jeudi 3 mars 2022

De Helena Constantini Mater

Hélène, dans ses écrits, a souvent évoqué sainte Thérèse, ou la Vierge Marie, pour des motifs spirituels. Ces êtres sacrés font partie de ceux que l'on vénère au quotidien, qui peuvent nous apporter aide et réconfort dans notre vie de tous les jours en même temps qu'ils élèvent notre âme.
 

Cependant, il existe de nombreux saints qui ont contribué de manière différente aux progrès de la religion, et que l'on ne vénère pas dans la vie courante. C'est le cas de sainte Hélène, impératrice romaine, que l'on connaît pour avoir découvert les reliques de la Passion du Christ. En souvenir de notre chère petite Hélène, j'ai eu envie d'exposer cet épisode de la vie de l'auguste mère de Constantin.

 

 Hélène, communion, Pâques 1981

Le prénom Hélène est d'origine grecque, Ελένη (Éléni). Étymologiquement, il pourrait provenir des racines grecques ήλιος (soleil) et ελάνη (éclat de lumière) qui présentent une certaine ressemblance phonétique (voir ici).


Hélène, mère et impératrice

Hélène, femme d'origine modeste, est née au milieu du IIIe siècle en Bithynie, région située dans la Turquie actuelle. Épouse ou concubine de Constance Chlore, césar en 293-305 et empereur romain en 305-306, elle enfanta de ses œuvres le futur Constantin Ier (272-337), empereur romain de 306 à 337. Vivant dans l'ombre à compter de l’accession de Constance à la dignité de césar, son fils la fait proclamer impératrice en 324. Elle participe activement à la politique de christianisation impulsée par l'empereur, converti en 313. Vers 325-327, alors qu'elle avait près de 80 ans, elle se rend à Jérusalem en pèlerinage et y découvre les saintes reliques de la Passion du Christ. Elle meurt vers 330, auprès de son fils.
La croix devient le symbole de la religion chrétienne après la découverte de la Sainte Croix par Hélène. Auparavant, elle était considérée pour ce qu'elle était, un instrument de supplique, composé d'un pieu vertical et d'une poutre placée à l'horizontale.

Constantin et Hélène (Bucarest, Cathédrale Patriarcale de Saints Constantin et Helena)

Canonisée à une époque inconnue, sa fête est fixée au 18 août pour les catholiques et au 21 mai pour les orthodoxes.

Dans la tradition catholique, Hélène est la sainte patronne des teinturiers, des marchands de clous et d'aiguilles.

Chez les Grecs orthodoxes, elle est la sainte patronne des archéologues.

Elle est plus fréquemment vénérée chez les orthodoxes.


Inventio Sancte Crucis

Bien entendu, elle est connue pour avoir découvert la sainte Croix sur le site du Saint-Sépulcre, lors de son pèlerinage à Jérusalem. Elle est représentée le plus souvent la tête ceinte de sa couronne d'impératrice et tenant la vraie Croix dans ses mains, et souvent aussi trois clous.

 
Maestro di Ozieri : Sant'Elena (Benetutti, chiesa di Sant'Elena)

 Saint Ambroise fit le premier le récit de cette découverte. Mais c'est celui de Rufin d'Aquilée, plus connu et plus circonstancié, que j'ai choisi de reproduire ici.

Eusèbe de Césarée (265-339), évêque de Césarée en Palestine, est auteur de nombreuses œuvres, dont son Histoire ecclésiastique (Ἐκκλησιαστικὴ ἱστορία), qui raconte en dix livres l'histoire de l'Église chrétienne des origines jusqu'à la victoire de Constantin sur Licinius en 323. Rufin d'Aquilée (vers 345-vers 411), ascète, auteur et traducteur latin, vécut longtemps à Jérusalem, sur les lieux du Calvaire. Au tout début du Ve siècle, il s'attelle à la traduction du grec au latin de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèble, qui devient Historia ecclesiastica. Il fusionne les livres IX et X, et prolonge, dans les livres X et XI dont il est l'auteur, l'histoire de l'église jusqu'en 395. C'est dans les chapitres VII et VIII du livre X qu'il donne le récit de la découverte de la vraie croix par Hélène.

En voici une traduction en français, issue de trois sources différentes et de mon propre déchiffrage pour les passages non traduits.

 

Historia ecclesiastica

Livre X

Chap. VII. À propos d'Hélène, mère de Constantin

À la même époque, Hélène, la mère de Constantin, femme incomparable par sa foi, sa ferveur religieuse et sa magnificence insigne, dont la piété sincère égalait la rare munificence, guidée par des visions divines, se rend à Jérusalem ; là elle s’informe auprès des habitants pour savoir où le corps sacro-saint du Christ avait été pendu, cloué à une croix. Ce lieu était difficile à trouver, car d’anciens persécuteurs y avaient élevé une statue à Vénus, afin que les chrétiens qui auraient voulu venir y adorer le Christ parussent adresser leurs hommages à la déesse ; aussi était-il peu fréquenté et presque oublié.

Mais lorsque cette femme pieuse se fût rendue en hâte à l’endroit qui lui avait été indiqué par un signe du ciel, elle en fit arracher tout ce qui était sacrilège et qui le profanait ; une fois les déblais enlevés jusqu’à une grande profondeur, elle trouva trois croix en désordre. Mais l’incertitude de l’appartenance de chacune des croix gâtait la joie d’avoir retrouvé ce trésor. Certes il y avait aussi cet écriteau rédigé par Pilate en grec, en latin et en hébreu : mais lui non plus ne désignait pas de façon assez précise la croix du Seigneur. De ce fait, seul un signe de Dieu pourrait permettre de désigner le pieu de la croix.

Jan van Eyck : s.Elena e il ritrovamento della Vera Croce.
Miniatura, 1420 circa; "Libro d' Ore" del Duca di Berry

On eut donc recours à la lumière de Dieu, à défaut de celle des hommes. Le bruit courait dans la ville qu'une femme de la meilleure société était gravement malade et gisait à demi-morte. En ce temps, Macaire était évêque en ce lieu. Il dit à l'impératrice indécise, et à tous ceux qui étaient présents, d'apporter toutes les croix retrouvées, et que Dieu leur ferait découvrir laquelle avait porté le Christ notre Seigneur. Et il entra chez la malade avec l'impératrice et les gens qui se prosternèrent, ils mirent les genoux à terre et se répandirent en prières à Dieu.

Chap. VIII. De la Sainte Croix retrouvée par Hélène à Jérusalem

Seigneur, toi qui par ton fils unique as daigné accorder le salut au genre humain par sa passion sur la croix et qui maintenant viens d’inspirer au cœur de ta servante de rechercher ce bois béni auquel notre salut fut suspendu, manifeste de façon évidente, parmi ces trois croix, celle qui a servi à la gloire du Seigneur et celles qui ont été dressées pour un supplice d’esclave : que cette femme qui gît à demi-morte, aussitôt que le bois du salut l’aura touchée, soit, des portes de la mort, rappelée à la vie.

Après avoir dit cela, il prit en premier lieu une des trois croix mais il n’obtint aucun succès. Il prit la seconde et il n’arriva rien non plus. Mais dès qu’il approcha la troisième, aussitôt la femme se leva, les yeux ouverts, et, ayant retrouvé la plénitude de ses forces, beaucoup plus alerte que lorsqu’elle avait la santé, elle se mit à parcourir toute la maison et à exalter la puissance du Seigneur.

 
Simon Marmion : Le miracle de la Vraie Croix à Jérusalem en présence de sainte Hélène impératrice
  (2e moitié du XVe siècle). Musée du Louvre

 La reine, dont ce signe manifeste avait réalisé les vœux, fit élever un temple d’une magnificence royale au lieu même où elle avait trouvé la croix.

Elle porta à son fils les clous qui avaient attaché le corps de Notre-Seigneur. Avec les uns, il fit un frein qui devait lui servir à guerre ; il employa les autres à armer un casque propre au même usage. Quant au bois de notre salut, elle en rapporta une partie à son fils, et laissa l’autre sur le lieu même, après l’avoir enfermée dans des boîtes d’argent, que l’on a conservées jusqu’à nos jours avec soin et vénération.

 
Carpentras, cathédrale Saint-Siffrein : Saint Mors de Constantin

Son fils sincère, Constantin, en l'honneur de sa mère, appela la cité dont elle était originaire Helenopolis, d'après son nom.


Traduction du latin issue en partie de l'article L’"invention" de la sainte Croix par l’impératrice Hélène, par Xavier Ravier, en partie du livre Mémoire sur les instruments de la Passion de N.-S. J.-C., par Charles Rohault de Fleury (Paris, Lesort, 1870), et de Histoire generale des auteurs sacrés et ecclesiastiques, par Dom Rémy Ceillier, tome 10, chapitre 1 "Rufin, prêtre d'Aquilée", p. 64 (Paris, 1767).

 
Palma il Giovane : Saint Helena (1592-1593). Venise, Chiesa dei Gesuit

Ci-dessous : Marco Palmezzano : Sant'Elena con la croce (1516). Forli, Musei di San Domenico

Texte en latin

Cap. VII. De Helena Constantini Mater

Per idem tempus Helena Constantini mater, femina incomparabilis fide, religione animi ac magnificentia singulari, cuius vero Constantinus et esset filius et crederetur, divinis admonita visionibus Hierosolymam petit ; atque ibi locum, in quo sacrosanctum corpus Christi patibulo affixum pependerat, ab incolis perquirit. Qui iccirco ad inveniendum difficilis erat, quod ab antiquis persecutoribus simulacrum in eo Veneris fuerat defixum, ut si quis Christianorum in loco Christum adorare voluisset, Venerem videretur adorare ; et ob hoc infrequens et pene oblivioni datus fuerat locus.

Sed cum, ut supra diximus, religiosa femina properasset ad locum coelesti iudicio designatum, cuncta ex eo profana et polluta deturbans in altum purgatis ruderibus, tres confuso ordine reperit cruces. Sed obturbabat reperti muneris laetitiam uniuscuiusque crucis indiscreta proprietas. Aderat quidem et titulus ille qui Graecis et Latinis atque Hebraicis litteris a Pilato fuerat conscriptus : sed ne ipse quidem satis evidenter Dominici prodebat signa patibuli.

Hinc iam in humanae ambiguitatis incerto, divinum flagitat testimonium. Accidit in ea urbe primaria quamdam loci illius feminam gravi aegritudine confectam seminecem iacere. Macharius per idem tempus illius episcopus erat. Is ubi cunctantem reginam, atque omnes pariter qui aderant, videt afferte huc, inquit, omnes quae repertae sunt cruces, et quae sit quae portaverit Dominum Christum, nunc nobis adaperiet Deus. Et ingressus cum regina pariter et populis ad eam quae decumbebat, defixis genibus huiuscemodi ad Deum precem profundit.

Salvatore Psaila : Statue de sainte Hélène (détail) (1837).
Birkirkara (Malte), basilique Sainte-Hélène

Cap. VIII. De cruce salvatoris in Hierusolymis ab Helena reperta

Tu Domine, per unigenitum Filium tuum salutem generi humano per passionem crucis conferre dignatus es, et nunc in novissimis temporibus aspirasti in corde ancillae tuae perquirere lignum beatum, in quo salus nostra pependit,ostende evidenter ex his tribus quae crux fuerit ad Dominicam gloriam, vel quae extiterint ad servile supplicium : ut haec mulier quae semiviva decumbit, statim ut eam lignum salutare contigerit, a mortis ianuis revocetur ad vitam.

 
 Agnolo Gaddi : The Story of the True Cross (ca 1380-1390).
Florence, frescoes in the church of Santa Croce
 
Et cum haec dixisset, adhibuit primo unam ex tribus, et nihil profuit. Adhibuit secundam, et nec sic quidem aliquid actum est. Ut vero tertiam admovit, repente adapertis oculis mulier consurrexit, et stabilitate virium recepta, alacrior multo quam cum sana esset, tota domo discurrere et magnificare Domini potentiam coepit.

Sic evidenti indicio regina voti compos effecta, templum mirificum in eo loco, in quo crucem repererat regia ambitione construxit.

Clavos quoque quibus corpus Dominicum fuerat affixum, portat ad filium. Ex quibus ille frenos composuit, quibus uteretur ad bellum; et ex aliis galeam nihilominus belli usibus aptam fertur armasse. Ligni vero ipsius salutaris partem detulit filio; partem vero thecis argenteis conditam dereliquit in loco: quae etiam nunc ad memoriam sollicita veneratione servatur. Reliquit etiam hoc inditium religiosi animi regina venerabilis.

Filius vero eius Constantinus in honorem matris civitatem condidit quam ex nomine illius Helenopolim nuncupavit. 

 

Quelques représentations de la sainte

 
Vasily Sazonov : Saints Constantine and Helena present the Holy Cross 
(Saint-Pétersbourg, avant 1870)




Véronèse : La Vision de sainte Hélène (vers 1570-1575).
Londres, The National Gallery
Sebastiano Ricci : The Invention of the Cross by Empress Helen (1710). Residenzgalerie Salzburg

 
 
Lucas Cranach the Elder : Saint Helena with the Cross (1525). Cincinnati Art Museum / Œuvre non identifiée
 
 
  


 

 Icônes orthodoxes

 
 
Kaiser Konstantin und Kaiserin Helena mit dem Kreuz Christi (14e-15e siècle).
Germanisches Nationalmuseum
 
Master painter Athanasie Wallachia : Icon, Saints Constantine and Helena (1699). 
Bucarest, National Museum of Art of Romania
 
  Icona ortodossa bulgara di Costantino I ed Elena con la Vera croce (Gdańsk, Poland)
 
 
Images pieuses
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Italie

Tintoretto -  I Santi Elena, Barbara, Andrea, Macario, un altro santo e un devoto adorano la croce (1560 circa). Milano, Pinacoteca di Brera
 

Palma il Vecchio (Jacopo Negreti) - Saint Helen and Saint Constantine (part of a polyptych) (ca 1545).
Milano, Pinacoteca di Brera
 
 
Giambattista Tiepolo - Esaltazione della croce (ca 1740-1745).
Venice, Galleria dell’ Academia

jeudi 3 février 2022

Quatre mois sans toi

Aujourd'hui, se termine le quatrième mois de ton départ, ma chère petite Hélène, et je n'arrive toujours pas à y croire. Nous étions deux solitaires réunis par le même amour. Nous respections nos besoins de solitude mais ne pouvions vivre l'un sans l'autre. Tu étais mon évidence.

Hélène, église de Saint-Roman-de-Malegarde, 30 juillet 1994

 Et on veut toujours croire, malgré les problèmes, malgré la maladie, que l'amour est éternel. Pourquoi ne peut-on cesser de vivre simultanément, s'il faut cesser de vivre ? Mais il faut se résigner, redresser la tête et faire face comme on peut.

Et puis, tu es partie si brusquement, muette et inerte pour tes six derniers jours, pour nos derniers jours, les tiens, les miens, ceux de Madeleine. Alors, sans craindre de te trahir, je vais te laisser la parole :

« Alors certes, je vais partir, je suis partie dans une autre dimension que je nomme la Lumière. Je n’ai pas peur de ce que je vais y retrouver. Je sais que des êtres aimés seront là pour m’accueillir. Je sais que je viens déjà de là-bas puisque cette vie était déjà ma 13e dans le positif. Ai-je progressé, compris la mission que j’avais choisie avant cette incarnation ? Pas encore pour le moment. Peut-être quand ma fin approchera. Je n’aurais pas le temps peut-être de vous le révéler. Cela restera mon mystère.

Là-haut, je serai libérée de ce corps de souffrance, de cette maladie qui était ma croix christique, détachée des émotions humaines. Je serai une âme libre de voler vers vous et j’espère vous faire ressentir de la joie malgré votre chagrin. Ne vous laisser pas submerger par lui. Pensez à moi qui ne suis plus empoisonnée par ce sang maudit, vivez ce que vous avez encore à vivre. Vivez pour moi.

J’essaierai de vous envoyer des plumes, des oiseaux, des écureuils (pas sur la tête quand même) mais pas sûre d’y parvenir. Au début, je serai peut-être absente pendant la réparation de mon âme et n’aurai pas la force, encore, de vous envoyer des signes... Ensuite, les morts ne doivent pas abuser de ces communications avec les êtres chers car si cela les réconforte au début, cela diminue l’énergie des vivants et les empêche de vivre. Un jour les morts doivent s’élever plus haut, tout en restant reliés aux êtres aimés restés sur terre. Ils poursuivent une mission plus vaste et ne peuvent rassurer sans cesse les vivants chéris car cela les épuise de redescendre dans les énergies basses. Je l’ai expérimenté avec Régis et Victorine. Leur présence à mes côtés est restée une certitude alors que je n’espérais plus de messages ou signes de leur part. 

Victorine, la grand-mère d'Hélène, et Madeleine, 25 décembre 1997

 Nous resterons reliés, connectés. Ne vous sentez pas seuls, surtout toi Jean-Michel. Rapprochez-vous, toi et Madeleine, tout en continuant à respecter vos différences. Je vous aiderai à faciliter la communication, pas toujours aisée entre vous alors que j’ai senti l’amour grandir entre vous, face à mes épreuves. Je sais que toi Madeleine, tu comprends mieux désormais le caractère de ton père et a appris à l’accepter plus que dans le passé. Tu as mûri, compris peut-être sa vulnérabilité liée à des traumatismes enfouis, à bien des âges de sa vie. Ton père a survécu grâce à son amour de la musique, fortifié par son oncle Serge qui partageait cette même passion. Toi aussi, tu es maintenant une mélomane (avec tes propres goûts musicaux assortis à tes tatouages, qui, je l’espère resteront discrets et limités !!!). Et une pratiquante d’instrument, comme ta mère. La musique comme une symbiose entre nous trois. C’est une belle image qui me mets en joie et que j’emporte au ciel où j’espère jouer de la harpe avec les anges, auprès de sainte Thérèse. »

Il s'agit d'un extrait de la lettre que tu as rédigée pour nous deux, en février 2020. Sachant ta maladie incurable, tu tenais à ne pas laisser après toi que vide et silence. Merci, mon amour. C'est toute ta délicatesse. Nous laisser une belle lueur d'espoir, éclairer l'obscurité.


P.S. Merci à Joëlle pour son article publié hier...

vendredi 3 décembre 2021

Ad libitum

 Depuis le 3 octobre 2021 à 21 heures, l'auteur de ce blog nous a quittés, dans sa forme terrestre. Elle avait 54 ans et six mois. Cela fait maintenant juste deux mois.

Voici la photographie qu'elle avait choisie pour son compte Google. Elle lui ressemblait.

Il s'agit d'un cliché pris lors de notre visite de la forge de Buffon, le 3 août 2014. Elle était alors encore en rémission de son myélome, à la suite de sa première autogreffe.

Le dernier article publié sur ce blog est consacré à sainte Thérèse. C'était aussi le sujet de sa dernière broderie, qu'elle avait elle-même imaginée. Elle tenait plus que tout à la terminer, mais durant ses dernières semaines, ses mains tremblaient et tout activité minutieuse lui a été impossible, comme cette fine broderie, comme jouer de la harpe, et, à la fin, même tenir sa liseuse lui était difficile. Elle évoque cette broderie, son ex-voto, dans l'article publié le 26 juillet 2021, « Prière à sainte Thérèse ». Malheureusement, l'espoir porté par cette prière ne s'est pas réalisé. Voici cet ouvrage tel qu'elle l'a laissé :



Mais justement, sainte Thérèse s'est manifestée lors d'une de ses dernières nuits, alors qu'elle était au service des soins palliatifs à l'hôpital Saint-Victor à Amiens, où elle s'est éteinte doucement entre le 29 septembre et le 3 octobre, après une journée le 28 septembre aux urgences vitales.

Le 30, une des aumônières  qui l'avaient visitée lors de son long séjour en hématologie est venue la voir et prier. J'avais posé un minuscule oratoire portatif de sainte Thérèse sur la table de chevet.


 En partant, l'aumônière a laissé un lumignon que nous avons déposé devant l'oratoire.

La nuit venue, alors que j'étais couché comme chaque soir sur une lit d'appoint dans la chambre d'Hélène, levant les yeux au plafond, j'ai vu une croix noire parfaitement dessinée juste au-dessus de sa tête, placée perpendiculairement au lit. Malgré l'obscurité qui régnait dans la chambre, la lumière du couloir, perçant à travers la porte mal jointe, apportait une faible lueur. Ainsi, le plafond, au lieu d'être noir, était gris, et la croix, plus sombre, se distinguait parfaitement.

Il s'avéra qu'elle n'était le résultat d'aucun phénomène mystérieux, mais le reflet des quatre branches de la potence à perfusions, plantée au coin supérieur droit du lit, que projetait au plafond le lumignon que j'avais posé devant la figurine de sainte Thérèse.
 

 

 
Cependant, comment s'empêcher de penser que ce phénomène ne devait rien au hasard ? Que l'addition d'éléments du monde religieux et d'un objet ordinaire de l'hôpital, dont les branches étaient justement disposées de manière à former une croix, n'étaient pas qu'une coïncidence ? Religion et maladie faisaient partie intégrantes du quotidien d'Hélène, en lien étroit l'une avec l'autre. Quoi d'étonnant, au moment où elle finissait sa vie terrestre, alors qu'elle ne pouvait plus s'exprimer, plus parler, plus bouger, qu'une force extérieure se manifeste ?

Malheureusement, le miracle ne se reproduisit pas, puisque la potence, qui ne servait plus, du moins pas dans son emploi premier, fut enlevée le lendemain matin.

Mais ainsi, sa chère petite sainte Thérèse lui avait adressé un signe fort peu avant son trépas.
C'était le 30 septembre, date de son décès en 1897... Et le lendemain, jour de sa fête.

Pour terminer, en ce jour anniversaire, je tiens à citer deux passages de ses nombreux articles traitant de sa maladie, tant dans ce blog que dans son blog de brodeuse. Ces passages sont tout elle.

Dans ce premier passage, elle parle de Bourvil, qui est mort également du myélome :
 « Depuis l'annonce de ma nouvelle rechute, comme lui, j'aimerais crier mais je reste muette. Asphyxiée. Tous ces efforts faits depuis 2012, ces traitements qui me maintiennent en vie de rechute en rechute, c'est si lourd à supporter. Quel prix faudra-t-il payer pour rester encore un peu sur cette terre entourée de ceux que j'aime ? »
« Comme lui, je m'interroge sur le sens de cette maladie qui touche principalement des hommes âgés, selon les statistiques. Alors pourquoi moi ? Entre révolte et résignation, je poursuis mon chemin à la rencontre peut-être d'une montagne où, enfin, je pourrais me laisser aller à crier et repartir apaisée, confiante et combattive. »
 
Le second a été publié le 11 février 2018, une époque où elle émergeait tout juste  d'un terrible combat :
« Enfin, je veux le croire de toute mon âme, le soutien de certains anges là-haut au ciel, guidés par la Vierge, sainte Thérèse. Puissent mes prières monter jusqu'à eux pour les remercier et leur demander de m'aider encore et toujours sur ce chemin difficile. »

Et tant et tant de textes qu'elle a écrit, dans ses cahiers, ses carnets, ses blogs, et qui, finalement, parlent toujours d'amour.

Pour finir, je voudrais dire un mot de ses toutes petites mains, qui m'ont toujours émues, ces mains agiles, tant pour tirer sur les cordes de la harpe ou sur l'aiguille de la brodeuse, pour écrire et aussi pour attraper les mouches ! Mais il y a aussi toutes ces aiguilles qu'on y a enfoncées pendant dix ans. Ainsi, le 28 septembre 2021.

 
Et enfin nos derniers contacts alors qu'elle était inerte. Main de maman et main de Madeleine, avec le petit écureuil qu'elle emmenait à l'hôpital et qui est resté près d'elle jusqu'à la fin.
 

 Et pour la suite :
 

 Nous t'aimions, nous t'aimons.



 
 

samedi 31 juillet 2021

Les alités # 3 : sainte Thérèse de Lisieux

Après le succès de la diffusion de ses écrits, Histoire d'une âme, les fidèles désiraient posséder des images de sainte Thérèse. L'iconographie thérésienne est plus ou moins officialisée en 1912 dans ce fusain réalisé par sa soeur Céline, carmélite de Lisieux connue sous le nom de soeur Geneviève. 


A partir de 1925, le portrait de la Sainte, est largement édité sous forme d'images pieuses, de cartes postales, de médailles... Parmi bien d'autres objets de piété qui se déclinent à l'infini. Ma petite collection n'en est qu'un maigre échantillon !

Même si j'aime la représentation un peu mièvre de la sainte, sa photographie qui m'émeut le plus est celle-ci. Il s'agit de sa dernière photographie vivante. 

 Thérèse effeuille des roses sur son crucifix. Photographie prise dans le cloître, à la porte de l'infirmerie, le 30 août 1897. 

Depuis le 8 juillet, son lit a été transféré à l'infirmerie et le 28 août, disposé au centre de la pièce de sorte que Thérèse, appuyée sur ses oreillers, puisse contempler le jardin et la vigne qui recouvre l'ermitage de la Sainte Face.

A cette époque, une photographie était toujours mise en scène, voire retouchée, raison de plus quand elle représentait une future sainte dont on cherchait à montrer l'âme plus que le visage.

Thérèse pose donc pour la postérité. Elle n'a que 24 ans ; elle se sait condamnée par la tuberculose. 

Quand il fait beau, on l'installe dans le cloître pour lui faire prendre le soleil. 

La photographie immortalise un de ces moments tout en la représentant déjà comme une icône avec ses attributs qui seront pérennisés sur le fusain de 1912 : le crucifix noir, sur lequel la sainte effeuille une rose.
Une thématique récurrente dans ses écrits, symbole de l'âme qui se sacrifie par amour.


Mais quelle est la signification de la guirlande de vigne vierge qui repose sur ses pieds et court sur le mur du cloître ?

Lorsque Thérèse dessine ses armoiries, elle fait figurer une vigne sur le blason du Christ (à gauche)  et explique ainsi son choix :
 La vigne qui sépare le blason est encore la figure de Celui qui daigna nous dire " Je suis la vigne et vous êtes les branches ; je veux que vous me rapportiez beaucoup de fruit ".
Les deux rameaux, entourant l'un la Sainte Face, l'autre le petit Jésus, sont l'image de Thérèse qui n'a qu'un désir ici-bas, celui de s'offrir comme une petite grappe de raisin pour rafraîchir Jésus-Enfant, l'amuser, se laisser presser par lui au gré de ses caprices... et puis étancher aussi la soif ardente qu'Il ressentit pendant sa Passion.

Autre explication possible, l'ordre religieux auquel appartient Thérèse, a été fondé sur le mont Carmel, qui signifie littéralement en français, le vignoble de Dieu. La prière à Notre Dame du Mont Carmel, célèbre la Vierge Marie comme étant la plus belle fleur du Mont Carmel, vigne féconde, splendeur du Ciel :

Fleur du Carmel
Vigne fleurie
Beauté du Ciel
Vierge féconde
Mère douce et toute pure
Étoile de la mer
Donne-nous un signe de ta maternelle protection
Fleur du Carmel
Vigne fleurie
Beauté du Ciel.

Enfin, tout comme le lierre, la vigne vierge est un symbole funéraire de l'immortalité de l'âme, de la Résurrection qui triomphe du bois de la Croix. En atteste cette œuvre justement produite au Carmel de Lisieux... avec des cheveux coupés, enduits de colles et découpés en forme de feuillage. Assez surprenante mais dans le goût d'une époque où les morts ne faisaient pas peur aux vivants.


Le 30 août, pendant tout le tralala pour la prise de la photo, Thérèse regarde le préau. Marie du Sacré-Cœur, jardinière du préau, étant près d'elle, lui dit :

-Voici un rejeton de rhododendron qui se meurt, je vais l'arracher.
- Oh! ma Soeur Marie du Sacré-Cœur lui répondit Thérèse d'un ton de voix plaintif et suppliant, je ne vous comprends pas. Pour moi qui vais mourir, je vous en supplie, laissez-lui la vie à ce pauvre rhododendron. 


Il lui fallut insister encore, mais son désir fut respecté.
Or, ce pauvre rejeton est actuellement le seul rhododendron survivant. En peu de temps tous les autres sont morts, sauf le rhododendron de Thérèse ! Il est aujourd'hui l'un des arbustes les plus jolis du préau.

 Et moi, j'aime cette Thérèse qui parle aux fleurs. Sous sa couverture végétale,  elle me fait penser à une petite fée de la Nature...

mardi 27 juillet 2021

Ad libitum, la bande son

 


J'espère que ce ne sera pas le générique de fin. Je me posais des questions sur l'intérêt de continuer à partager les micro-évènements qui rythment mon quotidien quand une rechute sévère m'a mise par terre. 

J'aime toujours autant observer le monde, transcrire mes émotions, écrire ma vie qui se tisse mais c'est impossible en ce moment. J'espère reprendre un jour mon éphéméride de fleurs, oiseaux et écureuils.

J'essaie de continuer surtout pour moi, quand je le peux. Pour me souvenir, progresser, comprendre mon destin et laisser à mes proches, mieux que des photos sans légendes après mon grand départ. J'aime transmettre mes idées, mes savoirs. C'est pour cette raison que j'ai adoré enseigner la harpe, former des collègues.

Mais revenons à la musique et à la genèse de celle qui illustre désormais mon petit cinéma personnel. 

 François Pernel dont je vous ai déjà parlé, a lancé un grand projet d'écriture de recueil pour harpe à leviers sur une plate forme de financement participatif en septembre 2020. Il proposait de composer des morceaux à la demande, et je lui ai commandé une œuvre, avec enthousiasme, tant j'aime ses harmonies particulières.

Je voulais qu'elle me soit dédicacée tout en étant un hommage à Régis Chenut à qui je dois tant de savoirs, harpistiques mais pas seulement. C'est en souvenir de lui d'ailleurs, que j'ai donné ce titre à mon blog. Il faut toujours remercier ses pères et je n'ai pas su le faire de son vivant. Mais la musique est le meilleur vecteur pour faire passer des messages vers le ciel.

Voici ma demande :

Pour "ma" composition, j'aimerais qu'elle me soit dédicacée mais soit aussi un hommage à mon professeur.

Dédicaces : à Hélène Fenninger, en hommage à Régis Chenut

Titre : Ad libitum

J'aime cette expression musicale. Au point qu'elle est le nom de mon blog personnel. 

Je vois un morceau assez libre, comme une improvisation tout en étant un peu répétitif. Lent, mélancolique, peut-être d'influence un peu médiévale. Assez spirituel, mystique, ésotérique.

Pas de notes au delà du fa dans les aigus car je joue sur une Camac electro de 32 cordes. 

Et pas trop de leviers à monter avant de jouer, souvent ça me rebute !

Je vous laisse composer, ad libitum ! En espérant ne pas avoir été trop directive. Que l'inspiration soit avec vous...
 
Et ma réaction à l'écoute du morceau
 
Merci pour ce beau cadeau. C'est la première fois qu'un artiste compose pour moi et j'avoue que la première écoute de ce morceau restera gravée dans ma mémoire émotionnelle ! Même en son midi. C'est votre univers, du 100% Pernel... et il y a un petit quelque chose de moi ! Vous avez parfaitement respecté le cahier des charges ;-) et je ne me permettrais pas de demander le moindre changement. Ce qui m'intéresse, c'est votre interprétation de ma demande, votre création.

Je ne suis pas musicologue mais ce morceau me fait penser au bourdon médiéval, aux airs chantés par les pèlerins sur les chemins de Compostelle mais aussi à la musique sérielle. J'aime beaucoup la rupture mesure 28, quand la main gauche ne martèle plus les accords. C'est très dépouillé, chantant. Et les syncopes main droite, à partir de la mesure 51, ça fait son petit effet. Plein d'ambiances différentes dans un morceau à l'air répétitif. Sans compter les dissonances qui m'ont un peu surprises mais qui font la richesse de cette oeuvre. Je n'aurais pas aimé une oeuvre "néo-médiévale" ennuyeuse, avec une mélodie attendue.

J'espère que de votre côté, vous êtes satisfait de ce morceau. Si tout l'album a cette qualité, nous allons passer du bon temps à faire vibrer du Pernel dans l'univers... qui en a bien besoin.
 
Vous pouvez en juger par vous-même, François Pernel ayant interprété Ad libitum pour la première fois lors d'un concert à l'espace CAMAC, le 20 mai 2021.
(à 6 mn 30). Mais tout le concert est magnifique et mérite d'être écouté en son entier.

 

lundi 26 juillet 2021

Prière à sainte Thérèse

Lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens (4,6-9)

Frères, ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu'on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d'être aimé et honoré, tout ce qui s'appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte. Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.

 

A mes amis catholiques qui sont nombreux. Les autres peuvent adapter la prière à leurs croyances bouddhistes, païennes... J'ai plus que jamais besoin de lumière, d'énergie céleste.

Merci à Myriam qui a déposé cette prière à la basilique de Lisieux et à Frédérique, dans la petite crypte dédiée à sainte Thérèse dans l'église Saint-Sulpice à Paris.

 



Je t'adresse mes prières sainte Thérèse pour te demander de soutenir mon amie Hélène jusqu'à ce que l'hôpital d'Amiens obtienne l'autorisation de pratiquer la thérapie des Car T cells pour soigner les patients atteints de myélome grave.
 
Illumine les médecins et les administrateurs afin qu'ils délivrent leur agrément au plus tard en octobre.
 
Elle est la première sur la liste d'attente mais chaque jour compte tant son état est affaibli depuis presque 10 ans de traitement qu'elle a endurés avec beaucoup de courage et de foi.
 
Toi qui a tant souffert, prends la dans tes bras pour la rassurer et l'accompagner jusqu'à cette thérapie révolutionnaire qui pourrait la sauver.
 
Elle voudrait retrouver une vie calme et simple au contact de la nature, pleine d'amour pour ses proches, de fidélité envers ses amis. Elle n'aspire qu'a faire le bien, broder et chanter des louanges à la petite Thérèse, à la Vierge Marie et à son fils Jésus Christ Notre Sauveur.
 
Merci pour ton aide dont elle a tant besoin.
 
Effectivement, je brode comme une prière, un ex voto que j'ai inventé en hommage à sainte Thérèse. C'est très minutieux et chaque point est une petite victoire sur mon état de santé défaillant. Chaque élément choisi à une signification.

mercredi 14 juillet 2021

Réconforts dans la nature

 Et oui, ils sont toujours là mes écureuils chéris, ravitaillés uniquement le soir, sur le banc. Quel réconfortant spectacle dans la lumière d'une journée finissante !

J'adore partager ma pomme avec l'un ou l'autre de mes protégés.

Pour être moins concurrencés par les oiseaux attirés par les tournesols, nos rousses ladies prennent désormais le thé dans de jolies tasses. Qu'elles ont vite fait de renverser pour attraper plus facilement leur collation ! L'éducation à l'anglaise n'est plus ce qu'elle était.

 

 Et pas davantage de politesse quand il s'agit de partager les rations. Le premier arrivé empêche les autres d'approcher, même à l'autre extrémité du banc. Il se comporte comme un petit chef autoritaire. C'est surtout de l'intimidation ; les poursuites ne sont jamais bien violentes. Elles ont la grâce d'une danse ancestrale.


 

La prairie s'est enfin mise à fleurir, de chaque côté de l'allée gazonnée. Par manque de soleil, certaines fleurs ne montreront sans doute pas leurs belles dentelles. Je me contente de remercier celles qui ont bravé les températures automnales pour enluminer cet été un peu particulier.

Un unique souci, quelques bourraches, une jolie mauve et une fantaisie en bleu, blanc, rouge pour fêter le 14 juillet.


 

 

Ma protectrice au ciel, la petite Thérèse, a fait fleurir une très belle rose, tout à côté de la fenêtre de mon bureau.

 Le temps pluvieux fait le bonheur des escargots.

Et moi, j'essaie de survivre à mes douleurs et inquiétudes pour continuer à m’émerveiller en mon jardin.

dimanche 11 juillet 2021

Lettre à Axel Kahn

 

J'ai appris votre mort la veille de la découverte du flambant neuf oncopôle de l'hôpital de jour d'Amiens et de l'initiation d'une nouvelle thérapie contre mon myélome.

Arrivée à 11h et repartie à 13h30, j'ai bénéficié d'une prise en charge TGV à l'image de ce nouvel espace de soin où j'ai justement adopté ma méthode SNCF : attitude aimable mais distante avec deux voisins courtois, comme des voyageurs d'un même wagon unis uniquement par une destination plus ou moins commune.

Préoccupée par cette journée particulière, à l'écoute de mon corps, c'est la rediffusion de l'entretien que vous aviez accordé à la Grande Librairie qui m'a rappelée votre disparition. Son visionnage lorsque vous étiez encore en vie m'avait dérangé. Sans doute parce que j'y voyais trop le reflet de ma propre maladie mais arrivée à sa phase terminale. Pour la même raison, j'ai seulement survolé votre Chronique apaisée de la fin d’un itinéraire de vie, pourtant si riche de sereines réflexions.

En vous regardant le soir de la rediffusion, j'ai été frappée par la beauté de votre sourire illuminé dévorant votre visage de souffrance. Vous qui aviez choisi de signer vos chroniques du totem Axel le loup, je vous ai trouvé une certaine parenté avec le sage chef cheyenne Peau de Vieille Hutte dans Little Big man clamant : "C'est un beau jour pour mourir...".

Il y a dans votre vie, un événement terrible qui a orienté votre destin, le suicide de votre père adoré alors que vous aviez à peine 26 ans, vous laissant comme ultime message : "Sois raisonnable et humain", avant de sauter d'un train. Longtemps votre souffrance a été de ne pas avoir vu vieillir votre père. Alors ce besoin de transmettre des enseignements avant de mourir, relève pour moi d'une sorte de réparation. Le contre-poison de la mort violente et inexpliquée de votre père.

Vous, au contraire, avez souhaité réunir votre famille pour lui donner des instructions pratiques et nécessaires, exprimer vos sentiments dans un bel esprit de communion et de partage. Vous avez pris le temps du départ. Vous avez offert la vieillesse de votre corps accélérée par la maladie, comme un ultime cadeau d'amour à vos enfants, votre compagne. Et à nous tous...

Il y a tellement de mots lors votre dernier entretien télévisé qui me donnent l'impression d'avoir été prononcés pour moi que je vous dis simplement merci d'avoir été un humain comme on aimerait en rencontrer davantage.

J'ai noté quelques unes de vos réflexions.

LA MORT

La mort n'existe pas. Ce qui existe, c'est la vie qui s'interrompt. Mais la mort est un non phénomène, un non évènement. Elle m'indiffère totalement.

Faut-il enseigner l'idée de la mort ? Non, c'est tout le contraire. Ce qui doit être enseigné, c'est la perspective de la vie. Il faut s'entraîner à vivre dans l'urgence, le mieux possible, d'essayer de concentrer les moments où l'on peut connaître le bonheur, la joie alors même que la mort est proche.

LA BEAUTÉ

Il n'y a pas d'humanité sans la  capacité de ressentir la beauté.

L’AUTOAPITOIEMENT

L'autoapitoiement est à combattre car c'est une facilité. Il est un pathos. Il est la création d'une atmosphère d'esprit qui empêche l'esprit de fulgurer comme il pourrait le faire. Il l'empêche d'aller au bout de ses analyses. On ne vit pas sans émotion mais l'émotion mal placée, l'émotion face au pathos est une émotion artificielle. Cela je le combats. Peut-être que j'y ai succombé moi-même. J'écris parfois des lignes qui me font pleurer moi-même. Alors là, je me dis : Danger ! C'est tellement facile de faire pleurer Margot !

= > Pour revoir l'émission en replay.