lundi 28 mai 2018

Parc Delpech # 1

 
 J'aime me dire que j'habite dans un parc, plutôt que dans une résidence. Pas encore habituée aux résonances du placo et des parquets flottants stratifiés, ni aux répercutions des ondes de choc du béton armé des années 70 (une grande déception à notre arrivée), je préfère me réfugier dans la nature. Même si ce parc a été créé sur une butte artificielle, il est un espace naturel.
 
j'y rencontre déjà mes voisins préférés : merles, pies, rouge-gorges, chats, écureuils et lapins...

Situé au sud d'Amiens, le parc réunit 29 villas et 8 immeubles de logements collectifs dans une opération dont Bernard Bougeault est l'architecte en chef. La première villa date de 1967 (l'année de ma naissance !), la dernière de 1974. Chaque villa est différente mais avec une gamme de matériaux unifiée : couvertures en cuivre à faible pente, maçonnerie de briques peintes en blanc. 


Réalisés en trois tranches (de 1972 à 1977), huit immeubles s'ajoutent aux villas du Parc Delpech. Au coeur du parc, entre les rues Jean-Froissart et Philippe de Commynes, Bougeault installe des logements collectifs de cinq étages qui semblent prendre place librement dans leur écrin de verdure. Bouleaux, thuyas, érables, cerisiers, tilleuls et pins occupent cet espace boisé entre lesquels serpentent des sentiers.

 Les immeubles se devinent derrière les arbres en un subtil jeu de cache-cache. Le parc est tout petit mais les points de vue changeants ne le rendent pas monotone. On peut monter sur la butte, la contourner, revenir sur ses pas. Les sentiers, peu marqués, n'imposent aucun chemin de prédilection.
 
 
 
 
 
 
 À l’origine, plus de 200 arbres et plus de 2000 arbustes ont été plantés, dont deux tiers d'espèces à fleurs. Le tout forme un paysage étrange à l’esprit un peu canadien avec ces arbres venus des terres nordiques. 
Voici, en ce moment, les fleurs odorantes qui parfument ce nouvel environnement que je commence seulement à explorer et dont je n'ai pas encore fini de parler...


Télécharger l'étude du lotissement (PDF) sur le site de la Maison de l'architecture

lundi 14 mai 2018

Nouvelle adresse



Un déménagement... c'est un sérieux chamboulement ! 
Surtout après avoir entassé sans s'en rendre compte, des strates d'objets superflus, durant des années. Si certains rappellent d'heureux souvenirs, d'autres sont pesants et il faut avoir le courage de s'en séparer pour s'alléger, se libérer du passé et faire place au présent et à l'avenir. Surtout quand ces objets concernent un héritage familial que l'on n'a pas vraiment choisi.

Je me suis posée la question sur ce que je voulais ou non transmettre à ma fille afin qu'elle ne se sente pas obligée de garder trop de souvenirs d'ancêtres lointains, de livres qu'elle ne lira pas et de vaisselle démodée et peu pratique. Les jeunes ont maintenant un autre rapport au monde et c'est tant mieux.

Au risque de choquer les âmes conservatrices, je n'ai gardé qu'un échantillon :

  • de mon journal
Pour être plus précise, j'ai recopié dans un fichier informatique, les passages qui m'intéressaient et offert à Madeleine pour ses 22 ans, une sélection de textes éclairant sa petite enfance... 


  • de mes broderies
Sorties des cadres, les plus belles sont dans une boîte, les autres sont allées aux vieux chiffons. Sans regrets, puisque j'en ai la mémoire sur mon blog.

  • de  mes courriers reçus
Je n'ai gardé que ceux dont la lecture me touchait encore...
  • de photos
Nous avions gardé beaucoup de photos (un peu moins belles) en plus de nos albums photos déjà nombreux. 
  • de vaisselles
Nous ne recevons jamais de grandes tablées alors à quoi bon garder autant de verres en cristal et d'argenterie, éléments de trousseau offerts par mon parrain ou ma marraine à chaque fête, de ma naissance à ma profession de foi. 

Et malgré ce tri, nos archives personnelles occupent encore une sérieuse place dans notre appartement. Quant à la vaisselle, nous en avons, je pense, encore beaucoup trop. Ah qu'il est difficile d'aboutir à un certain dépouillement dans nos vies d'occidentaux !



Un déménagement, c'est aussi redistribuer dans un autre espace, meubles et objets, et les redécouvrir sous un autre jour, différent. Repenser ses rangements, décorer plus sobrement, s'adapter à un nouveau lieu, une nouvelle adresse.

En français, le mot adresse a plusieurs sens :

  • Habilité dans les mouvements et les gestes
  • Finesse d'esprit, capacité à obtenir des résultats.
  • Indication du domicile de quelqu'un
  • Indication d'emplacement d'une information, dans une mémoire qui permet d'y accéder (informatique).

J'espère alors dans cet appartement, circuler avec aisance, réfléchir de manière constructive et retrouver facilement toutes les nouvelles informations nécessaires pour y vivre !

dimanche 29 avril 2018

Méditer dans les livres


 La méditation est à la mode et je ne me suis guère privée ces dernières années d'acquérir des ouvrages sur le sujet, plus que de raison. Les conservant au cas j'aurais besoin de retrouver un idée particulière. Et en achetant toujours de nouveaux... au lieu de me mettre à la pratique. Comme le dit si bien Alexandre Jollien, dans Vivre sans pourquoi :
Il me serait plus aisé de composer sur le champ un traité du repos que de m’étendre 5 minutes à ne rien faire !
 

 Déménagement oblige, j'ai décidé de me séparer d'un certain nombre pour ne garder que quelques essentiels et j'ai recopié, un peu au hasard, certains passages par ci par là...

Ne baser pas votre pratique sur ce qu'on vous raconte ou  sur vos seules lectures. N'apprenez pas par coeur, vérifier par vous-même. N'hésitez pas à remettre en cause ce qui vous a été enseigné, non dans une attitude rebelle mais dans la noble intention de tester le bien fondé de ce que vous apprenez. C'est par l'expérience physique, plus que par le savoir, que la mémoire du corps s'instruit. Que votre engagement dans la pratique soit le fruit de votre seule expérience personnelle !

Méditer, c'est se soigner, Dr Frédéric Rosenfeld

Tout comme une paire de chaussures nous évite de nous blesser l'orteil, la pleine conscience, si elle est appliquée au point de contact avec tout ce qui apparaît dans le mental ou dans le corps, ou avec tout évènement nous concernant, qu'il soit menaçant ou séduisant, peut nous épargner, à nous-mêmes et aux autres, beaucoup de souffrance.
 Méditer, 108 leçons de pleine conscience,
 Jon Kabat-Zinn

Ce n'est pas en fuyant la souffrance qu'on y met fin. En la comprenant, en l'acceptant, on cesse de s'opposer à elle et on se donne une chance de l'éliminer pour soi-même et pour tous les êtres. La souffrance acceptée ne fait plus souffrir. Elle devient une puissance qui transforme.
La méditation m'a sauvé, Plakyab Rinpoché

A notre anniversaire, on nous souhaite "Bon anniversaire" alors qu'en réalité le jour de notre naissance fut aussi celui de la naissance de notre souffrance. Et pourtant personne ne va nous souhaiter : "Joyeux anniversaire, tous nos voeux de souffrance les plus sincères !"
L'art du bonheur, Sa Sainteté le Dalaï Lama

Si l'on commence tout simplement par aider régulièrement les autres, même sans se sentir particulièrement gentil ou attentif, au fur et à mesure, que l'on développera d'authentiques sentiments compassionnels, on constatera une transformation intérieure.

L'art du bonheur, Sa Sainteté le Dalaï Lama

Il est important d'apprendre à assumer sa singularité, non pas à y renoncer - que ce soit au nom d'un ordre moral, social ou spirituel. Vivre implique de prendre le risque d'être ce que nous sommes. La méditation nous y aide quand elle est une aventure, nous conduit à faire de nouvelles découvertes et rencontrer de nouveaux paysages.
Frappe le ciel, écoute le bruit, Fabrice Midal

Lorsqu'on essaie de calmer l'esprit, on a l'impression d'avoir davantage de pensées qu'auparavant. En vérité, ce n'est pas tant que leur nombre a soudainement augmenté, c'est que l'on prend tout à coup conscience de leur foisonnement. Nous avons mentionné qu'il n'est ni possible ni désirable de bloquer les pensées. Il est important, en revanche, d'en maîtriser le processus si l'on veut éliminer les  causes de la souffrance et permettre l'épanouissement du bonheur authentique.
L'art de la méditation, Mathieu Ricard 

Essayer d'être conscient en marchant, où que vous alliez. Ralentissez un peu. Centrez-vous dans votre corps et dans le moment présent. Appréciez le fait que vous êtes capables de marcher, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Percevez l'étendue de ce miracle et ne prenez pas pour argent comptant le fait que votre corps fonctionne si harmonieusement. Sachez que vous déambulez, droit sur la face de la Terre nourricière. Marchez avec dignité et confiance. Comme  disent les Navajos, marchez en beauté, où que vous soyez.

Où tu vas, tu es, Jon Kabat-Zinn

Comme cela fait du bien finalement de se libérer des livres et de repartir un peu plus légère. La prochaine fois, je ferai attention avant de me laisser tenter par toutes ces publications qui inondent un peu trop les librairies, je trouve. Et j'irai marcher en beauté...

dimanche 15 avril 2018

Rue Jeanne d'Arc


Depuis juillet 2000, nous habitons dans une amiénoise, bâtie vers 1893. 
Lors d'un séjour touristique, j'avais déjà été charmée par ces enfilades de maisons mitoyennes en brique, répétitives et pourtant individualisées, ces quartiers presqu'entièrement préservés depuis le 19e siècle, non loin du cirque Jules Verne.

 Les maisons côté pair, après 1905 (vue depuis notre 1er étage)

En 1999, nous avions décidé de venir travailler à Amiens car la vie nous y semblait agréable, les possibilités d'acquérir une maison plus facile financièrement qu'à Strasbourg.
Après deux-trois visites décevantes d’amiénoises petites, sans âme, j'étais rentrée dans une maison qui s’offrait comme par magie. Coup de foudre pour un lieu, malgré les inconvénients (la salle de bains derrière la cuisine, notamment). Escalier époustouflant.

Jean-Michel, lui aussi, était ravi. Était-ce parce que les pièces murmuraient Mallarmé et que le maître des lieux, personnage énigmatique à la Philippe Noiret, peu à peu dévoilait cette maison qu’il aimait encore ?
Nous avons décidé de vivre ici et sommes devenus amis avec les anciens propriétaires : Ivar Ch'Vavar, poète picard, et sa femme Dominique, prof de russe et danseuse. J’aime profondément ces gens atypiques, exigeants, sensibles. 
J'ai même brodé un des poèmes de Pierre, en langue picarde... pour cacher le compteur électrique dans l'entrée, publié sur mon autre blog

  Puis le temps a passé, ma broderie dans l'entrée aussi... Les habitants d'à côté sont devenus moins respectueux alors que l'isolation n'est guère performante entre ces maisons et que tout résonne d'une cour à l'autre. Des voisins sympathiques sont partis et de nouveaux, plus distants, se sont lancés dans des travaux interminables. Fini le calme ! 
Et ces alignements de murs de briques précédées par des files interminables de voitures stationnées ont commencés à m'oppresser moi qui ne rêvais que d'arbres et de nature après mes séjours en chambre stérile. C'est grâce à ma toute petite cour arborée que j'ai tenu le coup bien souvent. Paradis des oiseaux que j'aime tant.




L'école Saint-Martin dont nous avions apprécié la proximité pour notre fille Madeleine, a commencé à être de plus en plus une source de nuisances sonores (dont la liste serait longue), la dernière en date étant une sonnerie de type téléphone portable à la place de l'ancienne cloche. Soit disant plus zen mais tellement plus forte... 


Et surtout, il aurait fallu faire nous aussi des travaux que nous n'avions jamais eu le courage d'entreprendre nous qui ne sommes guère de grands bricoleurs et avons souvent été déçus par les artisans d'ici. Impossible de refaire la cuisine sans vivre ailleurs. Trop compliqué avec ma maladie et en l'absence de famille pour nous héberger.

Depuis quelques années déjà, nous mûrissions l'idée de revendre la maison mais cela est devenu une évidence à mon retour de l'hôpital. Besoin d'un environnement plus calme et moins minéral, d'un espace de vie plus pratique et confortable. L'idéal aurait été un appartement avec terrasse dans un cadre verdoyant comme il s'en construit beaucoup à Amiens mais que nous ne pouvons prétendre louer à  cause de la loi Pinel qui plafonne les revenus des locataires de ces logements.
Nous commençions à désespérer jusqu'au jour où nous avons été guidés vers notre futur lieu à vivre que je vous présenterai bientôt. Patience.

L'heure est au tri et aux cartons. Pas facile en même temps que le lourd traitement que je dois supporter et qui, en ce moment, se solde par beaucoup de trous de mémoire. 
Même si c'est difficile, je sais qu'après mon allo-greffe, un déménagement aurait été impossible. Alors malgré la fatigue, le stress, tous les deux, aidés par notre fidèle Madeleine, nous nous sentons portés par ce projet de vie.

Déménagement programmé le 3 mai 2018.


samedi 24 mars 2018

La confiance

Merci à mon amie Michèle qui m'a fait connaître ces textes de Rudolf Steiner (1861-1925) que je partage avec vous.

Admirer le beau,
Préserver le vrai, 
Vénérer ce qui est noble,
Accomplir ce qui est bon : 
Cela conduit l'homme
Dans la vie vers des buts,
Dans l'action vers ce qui est juste,
Dans le sentiment vers la paix,
Dans la pensée vers la lumière 
Et lui enseigne la confiance
En la présence divine 
Dans tout ce qui est : 
Dans l'univers
Et au fond de l'âme.

 
LA CONFIANCE

Quoique que puisse m'apporter l'heure à venir, ou le prochain matin, si cela m'est inconnu, ni la peur, ni l'angoisse n'y pourront rien changer.

Je l'attends avec le calme intérieur le plus complet dans mon âme, dans le silence le plus parfait de mon coeur, à l'image d'une mer étale.

Par la peur et l'angoisse, notre développement est entravé. Nous rejetons par les vagues de l'angoisse et de la peur ce qui, venant de l'avenir, veut pénétrer notre âme.

Aie confiance dans ce qu'on appelle la divine sagesse des évènements.

Rends toujours présents en toi cette pensée, ce sentiment, cette impulsion de vie de ton âme : " ce qui doit arriver, advient et doit avoir d'une façon ou d'une autre des effets positifs".
Cet état d'âme se manifestant dans l'attente, dans les sentiments et dans les idées est celui de la confiance.
Cet état d'âme doit se métamorphoser en une prière :
 " je veux vivre à partir de la confiance seule, sans aucune sécurité quant à mon existence " .

C'est cela que nous devons apprendre à notre époque :
ne vivre qu'à partir de la confiance, sans aucune sécurité quant à l'avenir de l'existence, dans la confiance en l'aide toujours présente du monde spirituel.

En vérité, il ne peut en être autrement.

Voilà une nouvelle rubrique sur mon blog : mes lectures inspirantes. 

samedi 17 mars 2018

L'instant de la chauve-souris

C'est en remontant du centre ville vers ma maison, perdue dans mes pensées, que je l'ai vu à la dernière minute, le long d'une vitrine de magasin, agonisante : une jolie chauve-souris, encore bébé, un peu de la même taille que sur cette photographie. 


Non loin de là se trouve l'église Saint-Remi désaffectée où habite sans doute beaucoup de ses congénères.

Cette rencontre incongrue m'a fait sourire malgré ma peine de voir ce petit animal souffrir sans pouvoir l'aider (pas le moment de se faire mordre par une chauve-souris, j'ai assez de problème avec mon hémoglobine comme ça !).
Tout d'abord parce que les chauves-souris ont longtemps eu la mauvaise réputation de venir pomper le sang des gens pendant leur sommeil, comme de petits vampires. Alors quand on a une maladie hématologique, comme on dépend du sang des autres pour rester en vie (transfusions, greffes de moelle osseuse), il arrive qu'on se sente un peu vampire... Ce n'est pas pour rien si Mathias Malzieu a intitulé son livre, Journal d'un vampire en pyjama lui qui était atteint d'une aplasie médullaire. Une lecture forte, poétique et pas sinistre que je vous recommande vivement.

Mais aussi, cela m'a fait sourire car comme je le disais dans un article précédent, les passants qui sont rivés à leur téléphone portable me font penser à des chauves-souris car ils nous évitent souvent à la dernière minute. Alors je me suis dit que ce jour-là, il y en avait un qui s'était vraiment transformé en chauve-souris !

Oui, je sais, on a l'esprit un peu dérangé à haute dose de cortisone ! Tant que je ne vois pas des éléphants roses...


mardi 6 mars 2018

L'heure des mésanges

Un couple de pinsons a élu domicile dans notre petite cour et empêche les autres oiseaux d'approcher de la mangeoire. La femelle s'installe au milieu des graines (comme dans sa baignoire) et se gave de nourriture, sans le moindre effort. Cela m'agace parfois et je lui coupe un peu les vivres surtout depuis qu'il fait moins froid. Elle sera bientôt aussi grassouillette qu'un sumo et la proie facile du premier chat venu. Tant pis pour elle...


Les mésanges elles, arrivent plutôt vers 17h, à l'heure du thé, et comme des ladies anglaises, grignotent quelques graines de tournesol délicatement maintenus par leurs pattes gracieuses. C'est un ballet magnifique, bien orchestré. Très discrètement, à tour de rôle, elles viennent prendre une graine et la décortiquent dans le seringa. Elles dégustent plus qu'elles ne mangent puis repartent. 

Elles me réconfortent avant les angoisses de la tombée de la nuit.

Elles sont ma récompense d'une journée passée à oublier la maladie ou à faire avec.

Très vite viendra l'heure de fermer les volets, d'allumer les bougies, de se blottir dans le canapé pour profiter de la soirée. Tout simplement...

jeudi 22 février 2018

Les liens du sang

Demain, mes ainés se rendent dans un laboratoire pour faire une analyse de sang qui nous permettra de savoir s'ils peuvent éventuellement me donner leur moelle osseuse en cas d'échec de ma thérapie actuelle. Les médecins parlent de la possibilité d'une allogreffe, une idée qui me terrifie et me bouleverse. Recevoir les cellules souches sanguines de quelqu'un d'autre, même d'un proche, n'est pas une démarche anodine. Et n'est pas forcément un gage de réussite.
Nous voilà tous les trois embarqués dans cette aventure et me voici sous la protection de ma grande sœur et de mon grand frère, comme au temps de notre enfance.


Là, c'était notre premier carnaval officiel. 

Véronique en digne princesse s'est évanouie et nous avons dû abréger notre prestation (j'espère qu'elle n'aura pas des vapeurs lors de sa prise de sang demain). 
Moi en petit page espiègle alors que j'étais pourtant une enfant très timide. Je me souviens encore de cette immense plume d'oie toute douce.
Et Denis en diable effrayant qui a l'air de se demander ce qu'il fait là ! 

Une photographie retrouvée par mon frère la veille de l'entretien avec le médecin qui m'a demandé de faire cette démarche de recherche de comptabilité sanguine.

Très symbolique tout ça non ?

lundi 19 février 2018

Hôpital de jour

Cela commence tôt le matin. Une ambulance vient me chercher alors qu'il fait encore froid et nuit. L'autoradio distille des nouvelles locales ou nationales, des chansons des années 70 ou les dernières musiques à la mode (selon la station choisie). 

Arrivée à la centrale de prélèvement pour ma prise de sang bihebdomadaire, je dois patienter dans une salle d'attente, matraquée par l'actualité en continu ou par des clips agressifs sur les deux écrans de télévision qui font maintenant partie du paysage hospitalier et que les patients ignorent pour la plupart, trop occupés à pianoter sur leur téléphone portable (pas toujours en mode silencieux d'ailleurs !). 

L'infirmière m'appelle pour ma prise de sang. Elle rentre les données dans son ordinateur sur lequel elle écoute la radio. Petit bruit de fond discret qui ne nuit pas à son travail de précision. 

Je monte dans le service d'hématologie. Nouvelle salle d'attente avant de rencontrer les médecins. Il y a beaucoup de monde. La télévision est éteinte. L'ambiance est à la conversation bienveillante et paisible malgré l'inquiétude ou la souffrance des uns et des autres. 

Et là, un monsieur s'exaspère :

 " On attend des heures et il n'y a même pas la télévision qui fonctionne. Il parait qu'on leur a volé la télécommande " (je précise que ce n'est pas moi).

Une dame essaie de trouver une solution :

 " Il faudrait venir un jour avec une télécommande universelle pour voir si cela peut marcher ".

Le monsieur est sceptique. Heureusement, c'est l'heure du café généreusement servi par l'hôpital avec des gâteaux secs. Les accros au ronron télévisuel se ruent sur la caféine et recommencent à discuter de leur vie. Cet échange est mille fois plus enrichissant que le télé-achat qu'ils pourraient regarder à cette heure-ci et c'est dommage qu'ils n'en aient pas conscience. Une vraie séance de thérapie de groupe ! Avec le risque que des patients un peu plus agités que les autres ou en grande souffrance psychologique se lancent dans un monologue anxiogène et envahissent tout l'espace.

Après la consultation rapide avec un médecin ou un interne, l'heure est enfin venue de la transfusion de sang (quand elle est nécessaire), avec le bip aigu des perfusions qui s'arrêtent chez les uns ou les autres. Les infirmières veillent à ce que les téléphones soient en mode silencieux, usées par ces sons qui vrillent les nerfs à force. Et là, c'est une victoire pour les personnes qui comme moi, essaient de lire.

Quand après tout ça, je suis à nouveau de retour à la maison, plus aucune envie d'écouter ou de jouer de la musique. Je dois d'abord dépolluer mes oreilles ! 

dimanche 11 février 2018

Couleurs hôpital


La grisaille monotone de chemises d'hôpital

On sait un peu mieux pourquoi depuis 2012, le myélome dont je souffre, résiste aux traitements et autogreffes, malgré toute l’énergie que je mets à me soigner : chez moi, la maladie s’est accompagnée d’une translocation génétique entre deux chromosomes. Mon ADN s’est emmêlée les pinceaux. Dans le grand panier à ouvrages de ma vie, c’est comme si je m’étais trompée de coloris d'écheveaux pour poursuivre ma broderie. 

Durant plus d’un mois, j'ai vécu à l'hôpital. Rentrée pour une chimio préparatrice d’un traitement à venir, ils m'ont gardé en urgence car mon taux de protides était trop haut. Mon sang visqueux, épais, mettait ma vue, mes neurones en danger, rendait mon menton insensible. J’étais comme un pauvre oiseau mazouté de l’intérieur. Je me suis pliée à une nouvelle plasmaphérèse dans le service de néphrologie soins intensifs. Reliée à une sorte de robot, les infirmières ont remplacé mes lourdes protéines par de l’albumine plus léger, les deux ressemblant fortement à du blanc d’œuf. Quelle étrange cuisine pour me sauver la vie !


Dans ce parcours digne d’un chemin de croix, il y a eu bien des épreuves.


Certaines éprouvantes comme de chuter à quatre grammes d’hémoglobine ou de saigner du nez durant trois heures à cause d’un ORL indélicat qui en bourrant dans mes narines des kilomètres de mèches hémostatiques alors que je hurlais de douleur, avait accentué mes hémorragies. 
Certaines burlesques comme de recevoir un flacon de perfusion sur le nez (le lendemain de l'hémorragie, ce qui est nettement moins drôle) lors de mon transfert en hématologie, le brancardier ayant bricolé un système pour accrocher les bouteilles au-dessus de mon lit qui na pas résisté à sa conduite sportive dans les mille et un couloirs du CHU. 
Certaines angoissantes comme d’attendre mon traitement de la dernière chance durant quatre jours sans savoir véritablement pourquoi il avait du être recommandé au laboratoire et pourquoi la pharmacie traînait à signer le bon de livraison. 

Il y a eu des aiguilles de toutes sortes maniées par des virtuoses aux doigts de pianiste ou par des moins délicats forant ma veine fémorale comme un puits de pétrole et me laissant avec un immense hématome qui m’obligea à rester alitée durant quatre jours.
 

Il y a eu du sang versé, du sang reçu, sous forme de plaquettes pour limiter les hémorragies et les saignements de nez à répétition ou les hématomes, sous forme de culots de globules rouges pour limiter l’anémie et sans lesquels je ne serais plus là (reconnaissance à tous les donneurs).
 


 Au coeur du patio, un sapin de Noël oublié et des pensées 
pour se connecter tant bien que mal à la nature dans ce monde clos et étouffant.

Il y a eu de belles rencontres. Celle de ce patient qui durant deux jours m’a observé en train de déambuler autour du patio et à qui j’ai donné le courage de se lever pour marcher lui aussi. Celle de certaines aides soignant(e)s ou infirmier(e)s qui m’ont aidé à tenir au plus fort de la tempête. Celle de médecins qui semblaient inhumains en essayant de m’expliquer maladroitement la gravité de mon myélome alors qu’ils étaient surtout inquiets.
 

Et puis des cohabitions impossibles avec des personnes agitées alors que j'avais besoin de calme, de silence, de repos pour supporter le traitement et mettre toutes les chances de mon côté. L'horreur de la télévision allumée en permanence (à un fort niveau sonore) comme une perfusion supplémentaire anesthésiant toute pensée. Souffrance psychologique immense de me sentir envahie sans rien pouvoir faire dont je me remets tout aussi difficilement que des douleurs physiques.

Et dans ce cauchemar, l'immense amour des gens qui m'aiment sans lequel je me serais sans doute laissée aller au découragement... La présence fidèle de Madeleine et Jean-Michel, toujours à mes côtés, inlassablement.

Enfin, je veux le croire de toute mon âme, le soutien de certains anges là-haut au ciel, guidés par la Vierge, sainte Thérèse. Puissent mes prières monter jusqu'à eux pour les remercier et leur demander de m'aider encore et toujours sur ce chemin difficile.

lundi 1 janvier 2018

Mon jour de l'An

Pour moi, le temps n'est pas linéaire mais cyclique comme la douce ronde des saisons. Les fêtes obligatoires et conventionnelles, les anniversaires me laissent indifférents, si ce n'est qu'ils sont l'occasion de joies simples en famille que je suis cependant capable de vivre à n'importe quel  moment, quand ça me chante.
Je suis souvent brouillée avec les dates d'ailleurs : même mon ordinateur n'est jamais à l'heure et son horloge se met toujours en 2001 quand je l'allume. Ah si j'avais la possibilité de programmer autrement les années et de sauter 2012 qui a fait basculer ma vie !  


 Cortisone, ma nouvelle mascotte... 
en espérant ne pas avoir ses rougeurs et ses grosses joues avec les traitements.

Je me suis levée tôt, réveillée par la cortisone, et j'ai profité de ce silence si particulier du premier matin de l'année, avant que les humains ne reprennent leur agitation. J'ai procédé à mon petit rituel quotidien qui avait une sonorité particulière puisque demain m'attend des examens pas drôles et après, peut-être très vite un autre traitement, en espérant ne pas être hospitalisée en urgence une fois encore. 
Comme je ne sais rien de l'avenir, je me suis réfugiée dans l'instant présent en exécutant ces petites tâches que j'affectionne particulièrement : 
  • Donner à manger aux mésanges charbonnières et aux pinsons.
  • Enlever une ou deux feuilles mortes, et constater que les tulipes ont déjà percé la terre. Est-ce trop tôt ? Est-ce un bon signe de vie ? 
  • Laver, repasser, plier le linge. J'aime m'occuper des vêtements des gens que j'aime...
  • Ranger la maison jusqu'à l'obsession (cool Hélène, même si tu rentres en hospitalisation, tu pourras bien reprendre tout ça à ton retour... et tu n'es pas seule à tout gérer). 
  • Ecrire, réfléchir, dire, raconter (pas évident avec cette cortisone qui modifie ma perception des choses).
  • Noter les signes que je crois recevoir, toutes ces synchronicités qui me redonnent espoir (et dont je reparlerai sans doute, le temps de les laisser infuser).

Et puis quand même quelques rituels de la nouvelle année :
  • Vider les poubelles à fils en poussière pour accueillir ceux de 2018.
  • Laver les chutes de fils de 2017 pour en remplir des coussinets. Rien ne se perd ! 

  • Finir ma broderie commencée en 2017 (contrairement à beaucoup de brodeuses, je ne commence pas de nouvel ouvrage le 1er de l'An) et faire de l'ordre dans la boîte qui me sert à ranger le matériel de l'ouvrage en cours, toujours en désordre malgré mes efforts.
  •  Apprendre un nouveau morceau choisi au hasard. Son titre m'a inspiré. Encore une synchronicité dont je reparlerai plus tard...


Voilà... j'ai un peu de mal à parler de cette année 2018 mais je vous souhaite d'être forts, joyeux, créatifs mes amis, tout comme je vais essayer de l'être.
Je ne multiplierai pas les messages personnels qui me fatiguent beaucoup et m'obligent à parler tout le temps de la maladie mais vous pourrez venir dialoguer avec moi sur ces pages où les commentaires sont les bienvenus !