Aujourd'hui, se termine le quatrième mois de ton départ, ma chère petite Hélène, et je n'arrive toujours pas à y croire. Nous étions deux solitaires réunis par le même amour. Nous respections nos besoins de solitude mais ne pouvions vivre l'un sans l'autre. Tu étais mon évidence.
Et on veut toujours croire, malgré les problèmes, malgré la maladie, que l'amour est éternel. Pourquoi ne peut-on cesser de vivre simultanément, s'il faut cesser de vivre ? Mais il faut se résigner, redresser la tête et faire face comme on peut.
Et puis, tu es partie si brusquement, muette et inerte pour tes six derniers jours, pour nos derniers jours, les tiens, les miens, ceux de Madeleine. Alors, sans craindre de te trahir, je vais te laisser la parole :
« Alors certes, je vais partir, je suis partie dans une autre dimension que je nomme la Lumière. Je n’ai pas peur de ce que je vais y retrouver. Je sais que des êtres aimés seront là pour m’accueillir. Je sais que je viens déjà de là-bas puisque cette vie était déjà ma 13e dans le positif. Ai-je progressé, compris la mission que j’avais choisie avant cette incarnation ? Pas encore pour le moment. Peut-être quand ma fin approchera. Je n’aurais pas le temps peut-être de vous le révéler. Cela restera mon mystère.
Là-haut, je serai libérée de ce corps de souffrance, de cette maladie qui était ma croix christique, détachée des émotions humaines. Je serai une âme libre de voler vers vous et j’espère vous faire ressentir de la joie malgré votre chagrin. Ne vous laisser pas submerger par lui. Pensez à moi qui ne suis plus empoisonnée par ce sang maudit, vivez ce que vous avez encore à vivre. Vivez pour moi.
J’essaierai de vous envoyer des plumes, des oiseaux, des écureuils (pas sur la tête quand même) mais pas sûre d’y parvenir. Au début, je serai peut-être absente pendant la réparation de mon âme et n’aurai pas la force, encore, de vous envoyer des signes... Ensuite, les morts ne doivent pas abuser de ces communications avec les êtres chers car si cela les réconforte au début, cela diminue l’énergie des vivants et les empêche de vivre. Un jour les morts doivent s’élever plus haut, tout en restant reliés aux êtres aimés restés sur terre. Ils poursuivent une mission plus vaste et ne peuvent rassurer sans cesse les vivants chéris car cela les épuise de redescendre dans les énergies basses. Je l’ai expérimenté avec Régis et Victorine. Leur présence à mes côtés est restée une certitude alors que je n’espérais plus de messages ou signes de leur part.
Nous resterons reliés, connectés. Ne vous sentez pas seuls, surtout toi Jean-Michel. Rapprochez-vous, toi et Madeleine, tout en continuant à respecter vos différences. Je vous aiderai à faciliter la communication, pas toujours aisée entre vous alors que j’ai senti l’amour grandir entre vous, face à mes épreuves. Je sais que toi Madeleine, tu comprends mieux désormais le caractère de ton père et a appris à l’accepter plus que dans le passé. Tu as mûri, compris peut-être sa vulnérabilité liée à des traumatismes enfouis, à bien des âges de sa vie. Ton père a survécu grâce à son amour de la musique, fortifié par son oncle Serge qui partageait cette même passion. Toi aussi, tu es maintenant une mélomane (avec tes propres goûts musicaux assortis à tes tatouages, qui, je l’espère resteront discrets et limités !!!). Et une pratiquante d’instrument, comme ta mère. La musique comme une symbiose entre nous trois. C’est une belle image qui me mets en joie et que j’emporte au ciel où j’espère jouer de la harpe avec les anges, auprès de sainte Thérèse. »
Il s'agit d'un extrait de la lettre que tu as rédigée pour nous deux, en février 2020. Sachant ta maladie incurable, tu tenais à ne pas laisser après toi que vide et silence. Merci, mon amour. C'est toute ta délicatesse. Nous laisser une belle lueur d'espoir, éclairer l'obscurité.
P.S. Merci à Joëlle pour son article publié hier...















