'a fragilisée et fait prendre la résolution de moins me préoccuper des autres. Cela pompe l'énergie dont j'ai besoin pour me sauver moi-même, me fait souffrir quand je m'attache trop ou au contraire, me déçoit quand je prends conscience de la pauvreté intérieure de beaucoup de personnes.

Je teste désormais une distance polie. Un peu comme je le ferais avec une personne assise à côté de moi lors d'un voyage en train un peu long. Sourires aimables, quelques échanges d'informations pratiques ou anodines et c'est tout. Mon silence bienveillant, ma discrétion sont tout ce que je souhaite offrir à celles qui partagent ma chambre. En espérant en retour, la même attitude respectueuse. 

Même si je n'ai pas réussi à éviter certains écueils avec ma voisine lors de la dernière cure, je pense avoir fait des progrès cette fois-ci. Je ferai encore mieux la prochaine fois !

De retour chez moi, il m'a semblé plus facile d'oublier un visage que je n'avais pas vraiment regardé, d'effacer des confidences que je n'avais pas encouragées. J'ai repris plus facilement le cours de ma vie, fidèle à moi-même et la petite fille que j'étais. 

Je sais que c'est elle qui souffre à travers moi durant ces séjours difficiles, alors je la protège du mieux que je peux.

samedi 27 mars 2021

Virus volant non identifié

 Bouquet de convalescence envoyé par mon attentionnée amie Michèle

Un virus de second rôle, envieux de la superstar virale du moment, s'est jeté sur moi, fragile immunodéprimée. Il a attendu que je sois en aplasie, une semaine après mon retour de l'hôpital, pour faire éclater son feu d'artifice qui m'en a fait voir de toutes les couleurs pendant plus de quinze jours. 

Fièvre, rhinite et toux mais surtout difficulté à respirer, telle une Marie-Antoinette prisonnière d'un corset trop serré. Avec un cœur battant la chamade sur un tempo endiablé. De quoi alarmer mon généraliste qui craignant une embolie pulmonaire, m'a envoyé faire un tour aux urgences ! 

Malgré mon lourd parcours de malade, c'était la première fois que j'y allais. Il y avait peu de monde et j'ai été prise en charge rapidement car j'ai pu ressortir le soir même. Je n'en croyais pas mes yeux, persuadée que j'allais être hospitalisée. En fait, mon bilan ne montrait rien d'alarmant au niveau cardiaque ou pulmonaire. J'avais croisé un virus inconnu ; il fallait laisser à mon système immunitaire défaillant le temps de l'évacuer.

J'ai mis des jours à remonter la pente tout doucement, incapable de réfléchir, de mettre des mots sur mes maux, de vous rassurer n'étant pas rassurée moi-même... Certains se sont inquiétés, d'autres m'ont soutenue par des silences respectueux, des messages gentils, des fleurs. Je n'en demeurais pas moins éteinte, à bout de force, capable seulement de lire ou de broder les lettres d'un ouvrage mystère. C'était déjà ça !

Depuis hier seulement, j'ai retrouvé un semblant d'énergie mais la toux persiste encore... Je reste très prudente, terrorisée à l'idée de rencontrer la terrifiante Covid-19 quand je vois comment un modeste virus m'a terrassée en un rien de temps. Je vais me renseigner pour savoir si un vaccin serait efficace dans mon cas. Pas certain...

J'ai plaisir aujourd'hui à vous parler de la joie profonde qui s'empare de moi chaque fois que je viens de passer une épreuve difficile. Tout me ressuscite. Je m'émerveille des cadeaux du printemps.

Comme les tulipes ramenées de Hollande par Francis et Brigitte qui s'épanouissent timidement dans le jardin.

Comme les écureuils affamés en cette saison des amours qui se croisent sur terre et dans les airs.

 

 

Comme les oiseaux qui accompagnent de leurs gammes printanières le festin du geai des chênes, si pataud.

 

Rassurée par la reprise de mes activités quotidiennes, mes angoisses s'apaisent. J'éprouve la profonde gratitude d'être vivante et je pourrais presque pleurer de bonheur, comme touchée par la grâce. 

Je retrouve la certitude d'une force qui m'aide et me dépasse après des jours de doute et de découragement.